Religion & Esotérisme

  • Fondée vers 1725 par des émigrés britanniques fidèles aux Stuarts, la maçonnerie n'apparut en public qu'en 1737. La nouvelle Société séduisit l'aristocratie, la bourgeoisie et jusqu'aux couches populaires. Le pouvoir la toléra. L'ordre recéla en son sein deux courants: l'un rationaliste et philosophique, l'autre mystique et occultiste. Il acclama la Révolution, puis se divisa. Ecole de l'Egalité au XVIIIe siècle, il devint au XIXe celle du Libéralisme.

    L'auteur: Pierre Chevallier, professeur émérite à l'Université de Paris-XII, auteur de l'Histoire de la Franc-Maçonnerie française (1725-1945), a aussi publié en 1979, Louis XIII, roi cornélien et en 1981, La Séparation de l'Eglise et de l'Ecole, Jules Ferry et Léon XIII.

  • De 1877 à 1940, opportunisme, radicalisme et socialisme dominèrent tour à tour l'ordre. Animé par la volonté de laïciser l'Etat et la Société, il salua comme une victoire la Séparation de l'Eglise et de l'Etat. Il ne put obtenir la fin de l'enseignement libre par la création d'une école unique d'Etat. Très attaqué par ses différents adversaires, les affaires Stavisky et Prince (1933-1934) leur permirent une offensive en règle. La défaite de 1940 se traduisit par la proscription de l'ordre par Vichy. La libération en 1945 vit la renaissance, en plusieurs obédiences du Phénix maçonnique. Pereat ut vivat. (Qu'il périsse pour qu'il revive.) L'auteur: Pierre Chevallier, professeur émérite à l'Université de Paris-XII, auteur de l'Histoire de la Franc-Maçonnerie française (1725-1945), a aussi publié en 1979, Louis XIII, roi cornélien et en 1981, La Séparation de l'Eglise et de l'Ecole, Jules Ferry et Léon XIII.

  • Immense, violente, imprévisible, dévoreuse d'hommes, la mer convie au sacré, et depuis l'aube des temps la religion occupe une place essentielle dans l'existence des gens de mer. Est-il imaginable que leurs conditions de vie, si particulières, n'aient pas d'incidences sur leurs pratiques, voire sur leurs croyances? Peut-on penser que le temps des Réformes - qui est aussi celui des navigations lointaines - ait fait d'eux des chrétiens semblables à ceux des communautés rurales ou urbaines?Chez ces hommes séparés de leur famille, vivant dans un cadre et à un rythme si différents, dépourvus de lieux de culte et presque toujours privés de l'assistance de clercs, il semble par exemple établi que le recours aux intercesseurs (Vierge, saints) prenait le pas sur la dévotion au Christ, et que beaucoup de leurs gestes ou de leurs invocations relevaient davantage de la magie que d'un christianisme épuré. Bien d'autres indices encore permettent de déceler une fragilité, une ambiguïté certaines de leurs convictions. L'écho des préceptes et des conduites prescrits par les autorités religieuses leur parvient assourdi, affaibli, avec retard. Ce n'est pas avant le milieu du XIXe siècle que les Eglises se soucient vraiment d'une pastorale qui s'adresse à eux. C'est alors que se multiplient les paroisses côtières, que se répandent les bénédictions de l'océan et les pardons des pêcheurs morutiers, que les aumôneries navales se structurent durablement. Mais, dans le même temps, tandis que s'amorce la déchristianisation des sociétés, les conditions techniques de la navigation se modifient, et le danger se fait moins pressant. Dès lors, le christianisme maritime perd une part de son originalité et de son unité, bien que ces mutations soient désormais masquées par l'image du marin fervent et fidèle façonnée par la littérature. Agrégé d'histoire, docteur ès lettres, Alain Cabantous est chargé de recherche au CNRS. Il consacre ses travaux à l'histoire sociale et religieuse de l'époque moderne, et plus spécialement aux populations maritimes de l'Europe occidentale des XVIIe et XVIIIe siècles.

  • La science moderne est née dans le premier tiers du XVIIe siècle. Galilée, qui en fut le principal initiateur, revendiquait l'autonomie de la science pour déchiffrer le livre de la nature. Sa condamnation, en 1633, par le tribunal du Saint-Office, est donc le point de départ du grand malentendu entre l'Eglise et la science. Le fantôme de Galilée va hanter la conscience catholique pendant trois siècles et demi: ce n'est qu'en 1982 que Jean-Paul II exprime les regrets de l'Eglise à propos de l'"affaire".
    Trois siècles et demi pendant lesquels l'Eglise perd peu à peu tout contrôle sur l'évolution des sciences car elle refuse de s'adapter aux nouvelles théories. Après avoir censuré les mouvements de la Terre, elle condamne la physique mécaniste de Descartes, l'atomisme, le darwinisme, les premiers résultats de la géologie et de la préhistoire qui contredisent la chronologie biblique et le déluge universel. La condamnation du modernisme, en 1907, marque l'apogée de l'immobilisme de l'Eglise.
    Au début du XXe siècle, le dialogue reprend timidement. Pie XII affirme sa sympathie pour les savants. Mais des obstacles subsistent, surtout à propos de l'origine de l'homme. Les vieilles méthodes n'ont pas disparu, comme l'illustre l'affaire Teilhard de Chardin.
    Aujourd'hui les progrès de la génétique et de la procréation artificielle renouvellent le débat. La mécanique quantique et le modèle inflatoire du big bang rapprochent les points de vue religieux et scientifiques. La visite de Jean-Paul II au CERN montre que les conditions d'une reprise du dialogue semblent réunies. Sommes-nous à la veille d'une deuxième grande synthèse ?
    L'histoire nous enseigne ici la prudence.

    Georges Minois, agrégé d'histoire, docteur en histoire et docteur ès lettres, est l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire sociale et religieuse, dont, chez Fayard, Histoire de la vieillesseetLe Confesseur du roi, ainsi que d'unHenri VIII.

  • Par-delà les changements de régime, l'Etat connaît en France une pérennité et une stabilité qui s'expliquent largement par la permanence d'un groupe énigmatique aux contours parfois flous, dont l'existence constitue un mythe typiquement français: les hauts fonctionnaires. Cette enquête éclaire maintes facettes de la construction, du XVIIIe siècle, jusqu'à nos jours, de la puissance publique, comme la genèse des corps de l'Etat, les épurations _ notamment sous Vichy _, la création de l'ENA, mais aussi des débats aux résonances actuelles comme le " pantouflage " ou la " politisation " de la haute administration.
    Des maîtres des requêtes de la monarchie aux énarques républicains, cette histoire _ qui s'écarte de la sociologie de la " reproduction " _ retrace, en redonnant toute sa place au politique, les étapes de l'émergence d'un groupe devenu au fil des années un véritable " ordre ".

    Dominique Chagnollaud est agrégé de science politique, professeur à l'Institut d'études politiques de Lyon. Il a collaboré à l'édition critique des Lettres, Notes et Carnets de Charles de Gaulle. Rédacteur en chef du Bilan politique de la France (annuel) depuis 1990, il est co-auteur, avec Jean-Louis Quermonne, du Gouvernement de la France sous la Ve République.

  • Comment une religion fondée sur l'amour du prochain a-t-elle pu intégrer la guerre dans sa vision du monde? Depuis ses origines, l'Église catholique a répondu avec plus ou moins de bonheur à cette difficile coexistence.
    Privilégiant d'abord le combat spirituel et la " paix de Dieu ", elle s'est laissé entraîner dans l'aventure de la guerre sainte au temps de la chrétienté médiévale, puis dans celle de la " guerre juste " au temps des monarchies et des nations. L'ambiguïté de cette position éclata en 1914-1918, quand les clergés, rivalisant de zèle guerrier nationaliste, restèrent sourds aux appels du pape. Les tueries de la Première Guerre mondiale firent réagir les théologiens, mais la prise de conscience fut lente.

    L'âge atomique, qui est aussi celui du déchaînement des nationalités, pose à l'Eglise un nouveau défi. Son discours est cependant loin d'être unanime: si Jean-Paul II, au lendemain de la guerre du Golfe, neuf siècles après l'appel d'Urbain II à la croisade, a proclamé qu'il ne peut y avoir de guerre sainte, le Catéchisme de l'Eglise catholique continue à réaffirmer le principe de la guerre juste.

    Georges Minois est historien des mentalités religieuses et des rapports entre la pensée chrétienne, la culture et les pouvoirs, thèmes qu'il a traités dans de nombreux ouvrages comme l'Eglise et la science (2 vol.), Le Confesseur du roi, Histoire des Enfers, avant d'aborder le sujet de la guerre dans un Du Guesclin.

  • "Le pape hait et craint les savants qui ne lui sont pas soumis par leur voeu." Cette pensée de Pascal, écrite peu après la condamnation de Galilée, exprime le déchirement d'un intellectuel chrétien désemparé par la rupture entre l'Eglise de son époque et la science moderne.
    Comment en est-on arrivé là?
    Après une longue période de méfiance due à l'origine païenne de la science, à partir de saint Augustin, l'Eglise finit par adopter la science comme auxiliaire de la théologie. En fait, la science recouvre alors un système du monde imposé par les théologiens. Les quelques tentatives de science indépendante (Jean Scot Erigène, l'école de Chartres) ne survivent pas aux censures. De même, les grands visionnaires des XVe et XVIe siècles, un moment tolérés, sont victimes de la réaction post-tridentine. Seules les mathématiques, contenant en elles-mêmes leurs principes, continuent leur chemin en dehors de tout soupçon. C'est pourtant par elles que va venir le scandale.
    Puisque c'est sur elles que s'appuient Copernic et la science mécaniste pour dire que la terre tourne.
    L'attitude de l'Eglise à l'égard de la science est aujourd'hui encore l'objet de nombreuses controverses. Depuis saint Paul, entre les deux voies d'accès à la vérité, la révélation et la science, l'entente fut maintes fois affirmée, jamais réalisée. Ce premier volume, qui nous conduit jusqu'au XVIIe siècle, retrace cet aspect essentiel de l'histoire des idées : comment l'Eglise a-t- elle accueilli la science?

    Georges Minois, agrégé d'histoire, docteur en histoire et docteur ès-Lettres, est membre du Centre international de recherches et d'études transdisciplinaires (CIRET). Spécialisé dans l'histoire sociale et des mentalités religieuses, il est l'auteur chez Fayard de plusieurs ouvrages largement traduits, tels que Histoire de la vieillesse, Le Confesseur du roi, Histoire des enfers, L'Eglise et la guerre et un second volume surL'Eglise et la science (De Galilée à Jean-Paul II).

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