Éditions du Noroît

  • De ce monde ouvre sur des aspects complémentaires de l'écriture de Louise Warren, de 2004 à 2020 : la chronique brève et la prose dédiée à un thème, incluant de nombreux inédits. Chaque volet accueille les oeuvres d'autres artistes, les lieux, le voyage, le souvenir, la lecture. Ainsi se tissent les fils de son appartenance au monde, dans sa multiplicité, dans sa diversité, de la vie simple aux échos de la planète, de la création à l'amitié et à la solidarité. Traversée par une même expérience de l'intime et du langage, la réflexion s'approfondit, jusqu'aux recherches récentes sur la matière et l'incertitude.
    Cet essai inclut le texte « Au nom de la matière » qui accompagne l'exposition du même titre au Musée d'art de Joliette, présentée du 15 août 2020 au 10 janvier 2021, dont Louise Warren est commissaire.

  • Cet essai est un apport à la réflexion québécoise sur la poésie, car il contribue à enrichir les lieux de l'imaginaire poétique, non seulement dans une perspective continentale américaine, mais aussi dans celle des traditions littéraires anglo-saxonne et hispanique.
    Non seulement l'attention portée au domaine de l'émotion est un apport aux théories de la lecture et de la création, mais les textes qui lui sont consacrés pourront aussi être fort utiles aux professeurs des collèges et universités francophones. Serrano rend le texte poétique familier dans un langage imagé, se déployant selon différents angles d'approche, dans une cohérence de thèmes et de répétitions qui n'enferme toutefois pas le sens, constamment ré-ouvert. L'essai acquiert ainsi une «troisième dimension», poétique, qui est mise en abyme.

  • Véritable hommage à la mémoire de Paul Émile Savard, ami disparu, Toots fait la Shiva, avenue Minto d'Erín Moure dépasse la simple étude. Livre émouvant s'il en est, cet essai, dont on a dit qu'il constituait «un beau témoignage d'une vie courageusement vécue aux confins des valeurs contemporaines», fait ressurgir l'existence d'un homme n'ayant laissé aucune trace, si ce n'est qu'en cette femme qu'il surnommait Toots. «Ce sont mes souvenirs, et le souvenir est un travail d'imagination», écrit Moure. De l'Abitibi aux quartiers pauvres de Vancouver, en passant par Montréal et l'avenue Minto près de la Cour de triage Glen à N.-D.-G., à travers des souvenirs et des recherches Google, des citations de Rilke et des allusions aux recettes de Madame Jehane Benoît, l'autrice honore la dignité de cet être cher, dignité dont elle seule, au fond, pouvait rendre compte.

  • À travers les diverses sections de ce livre, Louise Warren poursuit sa réflexion sur la création en interrogeant et en parcourant - grâce à l'aisance du flottement - les lieux où l'écriture surgit et où elle s'exprime : le paysage, la maison et ses espaces, mais aussi le corps, le poème et la pensée elle-même. Ce projet se distingue par son hybridité : l'auteure avance en effet dans l'essai avec la poésie, elle en varie les tons et les formes, elle multiplie les façons d'occuper la page, dans une architecture fondée sur les échos et le déroulement intuitif. La recherche porte sur l'expérience de soi et l'expérience des formes, les voyages, les rencontres, les lectures, dans une quête constante de la formule juste, de l'équilibre visuel et sonore, se modifiant d'un fragment à l'autre. Ainsi s'élaborent concrètement la pensée du poème et le poème de la pensée.

  • Le triangle est linstrument le plus facile à manier au sein du grand orchestre. Objet futile, simple tige de métal pliée quon pourrait presque glisser dans la poche intérieure de son veston comme une pipe ou un stylo. Des piquiers qui savancent seuls ou en rangs serrés sur la portée des percussions. Et ce timbre clair, pourtant, on dirait invasif, qui traverse les mailles les plus ténues du bruit ambiant Le triangle symbolise le mieux, sans doute, le travail du diariste, du poète qui fignole des notes dans un carnet. Un seul écart de lecture, un seul émoi intempestif, et ding! Cest lappoggiature, le contretemps, la bourde. Cest lhumiliation de linstrumentiste, immédiate, tranchante, une humiliation pire, à nen pas douter, si lon considère le caractère simplet de loutil qui produit toujours la même note lorsquon le frappe avec une tringle. Rien, dans ce bout de métal, de quoi jouer les démiurges ou les semeurs de foudre. Rien que des notes frappées, étirées de temps à autre en quintuples-croches, mais toutes consubstantielles à lorchestre, indissociables du tempo et du bercement de la mélodie qua commandés le chef.

  • La correspondance entre Geneviève Amyot et Jean Désy, qui sest étendue sur une dizaine dannées, est une occasion unique dentrer dans lintimité dun échange sur la création et lécriture qui par ailleurs déborde la littérature et sincarne dans la vie même. Création, maternité, littérature, voyages, réflexions sur la vie, le temps, etc., tout se mêle au quotidien, dans une ferveur qui ne se dément jamais. Dune lettre à lautre, ils sabandonnent en toute amitié.
    Voilà un « trésor », ainsi que lécrit Jean Désy dans sa préface; celui des poètes qui ont conservé leurs lettres précieusement. On y retrouve la voix tourmentée et généreuse de Geneviève Amyot; on y reconnaît son écriture mélangeant le trivial et le spirituel. Vient à sa rencontre celle de Désy, vivante et voyageuse, pour créer un dialogue révélateur et captivant où se dévoilent de grandes richesses littéraires et humaines.

  • Je n'ajoute pas un art poétique à des centaines d'autres, souvent interchangeables. Je ne parle ni d'art ni de poétique... mais d'ars, façon qu'on a d'être vivant, et de poesia, façon de créer ce vivant là, ce survivant, ce renaissant, ce recréant. Nous sommes des créants, non pas des mécréants comme on le croit, qui n'ont foi en rien, pas même dans la parole qu'on leur donne. Nous sommes des créants en Dieu sait quoi, mais des créants quand même, qui ont le poème pour seule prière, la parole comme acte de foi, le chant comme sacrement... Des créants magnifiques, qui ont perdu toute confiance en eux, en l'Homme, mais pas dans les mots et les phrases qui en tiennent lieu dans la parole, leur « acte de naissance » à autre chose qu'eux-mêmes : le don de l'air, de l'autre souffle.

  • «Une démarche de chat» est une lettre qu'envoie un auteur vieillissant à une jeune femme, Ariane, qui partage avec lui une passion pour l'écriture. Convaincu que le goût des lettres est une façon de vivre, il tente de persuader son interlocutrice que la pratique de la création littéraire doit s'exercer avec constance et même obstination, sans le moindre espoir de reconnaissance. Suivre son chemin, advienne que pourra. Ce qui n'empêche surtout pas de peaufiner sa démarche. L'important étant la façon dont les choses sont dites. Le vieux romancier croit avoir découvert dans les nouvelles de sa correspondante un monde dans lequel il se reconnaît. Quelqu'un prendrait le relai.

  • «La voix antérieure» constitue le deuxième tome du Cycle du Veilleur, inauguré en 2013 au Noroît et qui propose des pistes de réflexion et de lecture à partir de quelques aspects et approches de la poésie. Le premier volume, «L'arbre du veilleur», s'attachait à des aspects de la poésie au fil des oeuvres de poètes divers. «La voix antérieure» illustre, pour sa part, des approches de la poésie par des thématiques appartenant à l'histoire de la poésie, à la modernité et à la vérité du poème. En somme, Jean Royer y interroge les origines du poème, cette voix antérieure.

  • Dans cet ouvrage, Claude Paradis présente 10 grandes oeuvres qui ont marqué l'histoire de la poésie québécoise au XXe siècle. Tout au long de ses lectures, l'essayiste reste fidèle à la construction des recueils sélectionnés, suivant les poètes de poème en poème selon l'ordre de présentation suggéré par la structure même de leur livre. Sa conviction est qu'un recueil de poèmes s'avère une oeuvre construite, au même titre que peut l'être un roman.

    Liste des recueils présentés :

    O Jean-Aubert LORANGER «Les atmosphères» (1920) et «Poëmes» (1922) o Saint-Denys GARNEAU «Regards et jeux dans l'espace» (1937) o Alain GRANDBOIS «Les îles de la nuit» (1944) o Anne HÉBERT «Le tombeau des rois» (1953) o Roland GIGUÈRE «L'âge de la parole» (1965) o Paul-Marie LAPOINTE «Pour les âmes» (1965) o Gaston MIRON «L'homme rapaillé» (1970) o Robert MELANÇON «Peinture aveugle» (1979 et 2010) o Jacques BRAULT «Moments fragiles» (1984) o Pierre MORENCY «Les paroles qui marchent dans la nuit» (1994)

  • Ce bref essai de Paul Chanel Malenfant consiste en la transcription de la conférence inaugurale qu'il a offerte lors de la 42e Rencontre québécoise internationale des écrivains tenues par l'Académie des lettres du Québec en 2014 sous la thématique «Le glissement des genres». Le poète y réfléchit dans un premier temps au flou qui entoure les genres littéraires en les abordant en lecteur et en créateur. Cette approche fonde le grand intérêt de ce texte, en ce qu'il ouvre une réflexion bien documentée tout en évitant le pur discours théorique pour lui préférer la relance que ces contraintes, dans leur désuétude même, peuvent offrir au créateur. Plus encore, étudiant les marges spongieuses des genres littéraires, l'essayiste y voit l'occasion d'interroger les marges tout aussi floues qui délimitent les genres sexuels.

  • Cet ouvrage poursuit le cycle de «L'arbre du veilleur», inauguré à l'enseigne du Noroît en 2013 et dédié à l'illustration de certains aspects de la poésie par les oeuvres de divers poètes. Ce troisième volume propose au lecteur des méditations personnelles sur l'atelier du poète, la quête du langage et les leçons de la poésie. Pour ce faire, l'essayiste visite de nombreux poètes de la littérature mondiale tout en offrant une place de choix aux poètes québécois.

  • Carte du monde et carte du tendre, cette «Mappemonde», nécessairement lacunaire, répertorie quelques-unes des coordonnées mystérieuses où les méridiens et les parallèles de notre Terre entrecoupent les lignes d'univers de la fiction. Entre la réinvention du passé, les évidences du présent, et le bruissement des possibles, et en entremêlant mon histoire personnelle à une mythique littérature universelle, je vous convie à une réflexion sur la façon dont la littérature contribue à l'amplification de notre spectre temporel, et à la découverte de fréquences émotives étrangères, dont nous ne pouvons qu'espérer qu'elles nous acheminent de plus en plus près de nous-mêmes.

  • Les auteurs de cet essai explorent certains chemins qu'ouvre la déambulation littéraire comme processus de création et de lecture du poème, notamment pour les étudiants. Cette démarche permet au professeur d'échapper à la grille de lecture traditionnelle pour expérimenter le poème comme un territoire, avec ses marques et ses failles, où engager sa sensibilité.

  • Jacques Brault nous offre ici un impromptu, c'est-à-dire un objet longuement médité et inattendu, qui pénètre l'expérience mallarméenne à un point tel que les mots ne semblent pas tant répondre que faire corps avec l'univers de Mallarmé, s'il en est, tant le projet du poète symboliste du 19e siècle reste mystérieux.
    À partir du mot « or » s'articule donc un propos riche, auquel Jacques Brault ajoute également quelques repères bibliographiques.

  • Ces carnets sont comme le journal d'un essai qui configure la vie multiple d'un être, à mi-chemin entre fulgurance et révélation, entre esthétique et pensée, entre la vie et le scripteur qui prend forme. L'être, le poème, le lecteur, l'enseignant et l'éditeur marchent côte à côte, de front, tous happés par la vie, par l'échéance d'une durée consciente.

  • «Ratures et repentirs» est un carnet de route jalonné des questions et réflexions que je rencontre dans mon travail. C'est aussi le témoignage d'un artiste tenant à garder la main au plus proche de son esprit. On y suit la ligne comme le mot, de déchirures en repentirs pour l'une, de ratures en reprises pour l'autre. L'une et l'autre sont affaire de métier. J'y ai toujours été un artisan laborieux reprenant son trait à en épuiser son bois. Chaque jour apporte un peu plus de cohérence et de fermeté à ce qui hier encore ne s'entrevoyait même pas. Au bout de la ligne et sous le mot apparaîtra peut être ce qui ne sera plus à dire, ce qui ne sera plus à peindre.
    M. Madore

  • Aiguillée par une leçon reçue jadis, l'auteure retourne à ses paysages fondateurs. Ces retrouvailles sont l'occasion d'une réflexion sur l'écriture des lieux qui forgent l'imaginaire, de même que sur le dialogue entre essai et poème qui porte cette dernière. Éclairés par la sagesse de l'ours, les parcours intellectuel, artistique et spirituel que l'essai retrace se rencontrent, tandis que passé, présent et futur se brouillent et se fondent à la ligne d'écriture. Ainsi libérée de l'obsession du temps et rendue à la présence, la conscience s'ouvre à la mémoire des lieux.

  • Cet essai cherche dans l'oeuvre mimée d'Étienne Decroux les héritages d'une parole qui s'habite et prend racine dans son mutisme, considérant que toute voix origine du silence des corps. L'ouvrage approche la transmission dans le travail artistique et intellectuel sous la forme de reprises et de répétitions, des tentatives réitérées d'approcher la matière depuis le silence, l'échec - quand on chante parce qu'on ne peut rien faire d'autre. C'est aussi une ode à la part du feu dans la transmission.

  • «Quand l'interprète de danse entre en scène, plus je me tiens près de lui ou d'elle, plus mon corps me parle d'émoi. Chair éprouvée dans le mouvement, univers sensible incorporé de l'autre. Pour le dire, il existe des mots : existe-t-il des mots?
    Plus je m'entretiens de danse, moins je prétends la rendre visible ou la déployer. Mais plus elle exige de moi que je sois précise. Et que je me tienne au plus près, dans une intelligence possible de cette existence, sur le mode de la paupière qui s'ouvre chaque matin.»

  • Depuis des millénaires, nos rapports au monde et aux autres sont déterminés par les histoires que nous échangeons, celles que nous nous transmettons d'une génération à l'autre, celles que nous oublions, refoulons ou nions, celles qui se font à l'instant même.

    L'écriture travaille à rétablir les liens qui nous lient au vivant; à la fois, aux êtres et à la terre, au territoire. Ce faisant, il se produit des choses étonnantes, des clartés et des ouvertures qui nous tirent vers le monde et nous y incluent, qui nous mettent au monde - à condition d'être attentif.

  • «Le Fait d'écrire» présente le «Journal» de Jean-Pierre Guay (1946-2011), puis analyse en détail comment est composé chacun de ses vingt tomes dans le but d'en faire un volume autonome en soi.

    Poète, essayiste et romancier, Jean-Pierre Guay a commencé son journal en janvier 1985 et l'a publié au fur et à mesure qu'il le rédigeait, d'abord chez Pierre Tisseyre, puis aux Herbes rouges. Grâce à l'attention de ces éditeurs, tous les tomes du «Journal» sont disponibles en librairie.

    Très vite, dès la parution du premier volume en 1986, les écrivains ayant une réputation de capacité se sont entendus pour déclarer que cet auteur, libre et drôle, avait trouvé le genre littéraire dans lequel il allait exceller, ce qui s'est confirmé tome après tome, jusqu'à la publication posthume de «L'Errance amoureuse», où journal et poésie trouvent leur point d'incandescence.

  • Par cette réflexion qui laisse une large place à la liberté et auxcontradiction, Paul Chamberland argumente une réflexion fertile et pertinente sur les enjeux actuels de la poésie, mais aussi bien de la littérature et de l'échec du monde à se poursuivre dans la novlangue.
    Car celui qui écrit le poème met en suspens toute autre visée que celle de faire entendre, en un fragment, mais alors selon toutes ses virtualités, ce qui fait de nous des «parlants». Nous sommes des êtres dans le monde, et le monde n'est ni intelligible ni figurable autrement qu'interprété par le langage.

  • Elle avait dit : « Il faut protéger les circuits du coeur et de l'intelligence qui nourrissent la folie du non-réel en nous. La littérature en dépend tout autant que le plaisir d'exister. » C'est ce à quoi Gérald Gaudet a toujours tenu en recevant les écrivains dans l'entretien.

    Lire, c'est comme aimer, nous y mettons du sens. Nous tenons à ce qu'il y en ait. Et c'est parce que l'oeuvre de Nicole Brossard donne ultimement des raisons de vivre, de vivre avec les livres, avec la pensée qui vient des livres, avec celle qui comme l'émotion vient des mots, qu'on sait cette oeuvre nécessaire - pour soi et pour les autres.

empty