Albin Michel

  • Un descendant de Bédouins fixés à Emèse, en Syrie, passe pour le fils adultérin d'un empereur assassiné. Il sert passionnément le culte d'un aérolithe qui passe pour figurer le soleil : Elagabal. Il continuerait volontiers à danser devant l'idole si une grand-mère avide de régner sous son nom ne le faisait proclamer empereur. Loin de renoncer à sa vocation sacerdotale, l'empereur-prêtre, qu'on surnommera Héliogabale, prétend imposer à Rome et aux Romains, à la barbe de Jupiter Capitolin, l'adoration de la pierre noire, ramenée des confins du désert. Rome réagit mal à cette volonté. L'exotisme audiovisuel d'une liturgie barbare choque son sens de la dignité. De surcroît, l'adolescent joue de son pouvoir pour jouir et régner autrement que ses prédécesseurs. Les gamineries, les farces cruelles, la gourmandise inventive, la sexualité frustrée ou pseudo-érotique de ce prince immature ont alimenté la chronique scandaleuse de l'historiographie romaine, qui fait paradoxalement d'Héliogabale un précurseur du premier empereur chrétien.
    Ce règne éphémère ressemble aux Saturnales d'une révolution manquée, le tout sur fond de complot familial, avec une aïeule inquiète de perdre sa position à la cour et une tante soucieuse de pousser son fils Sévère-Alexandre sur l'échiquier du pouvoir.
    Le cadavre de l'empereur-prêtre sera jeté dans le Tibre, en pâture aux poissons qu'il aimait naguère servir à table.
    Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, ancien membre de l'Ecole française de Rome, professeur à l'Université de Lyon, Robert Turcan s'est consacré à l'étude des religions du monde romain, en particulier à l'archéologie figurée du dionysisme et des cultes orientaux (Mithra, Cybèle et Attis).

  • Le 25 août 1270, Louis IX meurt devant Carthage. Le lent et solennel convoi funèbre qui ramène jusqu'à Saint-Denis les ossements du saint Roi semble présager, avec ses étapes tragiques, l'assombrissement qui va suivre. Et curieusement le déclin des mentalités précède les grandes catastrophes dont sera victime, au cours du XIVe siècle, le royaume de France. S'il est un temps en effet pour lequel on peut employer sans crainte d'exagération les termes trop souvent galvaudés de mutation, d'évolution, de tournant de l'Histoire, c'est bien celui qui suit immédiatement le règne de Saint Louis. À une époque lumineuse, celle que peuvent symboliser pour nous les vitraux de la Sainte-Chapelle, succède un long et angoissant crépuscule.
    Ce déclin touche le régime même de la féodalité et les usages régissant alors les relations des hommes entre eux et avec la terre qui les fait vivre; il frappe aussi les fondements de la pensée ou de l'expression artistique. Des changements profonds s'amorcent qui transformeront le visage de l'Occident.
    Peut-être un sommet avait-il été atteint, après lequel le déclin était inévitable ? C'est en tout cas l'occasion de constater à quel point sont impliqués et indissolublement liés dans l'Histoire l'homme et l'événement.
    Régine Pernoud, conservateur honoraire aux Archives Nationales, a fait paraître sur le Moyen Age de très nombreux ouvrages qui font autorité : Vie et mort de Jeanne d'Arc, Les Croisades, Aliénor d'Aquitaine, La Reine Blanche, Pour en finir avec le Moyen Age, La Femme au temps des cathédrales.

  • Henri V est le dernier représentant de la branche aînée des Bourbons. Son père meurt en février 1820 et sa naissance, sept mois plus tard est saluée comme celle de « l'enfant du miracle ». Il reçoit le plus extraordinaire des cadeaux de naissance : le château de Chambord, acquis par souscription nationale. Cependant, à dix ans, il prend le chemin de l'exil : Charles X et son fils aîné, le duc d'Angoulême, avaient vainement abdiqué en sa faveur et Louis-Philippe d'Orléans devenait roi des Français.
    Cet exil dura plus d'un demi-siècle : il ne fut interrompu que par deux courts séjours dans cette France où il ne voulait revenir qu'en roi. Aucune majorité monarchiste à la Chambre ne put réussir une restauration légitimiste que le comte de Chambord - il avait pris ce nom dans l'exil - plaçait délibérément sous le signe du drapeau blanc. On ne cessa, dès lors, de lui reprocher un échec qui, selon lui, sauvegardait le principe de la légitimité.
    Auteur de nombreuses lettres politiques et de grands manifestes, il continua de régner par correspondance de Frohsdorf, où il mourut en 1883. Cette continuelle absence de la scène politique française, le modèle idéal de la royauté chrétienne qu'il défendait, l'appui constant de quelques grandes figures de son siècle - dont Chateaubriand - le destinaient à entrer dans la légende de la double majesté du malheur et de la vertu.
    Ancienne élève de l'E.N.S. de Fontenay-aux Roses, agrégée de lettres modernes, Christine de Buzon est professeur à l'Ecole normale de Blois et collabore au Service éducatif du château de Chambord.

  • "Le lecteur ne trouvera pas ici une apologie d´André Chénier en tant que "contre-révolutionnaire". Mais plutôt une tentative pour répondre - par le récit, par le portrait, par l´étude des textes - à cette question : était-il contre-révolutionnaire?

    Je me suis persuadé que non seulement il ne l´était pas, mais encore qu´il a été un des esprits de son temps les plus lucides et les plus courageux quant à la perception des risques de dégénérescence bureaucratique et policière que court toute révolution. Et la Française, comme les autres. On a bien le droit de dire cela aujourd´hui, en cette période de bicentenaire, c´est-à-dire de recul critique, et même de considérer que le dire, à partir d´un exemple concret, est servir la Révolution.

    Cet exemple concret est celui d´un homme guillotiné à trente et un ans et qui a donc payé le prix pour pouvoir se faire entendre. Or, on ne l´entend pas. On ne le regarde pas. On l´a réduit une fois pour toutes à la condition d´un poète de second plan, très "scolaire", coincé dans un étroit chapitre final des manuels de littérature du XVIIIe siècle, en évitant soigneusement de trop prêter attention à ses écrits politiques, pourtant essentiels, et même à son destin.
    Or, sans identifier Chénier à Lorca ou à Ossip Mandelstam, pour prendre des références modernes, il faut bien reconnaître que son nom doit être mis sur la longue liste des poètes assassinés." Raymond Jean

  • Le 7 mai 1915, le Lusitania, un des plus beaux paquebots de l'époque, est torpillé par un sous-marin allemand au large de l'Irlande. Près de 1200 personnes disparaissent dans le naufrage, dont 124 citoyens américains; l'émotion est considérable dans le monde entier. Depuis, le naufrage du Lusitania n'a cessé de susciter les plus vives passions et la curiosité des historiens et des chercheurs ; deux commissions d'enquête n'ont pu dissiper un authentique parfum de mystère. Le Lusitania a-t-il été victime, sinon d'une machination, tout au moins d'une négligence calculée de l'Amirauté britannique, désireuse de créer un fossé infranchissable entre l'Allemagne et les Etats-Unis ? La présence, soigneusement dissimulée, de munitions et d'explosifs à bord n'explique-t-elle pas que le navire ait coulé aussi rapidement, en moins de vingt minutes ?

    Cet ouvrage répond à ces questions. Il replace aussi l'événement dans le cadre de la Première Guerre mondiale. Certes, le torpillage du Lusitania n'a pas été la cause immédiate de l'intervention des Etats-Unis. Mais, dans un conflit passionnel, où la propagande jouait le rôle d'une véritable arme de guerre, il en a jeté les bases psychologiques. Au lendemain du drame du 7 mai 1915, l'opinion américaine avait acquis la conviction que l'Allemagne était porteuse des forces du mal.

    Philippe Masson, agrégé d'histoire, est professeur d'histoire maritime à l'Ecole de guerre navale et chargé de la section historique du Service historique de la marine. Il a dirigé le Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale et publié, entre autres travaux, l'Histoire de la Marine française.

  • A peine sortie de la guerre de Cent Ans, une France médiévale et chevaleresque se lance, bardée de fer, sur les chemins de l'Italie : le roi Charles VIII part à la conquête de Naples. Des chroniques colorées nous le montrent bousculant tout sur son passage : Ludovic le More, les Florentins et les Vénitiens, les Borgia et les rois aragonais. Cynisme, lâcheté, tromperie sèment des embûches sous les pas des Français pendant que Savonarole, le moine visionnaire, les invite à brandir un glaive vengeur.

    Le tableau change sous le ciel éclatant de Naples. L'Italie déploie ses mille séductions. Elle initie ses vainqueurs au plaisir. Ils succombent au charme des palais, des jardins et des femmes incomparables. Mais la vision idyllique n'est qu'un mirage : de nouveau il faut se battre. La victoire sera belle et sanglante... Nourries de ce souvenir grandiose, trois générations viendront chercher fortune sur le sol italien. Elles en rapporteront une moisson de trophées et les germes d'une mutation décisive, sociale et culturelle : la France fait peau neuve et aborde résolument l'une des périodes les plus brillantes de son histoire, la Renaissance.

    Auteur de grandes biographies - Catherine de Médicis, Laurent le Magnifique, Henri II -, Ivan Cloulas anime la collection "L'Homme et l'Evénement". Conservateur en chef aux Archives nationales, après avoir assumé la responsabilité de l'informatisation, il dirige la Section ancienne qui conserve les fonds prestigieux de l'Ancien Régime : il est dans cette fonction l'un des successeurs de l'historien Michelet, le chantre éloquent du "mirage italien" de la Renaissance.

  • Le mariage de Louis XIV, ce fut d'abord la paix rendue à l'Europe après des guerres atroces et interminables, et c'est ainsi que le ressentirent les contemporains. Mais la cérémonie du 9 juin 1660 à Saint-Jean-de-Luz marquait aussi le début du règne personnel du Roi-Soleil (le plus long de notre histoire) et elle préludait à une ère de prépondérance française à la fois politique et culturelle. Claude Dulong s'attache en historienne à dégager la signification profonde de l'événement, mais c'est avec une vivacité de romancière qu'elle nous en révèle les dessous et les péripéties. Elle n'oublie jamais que les acteurs et victimes de l'Histoire sont des êtres de chair et de sang, et que, dans le cas présent, le facteur humain fut capital. Sans la volonté de paix de la reine mère Anne d'Autriche, sans l'habileté de Mazarin, rien n'eût été possible. Car Louis XIV lui-même, à vingt et un ans, amoureux de la belle Marie Mancini, hésitait encore devant son destin et il s'en fallut de peu que son coeur ne l'emportât sur la raison. Ce n'est pas le moins émouvant du livre que ce portrait sensible, inattendu d'un monarque en formation, avant que la gloire et l'étiquette n'en fissent un symbole : celui de l'absolutisme.
    Claude Dulong, chartiste, s'est spécialisée dans l'histoire du XVIIe siècle. Elle a fait paraître quatre ouvrages sur cette période, dont deux ont été couronnés par le Grand Prix Gobert de l'Académie française (Anne d'Autriche et L'Amour au XVIIe siècle).

  • En 1776, les colons des treize colonies d'Amérique, sujets de Sa Majesté George III, proclament solennellement leur indépendance. Sept ans de guerre sont nécessaires pour la réaliser : guerre civile entre Britanniques, guerre internationale où la France joue un rôle déterminant, guerre coloniale pour ceux qui en feront un modèle d'émancipation. Mais cette révolution est avant tout une lutte pour les libertés. Dans ce combat se forge peu à peu la nation américaine : des noms resteront célèbres : Franklin, Washington, Jefferson, John Adams, Hamilton, Madison... quelques-uns des Pères de la patrie qui, en 1787, rédigèrent la fameuse constitution fédérative. Ce texte entre en application en 1789. Les États-Unis d'Amérique s'imposent comme la première grande république au monde. George Washington, élu président, prend ses fonctions le 30 avril. Les Américains terminent leur révolution alors que les Français commencent la leur. L'importance historique accordée à la seconde n'a- t-elle pas un peu trop éclipsé la première ?

    Claude Fohlen, professeur d'histoire américaine à l'université de Paris-I, est déjà l'auteur de nombreux ouvrages sur le Nouveau-Monde.

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