FeniXX réédition numérique (COMP'ACT)

  • D'entrée de jeu, un télescopage rapide conduit du crime à la naissance, de la naissance au crime. Le récit ne s'embarrasse d'aucun temps mort. Appelés par un mot, par une scène, les décors surgissent à point nommé, puis se défont dans l'après-midi fin de siècle. Ici l'anonymat est la règle ; les lieux ne sont que des passages : chambre d'hôtel, boulevard, salle de cinéma, tribunal, cellule de prison, autobus, appartement squatté. Vivant au jour le jour « dans le gris de l'histoire », dépossédés de leurs propres émotions par le cours accéléré des événements, c'est à peine si les personnages ont le temps de se constituer une identité repérable par un surnom (Le Bouclé, Ange, Fifille, etc.). La violence qu'ils exercent sur les autres ou sur eux-mêmes n'est que l'envers de la nostalgie. À la fin, quand tout est joué, une dernière accélération transforme la souffrance en fait divers.

  • Deux nuits de suite, nous avions joué au poker. Dans la villa du conseiller. Et c'était la troisième nuit. Une porte battait derrière ma chaise.

  • Malgré l'absence d'altération du nerf optique et le maintien en norme de mon rythme alpha occipital, pour les médecins, le diagnostic était clair : pour des raisons obscures, je manifestais tous les symptômes d'une cécité traumatique. Un monologue.

  • Au lever du rideau, le marquis et la jeune fille, l'un et l'autre la plume à la main, sont assis côte à côte devant la table. Sade. - Tu sais écrire, maintenant. Pourquoi n'essaies-tu pas de tenir ton journal ? Magdeleine. - Comme vous le vôtre ? Sade. - Les jeunes filles le font souvent. Magdeleine. - Et qu'y noterais-je ? Sade. - Ce que tu ne dis à personne... Magdeleine. - Ne suffit-il pas que je me le dise à moi-même ? Sade. - Ce que l'on a à se dire, on le dit mieux lorsqu'on l'écrit. Magdeleine. - Je crains que ce qui, déjà, me paraît futile ne le paraisse plus encore une fois couché sur le papier. Sade. - Que de sagesse chez une jeune fille de dix-sept ans ! Magdeleine. - Il y a un quart d'heure encore, je n'étais pas si sage que cela ! Sade. - Il est vrai, mon ange... J'ai délicieusement déchargé entre tes lèvres... Et auparavant, tu m'avais léché les couilles à la perfection... (Après un temps de réflexion.) Et si nous improvisions un conte ? Magdeleine. - Un conte ? Comment procéderions-nous ? Sade, chaussant ses besicles. - Je commence et tu poursuis. Et puis c'est moi. Et puis c'est toi. Et ainsi de suite. Mais il ne faut surtout pas perdre le rythme. Plutôt écrire n'importe quoi. Et sans se préoccuper des fautes. Aller droit devant soi... Magdeleine. - Je ne sais pas si je saurai... Sade. - Mais si, mais si, tu sauras... D'ailleurs, tu seras toi-même l'héroïne de cette histoire... (La jeune fille parait à peine étonnée.) Je commence... (Il écrit en lisant à haute voix au fur et à mesure ce qu'il écrit.). À son premier bal, Magdeleine eut sa robe gâtée par un danseur maladroit... (Il passe la feuille de papier à Magdeleine.) Magdeleine, écrivant. -... le lieutenant Florimond qui, troublé par la beauté de la jeune fille, n'avait pu retenir son foutre... (Elle passe la feuille de papier à Sade et ainsi de suite.)

  • En feuilletant un vieil album de photographies, une femme s'interroge fiévreusement sur la réalité des souvenirs qui lui reviennent, indirectement. Elle nous parle d'un personnage étrange qui s'impose à elle : Tulie.

  • L'action théâtrale se situe au 16e siècle, en Espagne, sous le règne de Philippe II. Celui-ci envoie contre l'Angleterre l'Invincible Armada, une flotte chargée de rétablir outre-Manche le catholicisme.

  • Sudor Facil regroupe les poèmes les plus récents d'un écrivain inclassable, irrévérencieux, rebelle, dont l'écriture se détourne aussi bien de l'effusion naturaliste que de la préciosité et de la religiosité. Son art est de savoir résister, avec jubilation, aux effets les mieux admis de la poésie contemporaine, depuis bientôt un demi-siècle. Un poète du dissensus et de l'hétérogénéité, cependant d'une altérité brûlante.

  • Dans une langue qui laisse entendre le souffle, le rythme de la pensée, l'auteur s'interroge au bord du vide : quelle essentielle respiration nous a abandonnés?

  • Ils sont trois ou quatre, filles et garçons, à boire, à parler, de tout et de rien, à la découverte de leur identité. C'est un jeu qui se poursuit à l'infini.

  • Ce banc peut contenir autant qu'il veut de gens comme vous et moi, dit l'un des personnages. Ceux-ci surgissent donc en foule, les uns à la suite des autres, dans des situations cocasses.

  • Il n'est pas indispensable de porter l'uniforme pour se prévaloir de blessures de guerre. À six ans, Drieu est un vieux poilu mais il l'ignore. Les familles ont de ces tranchées dont on ressort le plus souvent mutilé, le coeur mauvais. L'histoire de la France de l'entre-deux-guerres se confond avec cette famille. À quarante ans, Drieu est un salaud, mais il l'ignore. Représenter Drieu au théâtre : cela ne relève-t-il pas de la gageure, d'une provocation dangereuse ? D'abord parce que c'est Drieu l'antisémite, Drieu le collabo, Drieu le falsificateur. Ensuite, parce que raconter la vie d'un salaud peut faire penser que l'on a quelque admiration pour le héros - ou l'anti-héros - de la pièce. Enfin, par son ambivalence incessante, Drieu est troublant et se rapproche dangereusement de ce que nous sommes, de notre fragilité à saisir le temps et l'Histoire, même si nous nous asseyons confortablement sur cinquante ans de commémorations. « Ce salaud de D. » est sans doute une vision fragmentée, éclairée sous un angle curieux, celui de la mémoire. Depuis combien de temps est-il dans cet hôpital ? Quelques jours, des années, toute une vie ? Et cette femme qui le soigne, qui borde son lit, que veut-elle ? Elle est peut-être sa mère, sa femme ou sa maîtresse, ou bien encore la fille d'un bordel ? Il demandera à Aragon. Le personnage est malmené, théâtralisé, tout parcouru de soubresauts qui lui permettent d'avancer à travers les années 1918, puis 1934 et jusqu'à la fin de sa vie. Il écrit : «... les amis juifs que je gardais sont mis en prison ou sont en fuite. Je m'occupe d'eux et leur rends service. Je ne vois aucune contradiction à cela. Ou plutôt, la contradiction des sentiments personnels et des idées générales est le principe même de toute humanité. » « Ce salaud de D. » est une pièce à trois personnages : Otto Abetz, une infirmière, et Drieu lui-même sur un lit d'hôpital. En 1945, la guerre est finie. Drieu sait alors que le cynisme, son ultime recours, est épuisé. Il ne regrettera que les arbres. Il a tant aimé les arbres.

  • De ses doigts fins et déliés, Hazlitt s'empara du Palimpseste avec fermeté et délicatesse, comme si le livre était, dans ses mains, un être vivant. Il s'adressa à moi d'un ton grave : « Cet ouvrage chargé d'histoire et d'événements n'est pas en ma possession par hasard. Il existe un lien mystérieux et intime entre ce palimpseste et moi-même. J'espérais être celui qui le compléterait, en écrivant une nouvelle page du livre. Je n'y suis pas parvenu. Aujourd'hui, dit-il d'une voix plus solennelle, c'est à vous d'être le maillon de la chaîne. Votre culture humaniste et votre goût pour la recherche, vous permettront sans doute d'y apporter un enrichissement essentiel. Mon idée peut vous paraître insensée, mais je suis persuadé que vous ne refuserez pas d'entrer en possession de ce livre, comme je ne m'y suis pas soustrait moi-même lorsqu'il me fut confié. » Il n'attendit pas ma réponse. Il déposa le Palimpseste dans mes mains tremblantes, puis, comme libéré d'un fardeau, il s'éloigna aussitôt, d'un pas léger...

  • De ses doigts fins et déliés, Hazlitt s'empara du Palimpseste avec fermeté et délicatesse, comme si le livre était, dans ses mains, un être vivant. Il s'adressa à moi d'un ton grave : « Cet ouvrage chargé d'histoire et d'événements n'est pas en ma possession par hasard. Il existe un lien mystérieux et intime entre ce palimpseste et moi-même. J'espérais être celui qui le compléterait, en écrivant une nouvelle page du livre. Je n'y suis pas parvenu. Aujourd'hui, dit-il d'une voix plus solennelle, c'est à vous d'être le maillon de la chaîne. Votre culture humaniste et votre goût pour la recherche, vous permettront sans doute d'y apporter un enrichissement essentiel. Mon idée peut vous paraître insensée, mais je suis persuadé que vous ne refuserez pas d'entrer en possession de ce livre, comme je ne m'y suis pas soustrait moi-même lorsqu'il me fut confié. » Il n'attendit pas ma réponse. Il déposa le Palimpseste dans mes mains tremblantes, puis, comme libéré d'un fardeau, il s'éloigna aussitôt, d'un pas léger...

  • "Déclaration de terre" regroupe une série de textes écrits entre 1985 et 1988, et partiellement publiés à Genève dans la Revue de la Tempresse. Ce sont les violents émois d'Emu, le bon conteur Geiger ; c'est la levée du corps des grands fleuves, qui ne sont plus que des catafalques au bord du feu ; ce sont ces puantes serpillières, ces jus odieux que l'homme tord depuis des décennies à même l'eau du ciel, et qui rongent aujourd'hui, de plus en plus douloureusement, les poumons enflammés des femmes, des enfants, ces manques à gagner, ces viandes à haut risque ! L'homme saccage hystériquement son air, sa couche, ses fontaines, ses viviers. Mais où donc traîne le verbe à l'heure où les sociétés - plombées, livides - achèvent de massacrer les conditions mêmes du vivant ? Les interstices du ciment, texte du peintre Gérard Tolck, montre la fuite éperdue d'une femme devant la barbarie. Celle d'hier et celle d'aujourd'hui. Celle des hommes matés, obéissants.

  • "Déclaration de terre" regroupe une série de textes écrits entre 1985 et 1988, et partiellement publiés à Genève dans la Revue de la Tempresse. Ce sont les violents émois d'Emu, le bon conteur Geiger ; c'est la levée du corps des grands fleuves, qui ne sont plus que des catafalques au bord du feu ; ce sont ces puantes serpillières, ces jus odieux que l'homme tord depuis des décennies à même l'eau du ciel, et qui rongent aujourd'hui, de plus en plus douloureusement, les poumons enflammés des femmes, des enfants, ces manques à gagner, ces viandes à haut risque ! L'homme saccage hystériquement son air, sa couche, ses fontaines, ses viviers. Mais où donc traîne le verbe à l'heure où les sociétés - plombées, livides - achèvent de massacrer les conditions mêmes du vivant ? Les interstices du ciment, texte du peintre Gérard Tolck, montre la fuite éperdue d'une femme devant la barbarie. Celle d'hier et celle d'aujourd'hui. Celle des hommes matés, obéissants.

  • Combien de gens, qui m'étaient familiers, ont disparu à jamais ? - Par où va-t-on quand on meurt ?... - Par le petit chemin... Tu vois, celui qui passe derrière les chênes-lièges... - Celui où y'a des vipères, Monsieur ?... L'étranger qui passe près de l'enfant ne répond pas. Sa gandoura blanche est faite de vapeur, le son de ses mots est léger, léger... - Dites, Monsieur, c'est par là qu'il est passé mon Papa ?... Par le chemin des chênes-lièges ?... L'enfant parle tout seul. Il joue avec une vieille boîte de sauce tomate. Il trace des signes que le vent disperse ; le sable est un tableau. Il est habillé d'un short taché de poussière et de cambouis. Il porte un tricot de peau, une casquette. Près de lui : un vélo. Dans sa poche : un harmonica. Il sort l'instrument chromé, souffle quelques notes au hasard, puis le replace dans sa poche. Le voilà maintenant qui tente de monter sur le vélo. Depuis quelques heures, le vélo et l'harmonica sont à lui. Ces objets lui appartiennent, car ici presque tout le monde est mort. « ... Un texte splendide : comment un corps de dix ans rencontre l'Histoire, regarde la mort s'abattre sur son père, ses amis d'école, ses voisins... On ne peut pas ne pas penser à Albert Cohen apprenant, à dix ans, sur le vieux port de Marseille, "grâce à un camelot", qu'il est juif... »

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Lecteurs, voyants donc (je ne parle pas des aveugles déchiffrant du bout des doigts), vous connaissez intimement la nécessité de lieux, de récits, de catalogue. Vous laissant rouler dans du réel, pour purger le mal que vous avez déclenché dans votre piété naïve de voir quelque chose figurée à tout prix, et l'adorer. Vous honorez l'effort de coucher sur un tissu les formes de mannequins que sont les corps - ou d'en recueillir quelle empreinte crue divine. Mais, au livre, vous savez, le séjour plan est impossible. L'imprimerie s'appliquerait sans garantir jamais que la peau ne soit arrachée au mannequin ou au dieu. Enlevée pour présenter un à-plat, alors qu'elle est le milieu non réversible du volume. Vous vous retournez, vous-mêmes, à cette perspective, dans le sommeil, incapables de choisir sous quel angle prendre lecture - pas même celui, menacé par l'obscurité, du contact. Juste avant l'éveil : car là, vous vous rappelez : "Le sujet du livre se détachait de moi, j'étais libre de m'y appliquer ou non." (Marcel Proust) Ce détachement (ici serait un jour ?) chez Alain Degange n'élimine pas "la nuit sous le linge... et l'autre sens des chairs venues moins tôt" - mais corrige, sans cesse, au lieu de l'ensevelir dans l'après-coup, votre lecture. Courage, en somme : "c'est au réveil et l'oeil n'a plus rien à percer".

  • Depuis l'enfance, on a grandi dans le mensonge, on nous a menti, on a élevé des murs autour de nous. Mais depuis l'enfance, pour avoir entendu un cri, le cri d'un fou dans un village, nous nous sommes échappés, nous avons fui, nous avons longé les frontières, nous avons franchi des pays. Depuis l'enfance, nos maîtres, ces maraudeurs de l'invisible, ces bourreaux aux mains tranquilles, nous ont demandé sans relâche de nous tenir du bon côté, d'être avec les forts, avec les puissants, avec Dieu que ceux-ci vont saluer le dimanche dans leurs églises, dans leurs couvents. D'une certaine façon, nos Maîtres ont raison. Il y a bel et bien une ligne de partage. D'un côté, la raison, les comédies, les mascarades, les tueries et de l'autre, la vie pure, l'impossible vie, la vie trop vaste pour notre pas, les jours éblouissants. Sans cesse, nos Maîtres ont repris la chanson. En vain. Sans le vouloir vraiment, nous fûmes poussés sur les chemins, nous sommes allés au bout du monde. Sans terre, sans propriété d'aucune sorte, juste avec un peu d'encre et de papier. Et le cri du fou dans notre bouche. On a dessiné une autre vie sur une page, on a inventé des soleils, on a écrit des lettres pour les yeux de personne. Pour la vie silencieuse. Pour les jours qui passent. Pour l'orage dans notre coeur. Une poignée de lettres brûlées le long des frontières. Une poignée de lettres contre la neige des raisons. Joël Vernei

  • Chambéry-Le-Haut a changé de visage depuis 1967. D'une ZUP (Zone d'Urbanisation par Priorité) destinée à répondre à des besoins urgents en matière de logement social, on est passé à une cité d'environ 12 000 habitants, disposant de services et d'équipements dignes d'une ville d'égale importance. Trente-deux ans d'histoire, deux générations, une transformation du paysage et des mentalités, un enracinement non dénué de sentiments contradictoires, des conflits, des luttes, des espoirs et des frustrations, une volonté de faire mieux, des impatiences, en somme des attitudes propres à des citoyens conscients de partager un même destin, une aventure commune. Ce sont ces aspects de la vie au quotidien, ces retours sur le passé et ces projections dans l'avenir, que tente de saisir cette chronique dont la trame générale vaut bien une histoire au présent.

  • Pendant la guerre d'Algérie, une femme, prostituée dans un « Bordel Militaire de Campagne » au coeur de ce lieu « entre hommes » s'adresse à un homme, à tous, leur demande de lui raconter une histoire, « une seule histoire qui en vaille la peine », qui arrêterait tout, suspendrait le cours du temps. En échange, elle s'offre à eux. Elle avance dans une parole qui en exige une autre, celle qui oserait dire comment beaucoup d'hommes, sinon tous, arrivent à surmonter leurs horreurs et éprouvent même du plaisir à les commettre. Mais l'homme enfoui dans la guerre, le soldat de la guerre, ne répond pas, du moins provisoirement, car derrière un voile, il y a encore un voile, et on a beau les enlever les uns après les autres, jamais la vérité, telle une déesse, n'apparaîtra dans sa nudité que pourtant, à défaut de découvrir, nous tentons de surprendre... En écho, aujourd'hui, un jeune beur dans la recherche d'une identité complexe et fragilisée par le racisme de certains et le fanatisme des autres, est harcelé par la parole d'un « combattant de la révolution » (son père ?). Il reprend, par instants, cette parole qui le surprend, tout en refusant les « histoires de l'Histoire ancienne ». Le calme, il le trouve sur la terrasse d'un HLM de la cité, là où on peut regarder loin et mettre la musique à fond. Les mots de cette femme et ceux du jeune homme, inévitablement, s'imbriquent les uns dans les autres sans jamais s'échanger. Anne Torrès, Eugène Durif.

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