Editions Léo Scheer

  • Toute sa vie, Williams Burroughs n'a cessé d'intervenir, avec une méchanceté et une acuité remarquables, dans les grands débats de son époque. Au fil du temps, ses interventions ont fini par constituer une « mythologie », dont deux familles d'individus occupent les rôles principaux : les « Johnsons » et les « Shits ».
    Les Johnsons n'attendent qu'une chose, qu'on les laisse vaquer à leurs propres affaires. Les Shits, eux, obsédés par le droit et la raison, prétendent s'ériger en centre autour duquel toute existence doit graviter. À l'heure où les Shits se multiplient, dans la politique comme sur les réseaux sociaux, la mythologie de Burroughs et les plans qu'il a formés pour se débarrasser des emmerdeurs sont plus que jamais d'actualité. La révolution sera Johnson ou ne sera pas.

    Laurent de Sutter est professeur de théorie du droit à la Vrije Universiteit Brussel. Il est l'auteur d'une vingtaine de livres, dont, chez Léo Scheer, Théorie du trou (2011) et Métaphysique de la putain (2012).

  • On peut lire La Logique et l'Amour comme un livre sur l'amitié et sur l'amour, sur ce que la pensée leur doit.
    On y rencontre des êtres et des oeuvres que lient des affinités électives, des solidarités intellectuelles, des influences croisées.
    On y revit les moments d'une époque dont un fameux mois de mai fut le symbole.
    On y retrouve Lacan, Sollers, Bataille, Quignard, Klossowski, Vuarnet, Foucault, Le Brun, Genet, Pachet.

    Philosophe de formation, élève de Jacques Lacan, Catherine Millot est psychanalyste. Elle est l'auteur, notamment, dans la collection « L'Infini » (Gallimard) de Gide, Genet, Mishima (1996), La Vie parfaite (2006), O Solitude (2011) et La Vie avec Lacan (2016).

  • TRANS est le préfixe de notre temps. Transhumain, transgenre, transparence : autant de notions à la mode, que l'auteur explore ici à rebours.
     
    Dans L'Homme révolté, bilan des deux totalitarismes du XXe siècle, Albert Camus distinguait entre révolte sociale et révolte métaphysique, entre protestation au nom de la dignité humaine et contestation de l'existence de Dieu et de la Création. La première avait donné les grandes gestes d'émancipation, la seconde conduisit au nihilisme et à la terreur. « L'homme, écrivait ainsi Camus, est la seule créature qui refuse d'être ce qu'elle est. » Si l'homme se définit par le refus d'être ce qu'il est, alors le désir TRANS est le propre de l'homme. Mais ce désir de sortie de l'humain peut entraîner des dérives menaçantes. Les Grecs nommaient cela hybris.
     
    Bruno Chaouat est professeur de littérature à l'université du Minnesota, aux États-Unis.

  • Les images - films et photographies - prises à la libération des camps d'extermination nazis, ont bouleversé notre relation à l'image en général. Elles ont constitué les preuves de ce à quoi il eût été impossible de croire sans elles. Dans Nuit et Brouillard, Alain Resnais en fait un usage exemplaire. Plus problématique est l'évocation de la Shoah dans les films de fiction inévitablement marqués par une mise en scène artistique de l'horreur, laquelle a toujours suscité de sévères critiques.

    C'est pourquoi l'accueil unanimement enthousiaste du film de Laszlo Nemes, Le Fils de Saul, qui s'expose aux mêmes reproches que La Liste de Schindler ou La vie est belle peut être interprété comme un symptôme. Un verrouillage théorique a été imposé au public, ralliant des personnalités concernées par le sujet, habituellement en désaccord.
    Si Le Fils de Saul est considéré comme le chef-d'oeuvre sur Auschwitz, faut-il comprendre qu'il est temps de s'intéresser à d'autres sujets et que la Shoah est enfin passée de l'Histoire à l'histoire de l'art ?
     
    Écrivain, cinéaste, plasticien, Alain Fleischer a publié plusieurs de ses romans, nouvelles et pièces de théâtre aux Éditions Léo Scheer, ainsi qu'une monographie consacrée à son oeuvre d'artiste, La Vitesse d'évasion (2003). 

  • Ceci n'est pas un traité musicologique mais les mémoires d'un auditeur libre venu renier le testament musical de cette humanité nocturne qui va de Wagner à Daft Punk. Et poser une fois pour toutes la question : comment des ténèbres du xxe siècle a pu surgir la lumière de Monteverdi, Purcell, Lully, Vivaldi, Bach, Haendel... et tant d'autres ?
    Fallait-il que chute monstrueusement le genre humain pour mériter d'entendre, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la voix miraculeuse d'Alfred Deller ? Le chaos assourdissant de ce monde serait-il le détonateur de ce retour en grâce de la voix qu'incarnent la Billie Holiday de Versailles Agnès Mellon ; la reine du jour Sandrine Piau ; la gitane de Pleyel Patricia Petibon ; la comète Jaroussky et ses coruscantes coloratures ?
    "Sans la musique, la vie serait une erreur" disait Nietzsche. Rectification : sans le baroque, la musique serait une erreur ! »
     
    Thomas A. Ravier 

  • En explorant une banale histoire de voyeurisme dans les toilettes pour femmes d'un café parisien racontée dans Une Sale histoire de Jean Eustache, Laurent de Sutter découvre une vérité cachée dans les replis des images de cette oeuvre cinématographique énigmatique et mythique.
    Théorie du trou est la reconstitution minutieuse de ce secret. L'auteur y développe un véritable Discours de la méthode « anti-philosophique », traitant de notre être comme de notre morale, du consensus social auquel nous nous accrochons comme des rêveries esthétiques par lesquelles nous tentons de le sublimer.
    Rien, dans ce traité philosophique, tout comme dans le film d'Eustache, n'est laissé intact : là où nous voyions du Beau ne reste que le Laid, là où nous pensions voir du Grand, on n'aperçoit que du Petit, et là où nous voyions du Vrai, ne se distinguent que le mensonge et la tromperie.
    Si les pensées de Laurent de Sutter sont des images (comme les images de Jean Eustache sont des pensées), elles ne sont certes pas à notre avantage, mais nous entraînent dans un voyage métaphysique fascinant et glaçant.

    Laurent de Sutter est né en 1977. Son dernier livre paru est Contre l'érotisme (La Musardine, 2011). Il dirige la collection « Perspectives Critiques » aux Presses universitaires de France.

  • Relisant les Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes et le premier volume de l'Histoire de la sexualité de Michel Foucault, Didier Eribon dégage le geste politique et théorique commun qui les sous-tend : une volonté de résister au freudomarxisme de l'après-mai 1968 et, plus généralement, d'échapper à l'emprise de la psychanalyse. L'amour chez l'un, le « corps et les plaisirs » chez l'autre, l'amitiéchez les deux deviennent les vecteurs d'une réflexion sur les possibilités de s'inventer soi-même, et sur les moyens de fonder une éthique et une politique de la subjectivation, débarrassées de la conceptualité analytique et du rôle de frein à l'innovation que celle-ci ne cesse de jouer. À un moment où, dans le sillage de la théorie queer, la pensée radicale se tourne à nouveau vers la psychanalyse, ce texte bref prend la valeur d'un manifeste en proposant de réactiver au contraire le mouvement de fuite à l'égard de cette dernière qui a caractérisé la philosophie des années 1970.

  • Malgré le bavardage entourant la « question » de la prostitution, il semblerait que méditer la nature de la putain n'ait jamais suscité l'intérêt. Depuis toujours, ce n'est pas des putains que l'on parle, mais du « problème » qu'elles suscitent. Et s'il n'y avait ni « question » ni « problème » ? S'il n'y avait que des êtres, dont la particularité est de perturber les simples idées de « question » ou de « problème » ? Chaque fois qu'une putain entre dans un lieu, ce sont en réalité toutes les questions et tous les problèmes qui se trouvent affolés. Qu'est-ce que l'art ? Qu'est-ce que l'argent ? Qu'est-ce que le travail ? Qu'est-ce que la police ? Qu'est-ce qu'un sujet ?
    Au contact avec les putains, les interrogations paraissant les plus légitimes se trouvent soudain compliquées, et les réponses usuelles ridiculisées. Parce que les putains sont une figure : la figure de la vérité - et de ce qui, en elle, est insupportable aux forces de l'ordre, aux tartufes et aux gouvernements. Oui, les putains sont le visage même de la métaphysique.

    Laurent de Sutter est philosophe et directeur de la collection « Perspectives critiques » aux PUF. Il a notamment publié Théorie du trou, chez Léo Scheer, en 2013.

  • Spinoza et Vermeer sont nés la même année, en 1632, mais le rapprochement qu'établit entre eux Jean-Clet Martin n'a rien à voir avec l'anecdote biographique, même s'il réunit au passage les indices de rencontres, voire d'une collaboration, entre le philosophe et l'artiste. Affaire de forme, de manière, de regard, leur intime parenté touche au coeur de leurs oeuvres. Au concept spinoziste de Dieu, substance unique constituée d'une infinité d'attributs, répond ainsi, dans L'Astronome de Vermeer, le rayon illuminant de mille feux le globe terrestre.
    Jean-Clet Martin, dans cet essai philosophique libre, forme légère donnée à une interrogation profonde, questionne l'éternité telle qu'elle se présente quand elle rencontre le temps. Il contemple les concepts de Spinoza et médite la lumière de Vermeer pour approcher la réalité de ce qui dépasse toute réalité, et en donner, avec la modestie que nécessite toute entreprise hardie, l'abrégé, le bréviaire.



    Jean-Clet Martin, philosophe, est l'auteur d'une oeuvre prolifique qui comprend notamment des essais sur Deleuze, Borges, Van Gogh ou Aristote, une étude des ossuaires médiévaux et un abécédaire de l'érotisme. Il a aussi publié deux romans aux Éditions Léo Scheer, La Chambre (2009) et Morningside Park (2011).

  • Israéliens juifs et arabes, Palestiniens des Territoires ont un point commun : ils donnent naissance à un nombre anormalement élevé d'enfants victimes de maladies génétiques rares. Retards mentaux, troubles rénaux, malformations cardiaques, déformations du squelette, difformité des membres supérieurs ou inférieurs, surdité ou cécité congénitales... sont les symptômes les plus fréquents de ce phénomène dû, selon les spécialistes, à la consanguinité propre à chacune de ces communautés.
    Yves Mamou fait de ces questions méconnues de santé publique un vecteur efficace pour explorer les relations entre Israéliens et Palestiniens en dehors des clichés habituels. La souffrance engendrée par la maladie modifie le regard que chacun porte sur l'autre. Des relations personnelles se nouent entre médecins et malades, entre juifs et musulmans. Et face à un ennemi commun, la maladie, des solidarités inattendues se font jour. À l'issue de ce livre, le lecteur sera porteur du soupçon que, derrière l'actualité monotone sur les colonies, les bombes et les attentats, il existe un dessous des cartes, un autre niveau de réalité, qui donne peut-être à espérer.


    Yves Mamou est journaliste. Il a également publié un thriller, Une longue cuillère pour le diable, aux Éditions Léo Scheer en 2010.

  • P.N.R.I.
    Philip de Newark, roi des Juifs.
    Mais pourquoi se laisser crucifier, lorsqu'il reste tant de livres à écrire ? Vilipendé par son peuple après la publication de Portnoy et son complexe, proie d'un public plus attiré par la Chair que par le Verbe, Roth essaie de se libérer de son corpus. Est-il devenu un pur esprit ? Il est trop tentant de rester incarner, dans les textes et dans la vie.
    Fondé sur l'idée que l'oeuvre de Philip Roth peut être lue comme une parodie du Nouveau Testament avec Roth dans le rôle du Christ, Corpus Rothi déploie tous les moyens de l'analyse littéraire pour multiplier et organiser, dans un discours effervescent, d'une intelligence et d'un humour jubilatoires, une compréhension neuve de l'univers rothien.


    Steven Sampson est né en 1957 à Milwaukee, aux États-Unis. Après avoir étudié la littérature anglo-américaine à Harvard et le journalisme à Columbia, il a travaillé pendant dix ans dans l'édition à New York. En 2008, il a obtenu un doctorat à Paris-VII pour une thèse sur Philip Roth. Il collabore à La Revue littéraire et à L'Infini.

  • Deux chapitres des Essais de Montaigne ont été traduits en français moderne par Bénédicte Boudou :
    De l'oisiveté et De l'art de conférer




    Une nouvelle civilisation est en train de naître sur le Web, en voici le b. a. ba :
    a. Blog, b. Blogosphère, c. Pseudo, d. Fil, e. Troll, f. Trollisme, g. Conférence, h. Wannabe, i. Modération, j. Harcèlement, k. Billet, l. Communauté, m. Commentaire, n. Copinage, o. Loi de Godwin, p. E-réputation, q. Extime, r. Communauté virtuelle, s. Hypertexte, t. Flooding, u. Diffamation, v. Serendipity, w. Micro-blogging, x. Identité, y. Buzz, z. Intime.

    En vingt-six brefs chapitres où chacun des mots-clefs du e-vocabulaire est analysé, Léo Scheer explore les pistes de l'art de vivre sur le Net, en se fondant aussi bien sur son expérience que sur les analyses sociologiques ou neurologiques les plus récentes, ou encore sur les règles de l'art de conférer, telles que Montaigne les découvrait il y a six siècles.

  • Suivant son fil d'Ariane, Éric Duyckaerts expérimente l'errement (de sa pensée), convoquant tour à tour de grands noms de la culture classique (Le Vinci, Le Corbusier...) et des héros populaires (Tintin, Trenet...). Ici il réfléchit sur le mystérieux phénomène du mouvement des astres, là il interroge la pertinence de la mesure en art, ailleurs il dessine une esthétique de la promenadologie - où le vagabondage prend sa forme la plus concrète.
    Ce recueil composé de six textes constitue une réflexion sur la nature labyrinthique du savoir, à travers la philosophie, l'oeuvre d'art ou encore la mathématique, dont le point de départ est le plus souvent un questionnement sur les mots.
    Théorie des ensembles, paradoxes, métaphores, inventions plastiques... : une érudition plaisante et ludique qui, à l'instar des performances de l'artiste, cherche à décoder le langage, à mettre en relief les modes d'appréhension d'une réalité foisonnante, sans jamais se départir d'humour et de fantaisie.

    Éric Duyckaerts est né à Liège en 1953. Il élabore depuis le milieu des années 1980 une oeuvre où se mêlent des performances, des vidéos et des installations. Outre de nombreuses expositions et des publications en revues, il a écrit un roman, Hegel ou la vie en rose (1992, L'Arpenteur).

  • La post-littérature est le moment d'un crépuscule. Si la littérature, telle qu'on l'entend, est née avec la Bible, l'histoire du roman, elle, est une affaire judéo-chrétienne dont la psychanalyse, les génocides et la toute-puissance de l'image ont altéré le prestige.
    La déchristianisation de l'Occident a-t-elle fait le reste ?
    Y a-t-il quelque chose après la littérature ?

  • Un cinéphile découvre, sur le tard, l'opéra, sous la seule forme de DVD. Il savait que le cinéma s'est toujours défini par opposition au théâtre ; il découvre que, syntaxe musicale oblige, le cinéma est une gigantesque répétition des procédés de l'opéra. Pendant trois ans, il n'interroge plus son rapport à la seconde vie de l'opéra, le cinéma, qu'à travers le visionnage de plusieurs versions des mêmes opéras, chroniqués pour des magazines réels ou imaginaires. Le présent livre est un florilège de ces chroniques.


    Mehdi Belhaj Kacem, né en 1973, s'est d'abord fait connaître pour ses oeuvres de fiction (il publie Cancer, son premier roman, en 1994), avant de s'imposer comme l'un des philosophes actuels les plus féconds. On lui doit notamment L'Antéforme (1997), L'Essence n de l'amour (2001) ou, dernièrement, L'Esprit du nihilisme (2009), Après Badiou et La Conjuration des Tartuffes (2011). Cinéphile actif, il a également été acteur pour Laetitia Masson (En avoir ou pas, 1995) et Philippe Garrel (Sauvage innocence, 2001).

  • S'il n'y a plus de poste extérieur au capital pour mener une lutte frontale, comment continuer à dialoguer avec l'oeuvre de Marx aujourd'hui ?
    Cet essai, au style libre, choisit de faire revivre le combat théorique, plutôt que politique, que Marx a mené contre la dialectique hégélienne dans les Manuscrits de 1844, en partant du principe que combattre Hegel revient à prendre la Bastille. Cette passe d'armes, initiée dans les écrits de jeunesse de Marx, ne s'éteint pas pour autant en 1844 ; elle se poursuit en 1932, lors de la première publication des Manuscrits, pour se retrouver, dans les années 60, au coeur de la théorie althussérienne de la coupure épistémologique.
    Il s'agit alors, dans Nom de pays, Karl, de suivre les déambulations historiques de ce texte polémique, à la croisée de la philosophie et de la critique de l'économie politique, pour privilégier la lecture de Gérard Granel, fondée sur l'ontologie de la production, à celle de Louis Althusser. Ce faisant, le livre offre aux lecteurs une interprétation personnelle, non académique, de la pensée de Marx et de l'histoire du marxisme.

    Sophie Schulze a publié chez Léo Scheer deux romans, Allée 7, rangée 38 (2011) et Moscou-PSG (2013). Nom de pays, Karl est son premier essai.

  • La plasticité au soir de l'écriture est un manifeste particulièrement éclairant pour qui tente de comprendre l'un des mouvements directeurs de la philosophie française de ces cinquante dernières années. Dans cette autobiographie intellectuelle, Catherine Malabou revient sur l'héritage de la déconstruction en partant du motif fondamental de la pensée de Jacques Derrida, l'écriture. À travers une confrontation de cette pensée avec celles de Hegel et de Heidegger, elle montre comment le concept de plasticité tend aujourd'hui à se substituer aux schèmes du graphe et de la trace. Le dialogue entre « graphique » et « plastique » qui se noue alors s'étend à différentes disciplines et met au jour, de l'anthropologie à la neurobiologie, des enjeux théoriques décisifs.

  • Méditation sur la mort par un sujet qui a vécu toute sa vie comme négation et cherche à mettre en relation réalité et vérité. Vérité intérieure qui dénoue l'angoisse née du monde comme menace et s'ouvre à la révélation, acte de foi par lequel le sujet récupère le sens et la valeur de la Parole.

    Ce troisième livre de David Nebreda prolonge une démarche qui s'est affirmée dans les deux premiers volets de son oeuvre (Autoportraits, 2000 et Chapitre sur les petites amputations, 2004). Mais ce livre, dans lequel la photographie s'efface au profit de l'écriture, s'engage sur une voie nouvelle où s'amorce, par delà une réalité douloureuse, une authentique mise en question du Bien et du Mal.

  • « Jamais tant que ça voulu être quelqu'un. Je n'ai eu de réalité que dans des amours qui en avaient bien peu, mais l'amour m'aura rendu la vie réelle. »
    L'auteur de cette note retrouve une jeune femme qu'il a aimée adolescente, huit ans auparavant. Ils partent pour Venise, où ils tentent de reprendre leur histoire. Confrontation plutôt que fusion, tel est leur ressort amoureux, car bien plus retorse que leurs trente ans de différence d'âge est la tension incestueuse qui s'installe entre eux.
    Il tient la chronique de cet amour dans un carnet où, par fragments, se dessine l'impossibilité d'approcher autant qu'on le désire l'être aimé, qui se dérobe toujours.
    Que faire de cette énigme, de cet état de joie déchirante (connaissance et douleur ensemble) sinon chercher une forme pour la dire ?
    « Cette angoisse dans l'amour dont j'aurai fait ma joie », écrit-il.
    Il n'existe pas d'amours non réciproques puisqu'on s'accomplit par l'amour et non dans l'amour. Est-ce à dire qu'il n'existe pas de rendez-vous manqués ? Une question que pose ce récit amoureux, alliant écriture intime et profondeur métaphysique.


    Jean-Paul Chavent est notamment l'auteur de Violet ou le Nouveau Monde (Actes Sud, 1985), Fin'Amor (Cadex, 1996), L'Impatience (Cadex, 1999) et Le monde entier est ma cachette (La Table Ronde, 2006).

  • Lorsque la gauche arriva au pouvoir, en mai 1981, nombre de ceux qui avaient participé à la contestation des années 1960 et 1970 considérèrent que cette victoire était un peu la leur : ils pensèrent que les socialistes allaient inventer un nouvel art de gouverner permettant de réconcilier la critique radicale et la réforme effective. Il leur fallut déchanter : les socialistes furent changés par l'exercice du pouvoir et se mirent à dénoncer les mouvements sociaux et les intellectuels qui les soutenaient. Dans le même temps, s'opérait un glissement vers la droite de toute la vie intellectuelle française, produit dans une large mesure par le travail de cénacles idéologiques. C'est le divorce qui s'installa alors entre une gauche officielle gagnée au néo-conservatisme et une gauche critique renvoyée à la radicalité pure qui explique la défaite du candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2002. C'est de cette séquence - et de ses conséquences actuelles - que Didier Eribon entreprend ici l'analyse historique, théorique et politique.

  • Qu'est-ce que la philosophie occidentale, habituée aux sommets lumineux de la raison, peut dire des sous-sols, des bas-fonds, des zones obscures de l'humanité qui côtoient l'enfer ?
    Jean-Clet Martin, poursuivant son travail d'exploration des marges et des recoins de l'histoire de la pensée, qui lui vaut une place singulière dans le paysage philosophique français, tente dans ce nouvel essai de faire surgir de l'ombre « des formes immaculées que le philosophe ne peut apercevoir qu'en devenant tout autre ». Il explore, par de courts textes qui sont autant de coups de sonde dans la nuit, l'angoisse, la mort, la déchéance, la folie, la misère, l'absence de Dieu, tout ce qui échappe aux différents triomphes de l'homme sur l'homme.
    On retrouve, au fil de cette enquête à la fois profonde et joueuse, pédagogique et exigeante, aussi bien Hegel, Kierkegaard, Nietzsche, Deleuze ou Philippe Lacoue-Labarthe que Dante, Hölderlin, Hesse, Kafka, Munch, Mahler : des philosophes, des écrivains, des artistes - la pensée dans tous ses états.


    Jean-Clet Martin, philosophe, est l'auteur d'une oeuvre prolifique qui comprend notamment des essais sur Deleuze, Borges, Van Gogh ou Aristote, une étude des ossuaires médiévaux, un abécédaire de l'érotisme et deux romans.

  • Aussi bien destiné aux érudits qu'aux néophytes, ce petit traité propose une lecture métaphorique du football. En de brefs fragments ordonnés en un classement rigoureux, à la manière des entrées d'un dictionnaire, Stéphan Lévy-Kuentz passe en revue tous les aspects de cette « fiction collective », de ses protagonistes à ses rituels, de sa préparation à sa mise en scène, de ses règles à sa chorégraphie.
    Entre analyse sémiologique et interprétation, science de la technique et dérision à froid, il dégage ainsi l'essence de ce que Pierre Bourgeade, dans sa préface, nomme « le premier phénomène de notre époque » et fait surgir de nouvelles significations, lesquelles convergent vers l'image d'un drame universel : « Voici une forteresse intemporelle de quatre-vingt-dix minutes dont la portée du mythe buissonnier qui s'y joue est celle d'une communion laïque, cathartique et onaniste. »


    Stéphan Lévy-Kuentz est écrivain et critique d'art. Il a publié de nombreux ouvrages - romans, nouvelles, poésie, essais et livres d'art, notamment sur la photographie. Également scénariste, il a signé une dizaine de films sur l'art pour les musées nationaux.

  • La Conjuration des Tartuffes tire un bilan des violentes polémiques qui ont entouré la parution du précédent livre de Mehdi Belhaj Kacem, Après Badiou. Il démonte la manière qu'auront eue ses détracteurs de contourner le nerf de la polémique : moralisme, psychologisme, voire psychiatrisation de l'auteur, le tout dégraissé de la moindre calorie philosophique, alors même que ses propres attaques épousaient point par point la philosophie d'Alain Badiou.
    Mehdi Belhaj Kacem dresse le bréviaire des monstres qui restent à terrasser : agonistique « communiste » autiste, en l'absence du moindre début de philosophie du communisme ; « machisme transcendantal » doctement ignoré par les dévots ; archaïsmes ridicules de patriarche ; universalisme inconsistant, appuyé sur un positivisme épistémologique délirant ; éthique aussi abstraite dans sa formulation qu'ignominieuse dans ses intentions ; etc.



    Mehdi Belhaj Kacem est romancier, philosophe, acteur. Il est reconnu comme l'un des intellectuels les plus brillants de la jeune génération.

  • À partir de Pastorale américaine, Philip Roth ressuscite le Fils, et le transforme en Saint-Esprit. L'ancien messie du New Jersey mène dorénavant une vie monacale et ascétique. Libéré de son corps, il peut enfin s'attacher aux autres et, pénétré de leurs destins tragiques, accomplir le sien.
    Poursuivant sa relecture inspirée du grand romancier américain, Steven Sampson aborde la dernière période de cette oeuvre monumentale, commencée il y a un demi-siècle. Quelle lumière nouvelle le crépuscule qu'elle met en scène jette-t-il sur le monde ? L'ultime métamorphose de Philip Roth, ce Zeus protéiforme et fécond, n'a peut-être pas fini de nous surprendre.


    Steven Sampson est né en 1957 à Milwaukee, aux États-Unis. Après avoir étudié la littérature anglo-américaine à Harvard et le journalisme à Columbia, il a travaillé pendant dix ans dans l'édition à New York. En 2008, il a obtenu un doctorat à Paris-VII pour une thèse sur Philip Roth. Il collabore à La Revue littéraire, à L'Infini et à La Quinzaine littéraire. Il est l'auteur de Corpus Rothi. Une lecture de Philip Roth et de Côte Est-Côte Ouest. Le roman américain du XXIe siècle, de Bret Easton Ellis à Jonathan Franzen (2011).

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