Littérature générale

  • On ne rencontre plus de cagots dans les rues d'une commune des Pyrénées. On rencontre des descendants de cagots qui ne se distinguent en rien des autres hommes et qui, peut-être, ne savent pas ce que furent les cagots : ils formaient une caste, une catégorie sociale dont la trace remonte au Moyen Age, au XIIe siècle, voire avant. On les soupçonnait d'être ladres (lépreux), d'appartenir à une race porteuse d'un mal transmissible. Cette « race » fut maudite. Les cagots endurèrent les pires avanies tout en démontrant qu'ils avaient le droit de vivre comme les autres hommes dont l'erreur, l'injustice à leur égard perdurèrent pendant des siècles. Une telle ségrégation n `est plus qu'un souvenir mais le mystère des cagots demeure aussi vivant, aussi inquiétant que jadis. Les cagots. Que sont-ils ? Qui sont-ils ?..
    Michel FABRE de Beauchamp (1936-2011), de l'Académie des Lettres Pyrénéennes, avait intelligemment fait le tour de la question passionnante des « Cagots » dans son ouvrage, paru en 1987, et très vite devenu introuvable. En voici une réédition qui permettra enfin une vision claire, complète et sans parti-pris sur les origines et sur l'histoire de ces « malades sociaux » - l'expression est du naturaliste béarnais, Pierre-Bernard Palassou, en 1815 -, victimes séculaires de l'ostracisme, de l'obscurantisme et de la routine de la pensée humaine poussée à ses pires bassesses.

  • Si toute personne dont la profession côtoie le droit et la justice, connaît évidemment le nom d'Edouard Dalloz, ce n'est pas le cas, forcément, pour Noirmoutier. En 1871, fuyant le siège et la Commune de Paris, l'ancien député du Jura, se réfugie à Pornic, en Loire-Atlantique. De là, comme beaucoup d'autres Parisiens en tourisme « forcé », il décide de prendre part à une excursion en bateau vers l'île de Noirmoutier depuis Pornic.
    Cette fantaisie humoristique (dixit son auteur), publiée en 1881, n'avait jamais été rééditée à ce jour. Voici donc un récit de voyage, à l'aube du tourisme à Noirmoutier ou Noirmoutiers (comme on avait pris l'habitude de l'écrire au XIXe siècle), bien symptomatique de son époque.
    Edouard Dalloz (1826-1886), avocat, fut député du Jura sous le Second Empire. Après la guerre de 1870 contre la Prusse, il initiera ses célèbres éditions annotées des divers Codes (civil, pénal, de commerce, etc).

  • Sous-titrées récits du foyer, ces causeries furent dédiées par un des grands érudits de l'île de Noirmoutier à ses petits-enfants. Croyances et coutumes anciennes recueillies infatigablement par le Docteur Viaud-Grand-Marais et publiées en 1889. Des lieux hantés, en passant par les sorciers, les lutins, les farfadets, les dames blanches, les loups-garous et les sirènes... Voilà tout un bestiaire fabuleux que l'on sera ravi d'évoquer à nouveau grâce à ce petit ouvrage très précieux.

  • Ultimement parue en 1928, deux ans après le décès de son auteur (5e édition), la Légende de la Mort chez les Bretons armoricains, avec un appareil de notes dû à Georges Dottin, reste une des oeuvres majeures du collectage du folklore de la Bretagne.
    « ...Depuis trente ans bientôt que la Légende de la Mort a vu le jour, elle a fourni, à l'étranger comme en France, une carrière des plus estimables dont le cours ne semble pas épuisé. Cette faveur qu'elle a rencontrée par le monde, il va de soi qu'elle la doit uniquement au séduisant génie de la race, toute de sensibilité et d'imagination, qui nous y a dévoilé ses conceptions les plus secrètes et livré ses songes les plus émouvants. Je ne saurais, pour ma part, revendiquer d'autre mérite que d'avoir réussi à provoquer sa confidence et de m'être efforcé, aussi scrupuleusement qu'il était en moi, d'en reproduire à travers une traduction non seulement la lettre, mais l'esprit. Jamais tâche ne, fut plus prenante ni, malgré la tonalité funèbre du sujet, plus féconde en joies : je l'ai poursuivie jusqu'à cette heure avec amour, m'employant à enrichir chaque réédition des thèmes nouveaux que j'avais eu l'heureuse fortune de découvrir dans l'intervalle... » (extrait de l'avertissement de la 4e édition.)
    Anatole Le Braz, né à Saint-Servais (Côtes d'Armor), en 1859 ; professeur de lettres au lycée de Quimper ; collecteur infatigable de chansons, contes et traditions populaires ; auteur de nombreux ouvrages sur le sujet : La Légende de la Mort, Contes du Vent et de la Nuit, Les Saints bretons d'après la tradition populaire, Au Pays des pardons, etc. Professeur à l'université de Rennes (1901-1924). Il s'éteint à Menton en 1926.

  • Théodore Botrel a presque toujours su rester simple, sans tomber dans un prosaïsme choquant. Les épisodes de la vie paysanne et de la vie nautique se déroulent à travers son oeuvre comme en une fresque naïve qui, pour ne viser point aux grands effets, n'en a pas moins son charme, et, à tout prendre, sa beauté... (Préface d'A. Le Braz)
    Théodore Botrel, né en 1868 à Dinan, en Pays gallo (non-bretonnant), mort à Pont-Aven en 1925, laisse, pour l'essentiel, une oeuvre de chansons qui connut une gloire sans pareille dans la première moitié du XXe siècle. Oublié et vilipendé, dans la deuxième moitié du siècle, il mérite pourtant, cent ans après, d'être redécouvert et - une fois replacé dans son contexte historique -, apprécié à sa juste valeur. La préface d'Anatole Le Braz est tout-à-fait "éclairante" à cet égard.

  • Je rêve à cette tournée extraordinaire des îles que je fais depuis un mois. Comme une eau-forte vigoureuse se profilent les traits durs de Sein et d'Ouessant, Bréhat se dresse avec ses rochers rouges, le dragon de l'île de Batz siffle à mes oreilles, les pierres druidiques des Glénans se lèvent pour m'écraser... Mais Groix, prise de pitié, me cache au creux de ses sillons, sous une jonchée de bluets et de coquelicots, Belle-Isle me jette le parfum de ses fleurs et les jolies patriciennes des îles d'or me tendent leurs lèvres à baiser ! Je rouvre les yeux. Le beau rêve est fini ! Finie aussi l'excursion des îles bretonnes, si étrangement pittoresques !... ».
    Ainsi achève Th. Caradec son ouvrage, paru initialement dans la première moitié du XXe siècle, d'une découverte des îles bretonnes, encore « sauvages » et bien éloignées du continent à tous points de vue.
    Légendes, moeurs et coutumes, souvenirs et anecdotes historiques jalonnent ce périple enchanteur.
    Un ouvrage à lire et relire pour s'imprégner de ce que pouvaient être ces îles et leurs habitants voici 50 ou 100 ans. Peut-être une façon plus « humble » de les aborder, avec cet ouvrage, sorte de guide touristique hors du temps, mais qui vous donnera certainement un goût supplémentaire pour apprécier et méditer la Bretagne au fil de ses îles...

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