Albin Michel

  • En 1811, l'Empire napoléonien englobe la moitié de l'Europe ; l'autre moitié, Espagne et Portugal soutenus par l'Angleterre exceptés, n'ose s'opposer à lui. Rome, Bruxelles, Amsterdam, Hambourg, Cologne sont villes françaises. L'empereur décide du destin des Allemands, des Italiens, des Suisses et de la majeure partie de l'ancienne Pologne ; son frère aîné règne à Madrid cependant qu'un maréchal français est choisi par le roi de Suède comme prince héritier. Pourquoi la France a-t-elle dominé l'Europe en ce début de XIXe siècle ? Pour la première fois on trouvera ici un tableau complet des causes de cette suprématie : universalité de la langue française, poids de la démographie, innovations militaires... Et cet impérialisme n'est pas né avec Napoléon : le Grand Empire est fils de la Grande Nation. L'écroulement de cette Europe française fut rapide : le refus de Napoléon de créer une solidarité économique entre les États à la faveur d'un blocus continental qui n'avantagea en définitive que l'industrie française, le réveil des nationalismes se retournant contre la France, l'hétérogénéité des armées levées par Napoléon à partir de 1807 sont autant de raisons de cet échec final. Mais Metternich ne réussira pas davantage lorsqu'il voudra façonner une autre Europe au congrès de Vienne.

  • Au début du XVIIIe siècle, le jansénisme a pris l’aspect d’une opposition religieuse et politique, et est suffisamment répandu pour inquiéter aussi bien Louis XIV que le pape. La bulle Unigenitus, édictée en 1713 par Clément XI, quatre années seulement après la destruction du monastère de Port-Royal, est destinée à éradiquer le mouvement. Pourtant, tout au long du siècle des Lumières, les résistances se font ardentes. La doctrine gagne une bonne partie des élites marchandes et des notables, rassemblant les fidèles autour des miracles du diacre Paris, créant de multiples réseaux, sur des bases qui ne suivent pas tout à fait la hiérarchie sociale. Son originalité est de fournir aux aspirations d’une bourgeoisie montante un terrain d’opposition qui l’aide à trouver cohérence et identité. Revenant sur cet aspect trop longtemps négligé du dossier janséniste, Nicolas Lyon-Caen s’interroge sur le lien entre la fidélité aux thèses jansénistes et l’appartenance à la bourgeoisie parisienne. À partir entre autres du fonctionnement de la « boîte à Perrette », sorte de caisse de secours clandestine au service des militants, cette enquête, fondée sur une documentation immense, met en lumière les pratiques sociales, économiques, politiques qui donnèrent sa cohérence au groupe. Renouvelant radicalement un sujet que l’on croyait bien connu, ce livre marque une étape dans l’exploration d’une question historiographique majeure et dans la défense d’une sociologie historique du fait religieux.

  • La Fin du monde antique et le début du Moyen Age fut un succès lors de sa parution en 1927. On avait traité jusqu'alors soit de l'empire romain, soit du Moyen Age en scindant les deux époques à la mort de Théodose. Pionnier du concept d'Antiquité tardive, Ferdinand Lot est le premier à consacrer un travail d'ensemble à l'histoire romaine entre le IIIe et le Ve siècle et à affirmer que "le Moyen Age ne peut se comprendre si l'on ne remonte pas au Bas Empire". Se dégageant du carcan de l'histoire événementielle, il met l'accent sur l'analyse économique et sociale. En ce domaine aussi, Ferdinand Lot innove, deux ans avant la fondation des Annales, la revue de Marc Bloch et Lucien Febvre. Mais il n'oublie pas la leçon de Fustel de Coulanges : "L'histoire n'étudie pas seulement les faits matériels et les institutions : son véritable objet d'études est l'âme humaine." Si les apports de l'archéologie ces dernières décennies ont bien changé nos connaissances des temps barbares, Ferdinand Lot reste d'actualité lorsqu'il écrit : "II est impossible de comprendre quoi que ce soit à l'histoire contemporaine si on ne sait rien de la dislocation du monde ancien, rien du nouveau peuplement de l'Europe du IVe au Xe siècle..." Une bonne raison de se féliciter de la réédition de ce classique que maîtres et étudiants ont lu et relu.

  • Émile Brehier nous propose ici une présentation claire et précise de la philosophie au Moyen Âge : à partir du sommeil de la philosophie au VIe-VIIIe siècle, il dresse une histoire chronologique qui aboutit à la fin de la scolastique au XVe siècle. Il fait une courte biographie et un résumé des idées de tous les philosophes importants de cette longue période. Ce livre montre que le Moyen-Âge, loin d'être la période d'obscurantisme que l'on a longtemps décrit, a été le cadre d'une activité intellectuelle très importante.

  • Lorsque, à la fin de sa vie, Louis Bréhier (1868-1951) fit entrer Byzance dans la prestigieuse collection de L'Évolution de l'Humanité en publiant Le Monde byzantin en trois volumes, Vie et mort de Byzance, Les Institutions du monde byzantin, La Civilisation byzantine, il achevait par une ample synthèse une oeuvre d'historien que l'on découvre encore avec admiration.La civilisation byzantine est le troisième volume de cette trilogie. Après les événements, après les institutions, qui faisaient l'objet des deux premiers volumes, c'est, dans les pages qu'on va lire, la civilisation, la vie matérielle, la vie spirituelle et intellectuelle sous tous leurs aspects qui sont présentées. Byzance trouve ainsi sa véritable place dans le long développement de l'esprit humain.

  • L'auteur propose ici, pour un temps et un espace limités, une recherche sur le blasphémateur dans sa relation avec l'appareil énonciateur et l'appareil répressif et dans son rapport à l'environnement social et culturel par l'intermédiaire d'une " parole " spécifique désignée comme un blasphème.
    Avec le blasphème, il s'agit de prendre la mesure de la relation entre le divin et l'humain, de saisir la limite entre deux mondes coexistants et pourtant de plus en plus distincts dans l'approche spirituelle de l'Europe moderne. Le blasphème devient alors cette immixtion intolérable du profane le plus vil à l'intérieur de l'espace sacré mettant en cause des repères qui avaient tracé de plus en plus nettement les contours infranchissables du sacré chrétien.

  • Le temps de Jésus : ce fut l'une des périodes les plus complexes et les plus troublées de I'Histoire de I'Humanité, mais aussi l'une des plus grosses d'avenir. Les progrès de la pensée, la conscience qu'une élite prend des misères humaines, aboutissent à une crise morale ; l'homme a besoin de comprendre la vie et la mort, il veut expliquer le mal.
    Tout cela était sensible dans ce grand carrefour de l'Antiquité qu'était la Palestine, où passèrent tant de peuples. Et Charles Guignebert « montre ce qui prépare la levée de Jésus dans le milieu palestinien, mais il montre également ce qui, dans le milieu juif de la Diaspora, prépare le mythe du Christ et le christianisme » (Henri Berr).
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  • " Avec raison Léon Homo insiste beaucoup, dans ce livre, sur ce qui différencie profondément Rome des cités grecques. Tandis que ces dernières visaient à la démocratie et en ont laissé le goût à la postérité, l'héritage de Rome est - avec le droit, évidemment - un modèle parfait de l'empire militaire et de l'organisation administrative. Double héritage, qui fut décisif pour l'Occident ". Paul Chalus, préface.
    Léon Homo, spécialiste d'histoire romaine, fût ancien membre de l'Ecole française de rome (1897-1900), puis professeur à la Faculté de lettres de Lyon.

  • L'Afrique fut durablement considérée comme un continent enfoui dans sa ruralité. Les historiens de l'Afrique ont assez peu écrit sur les villes, surtout anciennes (précoloniales), ils ont laissé ce champ à quelques anthropologues et, à partir de l'époque coloniale, aux géographes. Il ne s'agit pas, ici, de " réhabiliter " purement et simplement une Afrique urbaine oubliée : le continent subsaharien fut, en très grande majorité, peuplé de paysans, à plus de 95, sinon 99 %. Mais, pour peu nombreuses et minoritaires qu'elles furent, les villes n'en ont pas moins été présentes, comme ailleurs, tout au long de son histoire. Qui plus est, elles ont joué - elles continuent de jouer - un rôle essentiel de creuset et de diffuseur culturel, d'accélérateur des mutations sociales et politiques. Elles ont, à leur façon, exercé une influence sans commune mesure avec leurs dimensions apparentes.

  • Penseur libre et croyant intransigeant, Tommaso Campanella (1568-1639) passa presque la moitié de sa vie dans les prisons du roi d’Espagne et des papes. Souvent, on ne retient de lui qu’une brève utopie, la Cité du soleil. Son œuvre va bien au-delà. Depuis son cachot napolitain, Campanella s’efforça de penser un monde que Colomb, Luther et Machiavel obligeaient à voir sous un jour nouveau. Témoin de la première mondialisation moderne, il chercha à fonder l’humanité à venir sur un nouvel équilibre des territoires. L’Europe, la Chrétienté et l’Empire hispanique, mis à l’épreuve des rivalités politiques et de l’expansion coloniale, s’y inscrivaient dans un projet nouveau, visant à réunir les lieux habités. Loin d’être une irréalité, son utopie est une géosophie, voyage de l'esprit et savoir du monde dans un présent à inventer, où se déploie la volonté libre des hommes et de chaque homme. Refusant de se limiter aux modèles politiques hérités de l’Antiquité ou de se résigner au jeu des équilibres armés, Campanella propose à ses contemporains d’écrire une histoire globale qui ne soit pas celle de la tyrannie, condamnée à étendre sa domination en Europe, ou de la colonisation, qu’il voit alors transformer le monde par la conquête. Son interrogation s’adresse aussi aux lecteurs d’aujourd’hui : comment imaginer un monde cohérent qui laisse place à la diversité des territoires des hommes ?Jean-Louis Fournel est professeur à l’université Paris-8 Vincennes/Saint-Denis et à l’UMR Triangle. Il a publié de nombreux travaux sur l’histoire de la pensée politique italienne de l’Ancien Régime et édité plusieurs traductions françaises commentées de Machiavel, Guichardin, et Savonarole.

  • Disparue corps et biens au milieu du XVe siècle, Byzance occupe dans l'historiographie une place paradoxale. Face à la lente construction des sociétés occidentales et du monde turco-musulman, elle apparaît comme une Antiquité continuée, à laquelle la chute de Constantinople, en 1453, mit fin. Elle doit en bonne partie ce statut atypique à la conviction des historiens de la période médiévale que la « féodalité » qui caractérisa l'Occident fut l'exclusivité d'une « Europe fille des invasions ».
    Remontant à la source de cette interprétation, Évelyne Patlagean propose un réexamen de l'histoire byzantine des IXe-XVe siècles à la lumière du livre fondateur de Marc Bloch La Société féodale. L'entourage impérial, le milieu aristocratique, l'appareil d'État sont ainsi analysés du point de vue des liens familiaux et sociaux, des engagements de fidélité et de l'organisation des pouvoirs.
    La société byzantine apparaît alors sous un jour nouveau, comme une composante à part entière du monde médiéval. Le « Moyen Âge grec » révélé par ce livre redonne sa place à Byzance dans la lente gestation des structures sociales et des pouvoirs issus de la société antique, et fait sortir l'Empire d'Orient de l'obscurité où la cantonnent trop souvent encore les historiens du monde occidental.
    « Un livre essentiel qui, en brisant les clivages académiques artificiels, aide à comprendre aussi bien Byzance que l'Occident [...]. Un de ces livres rares qui, par une largeur de vue appuyée sur des enquêtes d'une infinie précision, renouvellent les perspectives, remettent en cause les convictions les mieux établies et obligent à rouvrir les dossiers qu'on croyait clos. Une bouffée d'air frais, en quelque sorte. » Maurice Sartre, Le Monde des livres.

  • Pourquoi se souvenir de Claude-Nicolas Fabbri de Peiresc (1580-1637) ? Il n'a pas laissé d'oeuvre à proprement parler et son renom d'antiquaire, sa fidélité à la Provence et son catholicisme ne lui valurent pas l'estime des hommes des Lumières, ses successeurs. De lui ne nous restent qu'une correspondance démesurée et une renommée qui fut immense en Europe, dans ce qu'on appelait alors la République des Lettres. Pourtant, apprendre qui fut Peiresc, c'est découvrir le plus grand humaniste français, c'est observer sur le vif la construction, entre Renaissance et Modernité, d'un espace européen des idées, du savoir et des arts.Au coeur de l'Europe savante, Peiresc s'intéresse au Nord comme au Sud, à la topographie de la lune autant qu'aux camées et aux pierres, aux langues orientales comme au breton, aux traces présumées de géants comme à l'apprivoisement des chats persans ou à l'observation des caméléons. Astronome réputé, mais aussi archéologue, égyptologue, botaniste, zoologue, ami de Galilée et de Rubens, il correspondit depuis Aix-en-Provence avec toute l'Europe, conseilla le roi de France et le pape, reçut, discuta et diffusa les théories, les connaissances et les arts, et défendit l'idée qu'aucun savoir, qu'il concerne la nature ou l'histoire, n'était inutile ou superflu.Première biographie contemporaine d'un prince européen du savoir, le grand livre de Peter N. Miller est indispensable à qui veut découvrir la culture scientifique et historique de la France du xviie siècle.

  • " Le signe européen, c'est le latin ", écrit en 1819 Joseph de Maistre.
    L'expression dit assez l'importance du latin dans la culture occidentale, jusqu'à une date relativement récente. Langue de l'école, de l'Eglise, de la République des lettres, le latin en vint, en dépit de son altérité, à constituer un univers familier. Les apprentissages n'en furent pas moins laborieux et les performances médiocres. A l'époque moderne, le latin fut-il jamais une langue à écrire et à parler ? Bien davantage, il s'imposa comme un instrument destiné à d'autres fonctions : former les hommes et les " classer ", traduire l'indicible, exprimer les choses les plus crues, communiquer avec l'univers, conjurer Babel.
    Ainsi, le latin devrait sa légitimité et sa durée moins à ce qu'il disait qu'à ce qu'il signifiait. L'enquête originale et novatrice de Françoise Waquet, directeur de recherche au C.N.R.S et spécialiste d'histoire intellectuelle, retrace les usages multiples de cette langue, analyse les discours éminemment passionnels qui fondent ses emplois quand, entre XVIe et XXe siècle, le latin, investi de vertus aussi nombreuses que contradictoires, se constitua en un système de valeurs étroitement calqué sur les idéaux et les normes qui régissaient la civilisation occidentale.
    Ce fut là le gage de son empire, c'était là le germe de sa perte.

  • Robert Lenoble scrute l'inconscient pour que s'éclairent en même temps l'aspect de la Nature et le régime de la raison aux différentes époques de notre culture occidentale. Il fait l'histoire d'une idée, mais ce ne peut pas être celle d'une idée claire. On dirait plus exactement qu'elle est l'histoire de la relation fondamentale que l'homme noue avec le monde dans son underground psychique et qu'il exprime dans ses systèmes de représentations conscientes, histoire de l'« idée » qui conditionne les diverses notions de Nature qu'utilisent les rationalisations scientifiques, les théories esthétiques et les doctrines morales.En fin de compte, l'effort entrepris est double, ou plutôt le but poursuivi s'éclaire sous deux points de vue complémentaires et indissociables : d'une part, faire voir comment la conscience humaine s'adresse à la réalité extérieure et opaque du monde qu'elle affronte, d'autre part, montrer comment l'univers des choses se réfère à la réalité intime et obscure des sujets vivants qui le pensent.Joseph BEAUDE

  • « Dès la plus haute antiquité, il y a eu des architectes ; il y en a eu, en certains pays, qui étaient doués, parfois même génialement, pour l'urbanisme. Ce n'est que de nos jours qu'on a vu naître la profession d'urbaniste, les écoles d'urbanisme, les revues d'urbanisme. Et cette prise de conscience devait avoir un effet rétroactif en histoire » (Henri Berr). Léon Homo montre que les préoccupations urbanistes ont existé en Grèce et chez les Étrusques. Aristote, et d'autres, analysent les problèmes que pose l'édification des villes. Et bien des cités grecques, surtout à l'époque hellénistique, témoignent, comme Alexandrie, Antioche, Pergame, avec leurs services municipaux, d'un souci d'urbanisme. À Rome, Vitruve, peu avant notre ère, écrit son De architectura, qui est « le traité d'urbanisme le plus complet, malgré ses lacunes, que nous ait légué l'antiquité classique ».Puis notre auteur passe en revue tous les problèmes qui se sont posés à la Rome antique, à laquelle se rapporte l'ensemble du livre. Les services publics d'abord sont minutieusement décrits.Le triomphe de l'urbanisme dans la Rome impériale a été « l'évolution monumentale », à laquelle L. Homo consacre ensuite presque cent pages. L'embellissement de la Ville Éternelle commença sous le règne d'Auguste. II y eut aussi beaucoup de coûteuses installations qui ne servirent qu'aux plaisirs des empereurs.La voie publique, avec ses problèmes, fait l'objet de cinq chapitres.L'habitat (riches domus, insulae ou maisons de rapport de tout rang, jusqu'aux pénibles habitations à « loyer modéré ») est ensuite longuement visité, étudié avec ses modes d'exploitation et la législation qui le concerne.Dans sa conclusion, l'auteur récapitule les grandes réalisations urbaines de la Rome impériale et en montre les lacunes. Le livre se termine sur une note mélancolique et qui donne à penser : à partir de la chute de l'Empire en 476 de notre ère, tout est peu à peu abandonné. « La Ville aux quatorze aqueducs en viendra au régime exclusif de l'alimentation par les porteurs d'eau... Avec la conquête byzantine s'ouvre pour Rome sa vie de cité médiévale ... Pour huit siècles, l'histoire de l'urbanisme romain est close. »

  • L'objet de ce livre est de montrer comment la Monarchie s'est conservée et développée du Xe au XIIIe siècle, en France et en Angleterre, à l'époque où la réorganisation de la société politique dans les formes seigneuriales et féodales semblait la condamner à dépérir. Nous n'avons pas cherché à retracer toute l'histoire politique de la France et de l'Angleterre, mais en une époque où les annales de la Royauté, au moins en France, sont souvent plus maigres ou moins intéressantes que celles d'un duché ou d'un comté, c'est d'elle cependant que nous nous sommes occupé exclusivement. Les causes matérielles et morales de sa faiblesse au temps d'un Edouard le Confesseur et d'un Hugues Capet, les circonstances qui l'ont aidée à vivre et à grandir, les institutions qu'elle a fondées en mettant à profit les principes mêmes de la Féodalité, la faillite des tentatives faites en Angleterre pour lui imposer un contrôle aristocratique...

  • Des premiers textes abolitionnistes du début du XVIIIe siècle à son abolition finale en 1848, la question de l'esclavage resta au coeur de la science politique française. Cette discussion sans fin, dont les débats révolutionnaires et l'abolition de 1793 ne constituèrent qu'un moment, vit s'affronter valeurs morales et principe de réalité économique. Écrit par une historienne de l'esclavage et un sociologue de la pensée économique, ce livre retrace l'évolution de longue durée au cours de laquelle s'affirma progressivement la nécessité morale de l'abolition de la traite et de l'esclavagisme, à mesure que la pensée économique, armée d'instruments statistiques d'une précision croissante, démontrait l'efficience amorale de l'économie de plantation.Aujourd'hui connu des seuls historiens de l'esclavage et de la pensée économique, ce débat mobilisa les meilleurs penseurs français, de Turgot à Tocqueville en passant par Condorcet et Jean-Baptiste Say. Attentif aux conditions de l'affrontement intellectuel et à l'enchaînement des arguments et des oppositions, ce livre rappelle combien la naissance d'une science sociale quantitative, alors à ses débuts, contribua à replacer sur leur vrai terrain, moral et politique, la question de l'esclavage et l'idée de l'émancipation. La leçon vaut aussi pour aujourd'hui.

  • L'épisode des bourgeois de Calais est des plus célèbres. En 1347, à l'aube de la guerre de Cent Ans, six bourgeois de la ville, tête et pieds nus, en chemise et la corde au cou, se rendirent devant le roi d'Angleterre Édouard III afin de remettre leurs vies et les clefs de la ville entre ses mains. Ils parvinrent ainsi à éviter la destruction de Calais et eurent la vie sauve grâce à l'intervention de la reine Philippa de Hainaut. Cette version des faits ne résiste pas aux travaux des historiens modernes. Jean-Marie Moeglin souligne ainsi l'instrumentalisation progressive de cet épisode depuis les chroniques médiévales jusqu'à la construction d'un « récit exemplaire » profondément ancré dans le patrimoine culturel français. On a tout simplement travesti un rituel de capitulation en une édifiante manifestation de dévouement héroïque. Le mythe s'est bâti progressivement autour de thèmes précis tels que l'opposition des libertés et des franchises urbaines aux violences de la monarchie féodale, l'antagonisme France-Angleterre ou encore l'exaltation du « patriotisme » et du « civisme ». Au-delà de la compréhension d'un épisode qui aurait dû apparaître tout au plus comme une anecdote dotée d'un certain pittoresque, l'étude de Jean-Marie Moeglin apporte un éclairage inédit sur les structures de représentation d'une société et l'élaboration du passé dans l'imaginaire collectif.

  • « Ce volume est le second de la série qui, dans « L´Évolution de l´Humanité », est consacrée aux origines du christianisme. Après avoir, dans le premier, examiné la plus ancienne histoire des tribus hébraïques nomades et leur installation en Canaan, on en arrive, avec celui-ci, à la partie centrale de l´histoire d´Israël antérieure à notre ère, et à ce qui caractérise sa religion : le prophétisme. C´est l´une des périodes les plus importantes et les plus attachantes de la vie religieuse de l´humanité.



    Ad. Lods,

  • Entre Renaissance et Révolution, la perception de l'espace français a profondément évolué, transformant le royaume un en espace homogène, mesuré, cartographié, « moderne ». Quelles furent les étapes de cette évolution et ses conséquences politiques et économiques ?
    Pour répondre à ces questions, David Bitterling a replacé la question de l'espace dans le contexte des débats et les projets politiques du XVIIe et du XVIIIe siècle, l'interrogeant dans sa dimension à la fois théorique et pratique. Il décrit une réalité complexe où se croisent et parfois s'affrontent le géomètre et l'homme politique, l'intendant et le fermier, l'arpenteur et le paysan dépossédé.
    À partir de la notion de « pré carré », devenue sous la plume de Vauban une arme de guerre, cette étude montre comment l'idée d'un territoire « clos » a pu fonder une logique libérale de l'échange. Du texte au fait géographique, économique ou politique, l'approche est multiple. En revenant ainsi sur l'imaginaire de l'espace français, David Bitterling restitue toute la complexité d'une configuration discursive, qui va du manuel d'arpentage au discours théologique, tout en y associant une analyse rigoureuse du discours économique et politique.

  • L'ancien droit français n'est pas une création du législateur, mais le produit de l'histoire. Dès le Xlle siècle, comme il a son dialecte, chaque petit pays a ses coutumes, faites de traditions ethniques et d'habitudes, liées aux modes de vie et de culture et aux vicissitudes politiques. Si ces coutumes ignorent les contrats, elles fixent jusqu'en 1789 le statut de la famille, les règles de la parenté et des successions, les conventions matrimoniales, le droit des biens et, souvent même, celui des personnes.
    Les coutumes étaient diverses, mais de même qu'il existe des familles dialectales, il existe des familles de coutumes : l'Ouest est lignager, le Nord communautaire, le Midi individualiste, avec, pour chaque province, quelque originalité. Les coutumes expriment la volonté populaire et elles évoluent avec elle. Les juristes, romanistes ou praticiens, dirigent ou contrôlent les changements, de sorte que l'histoire du droit privé rejoint à la fois l'histoire sociale et l'histoire politique. La règle de droit perd tout caractère abstrait pour devenir l'expression parfaite des mentalités d'une époque.
    Cela apparaît mieux encore dans la deuxième partie du livre consacrée aux institutions de droit privé. Le fait domine le droit: la condition des personnes dépend de leur place dans la société, le statut des biens de la fonction qui leur est reconnue. Pour le droit du mariage, de la famille, des successions, les considérations sociales l'emportent. Même les principes révolutionnaires ne pourront prévaloir contre la tradition et le Code civil devra sa longue fortune à sa fidélité à l'ancien droit.

  • Avec La Cité antique de Fustel de Coulanges, La Cité grecque de Gustave Glotz reste l'un des plus importants ouvrages écrits sur la société antique. Cette superbe synthèse où sont pris en compte aussi bien les faits sociaux que les faits religieux, la psychologie des individus comme les structures économiques, a marqué d'un sceau indélébile notre image de la "cité grecque". Ecrit à la fin des années 1920, à une époque où la démocratie était attaquée par l'idéologie totalitaire, La Cité grecque est un témoignage irremplaçable sur l'école politique de l'humanité qu'a été l'Athènes des Ve et IVe siècles. En voulant faire une histoire totale dépassant le simple alignement des faits, en questionnant le passé à l'aune du présent, Gustave Glotz reste ainsi un de nos maîtres à penser.

  • Chacun sait que la science naît au début du XVIIe siècle lorsque Kepler, Galilée et Descartes, notamment, découvrent les bases de l'astronomie et de la mécanique. Pourtant, les sciences de la vie et de la terre ne suivent pas le mouvement. Malgré les efforts d'exploration et de classification du monde vivant et du domaine minéral, ces disciplines ne prendront leur essor qu'au début du XIXe siècle. Ce travail comme celui de Guyénot se situe donc dans l'entre-deux des révolutions scientifiques.« Notre souhait, finalement, sera que le lecteur prenne assez de goût à ces lectures pour les prolonger en allant aux auteurs cités, dans les bibliothèques, chez les bouquinistes ou dans les rééditions modernes qui se multiplient et qui, sans avoir le charme des livres anciens, sont un moyen commode et bon marché d'accéder au fonds de notre littérature scientifique des siècles passés. »

  • Ce livre n'est pas un livre d'histoire, mais un événement historique : il se place au centre du grand tournant méthodologique du début du XXe siècle concernant le problème des rapports entre la géographie, la sociologie et l'histoire. Lucien Febvre établit un dialogue, d'abord sur les mérites et sur les erreurs des grands géographes et des grands sociologues du début du XXe siècle, auxquels on cherche à faire entendre raison. Dialogue sur les climats, leurs modifications, leur importance ; sur les montagnes, les plaines et les plateaux, qui sont des réalités moins simples qu'il ne paraît, sur les îles, les oasis, les « paysages ». Dialogue sur les moeurs des chasseurs, pêcheurs, pasteurs, cultivateurs, - sur les nomades et les sédentaires. Sur les États, les frontières « naturelles », les routes, les villes... Lucien Febvre établit un travail d'orientation, de réflexion critique sur l'énorme question des rapports du sol et des sociétés humaines, en transposant le problème dans le temps, pour se demander quelles déterminations - ou quelles prédéterminations - la terre habitable impose en ses diverses parties à l'Histoire. Toute la vie des hommes, toute l'activité multiple des hommes, des groupes humains, des sociétés humaines se trouve étudiée méthodiquement, rationnellement, en fonction du milieu géographique.

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