FeniXX réédition numérique (Del Duca)

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ce qui caractérise Le Caillou, de Marie Péron, c'est la sensibilité qui s'en dégage. Ce roman n'aurait pu être écrit par un homme, et cette sensibilité est poussée jusqu'aux limites dangereuses de ce qui est normal, et de ce qui ne le sera plus. Comme l'héroïne, au milieu des cris du désespoir, de la jalousie, des visages les plus variés, le récit « chancelle à la frontière de deux mondes, de deux temps ». C'est ainsi que les lieux, les objets (une mansarde, des coquillages, un chemin que n'éclaire pas le soleil), la nature tout entière (la pluie, le vent...) demeurent si intimement mêlés aux personnages qu'on ne saurait parler de décor. Les choses les plus banales et les sentiments les plus prosaïques ne font qu'un, animés par un humour qui n'est jamais absent. Grâce à une savante progression, les êtres et les événements perdent leur mystère, mais nous ne serons fixés sur le sort d'Eva qu'à la dernière ligne du roman.

  • C'est Charlie Chaplin que, par bien des aspects, nous rappelle le petit garçon Lud dont Henri Arliguy raconte l'histoire au cours de son premier livre : T comme Thérèse. Ce roman, qui transpose sur le plan littéraire les images et les découvertes du cinéma, dégage une poésie envoûtante, pleine d'ironie, de farces saugrenues, dans le même sens qu'un film des Marx Brothers. Promenade merveilleuse au milieu de la fantaisie, du rêve mêlé à la vie réelle, de l'aventure la plus imprévue. Le fantastique de l'enfance s'exprime ici avec une habileté et une émotion tout à fait neuves.

  • C'est dans un cadre cruellement vrai que Paul Zumthor a situé son dernier roman, « Les Hautes Eaux », dont le héros est l'une des innombrables victimes du raz de marée de février 1953, en Hollande. Joost van der Moere, paysan de l'île de Duiveland, alors la plus durement frappée, appartient à une secte protestante austère dont les membres pratiquent une confiance aveugle dans la Providence. Le fléau frappe Joost avec une soudaineté qui paralyse en lui les premiers réflexes du bon sens. La mer envahit la maison. Joost se réfugie avec les siens sur le toit au milieu du déchaînement de la tempête. Mais il refuse de s'enfuir alors qu'il en est encore temps : il lui semble qu'avec « les hautes eaux » un Dieu vengeur se révèle qui l'emprisonne dans sa foi et exige que l'épreuve soit subie jusqu'au bout. Tandis que meurent l'un après l'autre, autour de lui, les membres de sa famille, Joost éprouve le sentiment douloureux d'entrer dans un mystère atroce mais salvateur, réservé à lui seul. Est-il donc devenu fou, comme tant d'autres durant ces trois nuits d'horreur ? Paul Zumthor, qui vit aux Pays-Bas et fut témoin des inondations de 1953, a su rendre avec une intense vérité ce milieu de paysans zélandais, aspect d'une Hollande inconnue des touristes ; il nous le peint à travers un drame serré dont les événements s'enchaînent avec la rigueur d'une tragédie.

  • Avec ce premier livre, LE REMUE-MÉNAGE, Claude Francolin témoigne pour les jeunes gens de son temps, et montre que les Julien Sorel d'aujourd'hui sont le plus souvent des « petites mômes très attentives et très sérieuses » qui ont, comme Geneviève, des yeux tristes, un chignon strict et beaucoup de dignité. Jean-Jacques : son grand-père était ouvrier mineur ; sa mère, à soixante ans, fait encore la lessive de « ces dames » ; lui pourrait être avocat, mais avec ses diplômes en poche, il préfère jouer au journaliste, tout en rêvant de devenir metteur en scène. Geneviève : elle est la nièce de Louis Bertin, le célèbre réalisateur de films qui seront un jour dans toutes les cinémathèques. Assistante-monteuse au studio de Saint-Cloud. Jean-Jacques et Geneviève se rencontrent : c'est donc apparemment, un roman d'amour qui commence. En fait, pour Jean-Jacques, c'est le grand bouleversement qui précède l'âge adulte : un sacré remue-ménage. Mais, pour Geneviève ? Elle vit dans une sorte de désanchantation infantile : elle surgit, séduit, puis se dérobe. Est-elle seulement coquette ou son comportement ne traduit-il pas plutôt l'instabilité de cette génération qui n'a pas encore trente ans ? « Si la Libération n'avait pas été trahie... » se dit parfois Jean-Jacques avec amertume... ces deux êtres secrets, toujours sur la défensive, eussent-ils réussi à briser la vitre, à réussir le bonheur ? Mais peut-être, dans cette histoire d'amour malheureux, le lecteur retiendra-t-il surtout, parmi les personnages - journalistes, militants syndicalistes, étudiants - qui hantent le livre, le visage tragique de la mère de Jean-Jacques, cette femme usée qui voulait être institutrice, qui a sacrifié toute sa vie pour que son fils devînt « quelqu'un » et qui s'affole de ne plus reconnaître son oeuvre dans ce jeune intellectuel qui lui échappe alors même qu'il cherche à lui donner les clefs de son existence humiliée.

empty