FeniXX réédition numérique (Buchet-Chastel)

  • Beau et vaste programme que cet ouvrage ! Raymond Monedi, autodidacte, chef d'entreprise et conseiller en ressources humaines nous dresse un tableau fascinant de notre fin de millénaire inquiétante. Il en examine les facettes sous un éclairage nouveau avant de nous livrer dans une brillante démonstration ses propositions pour vaincre le chômage. Son meilleur argument : la réussite incontestable de son entreprise à Pau. Notre monde est en pleine déliquescence : l'humanité a conquis, depuis l'aube des temps, tous les ingrédients nécessaires à son bonheur, et pourtant le monde est triste et malheureux ; nous sommes une civilisation en détresse. Les pays dits évolués ne génèrent que surproduction, surconsommation et autre surpollution. Cette course effrénée vers toujours plus de matérialisme bloque l'émergence du spiritualisme, deuxième composante de l'homme. Dans notre absurde fuite en avant nous avons oublié que l'homme est corps et esprit, et que nous devons conjuguer en harmonie les verbes être et avoir. L'auteur analyse des faits et des événements connus de tous, mais sous un éclairage non conformiste. Il tire des conclusions originales mais toujours empreintes de logique et de bon sens, et dépassant le seul raisonnement philosophique, il fait de nombreuses propositions d'actions innovantes, et parfois dérangeantes, qui toutes s'inscrivent dans le grand dessein mondial. Nous devons impérativement mettre de l'ordre sur terre, changer d'éthique et de comportement pour devenir citoyens du monde. L'ère du nouvel âge doit s'ouvrir à nous, et ce livre nous propose une voie médiane entre le collectivisme sclérosé et le capitalisme exacerbé pour apporter le dynamisme nécessaire au bonheur des hommes. Nous pourrons alors aborder notre odyssée galactique, puisque comme l'a si bien dit Léonard de Vinci, « la Terre est le berceau de l'homme, mais on ne peut pas vivre toute sa vie dans un berceau ». Les réflexions de cet ouvrage sont autant de pistes et de chemins que nous aurons à défricher pour entrer par la grande porte dans le troisième millénaire. Mais saurons nous le faire ?

  • Il a fallu attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour que, dans la totalité des pays réputés avancés, la femme soit socialement reconnue comme un être humain à part entière. On éprouva même le besoin, il n'y a pas 20 ans, de créer en France un ministère pour elle, tant il apparut que cette reconnaissance n'allait pas de soi. Pourtant, surtout après la Seconde Guerre mondiale, les femmes sont entrées en masse sinon en force sur le marché du travail. Puis la pilule leur a donné la maîtrise de la maternité, tandis qu'une propagande féministe bien orchestrée les hissait sur le podium. La femme est ainsi devenue, théoriquement, l'égale de l'homme. Cependant, elle n'est là qu'en filigrane et sa personne, en réalité, n'occupe qu'un strapontin. Résistance sourde, mais ferme, des sociétés machistes où les leviers de commande, qu'ils soient politiques, économiques, syndicaux ou universitaires, sont dans la main des hommes. C'est finalement le volontarisme qui, à la force du poignet, dévoile l'évidence : la femme est un être digne et responsable. Mais le volontarisme peut-il changer les comportements fondamentaux ? Peut-il vraiment transformer la sexualité ? Tout ou presque, dans notre vie, passe par ce filtre biologique. Dès lors, l'homme et la femme apparaissent comme essentiellement complémentaires donc, ipso facto, différents. Le reconnaître permet de donner à l'un et à l'autre une place correspondant, sans jugements de valeurs ni vanités, à leurs différences. Car ce sont elles, ces différences complémentaires, qui fondent la féminité et la masculinité, c'est-à-dire le dialogue sexuel. Vouloir les réduire ou les opposer n'a pas de sens : nous sommes comme la serrure et la clé.

  • Clovis, le narrateur, en pleine crise d'adolescence éprouve pour son frère Alain, beau, riche d'imagination et d'autorité, un sentiment à la fois passionné et trouble. Il prend plaisir à se faire battre, à être traité en esclave mais aussi à provoquer. Il faut qu'il ait la même maîtresse et si possible les mêmes amours que son frère. Cependant, cette admiration, cette jalousie, cette passion, ne sont qu'un faux-fuyant. Elles voilent un sentiment autrement plus grave et qu'il n'ose avouer, qui tout au long du récit reste innommé : l'amour qu'il porte à sa mère. Car le véritable chef de ce foyer, c'est la mère. Son mari semble avoir usurpé sa place et son rôle auprès de ses fils ; rôle que Clovis, le narrateur, minimise encore par jalousie, par haine pour cet homme que sa mère a épousé. Mais celui que la mère a véritablement aimé, c'est Ulrich, ancien camarade d'Université du père, et c'est à ce même Ulrich qu'Alain s'attache passionnément, dès la première rencontre. Cet amour d'Alain pour Ulrich coupe les liens qui unissaient les deux frères. Clovis en est si jaloux parce que, pour lui, Alain et sa mère se sont toujours confondus dans son coeur. Alain aimant Ulrich, c'est l'aveu que sa mère aime, ou a aimé Ulrich. Comme tous les jaloux, Clovis se venge. Il sort vainqueur de l'aventure. Mais seul. Et battu. On le voit, ce roman n'est pas commun. Il se meut dans un univers qui reste encore caché aux yeux de la plupart des romanciers. Sans aucune complaisance, l'auteur, rompant avec la convention romanesque, cherche à atteindre une réalité plus essentielle.

  • L'auteur de ce roman sait ce dont elle parle, puisqu'elle est, comme son héroïne, parachutiste acrobatique. Ajoutons qu'elle a vingt ans. L'héroïne, Joëlle, en a dix-sept. Elle s'est peu à peu détachée de sa mère, puis de son père, grand collectionneur de femmes. Pour vivre, elle forme avec deux camarades un trio de cascadeurs se produisant partout où on les demande. Un moniteur pilote est devenu son amant ; mais la grande révélation, ce n'est pas tant celle de l'amour - du moins l'amour des « romans de papa » - que celle du ciel, de l'air sur lequel on s'appuie, de l'espace qui s'ouvre. Joëlle vit, pour ainsi dire, dans une autre dimension. Après l'accident de son amant, elle continuera, malgré son désarroi, par camaraderie pour ses deux compagnons, et parce que, sans doute, c'est là son destin. Ce roman se distingue de tous les autres parce qu'il est l'expression d'une mentalité - sinon d'une race - nouvelle. Si l'on ajoute que l'auteur possède un don d'écrire incontestable, qu'elle sait créer une atmosphère, tracer un portrait en quelques traits de plume, il faut bien reconnaître qu'on se trouve ici devant une oeuvre peu commune.

  • La parution du premier tome du « Livre Rouge de la Sexologie Humaniste », « Je t'aime », avait été un événement, et la presse, la radio, la télévision en avaient parlé avec une ardeur toute particulière. L'ouvrage ne tardait pas à connaître un gros succès de librairie. Les lecteurs et auditeurs du Dr Meignant attendaient donc avec impatience le deuxième tome : « L'amour thérapie ». Les difficultés sexuelles ne sont pas, en fait, des symptômes comme les autres car elles mettent en question la vie de l'individu et celle du couple quand il existe. Le Dr Michel Meignant, à travers l'expérience de sa propre formation et le témoignage de ses « patients », nous entraîne au coeur de la première consultation d'orientation, en France, de divers ateliers de thérapie qui ont pour titre : « Apprentissage progressif du plaisir ». Il nous indique les moyens de mener à bien le combat pour trouver un sens à sa vie, s'épanouir et pouvoir utiliser toute son énergie affective et sexuelle.

  • Au Pensionnat de Sainte-Olympe lorsque les lumières s'éteignent, brille le soleil des dortoirs ; il illumine les adolescents séparés de ce qu'ils aiment, anxieux de vivre, tourmentés par la chair et l'esprit ; il suscite d'instables univers où se contrarient ou se confondent l'érotisme, la tendresse, la nostalgie de l'enfance et l'espoir d'en sortir. Cécial, l'enfant des Rues de Levallois a quitté son faubourg pour les mystères de Sainte-Olympe. Il grandit dans la curiosité, l'ironie, la sensualité, l'inconscience. Il découvre presque en même temps l'amour fou, le Don Juanisme statistique, les jeux les plus suspects, la méchanceté des hommes, la poésie, le canular. Il prend les garçons pour des filles et les filles pour des anges. Il dérobe le caviar du Directeur, invente Polycarpe, Cambrouille et le jeune Parmidon ; après avoir été chassé de Sainte-Olympe, il souffre à l'hôpital Beaujon. À l'aube de ses dix-sept ans, il rencontre une Vénus sans équivoque. Désormais le Soleil des Dortoirs baignera d'autres solitudes. Éducation sentimentale d'un garçon dont les défauts promettent presque autant que les qualités ? Évocation de ces plaisirs que jadis célébra l'auteur de « Charlot s'amuse » ? Peinture d'un petit monde très particulier où la pureté, le cynisme, l'amitié, la violence et l'amour le plus ambigu font bon ménage ? Le Soleil des Dortoirs est tout cela mais surtout le roman d'une adolescence hors série que déchirent les passions, les contradictions, les velléités de toute adolescence. Le Soleil des Dortoirs est écrit dans une langue d'une richesse et d'une poésie singulière. On y retrouve la richesse verbale, le sens du pittoresque, l'humour, la tendresse des Rues de Levallois et surtout cet amour inquiet des êtres et cette curiosité sans illusion qui donnent à tous les livres de Rabiniaux - satirique ou poète, mémorialiste ou romancier - depuis le truculent Pédonzigue, leur force persuasive et leur unité.

  • L'année 1976 a révélé au grand public français et européen le Révérend Moon et son projet mondial. L'année 1977, Monseigneur Lefebvre et la fragilité des églises établies. Cette même année 1977 a vu les partis politiques interroger le gouvernement sur la multiplication anarchique des sectes et parareligions. Outre-Atlantique, après la mise en accusation de Moon, l'expulsion de David Brandt Berg (le leader des Enfants de Dieu), Jimmy Carter lance le F.B.I., en juin 1977, contre l'Église de la Scientologie. Les « Nouveaux prophètes » rappellent en les rapprochant les nombreux évènements qui, depuis la fin du siècle dernier, ont présidé au Renouveau Spirituel et Ésotérique que nous vivons actuellement.

  • Voici le grand livre sur le phénomène des courses et du tiercé. Six millions de Français jouent au Tiercé. Chaque année, les records des enjeux sont battus, malgré deux ou trois « affaires » pas très propres. Pourquoi cet engouement ? Parce que le Tiercé est un divertissement très bon marché. Pour quelques francs, vous vivez trois jours d'espoir, depuis le moment où vous commencez à étudier la course, jusqu'à son reportage à la Radio ou à la Télévision. Souvent, vous vous écriez : « J'en avais deux... » Deux chevaux sur trois ! Dommage, mais il fallait les trouver tous les trois. Comment ? Nul n'était mieux désigné que Léon Zitrone, qui fréquente les courses depuis 45 ans, qui a commenté en direct plus de 800 Tiercés et qui continue chaque dimanche pour nous exposer sous la forme la plus distrayante qui soit à l'aide de très nombreuses anecdotes, de souvenirs personnels et de suggestions, la place que tient cette fabuleuse industrie dont le chiffre d'affaires annuel dépasse 700 milliards d'anciens francs. Il connaît donc très bien les chevaux : son coup d'oeil lui permet de déceler les perdants probables, et de les éliminer, même s'ils sont favoris. Voilà un sacré atout ! Léon Zitrone n'a jamais rougi d'aimer les courses. De plus, l'expérience lui a donné quelques « trucs » supplémentaires. Il vous parle de tout cela dans « Au bout de mes jumelles », avec affection, avec cette joie qu'il sait communiquer à ses reportages. Tous les cracks de Longchamp et Vincennes, Ribot, Sea Bird, Roquepine, Une de Mai, Allez France : vous les retrouverez dans ces pages. Conseils, remarques, avis font de ce livre un guide, un plan, un pense-bête ! L'ABC de Léon Zitrone. Avant d'aller aux courses, lisez ce livre indispensable !

  • Roger Rabiniaux a fait des débuts éclatants en littérature avec « L'Honneur de Pedonzigue » présenté par Raymond Queneau et « Les enragées de Cornebourg » qui obtint le Prix Courteline. Avec « Les Rues de Levallois », il cultive un genre nouveau : celui des mémoires, des souvenirs. Il ressuscite un passé qui fut le sien mais avec infiniment d'originalité, de poésie, de cocasseries et de délicatesse. Nous le retrouverons au hasard des rues, enfant et déjà jeune homme, avec autour de lui des figures inoubliables de parents, de voisins, d'amis, de couples étranges. C'est tout un monde qu'il ressuscite, qui donne à ce livre sans prétention un ton unique et sa vraie valeur.

  • À Paris, au déclin d'une chaude journée de juillet, un jeune homme, inquiet de vivre, assoiffé de justice, brûlant d'une peur secrète, tente de se délivrer, en l'exprimant, d'un premier amour malheureux. D'autres amours vont suivre celui-là. Cinq ans plus tard, moins enthousiaste mais plus lucide, le narrateur établira le bilan de sa jeunesse. Le Bien du Prochain est-il une oeuvre autobiographique ? Sans doute. Mais c'est aussi une pénétrante étude de caractères de femmes. On y trouve non seulement le reflet fidèle d'une destinée, mais la vivante, mordante chronique d'une famille française de l'Ouest, « la dernière société provinciale », dépeinte par un observateur exempt de partialité, mais non pas de passion. Très proche des romans d'amour de notre temps, cette histoire s'en distingue par le souffle, une poésie curieusement romantique, et par le style, sans exemple semble-t-il, qui nous rend sensible la discontinuité même de la vie.

  • « Écoeurement : c'est l'état de ceux à qui l'on a arraché le coeur. Je n'avais eu ma place nulle part ; mon aise dans aucun milieu : ni en famille ni chez Éliane ni dans mon rôle de militant. » Ainsi parle Robert Machaut évoquant deux années de son adolescence, de dix-sept à dix-neuf ans. Il a tenté de résister au système ; celui que servait son père, petit fonctionnaire de la République. Robert n'a pas pris son parti d'être le fils d'un laquais. Il n'a pas pris son parti d'amuser Éliane, femme du petit monde. Il n'a pas pris son parti de perdre l'amour de Ginette, fille d'un cheminot, sous prétexte que la politique les séparait. C'est que l'éducation sentimentale d'un jeune homme de 1958 est liée, même s'il les refuse, aux circonstances politiques. À travers des divertissements illusoires de l'amitié, de la passion amoureuse, Robert a vérifié peu à peu qu'il était condamné par son éducation à la domesticité la plus navrante. Et à la solitude. « L'adolescence est le plus grand des maux. On ne devient adulte que fort tard. Quand ce n'est déjà plus la peine de vivre. »

  • "La construction du livre est symphonique : sur de grands ensembles orchestraux, qui décrivent la ville et ses environs, à différents moments du jour, sous différents ciels, se greffent des soli alternativement confiés aux différents personnages : ouvriers, cheminots, cafetiers, consommateurs. Un double choeur, constitué par les habitués, riches et civilisés, des bars de la ville, et ceux, pauvres et primitifs, des bistros, commente l'action. La tonalité du roman frappe d'emblée par son caractère majestueux. Quoique les problèmes sociaux et politiques jouent ici un grand rôle, l'auteur ne s'inscrit nullement dans la tradition du réalisme socialiste. Il a voulu faire oeuvre de poète. Son écriture fait penser, dans l'ordre du roman, à Melville, dans l'ordre de la poésie à Saint John Perse. Elle a du souffle et de l'éclat. En contrepoint avec des passages majestueux, les pages qui décrivent l'existence monotone des Fribervillois, les dialogues des habitués des bars et des bistros rappellent, par leur ironie acerbe et la justesse de l'observation, les tentatives de Queneau et de Ionesco. On entend, tout au long de ce livre, une interrogation angoissée sur le sens de la vie, sur les contradictions de la politique, sur les exigences de l'« être », qui frappe par sa chaleur, son authenticité. Howlett excelle à décrire le sentiment d'attente qui envahit l'individu à l'approche des réalités essentielles. Il met aussi parfaitement en évidence la vanité aimable et têtue des occupations quotidiennes, le pathétique désespéré de l'instant." Bernard Pingaud.

  • Les camps de concentration ont marqué une date. Utilisant des pratiques qui ont sévi plus ou moins sévèrement à toutes les époques et dans tous les pays, l'Allemagne d'Hitler a systématisé, codifié deux types d'entreprise, les camps d'extermination qui tuent vite et ceux qui tuent lentement. Jamais volonté d'avilissement et d'anéantissement n'est arrivée à une telle perfection. L'auteur, à son retour de Buchenwald, a écrit ces pages sur son expérience d'un camp qui utilisait ses détenus avant de les tuer. Dans la profusion d'une littérature de circonstance, il avait renoncé à les publier. Il les a relues ; il les croit d'actualité car elles touchent à un certain fond d'inhumanité qui est latent chez les hommes sans contrôle. Il relatait sans s'étendre sur ce sujet personnel la vie qu'il mena mais il tentait de s'élever objectivement à la compréhension du mécanisme d'une entreprise férocement meurtrière. Il a relu ces pages, il n'y ajoute rien et n'en retranche rien. Le jugement qu'il porte sur les Allemands l'offusquerait maintenant qu'il a repris des relations sur un autre plan mais, au camp, SS et détenus qu'il chargeait de responsabilités se rassemblaient étrangement, rivalisaient dans la brutalité, le mépris, la cruauté, la rigueur burlesque. Il eut de brèves occasions de constater que l'Allemagne silencieuse était tout autre mais n'est-il pas judicieux de signaler, en toute franchise, que les défauts de ces brutes fanatisées par l'hystérie nazie ou consentant à la servir sont comme le revers de vertus solides, précieuses, réconfortantes pour un Européen, qu'ils sont pour les Allemands eux-mêmes une leçon à ne pas oublier, pour les Français une sollicitation à faire un examen de conscience.

  • L'auteur de ce livre, né dans une famille de musiciens, entra à l'Ecole Normale Supérieure en 1926. Il y connut Sartre, Nizan, Raymond Aron. Agrégé de philosophie, journaliste, puis professeur, il fut désigné pour fonder en 1935, avec Fernand Braudel, Claude Levi-Strauss, Pierre Monbeig, la Faculté de Philosophie, Sciences et Lettres de São Paulo au Brésil. Maintenu sur place en 1939 comme attaché spécial, il vécut la défaite, puis s'engagea dans les Forces Françaises Libres pour finir la guerre en Autriche, dans une division de tirailleurs marocains. Pendant dix ans, il remplit au Ministère des Affaires Etrangères des fonctions diplomatiques et consulaires, à Buenos Aires, Salonique, Toronto. Rentré dans l'Université, il termina sa carrière en enseignant les sciences humaines au bénéfice des Grandes Ecoles Commerciales. Ce long périple, ponctué par les figures de Jacques Maritain, Georges Dumas, Georges Bernanos, les généraux De Lattre de Tassigny et Beaufre, Etienne Dennery, Wladimir d'Ormesson, F. Mitterrand, Michel Pontrémoli et Georges Dolitzer porte assez bien témoignage. L'auteur, familier, par profession, des meilleures publications de son temps, aurait pu tenter à son tour d'en dégager une critique morale et politique. Mais cet ouvrage n'est pas plus un essai qu'il n'est une biographie. Il est aussi loin de la théorie que des anecdotes. Il est une interrogation. C'est que l'auteur, pour son bonheur et malheur, est resté l'homme de son enfance. Elevé, malgré les difficultés d'un milieu d'artistes, dans l'amour de la musique, de la peinture, de la littérature, dans l'amour surtout de ses parents l'un pour l'autre et pour lui-même, il n'a cessé d'éprouver dès son adolescence cette déception, dont Barthes a dit qu'elle était la façon dont l'écrivain « retrouvait le monde ». Ainsi, sans jamais trancher si les torts furent du côté des autres plutôt que de son côté, mais fidèle aux exigences de ses jeunes années, l'auteur n'a cessé de se demander, comme le chante Aragon : « Comment peut-on vivre ainsi ? ».

  • Au fond d'une cour historique de la rive gauche, Jean Nîmes, successeur des grands orateurs de l'Antiquité, entraîne un groupe de jeunes gens dans les dangers et les passions de l'aventure intellectuelle et d'un humanisme vivant. La violence de sa pensée, sa liberté extrême vis-à-vis du monde, le magnétisme qu'il exerce et qui vient à la fois d'une sorte de sainteté et d'un instinct de ruse, en font un être à part, capable d'élever comme de broyer les jeunes destins qu'il dirige. Ses plus fidèles « élèves » sont François et Armande, humbles travailleurs dont l'étrange amour devient, par sa perfection même, fragile et trouble comme un verre teinté ; Antoine et Marie-Josèphe, auxquels les mains levées d'un pasteur protestant ont désigné pour toujours les voies du scrupule et sans doute du bonheur ; Léopoldine, petit animal de race, prompt et nerveux, tuée un beau jour et tombée aux pieds d'une Victoire qui l'a peut-être couverte de ses ailes mutilées ; et enfin un jeune dominicain dont les idées pratiques ne s'opposent pas aux prières les plus ardentes. L'auteur, avec une tendresse qui n'est pas sans réalisme, nous fait pénétrer tour à tour dans les vieux hôtels du Marais, dans les ruelles misérables qui grimpent vers les Buttes-Chaumont, dans les petits restaurants de Saint-Germain-des-Prés. Il nous abandonne dans l'hallucinante solitude des monts d'Auvergne. Mais ces décors n'empêchent pas l'homme d'être partout le même, entre son Dieu et son malheur, entre ce qui le charme et ce qui l'effraie. Voici un livre où, loin de se contredire, la foi chrétienne la plus nécessaire, l'honnêteté morale la plus sûre, rejoignent les grandes inquiétudes et les hâtes de la jeunesse. Livre « vécu », sans rhétorique, charnel et passionné, douloureux, certes, mais sans pessimisme systématique, où l'auteur, qui n'a pas trente ans, confirme les dons exceptionnels que lui ont déjà reconnus de nombreux et importants critiques.

  • Cette histoire bizarre, où l'on voit un dictateur condamner un homme à mener littéralement une vie de chien, c'est-à-dire à vivre dans une niche, nu, avec un collier au cou, en lapant sa nourriture, jusqu'à ce que cet homme, autrefois compositeur de musique, perde l'usage de la parole, puis celui de la pensée, est contée comme un fait divers. Le bouffon et l'horrible s'y côtoient, narration classique et monologue intérieur se succédant et s'interpénétrant avec autant de nonchalance que d'habilité jusqu'à la conclusion pleine de grandeur tragique. On ne pourra l'oublier. Frédéric (Abel) O'Brady est né, en 1903, à Budapest. Il se fixe en France en 1932, joue au Théâtre des Ambassadeurs, à l'Atelier, à la radio. En 1939, il s'engage à la Légion étrangère. Il y reste un an : démobilisé, il fonde, à Marseille, un curieux théâtre de marionnettes. Mêlé à un groupe de parachutistes britanniques, agents secrets, en 1941, il est arrêté. Sorti de prison, un an plus tard, il se joint à des tournées dans la « zone sud », puis à la Libération, devient secrétaire de rédaction d'un journal illustré à Paris. Pendant deux ans, O'Brady sera journaliste jusqu'au jour où Jean Mercure lui offre un rôle. Puis, Marcel Herrand l'engage aux Mathurins. Entre un film en Italie et une petite excursion en Afrique du Nord, O'Brady fait son petit tour de marionnettes dans les cabarets de la Rive Gauche et écrit son premier livre, « Extérieurs à Venise » que publie la N.R.F. en 1950, et Orson Welles avec qui il joue en anglais au Théâtre Édouard-VII à cette époque-là, se charge d'en écrire la préface. Ce livre est une sorte de manifeste satirico-cruel contre le cinéma en général, et ce thème semble revenir dans « Le Ciel d'en face » (N.R.F., 1954). En 1949, dans la mise en scène de Roger Blin, il crée « La Sonate des Spectres » de Strindberg. Depuis 1951, il ajoute à toutes ses activités celle de compositeur de musique. La R.T.F. a présenté plusieurs oeuvres de lui (opéra de chambre, concertino et même un oratorio).

  • Les Anglais disent : "to turn over a new life"... changer de vie, et ce n'est pas rien lorsqu'on y regarde de près. D'où vient qu'un homme qui s'est frotté au théâtre toute sa vie, élève de Dullin et de Renoir, puis participant à l'aventure de la décentralisation avec Michel Saint-Denis, Datsé et Gignoux, enseignant le théâtre à Strasbourg ou Montréal, mettant en scène une centaine de pièces de par le monde, de Paris au Festival d'Edinbourg ou de Balbeck, d'où vient que cet homme tourne un jour le dos à tout ce qu'il a aimé et entreprend, à l'automne de la vie, autre chose, un autre métier, une autre existence ? En l'occurrence, Daniel Leveugle passe du coup de théâtre au coup de feu. Il ouvre un restaurant à Londres et surveille ses fourneaux comme autrefois il mijotait ses mises en scènes. Pourquoi ? On le découvrira sans doute dans les pages de ce récit d'une sincérité spontanée, d'un humour et d'un rare talent d'observation et d'écriture, qui empoignent le lecteur du début à la fin. Et l'on s'apercevra peut-être que lorsque Candide monte aux fourneaux, il fait acte de résistance.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Matière Première est le premier palet, à la fois autonome et complémentaire, d'un mobile romanesque intitulé La Fable des Corps, où des personnages, entre 1914 et 1968, tentent de vivre dans la fable d'eux-mêmes et des autres. Dans ce volume, Sylvain Gordais, 26 ans, s'isole sur une île de la Frise hollandaise, territoire de dunes et d'oiseaux, dans le parti pris de faire un sort aux souvenirs qui le hantent. Reviennent alors - plus ou moins suscités par quelque circonstance du présent - son père tué à Verdun, sa mère victime à court terme d'un terrible accident, sa tante secourable, Viteïre le Communard, Dunoisy l'instituteur, Millot le prote, et surtout les femmes qu'il a aimées, rejetées ou qui l'ont abandonné. Série de figures associées à des lieux privilégiés par le coeur du héros : la solaire Carcassonne, le pays champenois, une Venise naufragée en rêve, La Hague, Cologne, Paris... Les uns et les autres évoqués avec intensité, dans le vertige des images et des correspondances, et qui, lentement réduits à l'anonymat des quatre éléments premiers, font sourdre et affirment en lui l'élan créateur. Faute d'en avoir assez tôt pris conscience, Sylvain Gordais échappe de peu à une destruction volontaire. Sur ces confins, il obtient permission universelle de vivre, fidèle à la parole de Faust, « pour la plus haute existence ».

  • Le Conquistador, c'est l'histoire d'un homme en fuite. Chassé du monastère où, fils de paysan misérable, il est venu étudier et s'est tôt fait remarquer et blâmer pour la hardiesse de sa démarche spirituelle, dédaignant la vie mondaine, fomentant l'insurrection populaire, échappant aux geôles de l'Inquisition et à la torture, il fuit. C'est sur la caravelle qui l'emmène vers le Nouveau Monde que commence le récit de Thomas, le héros, connu par les fragments de son journal intime, alternant avec l'évocation de ses errances poético-politiques. Arrivé au Nouveau Monde, Thomas va découvrir l'opposition entre le monde mystique et aberrant de l'Espagne cléricale et celui, naturel, de l'Indien qui incarne pour les conquérants le péché originel. Cette lutte entre la Nature et l'Ordre le conduira à la Mort dans une apothéose cosmique qui peut faire songer à certaines des plus belles pages de Miguel Angel Asturias. Mais ce récit se situe dans un XVIe siècle dont l'historicité n'est que superficielle. Ces aventures, pleines de bruit et de fureur, où la violence lyrique éclate à chaque page, se déroulent lors d'une conquête espagnole de pacotille. En fait, Thomas - héritier spirituel des grands utopistes More et Campanella - s'il est un moine lettré, poète, et théoricien politique à la Machiavel, est avant tout un révolté moderne, un homme qui pense et écrit en termes de notre temps. Cette « fiction » n'est pas un simple roman historique. Elle conduit le lecteur au-delà de l'épopée, si exaltante soit-elle. Un thème domine l'ensemble : l'Utopie.. Non seulement la quête de la Cité Idéale, mais la reconquête du Roman, la recherche forcenée, à travers un récit disloqué en apparence, d'une écriture, d'un langage qui ne se mente plus à lui-même, l'exigence d'une parole authentique, où comme chez Malcolm Lowry, la littérature engage la vie entière de l'auteur.

  • L'action de ce roman se situe en Amérique centrale, au bord du Pacifique ; elle se déroule principalement entre trois personnages : Le vieux Pocco qui rêve de finir ses jours dans une île déserte qu'il a découverte au cours de ses mystérieuses pérégrinations et qu'il n'a jamais pu oublier. Juana, fille facile et généreuse de pêcheurs très pauvres, qui suit Pocco comme un petit chien, en rêvant d'une barque vieille mais trop chère, qui arrangerait cependant les affaires de son père. Joe Drake Muller, un nègre, un condamné à mort échappé, blessé et sans défense qui rêve seulement de ne pas mourir. Ces trois rêves sont devenus des obsessions. Mais ils se rencontrent comme les personnages qui les portent, ils se heurtent, se nourrissent ou se détruisent mutuellement. Juana aura sa barque, mais Joe Drake Muller ne sauvera pas sa vie et le vieux Pocco a tout l'air de se sacrifier. Peut-être par faiblesse, peut-être par bonté. Ce roman très court mais très dense, une fois lu, ne peut s'oublier et l'on pourrait répéter à son sujet ce qu'un grand critique écrivait à propos du Chien gris : « Il y a là plus que du talent, plus qu'un don : une manière originale de jeter une vérité que le lecteur reçoit en pleine figure. »

  • L'auteur de ce roman s'est suicidée l'été dernier, à l'âge de vingt-huit ans, et certes, l'intransigeance, le besoin d'absolu, en même temps que la confusion des valeurs dont témoigne Je jure de m'éblouir, ne sont pas étrangers à cette fin tragique. Ici tout est passion, même le cynisme, tout se passe en profondeur et engage l'être entier. Nous sommes bien dans la direction désinvolte d'une Françoise Sagan, mais avec Éveline Mahyère c'est vraiment du besoin d'aimer qu'il s'agit, ici l'ardeur est ardente et le désespoir vraiment désespéré. Ce roman, qui est donc un premier et un dernier roman, s'impose par une sorte de maîtrise forcenée, une sincérité qui sont d'une âme révoltée et qui n'a pas craint d'aller jusqu'au bout de sa révolte. C'est un livre d'une qualité et d'une gravité exceptionnelles.

  • L'apprentie sorcière - Camille - jeune fille volontaire, entreprend « l'éducation » d'une de ses condisciples, Alice ; elle lui insuffle le goût de la spéculation cynique, de la ruse, de l'amoralité, elle va jusqu'à lui imposer l'épreuve du vol. Alice s'initie assez facilement à cette éthique du mal. Elle permet même à son amie de détruire le sentiment assez conventionnel qu'elle éprouvait pour son fiancé et laisse les Allemands s'emparer de celui-ci. Georges mourra dans un camp de déportation. Cette sorte de crime aura des effets très différents sur les deux amies. Alors qu'Alice s'enfoncera de plus en plus dans la voie du cynisme et dans celle d'un dérèglement lucide, Camille, devenue professeur de philosophie, jugera sévèrement son action et, s'étant aperçue que deux de ses élèves ébauchaient des liens semblables à ceux qu'elle avait eus avec Alice, s'efforcera de séparer les deux jeunes filles, ce qui reviendra, en somme, à renier son propre passé. Ce premier roman, admirablement écrit, rend un son particulier qui le distingue de tous les autres. Il révèle une intelligence, un tempérament, une originalité et une lucidité qui ne passeront pas inaperçus.

  • Le 27 janvier 1945, vers cinq heures de l'après-midi, au camp de concentration d'Auschwitz, un jeune homme sortait d'un baraquement. Il ne pesait plus que trente-cinq kilos, et pouvait à peine se tenir debout. Face à lui, un soldat soviétique était là, le premier à avoir pénétré dans le camp. [...] Drames enfouis comporte une préface d'Alice Miller et une postface de Georges Snyders.

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