Ex-Æquo

  • Livre illustré sur "la différence"
    Je m'appelle Georges. J'avais jamais écrit de journal avant. Je savais pas ce que c'était un journal qu'on écrit. C'est mon copain Franz qui a vu ça à la télé. Il m'a tout expliqué mon copain Franz. Je l'ai écrit dans ma petite chambre sous les toits, avec un joli stylo noir, parce que j'aime bien les stylos noirs avec leur encre toute noire comme la nuit. Je l'ai écrit que la nuit. Parce que la nuit, je dors pas. Je regarde la lune, et j'écoute les histoires. Et puis les étoiles aussi, qui sont toutes seules comme moi dans le ciel. Elles savent bien, elles, tout ce que j'ai écrit, elles ont tout vu. Mon copain Franz, lui, il l'a pas encore lu mon journal. Peut-être qu'il le lira un jour. Comme Mlle Rose... 
    Plongez dans l'univers de Georges : la nuit, il ne dort pas, il regarde la lune, observe les étoiles et rédige son journal.
    EXTRAIT
    Je lui dis : « Bonjour Madame la boulangère ! » Alors elle fait un grand sourire comme un enfant ma boulangère. Et puis je lui dis : « Je voudrais un pain pas trop cuit et non moulé s'il vous plait. »
    Je dis toujours s'il vous plait, je trouve ça normal, j'aime pas les gens qui sont pas polis, c'est comme si leur bouche était qu'un égout plein de vilains mots sales.
    Des fois sa main touche ma main à moi quand elle me tend le pain pas trop cuit et non moulé et des petits frissons galopent tout le long de mon bras. Parfois même, je fais exprès de mettre mes doigts sur ses doigts à elle. Elle baisse ses paupières et elle me dit : « Oh pardon Monsieur Georges ! »
    J'aime bien quand elle m'appelle Monsieur Georges.
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Pierre Cousin est né à Paris en 1962 et passe son enfance à Epinay sur Seine dans le 93. Après des études de géographie physique à Jussieu, il devient insituteur en 1986 en s'installant en Touraine. Il est ensuite instituteur spécialisé auprès d'enfants en difficulté scolaire. Il écrit depuis l'adolescence, peint depuis 2001, et passe des heures en forêt, un appareil photo en bandoulière, depuis l'âge de 18 ans...

  • Revisite de la tragédie nègre en la situant au 21ème siècle.
    Loin de la complainte des martyrs et des certitudes de héros, Karfa Diallo revisite la tragédie nègre en la situant dans un 21ème siècle en quête d'espérance. A travers les vicissitudes de personnages plongés dans la fournaise du Sahara, les humeurs des bidonvilles, la terreur des cales de navire, la boulimie des plantations, les rêves d'immigration engloutis au fond des océans, le désarroi des prostitutions, l'hypocrisie des banlieues, les trahisons des indépendances, les identités fouillées, il décrit l'énergie matinale qui résiste aux sables mouvants du désespoir promis.
    Une plongée personnelle dans le ventre nègre sans parachute, sans aucun personnage, aucun dialogue. Un unique monologue rythmé d'une succession de cris, de vers, de hurlements, de mots subtilement emboités pour donner naissance à des images symboliques d'une grande force. Une existence au monde qui surgit quand on ne l'attend pas, qui dément toutes les prévisions. Cette vie plus forte que la mort. D'ailleurs ces personnages semblent participer, sous nos yeux, à un rituel. Un sacrifice aux ancêtres, esprits supérieurs, une communion jusqu'à l'identification et enfin la charité par les nourritures célestes qui font la douceur de vivre. De Senghor à Mandela en passant par Martin Luther King et Malcolm X, sont convoqués ceux qui remplissent le vide, le creux de la négritude. Ce besoin de plénitude, de don et ce besoin de transformation pour être un homme nouveau. Un style qui rappelle celui d'Aimé Césaire, à qui il fait souvent allusion, mais aussi, de loin, un mélange de Charles Baudelaire (pour la sensualité mêlée à la crasse, à la violence) et de René Char (pour le style décousu et la multitude de sens à attribuer aux phrases).
    Découvrez un unique monologue rythmé d'une succession de cris, de vers, de hurlements, de mots subtilement emboités pour donner naissance à des images symboliques d'une grande force.
    EXTRAIT
    Noir est l'entrepont
    Entassés les uns contre les autres
    Terrorisés, désespérés
    Ecoutant les bruits, attentifs
    Au moindre craquement
    Au moindre mouvement du navire
    Noirs sont les corps
    Mal lavés
    Malades
    Meurtris, enchaînés, projetés les uns contre les autres
    Les fers déchirant leurs chairs
    Hurlant leur peur et leur douleur
    À PROPOS DE L'AUTEUR
    Karfa Diallo est juriste et Directeur de publication de la Revue « Triangle doré ». Il est Fondateur et Président de DiversCités, la Fondation du Mémorial de la Traite des Noirs.

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