Alma Editeur

  • " Je suis autiste Asperger. Ce n'est pas une maladie, je vous rassure. C'est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J'ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. "
    Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l'humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.
    Grand prix des blogueurs littéraires 2018

  • Le camp des autres

    Thomas Vinau

    Un roman éblouissant sur la liberté de l'enfance, la nature et l'insoumission. Ou comment Gaspard, l'enfant de la forêt rencontre les personnages légendaires de la Caravane à Pépère qui défraya la chronique au début du XX e siècle.
    Gaspard fuit dans la forêt. Il est accompagné d'un chien. Il a peur, il a froid, il a faim, il court, trébuche, se cache, il est blessé. Un homme le recueille. L'enfant s'en méfie : ce Jean-le-blanc est-ce un sorcier, un contrebandier, un timbré ? Une bande de saltimbanques surgit un beau matin. Ils apportent douze vipères pour que Jean-le-blanc en fasse des potions. L'enfant décidera, plus tard, de s'enfuir avec eux.
    Cette aventure s'inspire d'un fait historique. En 1907, Georges Clémenceau crée les Brigades du Tigre pour en finir avec " ces hordes de pillards, de voleurs et même d'assassins, qui sont la terreur de nos campagnes ". Au mois de juin, la toute nouvelle police arrête une soixantaine de voleurs, bohémiens, trimardeurs et déserteurs réunis sous la bannière d'un certain Capello qui terrorisait et pillait la population en se faisant appeler la Caravane à Pépère. La démonstration de force de Clémenceau aboutira au final deux mois plus tard à de petites condamnations pour les menus larcins de cette confrérie errante de bras cassés.
    " Je l'ai gardée au chaud cette histoire qui poussait, qui grimpait en noeuds de ronces dans mon ventre en reliant, sans que j'y pense, mes rêves les plus sauvages venus de l'enfance et le muscle de mon indignation. Alors j'ai voulu écrire la ruade, le refus, le recours aux forêts ", explique Thomas Vinau à propos ce quatrième roman puissant, urgent, minéral, mûri trois ans durant.

  • Ici ça va

    Thomas Vinau

    Dans ce roman aussi aérien et grave que le précédent, Thomas Vinau aborde avec la légèreté d'un peintre d'estampes la douleur de l'absence, la fragilité de l'existence et son remède le plus sûr l'amour d'Ema.
    Un jeune couple s'installe dans une maison apparemment abandonnée. L'idée ? Se reconstruire en la rénovant. Tandis qu'elle chantonne et jardine, lui - à pas prudents - essaie de retrouver ses souvenirs dans ce lieu qu'il habita enfant. Ses parents y vécurent heureux, avant que la mort soudaine du père coupe le temps en deux. Dans ce paysage d'herbes folles et d'eau qui ruisselle, ce sont les gestes les plus simples, les évènements les plus ordinaires qui vont réenchanter la vie : la canne à pêche, la petite voisine, les ragondins, la tarte aux fruits, l'harmonica. Petit à petit, il reprend des forces et se souvient tandis qu'elle lui fait le plus beau des cadeaux en ne lui demandant rien : " Elle n'a pas besoin d'être confortée sur ma virilité. Ma capacité à être un bonhomme. À construire. À la protéger. Elle n'aime pas ma perfection. Ça tombe bien. J'apprends à ne plus écouter la chanson lancinante de mes plaintes. J'apprends à rire plus fort. J'apprends à recommencer. "

  • Elle veut tuer son époux infidèle, mais à l'instant fatal le récit bifurque... Cet instant fatal est un instant fractal. À la vitesse de l'éclair, une demi-douzaine d'histoires s'imbrique dans ce premier roman mené avec une rigueur toute scientifique. Un texte réjouissant et inventif.
    Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec des raviolis. Mais, alors que s'approche l'instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l'action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes. Tout ébaubi de voir tant de pays, on découvre les aventures extraordinaires d'un jeune garçon solitaire qui, parce qu'il voyait les infrarouges, fut recruté par le gouvernement ; les inventions stratégiques d'un gardien de moutons capable de gagner la guerre d'Irak ; les canailleries d'un détrousseur pendant l'épidémie de peste à Marseille en 1720 ou encore la méthode mise au point par un adolescent sociopathe pour exterminer le fléau des rats-taupes.
    Véritable pochette surprise, ce premier roman ajoute à la géométrie rigoureusement scientifique, la collision jubilatoire du probable et de l'improbable.

  • Kaléidoscope

    Paul Andreu

    À travers le récit de plusieurs personnages plus ou moins proches d'un architecte tout juste décédé, le dernier roman de Paul Andreu tisse la toile des vies qui se croisent et se manquent. Un texte lumineux.
    Un architecte célèbre vient de mourir. Il laisse derrière lui de nombreuses réalisations, des projets encore inachevés, certains n'ayant jamais vu le jour, mais aussi une famille, des amis, des proches, eux-mêmes ayant eu une vie remplie de projets et d'autres rencontres.
    Tirant le fil des liens qui ont pu exister entre ces hommes et ces femmes, le roman déroule les récits de différents personnages qui se racontent et dont l'itinéraire recoupe plus moins fortement la trajectoire de l'architecte : l'amante que personne ne se souciera de prévenir et dont personne ne soulagera la peine ; l'astrophysicien porté par son histoire d'amour avec une grande éditrice parisienne ; la femme de l'architecte, la seule ayant su pour l'amante ; le peintre, ami de l'astrophysicien, qui apprenant sa mort accidentelle se souvient du trio amoureux qu'ils ont formé avec une jeune avocate; le jeune architecte en charge à l'étranger d'un chantier dont l'initiateur ne sera plus là pour le voir réalisé....
    Habilement construit, le roman démultiplie la narration sans aucun artifice, chaque récit faisant subtilement écho à un autre. Tantôt ce sont des lieux dans lesquels nous revenons telles ces allées du jardin du Luxembourg, tantôt des personnages qui réapparaissent, tantôt des thèmes comme celui des années qui passent et la façon dont les souvenirs se présentent à nous. Autant de morceaux de vie qui reconfigurent le réel autour d'un point de vue, mais aussi par le prisme du souvenir, comme dans l'oeil du kaléidoscope. Autant de doubles du personnage de l'architecte décédé, mais aussi de l'écrivain...
    Le dernier roman de Paul Andreu résonne comme un texte étrangement prémonitoire (il est mort quelques mois après l'avoir achevé). La justesse de son regard, la douce mélancolie qui s'en dégage, tout comme le sourire bienveillant et distancié de l'écrivain que l'on devine par endroits, en font un texte lumineux.

  • La part des nuages

    Thomas Vinau

    Tout va vient, la mer est calme, Joseph, 37 ans, mène sa barque comme il peut. Comme tout le monde. Atteindre le soir, le lendemain. La fin du mois. Les prochains congés. Finalement rien n'a changé depuis l'enfance. Si ce n'est qu'il n'est plus un enfant, qu'il en a un, Noé, et que le bateau prend l'eau.
    Tout va vient, la mer est calme, Joseph, 37 ans, mène sa barque comme il peut. Comme tout le monde. Atteindre le soir, le lendemain. La fin du mois. Les prochains congés. Finalement rien n'a changé depuis l'enfance. Si ce n'est qu'il n'est plus un enfant, qu'il en a un, Noé, et que le bateau prend l'eau. La mère de l'enfant s'en va puis l'enfant à son tour - le temps des vacances.
    Joseph déboussolé prend le maquis. Le baron perché se serait réfugié dans son arbre, Alexandre le Bienheureux dans son lit, Robinson dans la boue de ses sangliers. Joseph, lui, commence par grimper dans la cabane qu'il a construite dans un arbre du jardin. Object : ranimer ses rêves. Puis il découvre un second refuge : les autres, leurs histoires, leur présence ; celles d'une jeune fille et d'un clochard notamment. Avec l'obstination placide d'une tortue qui cherche sa première fleur de pissenlit, Joseph traverse la nuit, essuie l'orage. Victorieux, décrotté, prêt à tout.

  • Mêlant la science et la fantaisie, le roman d'éducation et d'aventures, Pierre Raufast démontre avec brio sa capacité inépuisable d'imagination et son talent jubilatoire.
    Fraîchement diplômé, Richeville, jeune homme timide et idéaliste embarque au nord de
    l'Alaska, sur un bateau. Objectif : retrouver la fameuse " baleine 52 ", qui chante à une
    fréquence unique au monde. Mais l'équipage affrété par le sinistre Samaritano Institute a
    d'autres desseins.
    Au menu : le sinistre Dr Alvarez, un hacker moscovite, une start-up californienne, une jolie
    libraire et des cétacés solitaires, mutants ou électroniques qui entrainent Richeville dans un
    tourbillon d'aventures extraordinaires.

  • Il était une fois un homme qui rangeait ses souvenirs dans des bocaux. Chaque caillou qu'il y dépose correspond à un évènement de sa vie. " Florin les faisait rouler lentement entre son pouce et son index comme l'on tourne et retourne le prénom d'une femme dans sa tête avant de s'endormir. " Margaux et Pascal, un prof et son élève, le rencontrent à l'improviste.
    Des liens d'amitié se tissent au fur et à mesure que Florin extrait des bocaux ses petits cailloux. À Margaux, l'adolescente éprise de poésie et à Pascal le philosophe perplexe, l'homme aux cailloux raconte. L'histoire du village noyé de pluie pendant des années. Celle du potier qui voulait retrouver la voix de Clovis dans un vase. Celle de la piscine transformée en potager. Celle de la cueillette aux noix par hélicoptère. Celle des fossoyeurs truands...
    Auteur de La fractale des raviolis (Alma, 2014), Pierre Raufast invente à nouveau des récits plus incroyables et crédibles les uns que les autres. À cet exercice jubilatoire, ce deuxième roman ajoute une douce réflexion sur les jeux du souvenir et du hasard.
    Il était une fois un homme qui rangeait ses souvenirs dans des bocaux. Chaque caillou qu'il y dépose correspond à un évènement de sa vie. " Florin les faisait rouler lentement entre son pouce et son index comme l'on tourne et retourne le prénom d'une femme dans sa tête avant de s'endormir. " Margaux et Pascal, un prof et son élève, le rencontrent à l'improviste.
    Des liens d'amitié se tissent au fur et à mesure que Florin extrait des bocaux ses petits cailloux. À Margaux, l'adolescente éprise de poésie et à Pascal le philosophe perplexe, l'homme aux cailloux raconte. L'histoire du village noyé de pluie pendant des années. Celle du potier qui voulait retrouver la voix de Clovis dans un vase. Celle de la piscine transformée en potager. Celle de la cueillette aux noix par hélicoptère. Celle des fossoyeurs truands...

  • Malpertuis

    Jean Ray

    Jean Ray connut avec Malpertuis son plus grand succès salué par de nombreuses traductions à l'étranger. Dans une de ces sombres demeures bourgeoises dont l'écrivain a le secret, les dieux de l'Olympe se réincarnent pour une angoissante affaire d'héritage...
    Docteur en sciences occultes, versé dans la démonologie et brillant helléniste, le vieux Cassave va mourir. À sa demande, la lugubre demeure de Malpertuis - une de ces " maisons de maîtres " flamandes dont Jean Ray a le secret - accueille les membres de la famille venus se partager son immense fortune. Celle-ci ne leur revient qu'à condition de vivre ensemble à Malpertuis. Tout de suite les maléfices commencent, des visions de cauchemar se matérialisent, des crimes sont perpétrés, des métamorphoses effroyables s'opèrent. L'effroi culmine lorsque vient la nuit de Noël, plus terrifiante que le reste...
    C'est ici la lune qui préside aux mouvements océaniques auxquels les personnages sont en proie dans la guerre qu'ils se livrent et dans leurs amours dangereuses. " Les heures d'effroi adoptaient une régularité de marées ou de phases lunaires comme dans la fatale maison des Atrides. " Et le lecteur s'aperçoit progressivement que les hôtes de Malpertuis sont possédés par les anciens dieux et demi-dieux de l'Olympe venus régler leurs comptes. À commencer par Zeus et les terribles Erynnies, les divinités de la vengeance...

  • Dans un style ample et tendre et des dialogues presque naïfs, Lenka HORNÁKOVÁ-CIVADE relate dans ce premier roman l'histoire d'une lignée de femmes bâtardes en tchécoslovaquie de 1930 à 1980.
    Elles s'appellent Magdalena, Libuse et Eva et partagent le même destin : de mère en fille elles grandissent sans père. Mais de cette malédiction, elles vont faire une distinction. Chacune a sa façon, selon sa personnalité, ses rêves, ses lubies, son parler et l'époque qu'elle traverse. Malgré elles, leur vie est une saga : Magdalena connaîtra l'annexion nazie, Libuse les années camarades et Eva la fin de l'hégémonie soviétique. Sans cesse des imprévus surgissent, des décisions s'imposent, des inconnus s'invitent. À chaque fois, Magdalena, Libuse et Eva défient tête haute l'opinion, s'adaptent et font corps. Au fond, nous disent-elles, rien n'est irrémédiablement tragique, même les plus sombres moments.
    Ces héroïnes magnifiques, Lenka HORNÁKOVÁ-CIVADE les magnifie encore par son écriture solide et douce, brodée, ourlée, chantante. Moqueuse aussi lorsque la kyrielle de personnages secondaires - paysans, apparatchiks, commères... le requiert.

  • Disaster falls

    Stéphane Gerson

    " Disaster Falls est une méditation sur une tragédie familiale qui se confronte à l'événement-même et à ses conséquences, dans un langage dont la retenue engendre paradoxalement de profondes émotions. Un livre d'une force immense. " Salman Rushdie (2017)
    Disaster Falls porte le nom d'un lieu perdu - des rapides dans le Colorado - et d'un événement tragique. À l'été 2008, lors d'un voyage organisé, le kayak dans lequel Stéphane Gerson naviguait avec son fils Owen chavira dans ces eaux froides. Après trois heures de recherches, les guides repêchèrent le corps d'Owen. Il avait huit ans.
    " J'incarnais désormais une figure qui hante notre époque, dit Stéphane Gerson : celle du parent qui n'a pu ou su protéger son enfant. Pour comprendre l'univers dans lequel nous avions basculé, ma femme et moi, je me mis dès mon retour à New York à consigner ce que j'observais en moi et autour de moi. Tenu au quotidien, ce journal devint le matériau brut à partir duquel, des années plus tard, j'ai rédigé un ouvrage sur cet événement intime et ses répercussions. "
    OEuvre de non-fiction au croisement du récit, de la chronique et de l'enquête, Disaster Falls marie les émotions du père, l'analyse de l'historien et la quête de sens. L'histoire hante le livre, que ce soit celle de ces rapides depuis leur découverte en 1869, de l'expérience du deuil parental (Shakespeare, Mallarmé, etc.) ou de catastrophes collectives qui, de la Shoah au 11 septembre 2001, donnent sens à ce désastre familial.
    Dans ses derniers chapitres, Disaster Falls s'ouvre à une autre vision de la mort. Atteint d'un cancer inopérable deux ans après cet accident, le père de Stéphane Gerson opta pour l'euthanasie en Belgique. Après avoir perdu un fils, l'auteur accompagne son père durant ses derniers jours. Autre filiation, autre mort - une mort acceptée, apaisée, faite sienne. " J'étais un vivant entre deux disparus. "

  • " Quand on aime, il faut partir " écrivait Blaise Cendrars. Le voyage initiatique du narrateur le ramènera à l'essentiel. Les thèmes universels de l'amour et de la liberté sont ici abordés avec délicatesse, talent et émotion.
    Un jeune homme, Walther, quitte la femme qu'il aime et qui attend la naissance de leur enfant pour aller vagabonder du nord au sud, des lumières estompées des Flandres jusqu'à l'Espagne éclatante et solaire. Son voyage le ramènera finalement et librement à l'essentiel, vers celle qui a su le laisser partir et l'attendre. Ensemble, ils vivront le bonheur d'accueillir le nouveau né. Ce roman d'une grande délicatesse, est empli de pudeur et de poésie. Deux parties, l'errance et la vie au retour, proposent une succession de courts textes dont le rythme accentue le sentiment d'une progression. Le lecteur fait ainsi ce double voyage (interne et géographique) en compagnie du narrateur. Le texte est séquencé, nous commençons par " L'idée " pour terminer par " Ca suffirait ".

  • Nouvelle étape dans la publication des versions originales et intégrales des romans et contes de Jean Ray. Voici réunis en un seul volume, deux recueils publiés durant la Deuxième Guerre. Où le " goûteur de ténèbres " se surpasse.
    Le grand nocturne (1942) et Les cercles de l'épouvante (1943) ont paru au coeur de la Deuxième Guerre mondiale durant l'occupation de la Belgique, période d'intense activité pour Jean Ray. En plus de ces deux recueils de " récits d'épouvante ", l'écrivain gantois publie - presque simultanément - ses deux grands romans : La cité de l'indicible peur (1943, réédité par Alma, mai 2016) et Malpertuis (1943, réédité par Alma, en mai 2017).
    À vrai dire, la guerre n'a pas d'influence directe sur celui que l'on, commence alors à surnommer " l'Edgar Poe belge ".
    Emprisonné à Gand de 1926 à 1929 pour des malversations boursières, ruiné, Jean Ray doit survivre durant les années 1930 en publiant une multitude d'articles en tous genres, des récits fantastiques et les quelques cent fascicules de la série Harry Dickson. De surcroît son superbe recueil de contes et récits, La croisière des ombres (1932) a connu l'échec. Plus que jamais enfermé dans Gand comme dans un cercle étouffant, l'écrivain n'en poursuit pas moins la taille de ses diamants noirs, malgré l'obligation de fournir des travaux alimentaires.
    Durant l'Occupation, l'édition belge se trouve à son tour dans un " cercle " oppressant, ses liens devenant difficiles avec Paris et prohibés avec les pays anglo-saxons. Seule la presse collaborationniste offre de l'espace : Jean Ray y publie beaucoup, sans se référer à la politique ni aux idéologies du moment, plus que jamais enfermé dans son univers très peuplé, à rebours d'une réalité elle-même très sombre.
    Ces deux recueils, tous deux rigoureusement construits, se répondent : angoissantes étrangetés dans les aventures fantastiques du Grand nocturne, avec une incroyable virtuosité des intrigues ; poésie de la peur, des réminiscences, des prémonitions et des souvenirs douteux dans Les cercles de l'épouvante à l'image d'une jeune sorcière : la petite Lulu, la fille de l'écrivain, sous l'égide de laquelle le livre est placé. Plus que jamais l'effroi voisine, chez Jean Ray, avec l'humour et le paradoxe.

  • Avec les neuvième et dixième volumes de la collection Jean s'achève l'édition de ses textes romanesques. Avec une redécouverte : Saint-Judas de la Nuit son chef d'oeuvre posthume dont on propose une version complète fidèle aux voeux du " maître des effrayants vertiges ".
    Le diable, retiré des affaires, revient déguisé en employé du gaz ; une Anglaise collectionne dans la cire les sosies d'hommes célèbres ; une mouche et une araignée s'entendent pour dévorer un homme... Ce recueil rassemble nombre de thèmes chers à l'auteur, traités à travers certains de ses meilleurs textes. Notamment, " Trois petites vieilles sur un banc ", réinterprétation des trois Moires - les trois Parques - au fil d'un récit terrifiant, et plus encore " Tête-de-Lune ", probablement l'un des plus beaux textes de Jean Ray, illustration au vitriol de ce que Hegel appelait " le dimanche de la vie ", soit l'idéal bourgeois du paradis, fait d'un plantureux déjeuner familial, suivi d'une promenade digestive...

  • Les métamorphoses

    Camille Brunel

    Camille Brunel revient avec un deuxième roman détonnant. Une étrange et effrayante épidémie transforme les humains en animaux, menaçant ainsi notre monde d'un retour définitif à l'état sauvage.
    Isis est une jeune femme vegan ultra connectée, animaliste, portant autant (sinon plus) d'affection à Dinah, sa chatte, qu'à ses semblables. Voici qu'apparaît dans son jardin une grue antigone, bel oiseau étranger à l'Europe. Isis poste son étonnement sur les réseaux.
    Très vite se multiplient d'autres apparitions inédites d'animaux, allant de pair avec d'inexplicables disparitions d'êtres humains. Le monde se peuple d'un improbable bestiaire où les uns dévorent ceux qui sont devenus leur proie, les autres fuyant comme ils peuvent un lieu à présent hostile. Les autorités n'osent prononcer le mot de pandémie, mais les scientifiques identifient un mal nouveau: la tératomorphose foudroyante. Une pulsion affective ou sexuelle prononcée en serait un des premiers symptômes, touchant davantage les adultes de sexe masculin, bien que les femmes et les enfants ne soient pas totalement épargnés.
    Isis voit ainsi chacun des membres de sa famille tout comme ses proches se métamorphoser : sa grand-mère devenue araignée écrasée par son oncle, son père hippocampe qu'elle remet à la mer, son beau-frère changé en serpent enfermé dans la chambre de sa soeur... Avec Shravanthi, danseuse indienne de Pondichéry qui l'a rejointe et dont elle est éprise, elle s'efforce de se sauver et surtout de sauver ses deux petites nièces, quittant un monde apocalyptique pour rejoindre un des gynécées nouvellement créé qui protègerait les dernières femmes épargnées par la pandémie. Y arriveront-elles avant que la pulsion amoureuse fasse son oeuvre ?
    Malgré la construction d'un univers fictif saisissant, le roman ne verse jamais dans le fantastique. Rythme effréné, style vif et réaliste entraînent naturellement le lecteur sans qu'il se soucie d'espérer improbable cette fin du monde. Toute l'habileté de l'auteur est d'avoir choisi un personnage principal (Isis) qui porte un regard, non pas résigné mais plein de lucidité sur la situation.
    Tirant les ficelles jusqu'au-boutistes des travers de notre société, Camille Brunel approfondit les thèmes déjà présents dans La guérilla des animaux (Alma, 2018) : l'animalisme, l'anthropocène, l'hyperconnection aux réseaux sociaux mais aussi le rapport à la mort et à la vie.

  • Née dans une famille paysanne de Bourgogne, Anne-Marie Javouhey (1779-1851) est l'une des grandes figures d'un catholicisme intrépide forgé en pleine " déchristianisation " révolutionnaire.
    Elle choisit très tôt de se consacrer à Dieu et à l'enseignement des pauvres - particulièrement des femmes. Quittant la Côte-d'Or, non sans mésaventures, elle fonde en 1807 la première et la plus importante congrégation missionnaire féminine du xixe siècle : les Soeurs de Saint-Joseph de Cluny, toujours actives aujourd'hui.
    Un séjour en Afrique marque profondément la " sainte entreprise " à laquelle Anne-Marie consacre sa vie voyageuse et ses combats. Mais c'est en Guyane, au cours des années 1830, que le projet se concrétise, inspiré par les missions jésuites du Paraguay. Malgré le mépris et l'hostilité de la structure esclavagiste - qui multiplie embûches et vexations -, elle fonde le village de Mana, véritable monde à l'envers. Ici, le pouvoir ne revient à aucun homme blanc et propriétaire. Les cheffes y sont aussi pauvres que ceux qu'elles dirigent.
    Soutenue par une documentation largement inédite, voici l'histoire d'une femme d'exception dans un monde d'hommes. Anne-Marie Javouhey paya durement le prix de sa détermination. Sous ses apparences conformes au monde révolu de son enfance, son engagement dépassait alors les bornes de l'acceptable, sinon de l'imaginable.

  • Les contes du whisky

    Jean Ray

    Dans une taverne embrumée de Londres les buveurs de whisky racontent et se racontent. Terribles et drôles, drôles parce que terribles, Les Contes du whisky (1925) marquent l'entrée en littérature de Jean Ray, le ciseleur de cauchemars. Il sont enfin redonnés dans leur version intégrale et originale.
    Le " Site enchanteur " est une taverne bondée et enfumée des docks de Londres où gravitent d'étranges personnages, emportés par le whisky " au goût de sang et de larmes". Ils partagent un festin funeste de pitoyables et effroyables aventures d'errants de la mer. Au rythme des hallucinations et des fabulations, le whisky - feu purificateur - permet de dialoguer avec l'ombre et d'en finir avec l'éteignoir d'existences mornes et répétitives. Ici règne le principe de l'anamorphose : le regard sur les choses et sur soi en sort radicalement changé. Ce premier recueil de contes (1925) a signé l'entrée de Jean Ray en littérature. Il est ici rendu dans sa version originale et intégrale.

  • " Nos rapports aux animaux sont un miroir dans lequel nous voyons ce que nous sommes devenus au fil des siècles. Ce ne sont pas seulement les horreurs dont notre espèce se rend coupable en exploitant d'autres êtres sensibles qui apparaissent dans ce miroir, mais le visage blafard d'une humanité en train de perdre son âme. "
    Soulignant l'universalité de la cause animale, Corine Pelluchon montre que les violences infligées aux animaux reflètent les dysfonctionnements de la société. Raison pour laquelle il convient de politiser la cause animale et de donner des repères théoriques et pratiques pour y parvenir. Pour commencer il convient de cesser la stigmatisation et l'ère des compromis qui ne donnent aucun résultat tangible. Stratégiquement ensuite, il faut aider les personnes travaillant dans l'élevage, l'expérimentation, l'alimentation ou la mode à se reconvertir et à innover étant entendu que la principale cause de l'exploitation animale provient d'un système économique qui étend la dérégulation sur toute la surface de la terre. Sensibiliser dès le plus jeune âge, découvrir la richesse des existences animales, enseigner l'éthique animale et l'éthologie dans le secondaire et à la faculté également. Car la culture et l'éducation sont les piliers de la justice.
    L'idée poursuivie par l'auteure est de donner aux citoyens, aux représentants politiques et aux différents acteurs de l'économie les moyens d'opérer la transition vers une société juste prenant en compte les intérêts des humains et ceux des animaux.

  • Retourner dans le village pour vendre la maison.
    Ça devrait être facile, elle ne l'a jamais aimée cette maison plantée au bord d'une voie ferrée.
    C'est la dernière chose à faire, les parents sont morts. L'un après l'autre. Se sont suivis de peu, mais dans le désordre. C'est parti de là. Ou de la télé qui hurlait dans le salon.
    Elle n'y est jamais retournée depuis l'accident du père. L'accident qu'on avait classé sans suite, elle ne savait pas qu'on classait les accidents. Elle ne savait pas non plus qu'à dix ans, on ne redessine pas le monde avec du café sur une toile cirée.
    Ça devrait être facile, elle a une vie maintenant.
    Revenir, vendre, accueillir tout ce qui pourra la faire tenir debout.
    Et garder près d'elle le grand chien gris.

  • " Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l'est pas est inutilisable ", disait Paul Valéry. Alors que les impôts font partie du quotidien des Français, la complexité du système fiscal et budgétaire empêche les citoyens comme les parlementaires de se prononcer utilement sur ces questions. L'impression de se perdre dans un labyrinthe confisque le consentement à l'impôt.
    La fabrique de l'impôt et de la dépense publique appartient pourtant aux citoyennes et citoyens. C'est à eux qu'il revient d'y consentir, d'en contrôler l'usage et de demander aux responsables publics de rendre compte de leur action. Devenu à 34 ans le nouveau rapporteur général du budget
    - le plus jeune à ce poste - Laurent Saint-Martin porte un regard neuf sur le travail parlementaire. Il entend permettre à chacun de comprendre l'élaboration du budget et se réapproprier le fonctionnement des finances publiques. Car l'impôt n'a de sens et d'efficacité que si le citoyen en comprend et en contrôle la " fabrique ". C'est le seul moyen pour que le consentement à l'impôt, essentiel à la vie civique, ne soit pas une simple formule de style.

  • Habemus piratam

    Pierre Raufast

    L'abbé Francis n'en revient pas : un cyber-pénitent s'installe un beau matin dans son confessionnal. Le hacker, sorti de nulle part, a décidé d'avouer ses forfaits. La vallée de Chantebrie en est toute chamboulée...
    L'abbé Francis ne confesse en général que de petites querelles de paroissiennes. Un jour, il reçoit les confidences d'un mystérieux pirate informatique qui s'accuse d'avoir enfreint les Dix Commandements. Avec délice, le prêtre plonge dans des histoires incroyables, comme celles du faux vol de la Joconde, de la romancière à succès piégée par un drone ou de Toulouse privé d'électricité au nom des étoiles. Il met alors le doigt dans un engrenage numérique qui va l'entraîner beaucoup plus loin que prévu... Et, pendant ce temps, c'est également une jolie pagaille dans le paisible petit bourg où tous les secrets semblent impatients de reparaître, fussent-ils enfouis dans les profondeurs du temps ou le coin du pré.
    Dans ce quatrième roman, Pierre Raufast allie son talent de conteur à ses connaissances professionnelles en sécurité informatique. Il en résulte un délicieux cocktail d'anecdotes réalistes, d'humour, de suspens et d'espiègleries.

  • Considéré dans le monde entier comme l'un des principaux pianistes français, le " flâneur élégant " revient, pour la première fois, sur son itinéraire. Une subtile réflexion sur son métier, sur la virtuosité et sur la musique, cette " rencontre du son et du coeur ".
    " La musique est le lien ténu qui unit les hommes. Elle résiste aux conflits, apaise les douleurs, enchante l'âme. Elle sera toujours là quand nous partirons et sa
    souveraineté ne cessera de s'étendre. "
    Considéré dans le monde entier comme l'un des principaux pianistes français, Jean-Philippe Collard revient, pour la première fois, sur son itinéraire. De sa Champagne natale où la musique était au coeur de la famille jusqu'aux grandes salles de concert à travers le monde, le pianiste raconte son apprentissage puis son long compagnonnage avec le clavier. Si la musique est
    d'abord pour lui un exercice d'amitié et d'admiration comme en témoigne sa rencontre avec Vladimir Horowitz, c'est avant tout le plus beau cadeau que lui ait fait la vie, et qu'il entend partager avec tous.
    On trouvera ici une subtile réflexion sur le métier de musicien, sur l'art du piano et sur la quête permanente d'une " rencontre du son et du coeur ".

  • Ce livre, paru en 2011 chez Oxford University Press, est destiné à devenir un classique pour tous ceux qui pensent qu'il est urgent de s'engager politiquement à améliiorer la condition animale.
    En matière de droit des animaux les théories classiques visent à protéger les animaux contre les violences qu'ils peuvent subir et érigent une barrière protectrice autour d'eux. Or, une telle approche ne donne aucun résultat pratique significatif. Raison pour laquelle Will Kymlicka et Sue Donaldson se focalisent non sur les droits des animaux mais sur nos obligations concrètes à leur égard. Ce qui suppose que l'on examine nos relations avec eux.
    Ils proposent trois catégories d'animaux : domestique, sauvages et liminaire. Et pour chacune, trois modèles de vivre ensemble : la citoyenneté, la souveraineté, le statut de résident. Pour ce faire, ils s'appuient sur des travaux concernant les personnes en situation de handicap et la manière dont on peut les sortir de l'invisibilité sociale et politique. Aujourd'hui les théories de la justice intègrent enfin la notion de vulnérabilité reléguant par là même l'idée de citoyens de seconde zone. Cette reconnaissance, à la fois morale et politique, d'individus vulnérables, les auteurs de Zoopolis suggèrent de l'appliquer aux animaux.

  • La folie Fischer

    Christian Carisey

    Considéré par beaucoup comme le plus grand joueur d'échecs de tous les temps, Bobby Fischer fut, à l'image des temps de Guerre froide, hanté par les complots et le double jeu. Une aubaine pour le biographe et un bonheur pour le lecteur.
    Champion du monde d'échecs en 1972 contre Boris Spassky, Bobby Fischer est le premier Américain à avoir remis en cause la suprématie des joueurs soviétiques. Pourtant, des années plus tard, le héros national devient un véritable pestiféré au point de se réjouir publiquement des attaques du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center.
    La folie Fischer retrace le parcours d'un joueur en ces temps de Guerre froide où les échecs sont considérés comme un " sport " éminemment politique. De Che Guevara en 1964 à La Havane jusqu'à Slobodan Miloševi´c, en 1992, alors que la guerre de Serbie fait rage, c'est à qui réclamera la présence de Bobby Fischer.
    Quitte, pour celui-ci, à se placer en porte à faux contre les États-Unis.
    La folie Fischer est aussi le récit d'une descente aux enfers. Persuadé qu'on le bombarde d'ondes magnétiques, le champion déchu fuit d'imaginaires complots du FBI, du KGB ou du Mossad. Il rejoint l'Église Universelle de Dieu en plein délire postapocalyptique. Proscrit, malade, il poursuit une partie sans fin. Mais qui est l'adversaire ? Et quelles sont les règles du jeu ?

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