Albin Michel

  • Depuis la mort du prophète Muhammad en 632, la prophétie est achevée. Rien ne peut être ajouté ou modifié, si ce n'est le rêve. Car le rêve est un moyen d'accès aux messages divins, à la Table gardée où se trouve consigné tout ce que Dieu a décidé pour les créatures depuis les origines jusqu'à la fin des temps. Telle est la vision dérivée de l'enseignement du Prophète et d'une certaine lecture du Coran, qui constitue lui-même une partie du grand Livre divin. Dès lors, le songe devient la source d'une révélation permanente de la société musulmane, et tout croyant qui rêve peut entrer en contact et être revivifié par cette source divine inépuisable. La fonction religieuse du rêve a été reconnue, les rêves ont été répertoriés selon leur nature, et les théologiens on tenté de faire cadrer la réalité de ces rêves avec les lois religieuses. En s'appuyant sur les grands textes de la littérature onirocritique musulmane, Pierre Lory met en lumière la remarquable homogénéité des diverses clés des songes issues des traditions de l'Antiquité et de l'islam. Une attention particulière est accordée aux milieux mystiques soufis où le rêve est considéré comme un événement initiatique, un instant d'éveil au divin. La postface du psychanalyste Jean-Michel Hirt apporte un éclairage précieux à cette tradition religieuse singulière très structurée qui fait de l'état inconscient du sommeil une voie d'accès privilégiée à l'au-delà.

  • Pour la première fois, des chercheurs du monde entier se sont réunis pour donner au lecteur une connaissance aussi exacte que possible du Tibet. Symbole en Occident d´une prestigieuse tradition spirituelle " orientale ", ce pays est aussi, depuis la " libération pacifique " chinoise dans les années 1950, l´objet de polémiques, de propagande et contre-propagande entre Chinois, Tibétains en exil, Tibétains du Tibet et Occidentaux. Tout en reconnaissant dans son titre, Le Tibet est-il chinois ?, l´enjeu essentiel de ces affrontements, cet ouvrage ne cède à aucun parti pris et recherche seulement l´objectivité.

    En 1988 paraissait un pamphlet chinois intitulé Le Tibet, cent questions et réponses. Ce document de propagande (Editions Beijing Information), extrêmement caricatural, affirmait présenter le résultat des recherches des tibétologues chinois sur les points controversés de l´histoire tibétaine et de la politique chinoise au Tibet. Les éditrices de cette encyclopédie condensée sur le Tibet, Anne-Marie Blondeau et Katia Buffetrille, ont conservé le plan du pamphlet et ont placé en regard des réponses des savants chinois celles des savants occidentaux pour chacun des thèmes traités. L´éventail est vaste, de l'histoire à l'éducation, de la médecine à la démographie en passant par les émeutes, la folklorisation de la culture tibétaine, etc., et les écarts souvent très grands... La forme interrogative du titre est une invitation à la réflexion, à partir de connaissances rassemblées sans passion et dont la divulgation s'imposait dans les circonstances présentes. Le lecteur pourra enfin juger sur pièces de ce que fut le Tibet, de ce qu'il est devenu et de ce qu'il pourra devenir.

  • Les quatorze textes de cet ouvrage traitent d'un thème jusque-là très peu étudié : la parole. Tout d'abord la parole qui désigne la faculté de parler en général ; puis la parole par excellence qui désigne la révélation védique, quintessence du savoir ; et enfin la parole anthropomorphe et divinisée, figure féminine et figure de la féminité.
    La première partie de l'ouvrage décrit les aventures de la Parole dans la mythologie, ses modes d'apparition et de décomposition, son statut « pluriel » par opposition au masculin singulier. La seconde partie étudie la Parole en tant que partenaire privilégiée du rite, ses modalités et ses fonctions dans le sacrifice, clé de voûte des spéculations védiques sur le monde. Ces deux parties distinctes sont séparées par un essai qui invite à prendre la mesure du fait religieux dans son universalité à travers l'oeuvre de Freud et le rapprochement entre les découvertes du savant et certains concepts indiens sur la psychologie et la société humaines.
    La polysémie de la parole se dévoile successivement au fil de l'ouvrage, dans les différentes partitions offertes par ces textes sanscrits anciens, se répondant sur le modèle d'une fugue.

  • À partir d'observations de terrain recueillies chez les Moundang du Tchad et de nombreux exemples choisis dans l'ensemble du continent noir, Alfred Adler présente et analyse les différentes manières qui articulent la royauté, considérée dans sa dimension magique et politique, avec les institutions religieuses. C'est ainsi qu'il examine les relations du pouvoir royal avec les autorités en charge des rites les plus importants, les maîtres des masques, responsables de l'initiation, et les prêtres de la terre, dont dépendent les sacrifices liés aux fêtes du calendrier agraire. L'auteur renouvelle l'ancienne et fascinante question du totémisme à travers l'analyse des rapports entre royauté et organisation clanique.

    Loin de l'image caricaturale coloniale ou post-coloniale du tyran africain, cet ouvrage d'anthropologie nous fait découvrir combien ces sociétés de tradition orale ont pensé et su contenir les abus du pouvoir politique.

    Alfred Adler est anthropologue, spécialiste du Tchad. Il est directeur d'études à U&P.H.R, Section des Sciences religieuses.

  • Le changement de millénaire est marqué par des doctrines violentes et intolérantes. Au regard de cet inquiétant contexte, il a semblé important à Jean Baubérot et à Valentine Zuber de décrire et d'analyser une "haine oubliée" : l'antiprotestantisme sévissant en France au tournant du XIXe et du XXe siècle.
    A partir de cet épisode, qui prend ici valeur d'exemple, les auteurs établissent des analogies avec les doctrines haineuses d'hier et d'aujourd'hui. Les préjugés et les stéréotypes qu'elles charrient, tout comme le fonctionnement mental qu'elles supposent, s'avèrent interchangeables, même si ces haines sont différentes.
    Le rappel des faits historiques et des principaux thèmes antiprotestants - les protestants, race étrangère qui dénationalise la France, la trahit et pervertit son âme... - ouvre la voie à une analyse plus générale de la condition minoritaire et permet aux auteurs de comparer antiprotestantisme, antisémitisme et anticléricalisme.
    Sommes-nous condamnés à subir ces doctrines de haine ? Jean Baubérot et Valentine Zuber sont convaincus du contraire, car le "pacte laïque" de 1905 a représenté un dépassement de l'anticléricalisme. Aujourd'hui, bien connaître les mécanismes des doctrines de haine permet de mieux les combattre et de promouvoir une tolérance vigilante, indispensable à l'exercice de la démocratie et de la laïcité.

empty