Eres

  • Un psychanalyste, Jean-Pierre Lebrun, et un bibliste, André Wénin, se risquent au dialogue. Le premier parce qu'il est intéressé par la capacité des textes fondateurs de notre culture à dire la spécificité de l'humus humain, le second parce qu'il est convaincu que la psychanalyse développe une approche de l'être humain qui n'est pas étrangère aux textes qu'il travaille.

  • Le discours capitaliste repose sur la conviction que la science rend compréhensible tout ce que nous aurions à connaître, que la technoscience peut fabriquer tout ce dont nous avons besoin, et que le marché nous donnera accès à tout ce qui nous manque. Dans ce contexte de promesse de complétude, quelle est la capacité de la psychanalyse à rester présente dans le lien social et à rejoindre, en se réinventant, ce que Lacan appelait la subjectivité de notre époque ?

  • L'auteur questionne ici l'empire de la jouissance : l'autorité qu'elle a sur le sujet humain, mais aussi l'immense domaine qu'elle régit. La jouissance infiltre en effet toute l'existence, prenant du discours ses mots d'ordre, et prolongeant ses effets jusqu'au plus intime du corps. Elle concerne aussi le social, au sens où ce que l'on vend et que l'on achète, c'est de plus en plus de la jouissance, quelque chose qui relance l'excitation, et pousse le sujet, comme une drogue, à renouveler sa consommation. L'extension du terme de jouissance ne va d'ailleurs pas sans quelques paradoxes. La jouissance, en elle-même, comporte des contradictions fondamentales, dont les effets se font sentir dans l'ensemble de la clinique.

  • Le social est organisé par des discours. L'auteur s'attache à démontrer la pertinence de cette thèse en analysant les causes, les effets, les dérives de ces discours (de la science, de la religion, de l'athéisme, etc.) qui enveloppent notre quotidien et qui opèrent des changements dans l'organisation subjective de l'homme moderne. Jean-Paul Hiltenbrand est psychiatre, psychanalyste à Grenoble.

  • En 2003, Charles Melman, psychanalyste proche de Jacques Lacan, évoquait dans un livre d'entretiens avec Jean-Pierre Lebrun, qui a fait grand bruit, L'homme sans gravité (collection Folio), l'émergence d'une nouvelle économie psychique corrélée aux changements de société dans lesquels nous emporte l'idéologie néolibérale. Cet ouvrage en constitue un approfondissement théorique et clinique. Charles Melman est psychanalyste, membre fondateur de l'Association lacanienne internationale.

  • Dans le clivage, ce qui est dénié se trouve en même temps reconnu : un tel mécanisme, loin d'expliquer seulement un petit nombre de pathologies très particulières, éclaire en fait un très large pan de la clinique, et notamment de la clinique contemporaine. Renonçant aux descriptions simplistes des avancées freudiennes et à la formalisation lacanienne des concepts qui fait fuir les non-spécialistes, l'auteur a choisi de convoquer comme interlocuteur " l'honnête homme " pour être poussé à justifier ce qu'il avance.

  • Qu'est-ce qui conduit un psychanalyste à s'intéresser aux problèmes cliniques repérables dans les banlieues défavorisées, tant sur les plans social, économique que culturel ? Est-il seulement opportun de supposer qu'ils comportent quelques spécificités et quelles sont-elles ? Concernent-ils plus particulièrement des adultes jeunes, des adolescents et des enfants ? Ne revêtent-ils pas des aspects différents suivant les générations ? À partir de ces interrogations qui courent tout au long de l'ouvrage, l'auteur propose une élaboration psychanalytique de son expérience clinique au sein des banlieues, territoires de ségrégation sociale. Il analyse les effets de l'exclusion sociale sur les individus et le retentissement indéniable sur leur subjectivité et leur position de sujet... mais au-delà il explore " la pointe avancée de la clinique contemporaine ".

  • Si la psychanalyse n'a rien à regretter de l'effondrement du patriarcat dans nos sociétés occidentales, il lui incombe par contre d'en mesurer les effets sur le sujet contemporain. À l'ère postmoderne, le signifiant (du) père a-t-il encore un usage, s'il n'a plus d'avenir ? Telle est la question que pose ce livre et l'inventaire qu'il tente de faire à partir de la clinique la plus banale, voire celle de la banalité. S'interrogeant sur les changements survenus dans le registre de l'angoisse, la façon dont on appréhende l'enfant, les perversions ordinaires, les états-limites etc., Régnier Pirard aborde avec précision et rigueur les modifications que notre temps impose à la clinique et bien sûr, de ce fait, à la direction de la cure.

  • À partir de mots liés au monde de l'adolescence et à celui de notre époque, cet ouvrage montre comment les discours sociaux, dominés par l'impératif de l'économique et celui de la jouissance consommatrice, produisent la figure de l'adolescent contemporain, l'installant dans une adolescence de plus en plus longue et consensuelle. L'auteur dessine des pistes d'appréhension des nouvelles modalités d'organisation des liens intersubjectifs (SMS, chat, mail, réseaux sociaux, contractualisation des relations...), afin de saisir comment un jeune contemporain cherche, dans ce monde sans limites, des repères susceptibles de structurer son être en devenir. Les adolescents d'aujourd'hui demandent encore à pouvoir désirer le monde et goûter les mots, cet abécédaire en témoigne. Dominique Texier, pédopsychiatre et psychanalyste, médecin-chef du CMPP (centre médico-psycho-pédagogique) Paris 6e.

  • Se passer du père, cela évoque une formule attribuée à Lacan et qu'on trouve souvent citée :
    Se passer du père à condition de s'en servir. En réalité, il s'agit d'une fausse citation de Lacan. Les fausses citations de Lacan sont intéressantes parce qu'elles nous éclairent sur les confusions que produisent la diffusion et la vulgarisation de l'enseignement de Lacan. Dans la phrase incriminée, il s'agit du Nom-du-Père et non du père. On voit bien que le lecteur pressé est tenté de confondre père et Nom-du-Père. Si Lacan a inventé ce concept de Nom-du-Père, c'est qu'il voulait introduire une distinction qui lui semblait capitale pour s'y retrouver dans la clinique, en particulier pour distinguer névrose et psychose. Mais ce n'est pas tout. Lacan voulait introduire le Nom-du-Père dans la considération scientifique. Quel est l'enjeu ? Pour en saisir l'importance, il faut voir que le discours scientifique permet de se passer du père. Je n'envisage pas ici le discours de la science dans toute sa complexité. Je n'envisage pas non plus la question du gadget qui peuple notre monde et qui est un effet majeur du discours de la science selon Lacan. Je prends le discours de la science au niveau de la biologie et de ses applications médicales. Il est clair que, pour le discours biologique, le père se réduit au géniteur et même au sperme jusqu'au jour où, peut-être, on pourra se passer du sperme avec le fameux clonage. Se passer du sperme à condition de cloner. C'est bien parce qu'il y a ce mouvement de la science et, précisément, des sciences de la nature, que la tâche nous revient d'introduire dans le discours scientifique la question du Nom-du-Père. C.D.

  • En nouant un dialogue avec la psychanalyse,l'auteur, économiste, propose une nouvelle lecture de la mondialisation libérale. A partir de la société française, l'ouvrage en déchiffre la grammaire au point de croisée du mythe, des lois et de la vie quotidienne des marchés. Ce faisant, il renvoie aux registres lacaniens de l'Imaginaire, du Symbolique et du Réel.

  • Le lien social tissé par les parlottes postmodernes ? soit ce qui s'échange entre deux individus quand la subjectivité n'est pas en jeu ? a bien retenu une des leçons de la psychanalyse : la satisfaction subjective est le but égoïste de toute vie humaine. Mais il a oublié la deuxième : toute jouissance ne peut être qu'incomplète pour préserver la cohésion du groupe social. Le modèle dominant du lien social, le libéralisme économique propose à l'individu de réaliser son but, la jouissance, en comptant sur la régulation du marché par l'offre et la demande. Au nom du « droit à la parole et à la différence », aucun mode de jouissance ne peut être interdit. Une lecture psychanalytique des difficultés du lien social postmoderne et des souffrances individuelles qui en sont issues. Serge Lesourd est psychanalyste, professeur de psychologie clinique à l'université de Strasbourg.

  • Cet essai s'inscrit sous le signe d'une double problématique, celle de la recherche des politiques menées par l'inconscient, et celle du politique comme formes et organisations sociales tendant à l'assujettissement des individus, le tout formant l'ensemble complexe des déterminations interagissant avec les formations de l'inconscient. Marc Nacht est psychanalyste (Paris)

  • Raconter (Mythos), démontrer (Logos) et survivre (Mètis) sont les trois formes de savoir à la base des constructions et des créations humaines, chacune ayant ses vertus et ses vices. Le rapport entre ces trois formes change selon le contexte social et s'est aussi transformé au long de l'histoire. La société traditionnelle s'organise sous la prédominance du savoir narratif Mythos, la société moderne s'organise sous la prévalence du savoir démonstratif Logos et, enfin, que la société post-moderne s'organise en référence au pragmatisme de Mètis. Il est temps d'en analyser les enjeux car si le scientisme de la modernité ou l'obscurantisme des sociétés traditionnelles ont été des dérives aux effets délétères, c'est la fin de la pensée critique qui est relevée par plus d'un auteur postmoderne.

  • Deux ne constituent pas encore une société au sens propre du terme : pour qu'il y ait rapport social, il faut toujours un troisième, un tiers. Mais que recouvre l'idée de tiers ? Comment interpréter cet « appel au tiers » ? Ce sont à ces questions et au souci de les prendre au sérieux en même temps que de les aborder par leurs différentes facettes (sociale, juridique, psychique, philosophique...) que se sont attelés pendant près de quatre années de travail les auteurs de cet ouvrage. Jean-Pierre Lebrun est psychanalyste à Namur (Belgique). Elisabeth Volckrick est sociologue à Louvain.

  • « Le sujet déprimé ne veut pas donner au passé un sens nouveau en fonction d'un avenir : l'avenir, il se refuse à l'imaginer. Il répète, comme chacun d'ailleurs. Mais lui tient à ce que cette répétition soit un retour du même. Je force ici à peine le trait. Il peut très bien reconnaître assez vite que c'est bien là sa position. A preuve le fait que, lorsque quelque chose de favorable surgit dans son existence, de façon généralement inattendue, il peut entrer dans le plus grand désespoir. Pourquoi en est-il ainsi ? Vous comprendrez que je ne peux vous éclairer d'un seul coup sur ce type de mécanismes. En revanche, ce que je me proposerai de faire, dans une prochaine lettre, c'est de commencer à vous parler de l'évolution historique de notre rapport au temps. Vous verrez qu'elle n'est pas étrangère aux questions de notre clinique. » Sous la forme d'une série de lettres adressées à celui qui fut, dans Clivage et modernité (érès, 2004), son interlocuteur, l'auteur tente de situer quelques éléments structuraux de ce qu'aujourd'hui nous nommons dépression. Ce diagnostic est en effet fréquemment évoqué pour qualifier des difficultés subjectives diverses. Faut-il lui contester toute pertinence ? La dépression présente-t-elle une unité, au moins à un certain niveau ? Plutôt qu'humeur sinistre, la dépression apparaît comme un désinvestissement radical du désir, associé à une paralysie de l'action, qui conjoint l'impuissance et l'utopie. Retrouvant ici ce par quoi Lacan caractérisait « la grande névrose contemporaine », l'auteur, dans une écriture littéraire, à la fois rigoureuse et accessible, rend compte de cette « maladie du siècle ». Roland Chemama est psychanalyste à Paris, membre de l'Association lacanienne internationale. Il a dirigé avec Bernard Vandermersch le Dictionnaire de la psychanalyse (Larousse). Mise en vente le 12 janvier 2006

empty