Littérature traduite

  • Il serait difficile d'exagérer l'importance de Marshall McLuhan et de ses théories sur les communications, mais ses écrits sont plus souvent cités que lus. Il n'en demeure pas moins que ses prédictions se sont réalisées : dès le début des années 60, McLuhan a écrit que la culture de l'imprimé, visuelle et individualiste, serait remplacée par ce qu'il appelait l'« interdépendance électronique » pour créer un « village global » que caractérise une identité collective se fondant sur la tribu.

    Le romancier Douglas Coupland considère ce grand intellectuel d'abord comme un artiste pratiquant une sorte d'art conceptuel qui nous fait affleurer des vérités profondes mais parfois obscures sur la façon dont la technologie est en train de transformer le monde et ses habitants. Coupland, lui-même romancier prolifique, sculpteur, peintre, performeur, est un véritable héritier de McLuhan, dont l'oeuvre est l'illustration suprême de son plus célèbre aphorisme : « le médium est le message. »

    Écrit avec l'intelligence et l'humour auxquels l'auteur nous a habitués, le McLuhan de Coupland est une révélation.

  • Les seins de Faïna ont poussé l'espace d'un été, celui de ses seize ans. Et, avec les seins, sont apparus les admirateurs. Faïna pensait que sa mère, Oliko, et que sa grand-mère, Noutsa, lui confieraient alors le plus important des secrets de la famille: comment elles se sont mariées toutes les deux à seize ans. Et, surtout, qu'est-ce qui se passe après le mariage, quand les deux époux restent seuls ensemble. Mais personne ne lui a raconté quoi que ce soit. Les mots, c'est quoi ? Du vent !

    «Il faut bien se marier au moins une fois dans sa vie, petite.» Voilà ce que grand-mère Noutsa se contente de répéter à Faïna. Mais qui ? Son premier fiancé aux noirs sourcils, ou le fils du vigneron au regard de feu?

    Cette histoire se déroule dans un pays qui n'existe pas. L'Union soviétique a coulé comme le Titanic, mais le monde entier continue de nager vers cette épave pour regarder à travers ses hublots. Dans Faïna, de jeunes filles rêvent désespérément de se marier, des innocents se font tirer à bout portant, des femmes se déshabillent et écartent les jambes sur la table de la cuisine, une main qui sort de la terre saisit un homme par la cheville et son âme s'échappe, un cadavre repose sur un piano à queue, Brejnev se traîne jusqu'à la tribune en essayant de retenir ses pets. Voyez ! Voyez ! Voilà la vie derrière le hublot...

  • Fou ou bien héros ? Homme d'État visionnaire ou bien fanatique religieux ? Qui était donc Louis Riel, l'homme qui a défendu son peuple contre l'invasion des colons blancs ? L'homme en qui on reconnaît aujourd'hui le père du Manitoba et qui a enflammé les passions au Québec, soulevant la colère des francophones contre Ottawa et préparant le terrain aux luttes entourant la Conscription ? Tout à l'opposé, Gabriel Dumont était un homme pragmatique, excellent chasseur, rompu aux tactiques de la guérilla, qui se méfiait du fanatisme de Riel. Il semble ne pas avoir mesuré les conséquences de son geste, quand il a ramené Riel de son exil américain. Et, bien sûr, il était loin de se douter que la pendaison de celui-ci allait attiser pour longtemps la mésentente entre les peuples fondateurs du Canada. L'excellent romancier canadien-anglais Joseph Boyden, d'ascendance métisse, fait revivre pour nous ces deux personnalités si contrastées en recréant de façon extraordinairement convaincante la pensée et la parole des deux hommes.

  • « Est-ce qu'il sera difficile de ramener la Terre dans la bonne voie ? Oui, bien sûr. Mais est-ce une tâche impossible ? Non. »

    En 1961, quand le président Kennedy a lancé le projet d'envoyer des astronautes américains sur la Lune dans un délai de dix ans, on ne savait trop comment un tel objectif pourrait être atteint. L'essentiel, c'était de damer le pion à l'Union soviétique. Avec beaucoup d'argent, d'énergie et de créativité, les États-Unis ont fini par réussir cet exploit scientifique, avec des retombées auxquelles nul ne se serait attendu : GPS, chaînes d'information en continu, ordinateur portable, couverture isothermique, thermomètre auriculaire à infrarouge, etc. Encore aujourd'hui, une part disproportionnée des prix Nobel de sciences revient chaque année à des Américains, en grande partie parce que leur pays a décidé de se rendre sur la Lune avant les Russes voilà plus d'un demi-siècle. Décider de relever le défi du changement climatique entraînera toutes sortes de retombées bénéfiques inattendues. C'est ce que l'histoire nous apprend.

    À notre époque où l'obscurantisme met en péril la science, où les États-Unis menacent de se désolidariser du concert des nations au sujet du réchauffement planétaire, ce livre est un appel à l'action. David Suzuki y partage avec nous les plus récentes avancées des savants sur la question du climat, mais surtout il trace des pistes concrètes pour créer un monde plus sain et plus juste pour toutes et tous.

  • Il a le statut de héros en Chine, pourtant c'est en Ontario que Norman Bethune est né, et c'est à Montréal qu'il pratiquait la médecine quand il s'est embarqué pour aller soutenir les républicains dans la guerre civile espagnole. En plus d'avoir apporté une contribution majeure à la médecine de guerre - c'est à lui qu'on doit les premières transfusions réalisées sur le champ de bataille -, il fut un activiste infatigable, aussi bien au Canada qu'à l'étranger, qui a donné sa vie pour les causes auxquelles il croyait. Honni par les uns, sous prétexte qu'il était communiste, encensé par les autres, Norman Bethune était un homme complexe, contradictoire, dont la vie et les amours étaient plus grandes que nature.

  • Glenn Gould compte parmi les géants de la musique du XXe siècle. Il s'est également gagné une solide réputation d'excentricité. Génie solitaire et capricieux, virtuose hypocondriaque, il a renoncé à donner des concerts en public dès l'âge de trente et un ans pour se consacrer à l'exploration de divers médias : enregistrement sonore, radio, télévision, imprimé. Le monde a été pris de court par sa disparition subite en 1982, mais sa musique nous semble aujourd'hui toujours aussi révolutionnaire, inattendue, irremplaçable. Mark Kingwell, philosophe et critique musical, voit en Gould un penseur d'avant-garde dont la vie était gouvernée par ses conceptions musicales. Mais ces conceptions étaient parfois contradictoires, dérangeantes et volontairement provocatrices. Tout comme Gould, qui exigea de faire vingt et une prises de l'aria des Variations Goldberg à l'occasion de son fameux enregistrement de 1955, Mark Kingwell propose ici vingt et une « prises » de la vie de Glenn Gould. Chacune nous révèle une facette différente de l'homme, où Kingwell se montre sensible aux harmonies complexes et aux dissonances qui retentissent tout au long de la vie du musicien.

  • Lors de sa parution en anglais, en 1943, la monographie d'Everett C. Hughes consacrée à Drummondville a connu un retentissant succès aux États-Unis, tout comme sa version française parue au Québec en 1948. Elle a marqué d'une pierre blanche l'étude des mutations de la culture canadienne-française et constitue un classique parmi les textes issus de la prestigieuse École de Chicago.

    « Rencontre de deux mondes » mérite d'être lu et relu. Pour découvrir non seulement, avec peut-être une touche de nostalgie, ce qu'était Drummondville en 1937, au moment où Hughes amorce son enquête sur le terrain, mais aussi une étude sociologique fine et nuancée qui nous permet de comprendre la société québécoise d'hier et d'aujourd'hui.

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