Editions Boréal

  • Né à Bagdad, Naïm Kattan est arrivé à Montréal en 1954. Le Canada, le Québec, il les a choisis, et il a toujours refusé de se considérer comme un exilé. Cependant,
    rejeter l'exil ne veut pas dire renier l'étranger en soi. Dès son arrivée au Canada, Naïm Kattan a accepté sa différence, il a revendiqué l'ailleurs en lui. Il a également compris qu'être étranger pouvait être un avantage, surtout dans un pays où se creusaient de nouveaux clivages culturels.
    Les entretiens qui composent ce livre tentent d'analyser le rôle de la culture dans la construction des identités collectives et dans l'instauration d'un dialogue entre les communautés et entre les nations. Plus précisément, ils cherchent à rendre compte des transformations culturelles qui ont façonné le Québec depuis les années cinquante et qui ont influencé son devenir, tant dans son évolution nationale que dans ses rapports avec d'autres cultures, en Amérique du Nord, en Europe et ailleurs dans le monde.

  • On accuse parfois les intellectuels progressistes d'être déracinés. Aucune expression ne saurait être plus injuste à l'endroit de Georges Leroux. Né au sein d'une famille de la petite bourgeoisie catholique, il a évolué, de sa formation chez les Jésuites aux débats politiques enflammés du Québec des années 70 et 80, en passant par les années studieuses à Paris. Partout il se révèle un constructeur d'institutions, un intellectuel engagé au sein de sa société, et surtout un connaisseur perspicace et attentif du débat public qui a peu à peu façonné le Québec d'aujourd'hui. Pensons en particulier à son engagement des dix dernières années au service du pluralisme.

    Dans ces entretiens avec Christian Nadeau, Georges Leroux célèbre un idéal d'amitié intellectuelle qu'il a découvert dans sa jeunesse, au début de sa formation à l'Institut d'études médiévales, et retrouvé à différents moments de sa longue carrière. Le récit de sa vie devient alors l'accompagnement d'une période d'effervescence où le Québec s'est doté de grandes institutions publiques, d'une vie intellectuelle et culturelle diversifiée, de savoirs et d'espoirs.

  • Julius Grey a été partie prenante de tous les grands débats qui ont animé la société québécoise au cours des cinquante dernières années. Si c'est certainement pour son engagement dans les causes sur la loi 101 et sur le kirpan qu'il est le plus connu, il est tout aussi fascinant de l'entendre se prononcer sur l'accessibilité à la justice, le rôle de la famille et le danger que représente le conformisme social.

    Ces entretiens avec Geneviève Nootens invitent les lecteurs à suivre le parcours personnel et intellectuel de Julius Grey. Il y évoque son enfance en Pologne, sa découverte de la société canadienne et montréalaise à l'aube de la Révolution tranquille jusqu'à ce qu'il appelle lui-même son « virage québécois », qui l'a amené à considérer d'un oeil nouveau l'affirmation nationale des francophones. Il réfléchit également aux questions de liberté de conscience et de religion, de liberté d'expression, de liberté d'association (ou de non-association), tout en réaffirmant son opposition à la dictature de la majorité sous toutes ses formes.

  • « Je crois à l'entrepreneurship. Mon apprentissage, ce fut une vie par paliers. [...] Ma vie a été parsemée d'occasions d'apprendre à gérer. » Si ces mots ne résument pas l'étonnant parcours de Denis Vaugeois, ils résument sans doute l'esprit volontaire et curieux d'un homme abonné aux défis les plus variés.

    En tant qu'historien, Denis Vaugeois n'a jamais répugné à s'engager dans les affaires de la Cité, au point de devenir une référence pour le grand public. C'est ce même souci de rendre accessibles les travaux des historiens québécois qui l'encouragera à s'investir dans le domaine de l'édition. Combinées à son nationalisme modéré, ses recherches sur la Nouvelle-France et les Autochtones en font un observateur et un défenseur de l'Amérique métissée.

    Celui que René Lévesque considérait comme un «homme de culture» a donné son nom à d'importantes politiques culturelles qui aujourd'hui encore structurent l'action gouvernementale. Avec la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre, Denis Vaugeois a su arrimer des objectifs de diffusion culturelle aux impératifs économiques d'un secteur d'activité fragile mais essentiel à la collectivité. Et son action en faveur d'un réseau de bibliothèques publiques constitue un legs culturel et démocratique majeur.

    Bien qu'épris de culture, l'homme n'en est pas moins un gestionnaire efficace et il se livre ici à une véritable leçon d'administration publique et privée. Que ce soit comme haut fonctionnaire, ministre ou éditeur, Denis Vaugeois se révèle être un praticien rigoureux et déterminé. Ces entretiens nous permettent de mesurer l'énergie inépuisable qui anime l'homme et la somme impressionnante de ses réalisations.

  • André Major a beaucoup contribué au développement de la littérature québécoise depuis le début des années 1960. Après s'être identifié à des groupes comme celui de Parti pris, revue dont il a été membre fondateur, il s'est rapproché d'écrivains qui appartiennent à des cercles différents, voire antagonistes. Passant outre aux divisions idéologiques, il a fréquenté des intellectuels de tous les milieux et de toutes les générations et collaboré à presque toutes les revues culturelles importantes de l'époque, de Liberté à Maintenant en passant par L'Action nationale et Les Écrits du Canada français. Il a aussi participé de façon étroite à la vie littéraire, non seulement par son oeuvre, mais aussi par les chroniques qu'il a publiées dans Le Petit Journal puis dans Le Devoir, par son travail de lecteur aux Éditions du Jour, par sa présence au sein du comité qui crée en 1977 l'Union des écrivains (UNEQ), par les premiers ateliers de création littéraire offerts dans les universités et plus encore par son métier de réalisateur à la radio.

    À partir de sa retraite de Radio-Canada en 1997, l'écrivain connaît un second souffle. Tout en continuant de s'adonner à la fiction, André Major s'identifie de plus en plus à la forme intimiste du carnet et en fait son genre de prédilection. C'est l'écriture discontinue des carnets qui constitue sa manière véritable, le coeur de son oeuvre. Les entretiens proposés ici permettent de saisir en quelque sorte la continuité derrière une telle discontinuité. Ils donnent à entendre l'admirable constance de la voix d'un écrivain qui témoigne de son temps tout en refusant de s'aligner sur les effets de mode, d'un merveilleux accompagnateur des auteurs et des artistes depuis la Révolution tranquille et d'un esprit remarquablement libre. Ce témoin privilégié raconte son histoire, et à travers celle-ci, c'est plus d'un demi-siècle de l'histoire politique et intellectuelle du Québec qu'on redécouvre, en même temps que les étapes de l'élaboration d'une oeuvre de premier plan.

  • L'anthropologue Pierre Trudel s'entretient avec Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador.Quelle pensée politique anime cet Innu que l'on voit depuis si longtemps représenter les Premières Nations du Québec? Comment fonctionne cette Assemblée des Premières Nations ? Quels y sont les débats ? Quelle est la position de Ghislain Picard face aux aspirations nationales du Québec ? Quel bilan tire-t-il de ses seize années à la tête de l'A.P.N. ? Ces entretiens permettent de faire connaissance avec l'homme, les grandes étapes de sa vie, sa personnalité, pour mieux cerner les circonstances de son engagement politique. Ils permettent également de mieux connaître l'Assemblée des Premières Nations (du Canada) et l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, ainsi que les rapports qu'entretiennent ces deux organisations, de même que les grands débats sur la question indienne dans lesquels elles sont engagées aujourd'hui.

  • Louis Bernard a été une des personnes les plus influentes au sein de l'État québécois pendant plus de trois décennies. Il a tour à tour été qualifié de « mandarin des mandarins », parce qu'il a été le patron de tous les fonctionnaires, et d'« éminence grise », en raison de sa participation aux décisions gouvernementales sous plusieurs premiers ministres. La plupart des Québécois savent peu de choses de celui qui a pourtant été un proche collaborateur de René Lévesque et de Jacques Parizeau, et qui a également conseillé Jean Lesage, Daniel Johnson, Jean-Jacques Bertrand, Robert Bourassa, Lucien Bouchard et Bernard Landry. En recueillant son témoignage sur les événements politiques qu'il a vécus et ses propos sur la gouvernance et l'avenir du Québec, cet ouvrage rend compte de sa contribution aux affaires publiques.

  • On a souvent souligné l'inséparable lien entre la pensée du sociologue Guy Rocher et l'évolution du Québec. Ces entretiens avec son neveu, le politologue François Rocher, permettent de prendre la mesure de sa contribution. Le lecteur y découvrira un intellectuel de haut niveau qui a manifestement encore des choses à dire et qui, fort de son expérience,continue à porter son regard vers l'avenir et à souhaiter que le Québec devienne une société plus juste et égalitaire. C'est pourquoi il se montre si critique à l'égard du mouvement visant à réduire la place de l'État québécois dans la vie sociale, culturelle et économique, c'est pourquoi il soutient que seul un État fort peut se préoccuper d'équité et de justice, c'est pourquoi il rappelle que la vie sociale est faite de rapports de force et de lutte qui s'expriment par la recherche d'une identité originale nord-américaine, c'est pourquoi il affirme qu'il ne faut pas séparer langue et culture parce que la première est l'expression de la seconde, c'est pourquoi il s'insurge contre l'instrumentalisation de l'éducation et le fait que les transformations récentes dans le système d'enseignement au Québec contribuent plus que jamais à approfondir les rapports inégalitaires et à favoriser un certain élitisme, et c'est pourquoi il demeure attaché au projet d'indépendance nationale même si celui-ci se heurte à l'illusion, fort bien entretenue d'ailleurs, d'une possible réforme du Canada allant dans le sens d'une plus grande autonomie du Québec.

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