Sciences humaines & sociales

  • De la pensée du Président Pompidou à la lecture d'Althusser, en passant par le management, à première vue, quelle disparité : en réalité, les îles de l'archipel se relient sous la mer. Le discours du capitalisme, en effet, règle et détermine tout du cours des choses, même s'il peut être réduit, comme l'a fait Marx, à une formule qui n'exige que deux lettres, dont l'une est redoublée. Tant pis pour ceux qui voudraient dire mieux. Sur un tel sujet, certes, la plupart aurait préféré un traité, une somme, aurait voulu voir les différents aspects comme les manifestations d'une même essence. En attendant, on se contentera d'échantillons, de sondages. On apprendra, au contact de l'événement et du quotidien, par exemple : que l'histoire doit son sens au capitalisme qui le lui ôte ; que la pensée du Président Pompidou, pour ne rien dire de sa pratique, constitue l'ultime avatar de l'hégélianisme ; que mieux vaut la réalité du capitalisme que son rêve ; qu'entre Nietzsche - philosophe au marteau -, et Leduc - métaphysicien du marketing -, il n'y a d'autre différence que la supériorité du second ; que vendre reste sans effet, tant qu'on ne vend pas soi-même ; que, suivant Althusser, l'histoire n'est que l'application d'un non-être à un autre.

  • Un recueil de poèmes par l'auteur de Les Nus et les trembles.

  • Pris dans les négativités alternées de l'orgueil et de la honte, les rapports de l'être pour soi, et de l'être pour autrui, souffrent, dans l'ontologie sartrienne, de l'agnosticisme fondamental d'un penseur, qui pose d'emblée la conscience comme forme vide et isolée, non communicante. Toute vision gnostique implique, au contraire, une expérience vécue de la communication en tant que positivité absolue, ce qui revient à dire que l'intersubjectivité, en tant que propriété au moins potentielle de tout étant, est inhérent à l'être.

  • Pierre Debray-Ritzen, qui fut le directeur du Cahier de L'Herne consacré, en 1975, à Arthur Koestler, a souhaité relier, en une véritable biographie, les différentes époques d'une vie passionnante. Mettant celles-ci en parallèle avec l'évolution d'une psychologie tumultueuse, il a détaillé, en ses diverses phases, la genèse d'une création. D'où ce livre - le seul en langue française - sur celui qu'il faut appeler aussi un contemporain capital. Il n'est pas sûr que le public français ait mesuré toute l'étendue de ce destin, et de cette oeuvre. Bien des lecteurs se sont arrêtés au Zéro et l'infini ; d'autant que, après cette dénonciation du numéro un soviétique, une sourde désinformation a, durant des années, oblitéré la sortie des nombreux ouvrages qui suivirent, en faisant de leur auteur un maudit. Or, au-delà des époques sioniste et communiste de Koestler, il y en a une troisième : ce havre de la connaissance, où il est entré pour s'exprimer en une fameuse trilogie ; sur les conceptions de l'univers (Les somnambules) ; sur les créations scientifique et artistique (Le cri d'archimède) ; sur le cerveau et le paradoxe humain (Le cheval dans la locomotive). Pierre Debray-Ritzen a connu, intimement, Arthur Koestler. Il en fut le familier pendant 15 ans. Et c'est avec émotion, qu'il évoque la fin méditée de l'ami et du penseur - se confiant à lui avant le grand passage.

  • Qu'est-ce que la terre ? Est-ce seulement la nature, ou l'animalité ? Est-ce plutôt le corps et l'affectivité ? Ou encore le pays natal ? Comment retrouver la simplicité et la proximité des choses, le sol qui nous porte et qui, à l'époque où la technique domine le monde, se dérobe vertigineusement ? Qu'est-ce que la technique elle-même en son essence, et comment peut-elle menacer et ébranler ainsi notre séjour ? Peut-elle, un jour prochain, nous détruire ? Le chant de la Terre pose ces questions, dans un dialogue critique avec celles de Heidegger et explore la capacité d'enracinement qui nous fait, aujourd'hui, si cruellement défaut. La Terre est plus vieille qu'Adam, plus ancienne que son nom grec de Phusis, antérieure à toute Histoire. Mais elle n'est pas une matrice primitive, un être brut. Comment la Terre devient-elle, à la fois, le lieu de notre habitation et le matériau des oeuvres d'art, l'assise concrète du monde ? C'est, initialement et continuellement, le travail de l'artiste et le renouvellement poétique de la langue, qui nous rendent notre ancrage terrestre. L'oeuvre, comme la libation d'Apollon, libère la terre. Hlderlin, Rilke ou Saint-John-Perse manifestent non seulement notre séjour, mais notre langue elle-même, comme l'élément oublié qui nous soutient. À condition que nous sachions encore entendre son chant, malgré le bruit des machines.

  • Pour la première fois dans l'Histoire, sans même qu'intervienne le verdict des armes, un discours stratégique instaure une nouvelle donne, qui s'impose à la communauté internationale. Les États-Unis soumettent les pays les plus développés de la planète à leur projet militaire, par la projection d'une forme globale de puissance militaro-technologique. La France, dans la militarisation intégrale, n'échappe pas à ce défi. Forte d'une capacité nucléaire qu'elle doit perfectionner, la France sera-t-elle capable d'impulser une stratégie européenne de défense spatiale, d'ici au second millénaire ?

  • Quelles que soient les raisons plus ou moins troubles de pareille représentation, reconnaissons que, bien loin d'être préjudiciable au caractère objectivement historique de cette enquête, elle dénote chez Vuarnet une disposition affinitive préalable à son investigation : disposition en vertu de laquelle l'auteur, s'identifiant au support d'une expérience morale, réactualise du même coup l'univers apparemment révolu où cette expérience se pratiquait. Identification réactualisante d'ailleurs, propre à quelques grands historiens - je songe au Michelet de La Sorcière - mais, en l'occurence, plus particulièrement, à Ernest Hello auquel, à juste titre, Vuarnet se réfère à plusieurs reprises (...). C'est dans cet esprit, qu'après, le philosophe-artiste Vuarnet nous décrit les extases féminines, où nous le voyons prendre place à son tour [...]. Pierre Klossowski (NRF)

  • Les foules qui acclamèrent le général de Gaulle en Roumanie, en mai 1968, ignoraient les événements qui se déroulaient au Quartier latin. Vu de France, le maintien du voyage a pu paraître inopportun. Par la suite, les journées de mai 68 ont contribué à occulter l'événement. En réalité, le voyage du général de Gaulle a revêtu une signification particulière. Il venait à un moment où les Roumains, après vingt ans de stalinisme, avaient l'impression de retrouver une partie de leur mémoire. La visite du général, la première d'un chef d'État français dans ce pays, s'est située dans le droit fil de cette mémoire, en symbolisant le rôle culturel et politique de la France dans l'histoire de la Roumanie moderne. La population roumaine, par sa réaction spontanée, a montré qu'elle l'avait ressenti ainsi. Le général l'a compris et il fait honneur à l'accueil populaire en payant de sa personne, surtout pendant le long et éprouvant voyage en province...

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