Sciences humaines & sociales

  • « La démocratie se mondialise, l'identité se diversifie, les moeurs traditionnelles se dissolvent, les sociétés occidentales font pénitence de leurs fautes passées, les minorités sexuelles et culturelles accèdent enfin à la reconnaissance publique et les droits de l'homme refondent intimement et profondément le pacte politique occidental. De gauche, du centre ou de droite, nous communions dans une même célébration de notre époque lumineuse. »
    Cette époque, celle du « dépassement » des vieilles contraintes et des préjugés hérités du passé, le discours commun et la propagande des puissants veulent nous la présenter comme l'aboutissement normal de la démocratie moderne, dont les promesses, enfin, seraient sur le point de se réaliser pleinement. Or ce n'est pas du tout ce que pense Mathieu Bock-Côté. Pour lui, le monde qui se met en place depuis un quart de siècle au Québec comme dans l'ensemble de l'Occident, loin de prolonger ou d'accomplir l'histoire qui l'a précédé, marque au contraire une rupture radicale, sinon une « trahison », c'est-à-dire l'abandon pur et simple de ce qui a guidé jusqu'ici nos façons d'être, de penser, de vivre en société, par l'instauration de ce qu'il appelle un nouveau régime, fondé sur une vision entièrement nouvelle de l'homme et de la cité, celle d'un homme coupé de toutes racines, de toute appartenance, soucieux uniquement de son bonheur et de ses droits d'individu, celle d'une cité qui cesse de se voir et d'agir comme communauté politique et culturelle pour n'être plus qu'un rassemblement de consommateurs semblables à tous les consommateurs de la planète.
    De ce nouveau régime, Mathieu Bock-Côté propose donc, dans la vingtaine d'essais réunis ici, à la fois un tableau et une critique, en abordant certaines de ses manifestations et certains de ses mythes les plus actuels, de la théorie dite du genre à la prétendue « fin des idéologies », du suicide assisté conçu comme un droit de l'homme à la célébration du « multiculturalisme ».

  • Que ce soit comme nouvelliste et romancière, du Torrent et des Chambres de bois à Kamouraska et aux Fous de Bassan, comme poète, du Tombeau des rois aux Poèmes pour la main gauche, ou comme dramaturge, des Invités au procès à La Cage, Anne Hébert (1916-2000) nous a laissé une oeuvre dont la splendeur, l'originalité et la force font d'elle une figure majeure de la littérature québécoise et canadienne du XXe siècle. Commencée au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, cette oeuvre s'échelonne sur une cinquantaine d'années, toujours nouvelle et cependant toujours fidèle au même désir, à la même exigence : vivre, c'est écrire. Mais qui était cette femme qui a donné naissance dans tant de livres à tant de beauté, de violence et de vérité ? Sur sa vie, son intimité, ses rapports avec sa famille et ses proches, Anne Hébert était la discrétion même, comme si la présence et le rayonnement de son oeuvre exigeaient l'effacement de sa personne, sa propre absence, en quelque sorte. De son enfance et de sa jeunesse, de ses apprentissages, de la trajectoire qui l'a conduite du Québec où elle est née à la France où elle s'est épanouie, de ses façons de travailler, des rencontres qui l'ont marquée, des êtres qu'elle a aimés et qui l'ont aimée, entourée, soutenue, des joies et des souffrances qu'elle a vécues et qui ont pu nourrir son imagination de romancière, elle n'a pratiquement rien dit, ni dans ses écrits ni dans ses interventions publiques.
    C'est donc sur ce « mystère Anne Hébert » que se penche ici Marie-Andrée Lamontagne, non certes pour le résoudre (qui saura jamais la vérité d'un tel être ?), mais pour essayer au moins de l'éclairer avec toute la précision, la sympathie et l'honnêteté qui s'imposent. Recherches dans les bibliothèques et les dépôts d'archives, exhumation et dépouillement de correspondances privées et de papiers de famille, entretiens avec plusieurs témoins, dont des proches, consultation d'imprimés et de documents audiovisuels de toutes sortes, voyages : mariant l'enquête journalistique et l'essai littéraire, la biographe n'a rien négligé pour nous offrir un portrait complet et vivant de cette grande dame dont l'existence, vouée à la littérature, aura épousé le XXe siècle.

  • Désirons-nous vraiment réaliser l'indépendance politique du Québec ou sommes-nous trop épuisés pour espérer remporter un troisième référendum ?

    Jacques Beauchemin le militant explore les raisons profondes qui font de la souveraineté un objectif historique essentiel. Par contre, Jacques Beauchemin le sociologue ne peut cacher son inquiétude devant la démission collective des Québécois, qui semblent accepter sans états d'âme que leur langue française périclite et que leur culture se délite.

    L'auteur met le lecteur au pied du mur : les ancêtres canadiens-français ont-ils lutté et résisté avec autant de courage depuis la Conquête pour voir leurs descendants dilapider l'héritage ?

    Les héritiers - que nous sommes tous - choisiront-ils une démission tranquille ou relèveront-ils l'urgent défi auquel ils font face ?

    « La Souveraineté en héritage » est un remarquable essai politique qui arrive à point nommé, au moment où le Parti québécois cherche un nouveau souffle.

  • Nul ne se souvient du nom que lui donnaient les Indiens. Peut-être l'appelaient-ils simplement onon:ta' : la montagne. Ceci n'est pas un ouvrage de plus sur le mont Royal : on n'écrit jamais sur autre chose que du papier. Je n'écris pas sur mais pour la Montagne, devant elle, en sa présence, à partir des traces que la forêt de temps de son paysage conserve du passage des Ochehagas. J'ai pris le parti de nommer et de parcourir ce paysage tel qu'il était avant l'assaut de l'asphalte, et tel qu'il sera « tant que l'herbe poussera » encore lorsque l'effritement de cette prétention de pierre qu'est le béton perpétuera avec peine un vague et vain souvenir des derniers humains. Dans les iora'wihstote de ce kahiatonhsera' (les pelures, c'est-à-dire les pages, de ce livre), je propose moins une histoire qu'une géopoétique du mont Royal. J'y localise avec une nouvelle exactitude les emplacements d'événements dont l'histoire n'a conservé que les dates, de façon à réinscrire dans le présent les souvenirs qui ne cessent d'habiter ces lieux de mémoire parfois disparus, le plus souvent irrémédiablement altérés - à mettre en oeuvre l'actualisation d'un devenir-paysage : celui de l'onon:ta' des Ochehagas.

  • Fine analyste de discours idéologiques et libre flâneuse de parcours urbanistiques, Régine Robin, historienne, sociologue, écrivain, s'est toujours préoccupée, en lisant, en écrivant et en marchant, des questions politiques d'identité, de culture et de mémoire. Arrivée à Montréal en 1977, professeur et citoyenne, pugnace républicaine devenant Canadienne et prêtant serment d'allégeance à la reine d'Angleterre (elle aurait préféré le faire sur la bible de Proust), l'auteur de La Québécoite, au bout de trente ans de résidence première, évoque, convoque et disloque tout ce qui fait qu'elle est « devenue d'ici » même si, comme elle l'écrit, « je ne me suis jamais sentie chez moi ». Dans ce livre qui inaugure la collection « Liberté grande », on trouve une indéniable et cinglante analyse du nationalisme québécois et un questionnement inquiet sur la transculture et l'écriture migrante. Bilan d'une « allophone d'origine française ».

  • Fou ou bien héros ? Homme d'État visionnaire ou bien fanatique religieux ? Qui était donc Louis Riel, l'homme qui a défendu son peuple contre l'invasion des colons blancs ? L'homme en qui on reconnaît aujourd'hui le père du Manitoba et qui a enflammé les passions au Québec, soulevant la colère des francophones contre Ottawa et préparant le terrain aux luttes entourant la Conscription ? Tout à l'opposé, Gabriel Dumont était un homme pragmatique, excellent chasseur, rompu aux tactiques de la guérilla, qui se méfiait du fanatisme de Riel. Il semble ne pas avoir mesuré les conséquences de son geste, quand il a ramené Riel de son exil américain. Et, bien sûr, il était loin de se douter que la pendaison de celui-ci allait attiser pour longtemps la mésentente entre les peuples fondateurs du Canada. L'excellent romancier canadien-anglais Joseph Boyden, d'ascendance métisse, fait revivre pour nous ces deux personnalités si contrastées en recréant de façon extraordinairement convaincante la pensée et la parole des deux hommes.

  • La génétique, l'informatique, les neurosciences et ce que certains nomment déjà la bionique sont porteuses d'un avenir prodigieux tout autant par ses promesses que par ses périls. La technique exerce désormais une fascination sans rivale sur nos sociétés. Le risque paraît grand qu'une telle ivresse ne dissimule un affaissement du sens moral, or il n'y a de civilisation possible que dans l'équilibre entre la puissance qu'engendre le savoir et la sagesse nourrie par la réflexion éthique. Daniel Jacques entend montrer ici que notre puissance technique doit être assujettie à la compassion, compassion pour nos semblables, mais aussi compassion pour tous les vivants qui nous accompagnent. Il nous faut entrer dans le règne de la technique par la voie la plus humaine. Autrement dit, suite au déclin du christianisme et de l'humanisme classique, il ne nous reste, pour fonder l'humanisme - à la marge du discours que tiennent les sciences naturelles sur l'homme, devenu mi-machine, mi-animal - que cette expérience brute du mal qui se trouve au coeur du XXe siècle, soit le génocide des Juifs d'Europe. D'une certaine manière, ce gouffre moral, cet abîme d'inhumanité, nous tient lieu de révélation, la seule révélation qui puisse encore nous guider dans le grand oeuvre technique auquel nous semblons destinés. Par-delà le devoir de mémoire qui nous rattache à cet événement, la compassion représente un don d'humanité qu'il nous faut apprendre à préserver au moyen d'un langage nouveau.

  • La mondialisation occupe une place importante dans l'espace public : voie obligée de la prospérité pour les uns, elle est pour les autres responsable de tous les maux affligeant la société contemporaine. Curieusement, ces jugements contradictoires sur la mondialisation tendent tous deux à négliger les discours ayant présidé à la mise en place du monde de l'après Seconde Guerre.

    Dorval Brunelle revient sur les fondements de l'ordre d'après-guerre, tels qu'ils se lisent dans les propos de ses architectes d'alors. L'examen de la création des grandes institutions internationales, à cette époque, constitue le point de départ d'une analyse articulant la reconstruction des espaces international et national à la création de l'État-providence et à la reconnaissance des droits sociaux. Sur cette base, l'auteur s'attarde ensuite à l'éloignement par rapport à ce projet initial, lisible dans ce qu'il appelle la globalisation, qui rompt avec la logique mise en place au sortir de la guerre.

    Dans ce nouveau cadre institutionnel, l'Amérique du Nord occupe une place privilégiée. C'est en effet dans le libre-échange entre le Canada et les États-Unis que le nouvel ordre global trouve le premier lieu de son déploiement. Il convient donc d'analyser de près la dynamique inaugurée par cet accord pour saisir, a contrario, ce que la pensée de l'immédiat après-guerre, derrière des apparats libéraux, peut encore proposer d'intéressant à tous ceux qui appellent de leurs voeux une mondialisation alternative.

  • La social-démocratie est une idée galvaudée, qui semble avoir perdu son sens d'origine. À la lumière de l'histoire récente, ne pourrait-on pas penser que, depuis trente ans, les partis sociaux-démocrates, une fois au pouvoir, ne défendent pas leur base naturelle et historique, la classe ouvrière ? L'auteur aborde cette question en étudiant le positionnement sociopolitique actuel des partis sociaux-démocrates, dont la compréhension nécessite par ailleurs des retours sur le passé, de même qu'en tentant de définir l'état et la nature des revendications sociales d'aujourd'hui.

  • L'hiver nous tue. Quand ce ne sont pas sinusites et pharyngites qui nous emportent, c'est la glace noire, le verglas ou l'infarctus qui suit une séance de pelletage intensif, ou encore la piste de descente quasi olympique du mont Sainte-Anne. Comment échapper à cette fatalité?

    Et si, tout simplement, c'était notre conception de l'hiver qui était fautive ? En effet, nous nous obstinons à mener une vie productive en hiver alors que les éléments - c'est le moins qu'on puisse dire - sont contre nous.

    Pour retrouver le bon sens, il suffirait donc d'inverser la situation. Travaillons davantage l'été, et ainsi nous aurons tout l'hiver pour nous reposer, pour hiberner sous la couette, en remerciant le ciel de nous envoyer ce froid qui rend la maison si agréable. Faisons de l'hiver la saison morte, comme il se doit.

    Il fallait un anthropologue de talent pour nous faire enfin voir l'évidence. Dans ce brillant opuscule, Bernard Arcand propose une solution qui, moyennant le bon vouloir de nos gouvernements, pourrait mettre un terme à nos souffrances hivernales, en même temps qu'elle donnerait tout son sens à l'expression de « société distincte ». Cette solution aurait également le mérite de régler de nombreux problèmes de ladite société, qui vont de la réforme de la santé à celle de l'éducation.

  • « Livresque », selon le dictionnaire, est un adjectif péjoratif : il désigne « ce qui vient seulement des livres » et s'oppose à « concret », « pratique », « réel ». Mais pour Robert Lévesque, l'opposition ne tient pas, car rien n'est plus vivant ni plus vrai que l'univers des livres, même - et surtout - à notre époque où cet univers paraît plus fragile et menacé que jamais. « Vies livresques », cela veut dire : la vie des livres eux-mêmes, leur genèse, leurs aventures, leur beauté, mais surtout la vie des femmes et des hommes (comme lui) qui ont fait des livres l'unique objet de leur passion et le décor de toute leur existence.

    /> La quinzaine de textes qui composent ce recueil racontent tous, à leur manière, ce que les livres peuvent faire d'une vie humaine qui leur est toute consacrée. On y croise des éditeurs, des écrivains, des liseurs, et même un représentant de commerce, tous gens de livres et de lecture ; mais la figure principale, l'incarnation par excellence de la « vie livresque », c'est le libraire. Car, si l'univers, pour Jorge Luis Borges, était une Bibliothèque infinie, pour Robert Lévesque c'est une Librairie, ou plutôt un vaste réseau de librairies petites et grandes (préférablement petites) dans lesquelles, de Montréal à Paris, de l'île Saint-Louis à New York, veillent, tels d'inébranlables gardiens de phares, autant de libraires. Réels ou fictifs, ces êtres livresques se nomment Lehec, mademoiselle D'Anjou, Hervé Jodoin, Charlotte Delbo, Hyacinthe Danse, Anatole Broyard, Raymond Queneau, Jean Forton, Albert Béguin, Marcel Beauregard, Roland Benchimol.

    Avec la verve et la vivacité qu'on lui connaît, Robert Lévesque met ici à profit son époustouflante culture de lecteur intempérant, friand de dates, de citations et d'anecdotes, pour nous entraîner à leur rencontre et parcourir avec eux le monde qui a été le leur, qui est maintenant le sien, et dont on ne sait pour combien de temps encore il sera le nôtre...

  • Incontestablement, nos sociétés occidentales font face aujourd'hui à un pluralisme sans précédent. Contrairement à l'idée reçue, cette diversification ne provient pas seulement de l'immigration. Même des groupes appartenant à la population « de souche » exigent désormais la reconnaissance d'identités longuement tenues dans l'ombre, qu'il s'agisse des minorités culturelles ou de minorités historiquement discriminées. Les conséquences de cette diversité pour notre « vivre ensemble » sont énormes, dans tous les domaines, mais surtout dans celui de l'éducation.

    Que faut-il enseigner à nos enfants dans le respect de tous les citoyens, surtout quand cela concerne la religion, la morale, les règles mêmes du vivre ensemble ? On pourrait être tenté de laisser de côté tout ce qui nous divise - religions, éthiques particulières - pour nous concentrer sur les règles du jeu de la citoyenneté. Georges Leroux propose une vision différente, qu'alimentent une réflexion philosophique profonde et une compréhension fine des besoins de notre société hautement diversifiée. Dans cet essai, il explique sa position avec une clarté et une franchise peu communes.

    Extrait de la préface

  • Paul-André Linteau est sans doute le plus grand spécialiste de l'histoire de Montréal. En cette année du 375e anniversaire de la métropole québécoise, il nous propose cette synthèse de l'histoire de la ville depuis la préhistoire jusqu'au début du XXIe siècle.

    Il en fait ressortir les grandes tendances - socioéconomiques, politiques et culturelles - et met en lumière les influences françaises, britanniques puis américaines qui ont orienté son développement. Il raconte les origines de la diversité ethnique et culturelle de Montréal et montre comment, de petite colonie missionnaire, la ville est devenue une grande métropole et le principal foyer culturel du Québec et des francophones d'Amérique.

  • La «Chronologie du Québec» que propose Jean Provencher constitue un choix parmi les nombreux faits et événements qui ont marqués l'histoire du Québec, regroupés en quatre rubriques et mis en parallèle avec ce qui s'est passé ailleurs dans le monde.
    Cette «Chronologie du Québec» offre aussi une mine de renseignements qui ajoutent au plaisir de la connaissance. Jean Provencher a voulu rendre aux dates toute leur signification et, pourquoi pas ? leur pouvoir d' évocation. Marie-Andrée Lamontagne, Magazine MTL

  • Il y a un peu plus de quatre siècles, des Français ont commencé à s'établir sur le territoire du Canada. Ils n'ont jamais cessé de le faire par la suite, mais leurs arrivées ont connu des rythmes très variables.

    Après la venue des colons à l'époque de la Nouvelle-France, la deuxième grande vague migratoire vers le Canada s'amorce en 1870 et se poursuit jusqu'en 1914. Pendant cette période d'un peu moins d'un demi-siècle, environ 50000 Français traversent l'Atlantique à destination du Canada. Cette période est au coeur d'un phénomène très vaste qui a été qualifié de Grande Migration transatlantique. Dans l'historiographie internationale relative aux phénomènes migratoires, les experts estiment que, pendant un peu plus d'un siècle, de 1815 à 1930, au moins 50 millions d'Européens traversent l'Atlantique en direction des pays du Nouveau Monde. Or, près des trois quarts de ces traversées sont réalisées pendant une période plus courte et plus intense qui va précisément de 1870 à 1914.

    Parmi les pays européens, la France est l'un de ceux qui participent le moins à ce mouvement. Cela n'empêche pas quelques centaines de milliers de Français de quitter l'Hexagone. Après les États-Unis et l'Argentine, le Canada est l'une de leurs destinations principales. Pourquoi et comment ces Français prennent-ils la route du Canada, où s'établissent-ils et comment s'intègrent-ils à la société canadienne?? Telles sont les grandes questions soulevées dans cet ouvrage.

  • Le « pays des purs » fascine. Mais qu'en savons-nous, au juste ? Nous le regardons du ciel. D'en haut, avec des jumelles, nous nous limitons à une géopolitique désincarnée. Et nous oublions ce qui se joue sur le terrain, comment ce pays de deux cents millions d'habitants vit la guerre chez son voisin afghan, les frappes de drone sur son territoire, la radicalisation tranquille de sa campagne...

    Le journaliste Guillaume Lavallée propose un road-trip de la frontière afghane à la bouillonnante mégalopole Karachi pour illustrer les transformations de ce géant musulman aux pieds d'argile. Les mutations d'un peuple qui se retrouve sur la ligne de feu de cette guerre qui ne dit pas son nom, où l'armée ennemie n'est pas composée d'êtres humains, de semblables, mais de robots qui sillonnent le ciel, télécommandés depuis l'étranger, emplissant les nuits de leur bourdonnement obsédant.

    Psychiatres débordés par les victimes collatérales des drones, chefs tribaux ahuris, poètes pachtounes au verbe musclé, habitants des nouveaux quartiers sécurisés, jeunes désespérés qui abandonnent leur pays sur les eaux mortelles de l'espoir, gangsters de Karachi, soirées folles et secrètes d'une élite blindée... Drone de guerre raconte ce Pakistan bien réel, celui des habitants de cet autre ground zero, celui que nous ne connaissons pas.

  • Metteur en scène, acteur, directeur de théâtre, Paul Buissonneau a marqué tout ce qu'il a touché de l'empreinte de son infatigable énergie et de sa rigoureuse exigence. Ses coups de gueule, qui faisaient trembler aussi bien les murs des institutions que les acteurs, sont restés dans les mémoires, mais également son immense générosité. Il a été un éveilleur et un passeur pour une majorité d'artistes et d'artisans du théâtre québécois contemporain.

  • On accuse parfois les intellectuels progressistes d'être déracinés. Aucune expression ne saurait être plus injuste à l'endroit de Georges Leroux. Né au sein d'une famille de la petite bourgeoisie catholique, il a évolué, de sa formation chez les Jésuites aux débats politiques enflammés du Québec des années 70 et 80, en passant par les années studieuses à Paris. Partout il se révèle un constructeur d'institutions, un intellectuel engagé au sein de sa société, et surtout un connaisseur perspicace et attentif du débat public qui a peu à peu façonné le Québec d'aujourd'hui. Pensons en particulier à son engagement des dix dernières années au service du pluralisme.

    Dans ces entretiens avec Christian Nadeau, Georges Leroux célèbre un idéal d'amitié intellectuelle qu'il a découvert dans sa jeunesse, au début de sa formation à l'Institut d'études médiévales, et retrouvé à différents moments de sa longue carrière. Le récit de sa vie devient alors l'accompagnement d'une période d'effervescence où le Québec s'est doté de grandes institutions publiques, d'une vie intellectuelle et culturelle diversifiée, de savoirs et d'espoirs.

  • Pourquoi le Québec est-il une terre d'accueil singulière pour la communauté juive ? Comment la communauté juive l'a-t-elle transformé ? Comment s'exprime le judaïsme québécois et montréalais ?

    Pierre Anctil dépeint ici l'histoire juive québécoise comme une succession de migrations venues d'Europe qui portaient en elles l'expérience d'une minorisation souvent douloureuse. Plus récemment, le Québec a accueilli des Juifs nord-africains, israéliens, sud-américains et français, qui se sont ajoutés aux premiers arrivants sans se fondre complètement à eux.

    Les quatre siècles qu'embrasse cet ouvrage ont produit une prise de conscience aiguë, chez les Juifs du Québec, qu'ils appartenaient à une société à nulle autre pareille. Les droits qu'ils ont systématiquement réclamés et leurs contributions soutenues aux multiples sphères d'activité ont aussi donné naissance à un Québec bien différent de celui qui aurait été échafaudé à partir des seules valeurs traditionnelles du Canada français et du Canada anglophone. Il y a un judaïsme québécois et montréalais distinct de tous les autres en Amérique du Nord, et cette originalité émerge avec force du récit historique lui-même.

    Après plus de trois décennies de questionnements et d'avancées, le temps était venu de réunir en un seul volume tous les constats auxquels étaient arrivés différents chercheurs dans ce champ d'études inédit. Une telle synthèse nous permet de retracer le récit historique de la présence juive au Québec dans toute sa durée, c'est-à-dire depuis les débuts du Régime français jusqu'au tournant du XXIe siècle.

  • Le 24 juillet 1967, Charles de Gaulle, président de la France en voyage officiel, invité des gouvernements de Québec et d'Ottawa, a marqué à jamais l'histoire en prononçant, au balcon de l'hôtel de ville de Montréal, quatre mots - « Vive le Québec libre ! » - dont la portée a traversé le temps. Cet événement, ses causes et ses conséquences ont été maintes fois scrutés, répertoriés, analysés et commentés par tout ce qui « grouille, grenouille, scribouille ».

  • Le 9 avril 1945, les portes de l'église Saint-Léon de Westmount s'ouvrent pour laisser passer un étrange cortège funèbre. Le cercueil est porté par neuf femmes, des amies qui ont mené aux côtés de la disparue l'un des plus longs combats pour la démocratie. Dans les mois qui suivent les funérailles d'Idola Saint-Jean, journaux et revues célèbrent son engagement indéfectible pour l'obtention du suffrage féminin, l'amélioration du sort des plus vulnérables et la promotion de la langue française. Puis, silence radio. Idola Saint-Jean tombe dans l'oubli ou presque. Pourquoi ?

    À la différence de la plupart des femmes qui ont marqué notre histoire durant la première moitié du XXe siècle, elle n'est ni religieuse ni mariée. Il s'agit d'une femme autonome qui assure seule sa subsistance. Comédienne, gardienne de la langue française, journaliste, militante, Idola Saint-Jean est une « self-made woman ». En un mot, c'est une femme insoumise, qui refuse de se plier aux stratégies tout en douceur des féministes au langage réservé, comme Marie Gérin-Lajoie, ou au ton diplomatique, comme Thérèse Casgrain. Ce qui distingue son action, c'est la recherche d'une identité différente, urbaine, francophone, dégagée d'un lourd nationalisme du terroir.

    En écrivant cette première biographie d'Idola Saint-Jean, Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean font un véritable travail de réhabilitation et un acte de mémoire.

  • Où en est actuellement le mouvement des femmes ? Depuis quelques années sont apparues des divergences entre féministes quant aux buts à atteindre et aux moyens à utiliser. Au Québec comme ailleurs, l'escalade de commentaires agressifs et méprisants de certains groupes de femmes à l'endroit d'autres n'est pas sans inquiéter : on associe le féminisme classique au racisme, à la xénophobie, à l'islamophobie, à l'exclusion, à la stigmatisation, au colonialisme, voire à l'impérialisme.

    Cette évolution ne met-elle pas à mal le féminisme en divisant les femmes et en les dressant les unes contre les autres ? Sous prétexte de défendre les opprimés, quel que soit leur sexe, ne va-t-elle pas parfois à l'encontre de l'égalité entre les femmes et les hommes ?

    Pour Andrée Yanacopoulo et ses collaboratrices, on a véritablement affaire à un détournement du féminisme. En conséquence, la position féministe doit non seulement être recadrée, mais elle doit aussi continuer de miser sur la nécessaire solidarité entre les femmes afin de contrer les diverses oppressions et discriminations qui affligent plus particulièrement certains groupes : les femmes pauvres, prostituées, autochtones, immigrantes, etc.

    Car l'évidence est là : quelque dominé, quelque minorisé, quelque bâillonné, quelque asservi que soit un homme, il y aura toujours un être humain qu'il pourra dominer, minoriser, bâillonner, asservir : sa femme.

  • Les corneilles ne sont pas les épouses des corbeaux. Les épinettes noires ne sont pas des arbres de misère. Le monde dans lequel nous vivons n'est pas nécessairement le paradis. Tout, en dehors de Montréal, n'est pas forcément le désert. Notre histoire n'est pas une épopée. Il n'y a pas de bouleaux sur la rivière Mingan. Un camion n'est pas le contraire de la poésie. Les Amérindiens ne forment pas une société archaïque et dépassée. Et le progrès moderne n'est pas si simple qu'on le croit.

    Serge Bouchard n'est pas un rebelle ni un contestataire. C'est un homme libre, un esprit lucide et cultivé, un prosateur quotidien qui prend pour matière les idées, les faits, les grands phénomènes aussi bien que les « petites affaires et moindres choses » qui composent la trame de son existence et de la nôtre, tantôt occasions de bonheur insoupçonné, tantôt pièges à bêtise ou causes de souffrance, mais signes toujours de notre humanité ancienne et moderne, à la fois orgueilleuse et comique, oublieuse autant que nostalgique, liée à la nature que pourtant elle détruit, aux dieux, aux oiseaux, au temps qui passe, à la mort qui vient.

    Quoique les convictions n'y manquent pas - l'on découvrira ou retrouvera ici un Serge Bouchard écologiste, ami des nations amérindiennes, critique des idéologies à la mode -, les quatre-vingts petits textes qui composent cet ouvrage (et qui ont d'abord paru sous forme de chroniques dans le journal montréalais Le Devoir) forment surtout une oeuvre d'observation et de sagesse, écrite dans une langue toute de simplicité, rythmée, imagée, aussi proche que possible de la conversation entre gens d'intelligence et de coeur. Par la culture, par la finesse du regard, par l'originalité de l'imagination, Serge Bouchard s'y révèle, encore une fois, un essayiste de premier plan.

  • Le général Louis-Joseph de Montcalm est aujourd'hui tenu pour l'unique responsable de la déroute française du 13 septembre 1759 sur les plaines d'Abraham. Emporté par sa fougue, cet adepte des batailles rangées à l'européenne aurait fait basculer une victoire facile en défaite écrasante en ordonnant une charge frontale contre les forces de son rival britannique, James Wolfe. Sa précipitation aurait anéanti la puissance de feu exceptionnelle des miliciens canadiens et des guerriers autochtones de son armée. Tant la vision d'un Canada acquis à la civilisation par une Grande-Bretagne vertueuse que la vision d'une colonie laissée à elle-même font leur lit de la défaite de Montcalm.

    Au cours des soixante dernières années, les historiens ont fait du gouverneur Vaudreuil un bon Canadien ignoré par un Français, Montcalm, incapable d'apprécier les nouvelles réalités auxquelles il fait face, avec la suite de conséquences tragiques qu'on connaît. C'est cette image que vient remettre en question avec brio Dave Noël. Le dogme selon lequel le commandement français se serait révélé d'une radicale incompétence à la bataille des plaines d'Abraham découle d'une vision caricaturale des tactiques de guerre employées au milieu du XVIIIe siècle.

    En relevant les lectures erronées dont Montcalm a fait l'objet dans le passé et en retraçant son parcours américain, Dave Noël offre un portrait complet, sans complaisance, du personnage. Et il nous amène à revivre la fameuse bataille selon une perspective toute nouvelle.

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