Editions Boréal

  • Il serait difficile d'exagérer l'importance de Marshall McLuhan et de ses théories sur les communications, mais ses écrits - d'une densité qui peut parfois intimider - sont plus souvent cités que lus. Il n'en demeure pas moins que ses prédictions se sont réalisées : dès le début des années 60, McLuhan a écrit que la culture de l'imprimé, visuelle et individualiste, serait remplacée par ce qu'il appelait l'" interdépendance électronique " pour créer un " village global " que caractérise une identité collective se fondant sur la tribu.

    Le romancier Douglas Coupland considère ce grand intellectuel d'abord comme un artiste pratiquant une sorte d'art conceptuel qui nous fait affleurer des vérités profondes mais parfois obscures sur la façon dont la technologie est en train de transformer le monde et ses habitants. Coupland, lui-même romancier prolifique, sculpteur, peintre, performeur, est un véritable héritier de McLuhan, dont l'oeuvre est l'illustration suprême de son plus célèbre aphorisme : " Le médium est le message. " Écrit avec l'intelligence et l'humour auxquels l'auteur nous a habitués, le McLuhan de Coupland est une révélation.


    L'auteur Écrivain canadien anglais, Douglas Coupland s'est fait connaître par son roman Génération X paru en 1991. Il a à son actif une douzaine de romans et des essais, traduits dans plus de trente langues. Il vit à Vancouver.

  • Que ce soit comme nouvelliste et romancière, du Torrent et des Chambres de bois à Kamouraska et aux Fous de Bassan, comme poète, du Tombeau des rois aux Poèmes pour la main gauche, ou comme dramaturge, des Invités au procès à La Cage, Anne Hébert (1916-2000) nous a laissé une oeuvre dont la splendeur, l'originalité et la force font d'elle une figure majeure de la littérature québécoise et canadienne du XXe siècle. Commencée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, cette oeuvre s'échelonne sur une cinquantaine d'années, toujours nouvelle et cependant toujours fidèle au même désir, à la même exigence : vivre, c'est écrire. Mais qui était cette femme qui a donné naissance dans tant de livres à tant de beauté, de violence et de vérité ? Sur sa vie, son intimité, ses rapports avec sa famille et ses proches, Anne Hébert était la discrétion même, comme si la présence et le rayonnement de son oeuvre exigeaient l'effacement de sa personne, sa propre absence, en quelque sorte. De son enfance et de sa jeunesse, de ses apprentissages, de la trajectoire qui l'a conduite du Québec où elle est née à la France où elle s'est épanouie, de ses façons de travailler, des rencontres qui l'ont marquée, des êtres qu'elle a aimés et qui l'ont aimée, entourée, soutenue, des joies et des souffrances qu'elle a vécues et qui ont pu nourrir son imagination de romancière, elle n'a pratiquement rien dit, ni dans ses écrits ni dans ses interventions publiques.
    C'est donc sur ce « mystère Anne Hébert » que se penche ici Marie-Andrée Lamontagne, non certes pour le résoudre (qui saura jamais la vérité d'un tel être ?), mais pour essayer au moins de l'éclairer avec toute la précision, la sympathie et l'honnêteté qui s'imposent. Recherches dans les bibliothèques et les dépôts d'archives, exhumation et dépouillement de correspondances privées et de papiers de famille, entretiens avec plusieurs témoins, dont des proches, consultation d'imprimés et de documents audiovisuels de toutes sortes, voyages : mariant l'enquête journalistique et l'essai littéraire, la biographe n'a rien négligé pour nous offrir un portrait complet et vivant de cette grande dame dont l'existence, vouée à la littérature, aura épousé le XXe siècle.

  • Le 21 décembre 1996, dans la modeste église de Sainte-Agathe, avaient lieu les funérailles nationales d'un poète. Avant Gaston Miron, aucun écrivain n'avait reçu des autorités politiques québécoises un honneur pareil. Comment une telle chose pouvait-elle se produire dans une société qui avait jusque-là si mal traité ses poètes, de Nelligan à Saint-Denys Garneau ? C'est tout simplement que Gaston Miron incarne mieux que quiconque le Québec moderne. Miron est notre contemporain capital. Écrire la biographie de Gaston Miron, c'est faire davantage que retracer la vie d'un homme, c'est raconter le Québec de la Grande Noirceur et des communautés religieuses, la Révolution tranquille, la renaissance du nationalisme et les mouvements de gauche, la crise d'Octobre, les deux référendums, c'est raconter l'histoire de l'édition au Québec et la naissance d'une institution littéraire semblable à celle dont sont dotées les autres nations. À l'étranger aussi, le Québec, c'était Gaston Miron, tant parmi la confrérie des poètes que sur les plateaux de la télévision française. Après de nombreuses années de recherche qui l'ont amené à rencontrer les proches de Miron et à traverser d'abondantes archives, le poète, romancier et essayiste Pierre Nepveu arrive à embrasser l'empan de cette vie hors du commun. Il sait bien sûr faire ressortir toute l'envergure du poète, mais il réussit également comme nul autre à peindre l'homme, sa rudesse, sa fragilité, son grand rire franc, ses coups de gueule, sa misère natale qu'il portait comme un stigmate, son espoir indomptable.

  • Le 9 avril 1945, les portes de l'église Saint-Léon de Westmount s'ouvrent pour laisser passer un étrange cortège funèbre. Le cercueil est porté par neuf femmes, des amies qui ont mené aux côtés de la disparue l'un des plus longs combats pour la démocratie. Dans les mois qui suivent les funérailles d'Idola Saint-Jean, journaux et revues célèbrent son engagement indéfectible pour l'obtention du suffrage féminin, l'amélioration du sort des plus vulnérables et la promotion de la langue française. Puis, silence radio. Idola Saint-Jean tombe dans l'oubli ou presque. Pourquoi ?

    À la différence de la plupart des femmes qui ont marqué notre histoire durant la première moitié du XXe siècle, elle n'est ni religieuse ni mariée. Il s'agit d'une femme autonome qui assure seule sa subsistance. Comédienne, gardienne de la langue française, journaliste, militante, Idola Saint-Jean est une « self-made woman ». En un mot, c'est une femme insoumise, qui refuse de se plier aux stratégies tout en douceur des féministes au langage réservé, comme Marie Gérin-Lajoie, ou au ton diplomatique, comme Thérèse Casgrain. Ce qui distingue son action, c'est la recherche d'une identité différente, urbaine, francophone, dégagée d'un lourd nationalisme du terroir.

    En écrivant cette première biographie d'Idola Saint-Jean, Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean font un véritable travail de réhabilitation et un acte de mémoire.

  • Fou ou bien héros ? Homme d'État visionnaire ou bien fanatique religieux ? Qui était donc Louis Riel, l'homme qui a défendu son peuple contre l'invasion des colons blancs ? L'homme en qui on reconnaît aujourd'hui le père du Manitoba et qui a enflammé les passions au Québec, soulevant la colère des francophones contre Ottawa et préparant le terrain aux luttes entourant la Conscription ? Tout à l'opposé, Gabriel Dumont était un homme pragmatique, excellent chasseur, rompu aux tactiques de la guérilla, qui se méfiait du fanatisme de Riel. Il semble ne pas avoir mesuré les conséquences de son geste, quand il a ramené Riel de son exil américain. Et, bien sûr, il était loin de se douter que la pendaison de celui-ci allait attiser pour longtemps la mésentente entre les peuples fondateurs du Canada. L'excellent romancier canadien-anglais Joseph Boyden, d'ascendance métisse, fait revivre pour nous ces deux personnalités si contrastées en recréant de façon extraordinairement convaincante la pensée et la parole des deux hommes.

  • Artiste au sens fort du terme, Lhasa de Sela a séduit les mélomanes du monde entier avec ses chansons multilingues, son timbre de voix unique, feutré, et sa présence envoûtante sur scène. Elle se permettait tous les mélanges, de la musique gitane aux rancheras mexicaines, du country-folk américain au jazz en passant par la chanson française et les mélodies sud-américaines. Son album La Llorona a profondément marqué les esprits, remportant un extraordinaire succès public et critique. Un BBC World Music Award lui a été décerné pour The Living Road. Elle a succombé à un cancer du sein en 2010 à l'âge de trente-sept ans seulement, après avoir enregistré un dernier album.

    Fred Goodman signe la première biographie de cette chanteuse hors norme, lui qui n'a découvert Lhasa de Sela qu'à son décès, constatant à regret qu'elle était inconnue dans son pays d'origine, les États-Unis. Élevée dans une famille hippie voyageant entre les États-Unis et le Mexique dans un autobus scolaire transformé en caravane, Lhasa a été exposée toute son enfance et son adolescence au monde des arts, aux cultures et aux territoires, comme autant de préambules à sa trajectoire singulière de femme et de chanteuse. S'il se montre fasciné et admiratif, Goodman n'est pas pour autant complaisant. Bohémienne, Lhasa n'en était pas moins ambitieuse, exigeante et imprévisible.

    L'auteur a rencontré plusieurs musiciens québécois liés à Lhasa comme Bïa, Patrick Watson, Thomas Hellman et, bien sûr, Yves Desrosiers, intimement lié à la production du mythique La Llorona. Montréal, où un parc du quartier Mile End porte son nom, a été un lieu central dans sa vie trop brève. La voix de celle qu'on appelait surtout par son prénom résonne encore dans les rues de Montréal et dans le coeur des Québécois. Il allait de soi qu'une traduction en français de cette biographie étoffée prenne forme dans cette même ville.

  • Il a le statut de héros en Chine, pourtant cest en Ontario que Norman Bethune est né, et cest à Montréal quil pratiquait la médecine quand il sest embarqué pour aller soutenir les républicains dans la guerre civile espagnole. En plus davoir apporté une contribution majeure à la médecine de guerre cest à lui quon doit les premières transfusions réalisées sur le champ de bataille , il fut un activiste infatigable, aussi bien au Canada quà létranger, qui a donné sa vie pour les causes auxquelles il croyait. Honni par les uns, sous prétexte quil était communiste, encensé par les autres, Norman Bethune était un homme complexe, contradictoire, dont la vie et les amours étaient plus grandes que nature.
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  • La grande originalité de ce livre, c'est la distance que Nino Ricci met entre lui et son sujet. Loin des controverses et des passions que Pierre Elliott Trudeau a suscitées de son vivant, le romancier d'origine italienne trace un portrait fascinant de l'ancien premier ministre. Cela vient surtout du fait que Ricci est issu d'une famille d'immigrants et qu'il appartient à une génération qui n'a pas connu les années durant lesquelles son modèle était en politique active. Ricci, un enfant des politiques d'immigration mises en place par Trudeau, montre comment les contradictions mêmes de l'homme ne constituent pas la part la moins intéressante ou la moins durable de son héritage.

  • L'histoire a été injuste envers Wilfrid Derome. Né en 1877, il a acquis sa spécialisation en médecine légale, de 1908 à 1910, en France, alors la mecque des sciences judiciaires. À son retour, après moult démarches auprès du premier ministre Lomer Gouin, Derome fonde un laboratoire de recherches médico-légales ultramoderne, le premier du genre en Amérique. À la fois toxicologue, balisticien, biologiste, graphologue, photographe judiciaire et médecin légiste, Wilfrid Derome s'est battu toute sa vie pour faire reconnaître l'expertise médicolégale devant les tribunaux, idée audacieuse pour l'époque.

  • Quelle image gardons-nous de Wilfrid Laurier ? Un monument ? Un grand premier ministre ? Un Houdini de la politique capable de survivre à tout ? André Pratte révèle pour nous un personnage infiniment complexe aux prises avec la tourmente politique qui a marqué le début du XXe siècle. Laurier a voulu donner une cohésion à un pays profondément divisé après la Première Guerre mondiale, s'attaquant aux questions épineuses des droits des minorités, de la coexistence des cultures et des tensions régionales. Orateur d'exception - sa défense de Riel fait peut-être de lui le plus grand tribun de l'histoire du Canada -, il s'adressait à son auditoire comme si tout le monde partageait son intelligence et son érudition. Pratte brosse le portrait d'un homme qui n'a pas eu à se forger une stratégie originale pour affronter la complexité de la politique canadienne, puisque cette complexité était inscrite au plus profond de lui. Il en ressort la figure d'un Laurier maître des ambiguïtés, aussi bien dans la vie publique que dans sa vie privée, ce qui en fait un politicien d'une étonnante modernité.

  • Dans l'esprit de bien des gens, la seconde moitié du XIXe siècle confirme le repli conservateur d'une population canadienne-française engagée dans un combat ardu pour la survivance. Mais que faire d'un homme comme Honoré Beaugrand, qui aime à se décrire comme un « natural-born kicker » ? Soldat dans l'armée mexicaine, journaliste à La Nouvelle-Orléans, touriste en Chine, romancier et poète à ses heures, maire de Montréal, riche actionnaire de banques et de compagnies de chemins de fer, propriétaire du journal « La Patrie », il entend convaincre ses compatriotes du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, du principe d'une éducation obligatoire et gratuite, de l'idéal du suffrage universel et de l'importance de l'autonomie des affaires temporelles à l'égard de l'autorité de l'Église catholique. En écrivant la biographie de Beaugrand, Jean-Philippe Warren nous fait découvrir un Québec qui ne cesse de nous surprendre. Un Québec fortement empreint de valeurs martiales, ouvert sur l'Amérique. Un Québec nationaliste qui ne croit pas que l'affirmation collective doive servir à broyer l'individu. Un Québec, enfin, résolument industriel et urbain, et qui jette, déjà, un regard nostalgique sur ses origines, célébrant le folklore et les traditions désormais condamnées par les progrès de la science et de la technologie. Du grand-père, coureur de bois et navigateur, au petit-fils, globe-trotteur et businessman, la famille Beaugrand révèle les lignes de partage des Canadiens français au lendemain de la Rébellion de 1837. À ceux qui refusent la résignation et la soumission que prêchent les élites conservatrices, la vie de Beaugrand rappelle la valeur, au fond si simple, de l'audace.

  • Rien ne prédestinait François-Xavier Garneau à devenir l'« historien national » des Canadiens français. Né en 1809 dans une famille modeste du faubourg Saint-Jean, à Québec, il devient notaire, puis greffier de la Ville. Homme de plume, Garneau se fait remarquer en publiant les premiers poèmes d'inspiration romantique au pays dans un journal nationaliste, Le Canadien. Passionné par la défense des droits collectifs, secrétaire du représentant du Bas-Canada à Londres, Denis-Benjamin Viger, ami d'Étienne Parent et de Louis-Joseph Papineau, il fonde une science historique empreinte de modernité en publiant une ambitieuse Histoire du Canada à partir de 1845. Travailleur acharné et indépendant des partis politiques, du pouvoir colonial et du clergé, Garneau a adapté sa grande oeuvre en manuel scolaire et l'a corrigée à plusieurs reprises jusqu'à son décès en 1866.

    Si chaque décennie apporte de nouvelles analyses sur l'influence de l'historien, il en existe peu sur ses interactions avec son milieu. Dans cette biographie, Patrice Groulx révèle les multiples facettes de Garneau. L'homme public est animé par des aspirations sociales, littéraires, savantes et politiques, évoluant dans une ville en continuel mouvement. L'homme intime est en proie à des doutes persistants sur le rôle de l'érudit dans une société dominée, sacrifiant ses ressources financières et sa santé chancelante pour servir la mémoire nationale, discrètement entouré par sa conjointe Esther Bilodeau, leurs enfants, leurs familles et leurs amis.

    Patrice Groulx livre un portrait nuancé et complet d'un des personnages les plus connus de l'histoire québécoise, celui qu'on considère comme le fondateur de la science historique. Il analyse les éditions de l'Histoire du Canada et la réception décevante de l'oeuvre. Il met en scène l'homme, son temps et sa société, et le libère des mythes qui l'entouraient.

  • Augustin Frigon, né en 1888, fait partie de la même génération que Lionel Groulx, Marie-Victorin, Édouard Montpetit et Léo Pariseau. Comme eux, il a participé puissamment au développement du Québec qu'on connaît aujourd'hui.
    Homme d'action, il a occupé tout un éventail de postes clés. De 1923 à 1935, il est notamment directeur de l'École Polytechnique de Montréal, et c'est sous sa gouvernance qu'elle laisse derrière elle l'image d'une école technique supérieure pour s'imposer comme une institution universitaire de sciences appliquées.
    En 1928, sa nomination à la commission Aird, chargée d'étudier les conditions de radiodiffusion au Canada, lui permet de s'affirmer comme un des principaux spécialistes dans le domaine. Quand la Société Radio-Canada est créée en 1936, Augustin Frigon est nommé directeur général adjoint et devient le véritable maître d'oeuvre du réseau français. Il est ensuite appelé, en septembre 1944, à remplacer le directeur général de CBC/Radio-Canada. Cet épisode de sa carrière illustre bien les écueils que peut rencontrer un Canadien français amené à tenir la barre d'une importante société publique canadienne, a fortiori quand son mandat est, entre autres, de promouvoir la culture spécifiquement Canadian au cours de la période tumultueuse de la Seconde Guerre mondiale.
    Cette première biographie d'Augustin Frigon vient enfin rendre justice à la carrière d'un homme à l'esprit audacieux, novateur, qui sut participer à l'avancement du Québec sur de nombreux fronts, dont l'éducation et les télécommunications, là où se jouait l'avenir de la nation.

  • Franco - ontarien, le romancier et essayiste Daniel Poliquin a toujours été un observateur averti de la politique québécoise. On se souvient de la critique virulente du nationalisme québécois qu'il proposait dans Le Roman colonial (Boréal, 2000). On pourrait donc s'étonner de le voir signer aujourd'hui un portrait de René Lévesque, figure paternelle par excellence de ce même nationalisme. Poliquin peint pour nous un René Lévesque extraordinairement attachant, dont les profondes qualités humaines et morales ressortent comme dans bien peu de livres écrits sur lui. Et, bien sûr, comme toujours chez Poliquin, la passion de l'histoire, avec ou sans majuscule, de même que son talent pour l'anecdote savoureuse font de ce René Lévesque une lecture inoubliable.

  • Glenn Gould (1932-1982) compte parmi les géants de la musique du XXe siècle. Il s'est également gagné une solide réputation d'excentricité. Génie solitaire, capricieux, virtuose hypocondriaque, il a renoncé à donner des concerts en public dès 1964 pour se consacrer à l'exploration de divers médias: enregistrement sonore, radio, télévision, imprimé. Le monde a été pris de court par sa disparition subite à l'âge de cinquante ans, mais sa musique nous semble aujourd'hui toujours aussi révolutionnaire, inattendue, irremplaçable.

  • Homme des Prairies, Tommy Douglas était d'ascendance écossaise. Il croyait profondément en l'apport du mouvement coopératif au bien commun. Il se lança d'abord dans une carrière de boxeur avant de devenir ministre de l'Église baptiste. Il abandonna ensuite la chaire du prêcheur pour la tribune du politicien et se fit connaître comme un redoutable orateur. Il fut pendant dix-sept ans premier ministre de la Saskatchewan, où il implanta un système de soins de santé universel qui allait servir de modèle à tout le Canada.

    À partir de 1961, comme leader du Nouveau Parti démocratique, Tommy Douglas s'est révélé un irréductible défenseur des libertés civiles. Il s'opposa farouchement à Pierre Elliott Trudeau quand celui-ci imposa les mesures de guerre, en 1970. C'est grâce à lui que la social-démocratie s'est établie durablement sur la scène politique canadienne.

  • Aux yeux de John Saul, le Canada n'est pas né en 1867. Il a véritablement été fondé, bien des années plus tôt, par deux visionnaires : Louis-Hippolyte LaFontaine et Robert Baldwin. Alors qu'ils étaient de tempéraments opposés et que chacun affrontait sa part de tragédies personnelles, ils sont parvenus, de concert, à forger des principes et des politiques qui réussiraient à unifier le pays. Après l'Union de 1840, ces leaders du Bas et du Haut-Canada se sont associés pour fonder un mouvement réformiste et réclamer un gouvernement responsable, soumis au pouvoir des élus plutôt qu'à celui des gouverneurs impériaux. Durant leur ministère, de 1848 à 1851, en dépit d'une opposition parfois violente, ils ont jeté les bases d'une nation plus juste. Ils ont reconstruit l'appareil judiciaire, établi un système public d'éducation, officialisé le bilinguisme et dessiné les plans d'un réseau routier national. Depuis des années, John Saul se passionne pour les destins croisés de ces deux hommes. Il nous en trace ici un double portrait inoubliable.

  • De nombreux livres ont été publiés sur René Lévesque, mais aucun ne s'approche de la grande biographie en quatre volumes que Pierre Godin a fait paraître entre 1994 et 2005. Il s'agit en fait de la seule biographie complète publiée sur ce premier ministre entré vivant dans la légende. À travers la vie mouvementée de René Lévesque, Pierre Godin trace ni plus ni moins que l'histoire de toute la Révolution tranquille. C'est ainsi que sa vision de cet homme exceptionnel embrasse toujours l'ensemble de la société où il a joué un rôle déterminant. En relatant les événements souvent palpitants qui ont marqué la vie de René Lévesque, depuis l'enfance en Gaspésie jusqu'à sa mort, en passant par ses années de journaliste, celles du correspondant de guerre, du ministre rebelle de Jean Lesage, du fondateur du Parti québécois, de l'adversaire irréductible de Pierre Elliott Trudeau, c'est le parcours du Québec, de ses espoirs, de ses réalisations et de ses déchirements que Pierre Godin raconte. Pierre Godin n'était pas un familier de René Lévesque, ce qui le met à l'abri des biais et des partis pris bien naturels pour qui a connu de près ou fréquenté le grand homme. Cependant, il a suivi sa carrière « en direct » à titre de journaliste politique pour différents médias, dont les quotidiens La Presse, où il a été responsable des pages politiques, Le Jour, où il était chef de l'information, et Le Devoir, comme directeur de l'information adjoint et chroniqueur politique. Il a donc la distance nécessaire pour tracer de son modèle un portrait nuancé qui fait ressortir les qualités exceptionnelles de l'homme d'État, tout en ne passant pas sous silence les zones d'ombre de la personnalité charismatique mais controversée de ce grand leader populaire. Ni apologie ni condamnation, ce livre met en lumière toute l'humanité du personnage. Le fait que Godin ait été également un témoin privilégié de la vie politique québécoise donne une vie et une couleur inimitables à son récit. En ce vingtième anniversaire de la mort de René Lévesque, ce volume propose une synthèse des quatre tomes de cette grande biographie. Grâce à ce livre, le lecteur pourra donc parcourir d'un trait la vie de René Lévesque, ce Québécois essentiel dont Robert Bourassa disait qu'il n'y en avait pas beaucoup, dans une génération, d'hommes comme lui.

  • Les événements que relate ce livre se sont déroulés entre deux consultations populaires : le plébiscite sur la conscription de 1942 et le référendum de 1980. Au cours des ces quarante années, le Québec a connu une profonde transformation.

    La vie d'Adèle Lauzon incarne à merveille cette transformation.

    Elle a grandi à une époque où Maurice Duplessis en personne pouvait se formaliser des articles qu'elle faisait paraître dans le Quartier latin. Mais, lorsqu'en 1950 elle s'embarque sur l'Empress of France, c'est tout son horizon qui bascule. Elle découvre une Europe encore divisée par la guerre, mais où les idées et les arts sont autrement prisés qu'au Canada français. C'est ainsi qu'après avoir sillonné la France avec les camarades Jacques Languirand et Hubert Aquin, elle découvre le communisme, en même temps que l'amour, et qu'elle se retrouve à une fête du Parti en train de danser dans les bras de Paul Eluard.

    Elle trouve en rentrant un Québec qui commence à bouger et où son allégeance au communisme attire bien peu de sympathie, sinon l'attention de la GRC. Elle se taille une place dans le journalisme, non pas confinée aux pages féminines, mais bien comme première femme responsable des questions de politique internationale à La Presse. Pour le magazine Maclean, elle couvre deux révolutions - fort différentes - qui ont marqué le siècle, à Cuba et en Algérie, ce qui lui donne l'occasion de connaître quelques-uns de leurs principaux acteurs. D'ailleurs, la révolution, tranquille ou pas, semble gagner le monde. Ce qui ne facilite pas toujours la vie, quand on compte parmi ses familiers à la fois un Gérard Pelletier et un Pierre Vallières.

    D'autant plus que cette révolution ne se limite pas à la politique, mais gagne la vie privée. Plus rien n'est jamais acquis une fois pour toutes, et il faut trouver le moyen d'être à la fois épouse, mère, amante.

    Cette vie hors du commun, Adèle Lauzon a trouvé les mots pour la raconter avec un charme inimitable. Avec une grande légèreté du trait, sans jamais se mettre de l'avant, elle réussit à nous faire traverser en sa compagnie, emportés, amusés, éblouis, toute la Révolution tranquille, comme si on y était.

  • Après avoir dépouillé les abondantes archives de correspondance de Gabrielle Roy, François Ricard donne ici un modèle de biographie d'écrivain et surtout un portrait de femme qui atteint à ce qu'il y a de plus profondément humain en nous. «Tout écrivain devrait avoir la chance de trouver un François Ricard pour raconter sa vie, et pour la raconter avec un tel sens de la dignité et de l'ultime mystère de son sujet.» John Lennox, The Literary Review of Canada

  • À Québec, tout le monde connaît Gilles Kègle. Les gens dans la rue, les journalistes, les politiques, tout le monde le connaît et le respecte. Bref, il est célèbre. Il y a dans cette célébrité quelque chose détonnant, car Gilles Kègle na toujours désiré quune chose : se mettre au service des plus démunis. Il nous raconte ici son parcours hors du commun : son enfance marquée par la souffrance, son passage au monastère, ses études, son travail dinfirmier, les abîmes quil a dû traverser, jusquà ce quil trouve sa voie dans le don de soi. Car celui qui est devenu un modèle et un exemple pour tant de gens a souvent passé bien près de tout laisser tomber. Ce livre trace le portrait dun homme simple et bon. Un homme porté par une détermination exceptionnelle, capable de soulever des montagnes. Un infirmier qui exerce sa profession en dépit des dangers et des critiques, nadmettant quun seul critère pour prodiguer des soins, celui du besoin de lautre. Un homme animé par lamour de son prochain, une volonté de fer et une foi immense en la Providence. Un homme qui comprend la détresse humaine parce quil la lui-même vécue plus souvent quà son tour.

  • Claude Jutra

    Yves Lever

    Qui était Claude Jutra, cette figure mythique, emblématique, du cinéma québécois ? Un poète, un rêveur un peu fou, un électron libre, diront ceux qui l'ont connu, une boule d'énergie sous pression, un touche-à-tout génial, un être excessif en tout. On se souvient de sa timidité vaincue par la volonté de plaire, de son charme qui lui faisait obtenir tout ce qu'il voulait, de son esprit toujours en train de mijoter des projets. On se souvient surtout de sa passion éperdue pour le septième art.

    Yves Lever s'efforce avant tout de découvrir l'homme derrière l'oeuvre, le petit garçon qui raconte film après film ce qu'il a vécu dans son enfance, l'adulte avec ses joies et ses tourments. Durant ses vingt dernières années, Jutra lui-même invitait les gens à adopter ce paradigme, répétant d'une entrevue à l'autre que tout ce qu'il avait créé puisait dans son enfance, une enfance merveilleuse, insistait-il, mais remplie de zones sombres.

    Cette biographie est le récit de la vie d'un homme complexe. C'est aussi une réévaluation critique de l'oeuvre du cinéaste et un fascinant portrait de la venue au monde du cinéma québécois.

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