Editions Boréal

  • Louise Durand est grand reporter pour un quotidien montréalais. Elle a la sensibilité à fleur de peau d'une femme qui a été témoin de trop de tragédies et la combativité de celle qui doit, pour survivre dans son milieu où la concurrence est féroce, donner plus de coups qu'elle n'en reçoit.

    Au cours d'une mission à Kaboul, Louise fait la connaissance de Soraya, jeune Afghane mariée de force à un époux violent qu'elle a fui. Elle habite dans un refuge tenu par Farida, qui se bat pour toutes les victimes de crimes d'honneur. Touchée par le courage des deux femmes, par la détresse de Soraya, Louise promet d'aider celle-ci. Elle lui promet de la soutenir si elle accepte de venir à Montréal, à titre de réfugiée.

    C'est à cause de cette promesse que Soraya, pour la première fois de sa vie, quitte son pays, sa culture, pour faire la longue route qui la mènera vers un autre monde, où elle pourra enfin aimer et vivre librement.

    « La Promesse » propose une fine réflexion sur la fragilité des idéaux, sur la difficulté de venir en aide aux êtres dont le destin nous émeut, sur l'amitié au féminin.

  • Kerim Neto est revenu dans sa ville natale, cette cité au bord de l'Atlantique prise entre les morsures du soleil et les sermons virulents de prêcheurs, apôtres et prophètes improvisés. Il est revenu parce qu'il s'est lancé à la recherche de celle qui fut son modèle, éternelle amante et égérie. Mina a disparu.

    Kerim refait leurs parcours d'autrefois, espérant découvrir Mina au détour d'une rue. Il interroge les anciens amis avec qui tous deux faisaient du théâtre et narguaient l'armée de dictateurs fantoches. Ils sont aujourd'hui imams ou indics de police.

    Et quelle Mina retrouvera-t-il ? Se cachera-t-elle derrière un voile ? Chantera-t-elle le Christ ressuscité ? Portera-t-elle les marques de la torture ?

    Ce n'est pas l'Afrique lointaine, exotique, que le lecteur retrouvera ici, mais celle où, comme en Occident, le pouvoir est désormais entre les mains de forces obscures. L'Afrique des esclaves d'hier qui se prête encore aujourd'hui aux commerces les plus sauvages sous prétexte de mondialisation. Et où les religions rivalisent d'imagination et de manipulation afin de convertir la population à la parole d'Allah ou à celle des Évangiles, sous l'oeil fatigué des antiques orishas.

    Mina parmi les ombres est un hymne à la pérennité du désir, au pouvoir immortel de la beauté et au courage des femmes.

  • Dans le quartier montréalais de Saint-Henri, un peuple d'ouvriers et de petits employés canadiens-français est désespérement en quête de bonheur. Florentine croit avoir trouvé le sien dans l'amour ; Rose-Anna le cherche dans le bien-être de sa famille ; Azarius fuit dans le rêve ; Emmanuel s'enrole ; Jean entreprend son ascension sociale. Chacun, à sa manière, invente sa propre voie de salut et chacun, à sa manière, échoue. Mais leur sort est en même temps celui de million d'autres, non seulement à Montréal mais partout ailleurs, dans un monde en proie à la guerre. Cette nouvelle édition de Bonheur d'occasion présente le texte définitif de l'oeuvre conforme à celui de l'"Édition du centenaire" des OEuvres complètes de Gabrielle Roy

  • « La Détresse et l'Enchantement » est le dernier livre de Gabrielle Roy et peut-être, au dire de plusieurs, son chef-oeuvre. Publié en 1984 à titre posthume, il n'a cessé depuis de conquérir des milliers de lecteurs.

    Dans les dernières années de sa vie, la romancière entreprend de relater l'ensemble de son existence : les lieux, les événements, les êtres qui ont façonné sa personnalité de femme et d'artiste.

    OEuvre de mémoire et de (re)création, « La Détresse et l'Enchantement » est un des ouvrages les plus originaux et les plus attachants de la littérature québécoise et canadienne moderne.

    Cette édition révisée et corrigée offre le texte définitif de « La Détresse et l'Enchantement », suivi d'une chronologie.

  • Il y a des vies qui sont si étonnantes qu'on n'aurait pu les inventer. C'est le cas de celle de Julian Gruda, alias Jules Kryda, alias Roger Binet. Comment, à quatorze ans, un garçon peut-il déjà avoir emprunté autant d'identités ? Avoir vécu avec autant de familles différentes sans se faire démasquer ? Avoir servi d'agent secret de la Résistance ? Comment peut-il avoir grandi à l'orphelinat même s'il a deux mères, au moins ? Et surtout, où a-t-il appris à parler la langue des chiens, ce qui fait tant l'admiration de ses camarades ?

    En nous racontant sous forme romanesque l'histoire véridique de son père, Joanna Gruda dépeint une enfance hors du commun, qui commence à Varsovie à l'orée de la guerre et qui s'achève dans Paris libéré. À travers les yeux de Julek, ce sont les heures les plus sombres du siècle dernier qu'on voit défiler, mais rendues avec une vérité et une vivacité hors du commun. C'est la guerre - inhumaine, trop humaine -, comme si nous y étions.

    La nécessité, pour les Juifs d'Europe, de fuir et de se cacher, les délices de l'école buissonnière, l'occupation allemande, les amourettes heureuses ou malheureuses, les bombardements qui ont accompagné l'offensive alliée, la joie de retrouver les êtres aimés qu'on croyait perdus, l'abîme dans les yeux de ceux qui sont revenus des camps, tout cela est raconté sans la moindre sentimentalité, rendant plus palpable encore le tragique qui imprègne ces années sombres.

    Mais ce récit captivant est d'abord l'histoire d'un enfant qui garde sa capacité d'étonnement devant les tours et les détours du destin. Animé d'un espoir inextinguible, il nous donne une extraordinaire leçon de survie.

  • Millie voulait qu'on la voie. Elle voulait être le soleil qui brûle la rétine. Personne ne pouvait la regarder en face.

    Elle n'était qu'un bébé quand Pa l'a trouvée dans la forêt au creux d'un orme et l'a emmenée dans sa maison au village des Saints-Damnés. Tout de suite, il en est devenu fou amoureux tandis que Ma, sa jeune femme, l'a prise en aversion. Millie a néanmoins grandi pour devenir une adolescente d'une envoûtante beauté. Ce qui n'est pas sans troubler Pa. Est-ce pour cela qu'un jour Millie décide de disparaître ?

    Dans ce premier roman aux allures de conte, Marie-Laurence Trépanier fait battre un mystérieux sabbat au milieu d'une forêt qui n'existe peut-être pas, évoque deux jumeaux maléfiques comme deux astres qui se tournent autour avant de s'abîmer l'un dans l'autre.

    Elle nous parle du regard que les hommes portent sur les femmes, de celui que les femmes portent les unes sur les autres, elle nous parle de violence, de mort et de rédemption.

  • Ce livre de maturité fait apparaître avec plus d'éclat que jamais les qualités d'émotion, d'évocation et d'écriture qui singularisent si fortement l'oeuvre de la grande romancière. En s'inspirant du temps où elle enseignait au Manitoba, Gabrielle Roy trace ici le portrait d'élèves qui pour elle portent à la fois le visage de l'enfance et celui de l'humanité tout entière. Par Nil et Demetrioff, elle découvre le pouvoir de l'art et la beauté ; par André, le courage et le don de soi ; par Médéric, enfin, elle éprouve les frémissements de la sensualité et la puissance irrésistible de l'amour.

    Publié pour la première fois en 1977 et traduit en anglais peu après, Ces enfants de ma vie a valu à Gabrielle Roy son troisième Prix du Gouverneur général du Canada.

  • Gabrielle Roy, à partir du souvenir d'un été passé dans une région sauvage du Manitoba, au nord de Winnipeg, un pays situé plus loin que le « fin fond du bout du monde », a imaginé le recommencement de toutes choses : de l'éducation, de la société, de la civilisation même. Ce pays de grande nature et d'eau chantante, elle l'a peuplé de personnages doux et simples, épris à la fois de solitude et de fraternité à l'égard de leurs semblables. Ce roman, le deuxième de Gabrielle Roy, a été publié pour la première fois à Montréal, en 1950, puis à Paris et à New York en 1951.

  • Je ne suis pas de son monde, un maestro de la poésie et sa ritournelle, un prof de littérature et son étudiante, un homme coincé devant un petit pétard blond, deux univers défigurés par la présence de l'autre, non, je ne suis pas de son univers et il passe son temps à me le rap-peler aussi. Oui, je viens d'un univers très différent du tien, me répond-il tout le temps comme pour me signifier que je suis une extraterrestre dans sa vie et qu'être ensemble pour vrai relève de la fiction. Quand il me dit ça, j'aurais envie de m'arracher un oeil et de l'avaler, qu'il me laisse donc me raconter une belle histoire, la belle histoire de deux mondes qui s'effondrent ensemble. Plus nos plaies seront profondes, plus on s'infiltrera l'un dans l'autre. Émilie-Kiki a vingt-six ans et aime Tchéky K., cinquante-six ans, son professeur de littérature, marié «jusqu'aux oreilles». S'engage alors un rapport de force qui oppose jeunesse et savoir, une lutte à finir entre deux clowns tristes dont la piste prend souvent l'allure de chambres d'hôtel minables et où tous les coups sont permis.

  • Si Ti-Luc Blouin est si pressé de se rendre sur la côte ouest, c'est qu'il est à la recherche de son père, un écrivain américain mythique qui vit reclus dans l'île de Mere, au large de Vancouver. Mais il trouvera là bien plus que ce qu'il avait escompté. Hier encore le royaume de la forêt vierge, l'île est aujourd'hui le théâtre de vifs affrontements entre la multinationale qui détient les droits d'exploitation de la forêt et tout ce que l'Amérique compte d'écologistes et de militants.

  • Les seins de Faïna ont poussé l'espace d'un été, celui de ses seize ans. Et, avec les seins, sont apparus les admirateurs. Faïna pensait que sa mère, Oliko, et que sa grand-mère, Noutsa, lui confieraient alors le plus important des secrets de la famille: comment elles se sont mariées toutes les deux à seize ans. Et, surtout, qu'est-ce qui se passe après le mariage, quand les deux époux restent seuls ensemble. Mais personne ne lui a raconté quoi que ce soit. Les mots, c'est quoi ? Du vent !

    «Il faut bien se marier au moins une fois dans sa vie, petite.» Voilà ce que grand-mère Noutsa se contente de répéter à Faïna. Mais qui ? Son premier fiancé aux noirs sourcils, ou le fils du vigneron au regard de feu?

    Cette histoire se déroule dans un pays qui n'existe pas. L'Union soviétique a coulé comme le Titanic, mais le monde entier continue de nager vers cette épave pour regarder à travers ses hublots. Dans Faïna, de jeunes filles rêvent désespérément de se marier, des innocents se font tirer à bout portant, des femmes se déshabillent et écartent les jambes sur la table de la cuisine, une main qui sort de la terre saisit un homme par la cheville et son âme s'échappe, un cadavre repose sur un piano à queue, Brejnev se traîne jusqu'à la tribune en essayant de retenir ses pets. Voyez ! Voyez ! Voilà la vie derrière le hublot...

  • C'est une histoire de trou dans le coeur, un trou de la grosseur d'un dix cents et qui fera mourir Vautour à vingt-sept ans. C'est une ode de l'écrivain-narrateur Mistral à son ami disparu. C'est une tentative pour redonner la vie à ce Vautour qui plane maintenant au-dessus de nos têtes. Mais ce roman parle surtout de l'Amérique, de celle qui se raconte bien des histoires mais qui n'y croit pas toujours. « Je crois que nous assistons en ce moment à une mutation littéraire de première importance chez les moins de trente ans. Le personnage de Vautour, qui est tout en même temps un Christ, un mutant, un prince fatigué et décadent qui vit dans son empire de pacotille, en est, et en sera, un des exemples les plus frappants et, sans doute, le plus bouleversant, car il arrive comme une foudre, sans qu'on l'attende. Christian Mistral vient d'en fixer le type avec un pathos unique. » Jean Basile, Le Devoir « On pense à Kerouac, mais un jour on pensera à Mistral. » Robert Lévesque, Le Devoir

  • Parce qu'elle était sensible à l'effondrement des êtres, Gabriella sentit le besoin d'aller se recueillir devant la cage des vautours du zoo de Barcelone. Quelques mois plus tôt, son père Giotto s'y était écrasé à bord de l'avion Spica. Les charognards, ces beaux chéris, avaient observé la scène, stoïques et ravis. Le premier, Sasko, avait demandé à son voisin : « Rhamp, tu aimes les anthrax ? » Immobile sur son perchoir de bambou, il répondit : « Cela dépend du coryphée. » Kalino, Dur LaSoie, Eschyle, OEil de Mouche et Karma LeCoran veillaient.

    Quel que soit le médium auquel il s'intéresse, Rober Racine le réinvente pour en tirer quelque chose qui brille avec tout l'éclat de ce qui est radicalement neuf.

    Les Vautours de Barcelone, sans doute son oeuvre littéraire la plus accomplie à ce jour, est une étonnante méditation sur la création, le tragique, la place de l'homme dans le cosmos.

    C'est surtout une célébration de l'art sous toutes ses formes, et un hommage poignant à l'oeuvre du compositeur Claude
    Vivier, dont la musique et le destin hantent le roman.

  • Pour sûr est, entre autres choses, une somme encyclopédique, un labyrinthe, une exploration de la folie des nombres, un précis de typographie, un reliquaire, une défense et illustration de la langue chiac, une réflexion sur les cultures minoritaires et leur obsession linguistique, un jeu de pistes, le roman d'un coin de pays. C'est une entreprise aux dimensions surhumaines que France Daigle mène à son terme avec une éblouissante virtuosité. C'est aussi l'histoire de personnages attachants, Terry et Carmen, que l'on a connus dans les précédents romans de l'auteur, leurs enfants Étienne et Marianne, et toute cette humanité qui gravite autour du bar Le Babar, à Moncton - les Zablonski, Zed, Pomme -, artistes, gens ordinaires, qui, tout en vaquant à leurs activités quotidiennes, s'interrogent sans cesse sur leur place dans le monde, d'un point de vue géographique, historique, politique ou culturel. Devant la savante architecture du roman, suite de fragments agencés selon une implacable structure mathématique, on ne peut s'empêcher de penser à l'Oulipo et à La Vie mode d'emploi. Mais la rigueur de la forme offre ici un contraste saisissant avec le caractère insaisissable et imprévisible du chiac, avec l'infini pouvoir d'émotion rattaché aux mots de l'enfance, aux mots des ancêtres.

  • Il y a d'abord, bien sûr, Stanley, l'Indien, le visage à deux faces, qui attire le narrateur comme un soleil noir. Il y a Serge, le fils de bourgeois, le bouc émissaire de toutes ses incertitudes et de toutes ses faiblesses. Éloi, l'ivrogne, l'épouvantail, qui l'attrape en plein vol durant ses nuits de somnambulisme. Claire, sa cousine, l'enfant sauvage, qui le force à sortir de son mutisme. Delphine, qui lui donne la clé des livres et de la chair. Le père Arcos, qui lui apprend la souffrance du monde. Il y a encore l'inséparable, le jumeau, le double aérien, qui vole et marche, apparaît et disparaît, prononce son amour et ses frousses aux comètes filantes et aux étourneaux qui passent.
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    Et puis il y a Clément, l'ami vrai enfin trouvé, qui permet au narrateur de retourner dans le vieux hangar, où peut-être le pardon l'attend.

    Le périlleux passage de l'enfance à l'adolescence puis à l'âge adulte se trouve au coeur de toute l'oeuvre de Robert Lalonde. Le sourd travail du désir, l'élan vers la lumière, la fascination des ténèbres, la passion pour les êtres et les mots, la terrible sagesse de la nature, tous ces thèmes sont ici transfigurés par une manière nouvelle chez Lalonde de tisser plusieurs histoires, de les heurter les unes contre les autres pour en faire retentir toutes les harmoniques.

  • Un écrivain vit seul dans sa trop grande maison, encore hantée par la présence de son père, avec qui il y a vécu mais qui est depuis longtemps disparu, et par celle de la femme qui vient de le quitter.

    Son métier l'appelle sans cesse sur la route et l'amène à croiser des hommes qui, à un moment ou à un autre de sa vie, ont contribué à forger celui qu'il est devenu, ou des enfants, qui lui rappellent l'émerveillement ou la fragilité de celui qu'il a été.

    Robert Lalonde donne ici un roman-mosaïque composé d'une suite d'histoires qui se font écho. S'y dessinent toutes les figures des relations que les hommes peuvent tisser entre eux, mentor, disciple, rival, ami, amant.

    Dans une prose somptueuse, il peint de manière éblouissante la nature qui entoure ses personnages et où se reflète le moindre mouvement de leur âme.

  • Johnny, tout juste vingt-deux ans, débarque à Montréal. Pas question de rester à Odanak, là où les rues ne sont pas pavées, là où les maisons, jamais achevées, trop petites, renferment des femmes transies de piété et des hommes qui ne rêvent que de chasse. Parce qu'il a le teint mat, l'oeil sombre, la crinière noir corbeau, il se fait passer pour un Italien et commence à accomplir les sales boulots de la petite pègre.

    C'est là qu'il rencontre Valentine à la blondeur qui piège le soleil, Valentine au profil de médaille, aux longues jambes grâce auxquelles elle quittera Ville-Émard à tout jamais. Rien - retours aux sources, renoncements, sacrifices - n'arrêtera la folle chevauchée dans laquelle ils se sont lancés en voulant changer de vie.

    Dans ce premier roman, Catherine Eve Groleau rend avec un étonnant pouvoir d'évocation ces éternels marginaux évoluant dans le clair-obscur de la petite criminalité et de la lointaine banlieue. Ce n'est que grâce à sa plume, qui leur redonne toute la grandeur tragique qu'ils ignoraient eux-mêmes posséder, qu'ils trouvent là où s'apaiser.

  • Après avoir vécu dix ans à Montréal, Éva revient s'installer dans sa ville natale, Maldoror, en Abitibi, plus précisément dans le chalet de son père, au bord du lac Kaganoma.

    Ce qu'elle vient y chercher ? Le silence, la paix. Mais il s'avère que ce silence, cette paix, sont des denrées rares et que, comme toujours quand il y a des denrées rares, il se trouve un petit malin pour se les approprier et les revendre, avec profit, aux Américains.

    C'est ainsi qu'Éva s'engage dans un mouvement de protestation lancé par des riverains du Kaganoma, qui se mobilisent pour protéger leur trésor. Cette folle aventure l'amènera à former un improbable quatuor avec trois hommes : Dan Dubois, acteur célèbre devenu documentariste dénonçant l'exploitation de la forêt boréale, Lionel Viger, « le Lion de l'Abitibi », promoteur extravagant et roi nègre local, et son propre père, Stan Sauvé, polygraphe et rédacteur en chef du «Colon», l'hebdo de Maldoror.

    Avec humour et ironie, sans exclure la tendresse, Louis Hamelin croque ici ses personnages avec l'oeil subtil du moraliste, mais sans jamais les juger, opposant à la dérisoire sauvagerie des hommes l'immense sauvagerie de la nature.

  • Née à Amqui, Madeleine Gagnon se souvient avec enchantement de son enfance entourée d'une nature rayonnante, au sein d'une vaste famille qui oeuvre dans la forêt et sur la terre, gens droits et fiers, mais sur l'esprit desquels règne encore indûment tout ce qui porte soutane.

    L'entrée au pensionnat marque le début des grandes aventures intellectuelles et la naissance d'un profond refus qui commence à creuser ses sillons. Refus qui tranquillement remontera à la surface pendant les études en Europe, pour éclater quand la jeune femme rentrera dans un Québec méconnaissable. Marx a remplacé Claudel. La psychanalyse accompagne et favorise la venue à l'écriture, et l'oeuvre surgit sous forme d'un torrent. En même temps que la femme connaît la douleur et l'éblouissement de l'enfantement, l'exaltation amoureuse et les tourments du désamour.

    Madeleine Gagnon raconte aussi les amitiés, primordiales, avec Annie Leclerc, Christiane Rochefort, entre autres. Les luttes féministes, avec tous les rêves et toutes les déchirures qu'elles portent. Le temps qui transforme tout, la disparition des parents. Les nouvelles passions, qui seules nous permettent de continuer la route, comme celle de comprendre le lien cruel et mystérieux qui unit les femmes et la guerre.

  • Dans Les Aurores montréales, Monique Proulx nous a en quelque sorte donné le livre définitif sur la ville. Elle a su y rendre, de façon inégalée, le paysage urbain et toute la faune qui s'y agite. Ce nouveau roman pourrait bien être le livre définitif sur la campagne - sur la « champagne », ainsi qu'on désignait au Moyen Âge tout territoire s'étendant hors de la ville. Avec cette écriture ferme, exacte, chatoyante qu'on lui connaît, Monique Proulx fait éclater sous nos yeux la magie d'un royaume épargné par le développement. Autour d'un lac mythique, au coeur d'une forêt inaltérée, les chevreuils, des écureuils, des insectes et des chanterelles sont les personnages réels de cette histoire sur la vie qui s'échappe, sur l'impermanence de toute possession. Les personnages humains n'en sont pas moins fascinants, réfugiés dans la célébration de la beauté, rejoints malgré eux par la tourmente. Il y a Lila Szach, venue d'un autre âge et d'un autre continent, qui possède la quasi-totalité du territoire et la défend farouchement contre les prédateurs. Il y a Claire, qui tente de tenir en équilibre la réalité et l'imaginaire. Il y a Simon, résolu à aimer tout ce qui est vivant. Il y a le petit Jérémie, sur qui plane les menaces, et d'autres qui viendront joindre leur pas à cette chorégraphie cosmique - la jeune Violette, qui fuit l'horreur suprême, les Clémont, prédateurs de père en fils, Marianne, la citadine irréductible, Marco, le père-enfant. La beauté réussira-t-elle à sauver le monde ? Voilà la question, pressante, qui résonne à travers tout ce roman. Quelle qu'en soit la réponse, la sagesse ne nous ordonne-t-elle pas de goûter sans tarder la salutaire ivresse que procure cette beauté, comme le font les personnages de ce roman et comme Monique Proulx sait si bien nous la faire partager ?

  • «À demi mort, mort-vivant, mort en sursis, mort de peur, en danger de mort, la mort dans l' âme, plus mort que vif, comme on voudra. Je découvre enfin que nous sommes tous éblouis par le soleil noir de la dernière heure. Que c'est le lot des survivants, cette culpabilité de rescapé, doublée du désir fou de se traîner vaille que vaille dans la lumière. Il ne s'agit pas de mériter, de jouer au héros : ce que les autres appellent le bonheur - mot que je ne comprenais et ne comprends toujours pas -, je décide de le nommer contentement de vivre et j'entends bien désormais le chercher et le trouver tout seul. Le coeur n'est-il pas d'abord un muscle ? Et un muscle, ça se tend, se détend, se retend. Ce muscle-là doit bien être assez futé pour tenir ses promesses.»

    Avec «La Liberté des savanes», livre inclassable où règne un équilibre fragile entre ombre et lumière, Robert Lalonde nous oblige à ouvrir les yeux sur le monde, sur la vie, leur misère et leur splendeur.

  • Laure et Thomas, la trentaine, se sont retrouvés, reconnus. Après les tourments de l'adolescence, après les embrasements et les désillusions de la vingtaine, ils décident de quitter la ville pour la campagne et achètent une grande maison dans le village qui les a vus naître et grandir. Ce retour aux sources marque également le début d'une vie nouvelle, uniquement faite de promesses. L'âge adulte n'est-il pas celui où les démons sont exorcisés, où plus rien ne nous fait peur, où la vie triomphe ? Le temps n'est-il pas venu de songer à mettre un enfant au monde, que nous saurons protéger du mal, de toutes ces forces sombres qui nous guettent au-delà de la mort ?

    Envoûtant, Le Nid de pierres, premier roman de Tristan Malavoy, mêle les voix du passé et du présent. Il évoque de façon magistrale tout ce qui se trame sous la surface, cette intime connaissance de la tragédie de vivre qu'on a choisi de ne plus voir en sortant de l'enfance. Roman d'une génération qui a souvent oublié quel est le prix à payer pour le confort qui lui semble pourtant aller de soi, Le Nid de pierres est également une poignante évocation des mystères - la vie, la mort, l'amour, le temps - qui forment, malgré la sécurité mensongère que nous propose le monde actuel, les ultimes frontières de notre présence sur terre.

  • Comment l'amour fonctionne-t-il dans un monde désenchanté comme le nôtre ? Qu'est-ce qui peut attacher deux êtres l'un à l'autre ? Quelle vérité se cache sous le désir qui les rapproche ? Et quel mensonge ?

    Magalie, quarante ans, est designer de cuisines. Elle vit avec Mathieu, le père de sa fille, un avocat qui la trompe, et qu'elle trompe en retour. À cause d'un lien de famille qui les rapproche tout à coup, elle fait la connaissance de Guillaume, policier de son métier et père célibataire. Au bout de quelques mois remplis de révélations, de malentendus et d'un chassé-croisé d'intrigues, la vie de chacun d'eux aura basculé pour les laisser devant quoi ? Un tas de cendres ? Ou la perspective d'un recommencement, qui sera peut-être la répétition de ce qu'ils ont déjà vécu, espéré, souffert ?

    Roman de l'amour moderne, Un lien familial est en même temps un superbe roman de moeurs, le tableau drôle et impitoyable d'une époque où la décoration d'une cuisine peut acquérir une importance presque égale à celle qu'avaient naguère le salut des âmes et le sort des disparus. Avec ce regard narquois, cet humour si fin et cette prose élégante que ses nombreux lecteurs lui connaissent, Nadine Bismuth nous tend ici un miroir de nous-mêmes et de ce qu'est devenue notre existence dans ce monde dont nous sommes à la fois les témoins et les personnages, privés de repères, mais obstinément attachés à nos rêves.

  • Dans la communauté des Inuits de l'Ungava, où se sont installés depuis peu les premiers Blancs, un drame culturel se joue : celui de la confrontation entre les valeurs traditionnelles d'une civilisation millénaire et celles qu'apportent avec eux les émissaires de la science et du progrès venus du Sud. Ce drame donne lieu tantôt à des juxtapositions cocasses, tantôt à des déchirements qui remettent en question toute la vie, toute l'identité de l'être en qui se rencontrent les deux mondes. C'est le cas d'Elsa, l'héroïne de « La Rivière sans repos », mère d'un enfant qui, par son existence même, incarne à la fois le choc des deux civilisations et leur dialogue, c'est-à-dire l'équilibre si difficile à réaliser entre leurs exigences respectives.

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