Littérature générale

  • "Tout commence par la perte des eaux.
    L'outre se désemplit pour livrer le passage à une entité complète en soi. Pas un corps étranger ; un bourgeon, une ébauche, une excroissance intime, qui, une fois émergé, devient cet autre auquel seuls nous rattachent les liens de l'amour et du désarroi.
    Dès cette première séparation, la joie se teinte de désolation: il ne se souviendra pas de ce temps-là, de ce partage de nos matières, de ce qu'il a pris de moi pour se former, de ce que je lui ai donné pour le façonner. Cette amnésie des enfants, heurtée à la permanence obstinée de la mémoire des mères, c'est la toute première déchirure."

    Née en 1957, à Trois-Boutiques, de parents d'origine indienne, Ananda Devi a grandi au contact de plusieurs langues, dans le tissage culturel et humain si particulier de l'île Maurice. Ethnologue de formation, traductrice de métier, elle est sensible à l'imbrication des identités, à la question de l'altérité et à la situation des femmes dans le monde. Ses précédents recueils - Quand la nuit consent à me parler (2011) et Ceux du large (2017) - sont parus aux Éditions Bruno Doucey.

  • Ligne 5, République, Bobigny... Ligne 9, Jasmin, La Muette, Charonne... Chaque jour des millions de femmes et d'hommes se croisent dans le métro parisien, les yeux rivés à l'écran de leur téléphone mobile, pressés d'arriver à destination. Et pourtant, il y a tant à voir et tant à vivre dans ce monde souterrain. Tant de livres à déchiffrer sur les visages que l'on côtoie. Tant de scènes à filmer avec la caméra de l'empathie. Tant de jeunes et de vieux, de malades et de bien-portants, de riches et de pauvres "emportés dans le même voyage". Il fallait un regard de poète pour mettre au jour l'inépuisable richesse de ces transports en commun. Ce regard, c'est une femme venue de Syrie qui nous l'offre, dans ces "métropoèmes" écrits directement en français. La poésie aussi est un service public.

    Née à Lattaquié en Syrie, Maram al-Masri entreprend des études à Damas, avant de s'exiler à Paris où elle connaît une situation difficile. En 2003, Cerise rouge sur un carrelage blanc la révèle au public francophone. Sa poésie, saluée par la critique des pays arabes et traduite dans de nombreuses langues, fait d'elle une des grandes voix du Moyen-Orient. Ses six précédents recueils, parmi lesquels Elle va nue la liberté, Le Rapt et La femme à sa fenêtre ont été publiés par Bruno Doucey.

  • D'abordils ont coupéle cordon ombilicalpour des raisons naturellesEnsuiteils ont coupéle prépucepour des raisons d'hygièneEnfinils ont coupéla languepour des raisons de sécurité

    Née en Algérie en 1965, Souad Labbize a vécu en Tunisie avant de s'exiler volontairement en France. Elle est l'auteure d'un roman, J'aurais voulu être un escargot (Séguier) et de recueils de poèmes, comme Une échelle de poche pour atteindre le ciel (Al Manar) et Brouillons amoureux (Éditions des Lisières). Très engagée dans la défense de l'égalité entre hommes et femmes, elle écrit au nom de toutes celles qui prennent un jour la route de l'exil pour affirmer leur féminité et leur indépendance.

  • l'arbre étend ses bras
    comme des poussées d'îles
    avec une fraternité
    chaînée en archipel
    des ramifications souterraines
    constellées de l'enfance
    la richesse se calfeutre
    au lieu de se donner

    Nassuf Djailani est né à Mayotte, dans l'archipel des Comores, en 1981. Après avoir passé son baccalauréat, il quitte son île natale pour étudier le journalisme, s'installe à Limoges où il travaille pour France 3. Très impliqué par la situation dans l'archipel des Comores, il crée en 2010 Project-îles, revue d'analyse, de réflexion et de critique sur les arts et les littératures de l'océan Indien. Sa plume est avant tout celle d'un écrivain, romancier, dramaturge et poète engagé dans le monde.

  • "L'avez-vous vu ?





    Il portait son enfant dans ses bras


    et il avançait d'un pas magistral


    la tête haute, le dos droit...





    Comme l'enfant aurait été heureux et fier


    d'être ainsi porté dans les bras de son père...


    Si seulement il avait été


    vivant. "

    Née à Lattaquié en Syrie, Maram al-Masri entreprend des études à Damas, avant de s'exiler à Paris où elle connaît une situation difficile. En 2003, Cerise rouge sur un carrelage blanc la révèle au public francophone. Sa poésie, saluée par la critique des pays arabes et traduite dans de nombreuses langues, fait d'elle une des grandes voix féminines du Moyen-Orient.
    Ses derniers recueils, Par la fontaine de ma bouche et La robe froissée, ont été publiés par les Éditions Bruno Doucey.

  • La Robe froissée reprend en l'enrichissant un court recueil de Maram al-Masri publié en 2009 aux Editions La nuit myrtide sous le titre La femme à la fenêtre. Dans ces textes, un regard de femme se pose sur la Grand place d'une ville du nord de la France. Il y règne une ambiance de fête foraine, ducasse où se côtoient barbes à papa et pommes d'amour, rires d'enfant et détresse sociale. Mais qui est cette femme surprise au petit matin nordique ? Une immigrée venue de loin, voyageuse du Levant née dans la poussière des caravanes. Bien sûr la vie est là, simple et tranquille, qui ne saurait faire oublier les pays malades de la guerre, la crise économique, la fermeture des usines. Et si nos joies n'étaient finalement que cela, frêles coquelicots, « gouttes de sang de la terre blessée » ?


    Née en Syrie en 1962, Maram al-Masri entreprend des études à Damas, avant de s'exiler à Paris. En 2003, Cerise rouge sur un carrelage blanc la révèle au public francophone. Quatre ans plus tard, elle obtient le prix de poésie de la SGDL pour Je te regarde, avant de publier Je te menace d'une colombe blanche aux éditions Seghers. Sa poésie, saluée par la critique des pays arabes et traduite dans de nombreuses langues, fait d'elle une des grandes voix féminines du Moyen-Orient.

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