FeniXX réédition numérique (Galic)

  • Ils étaient enfermés tous les cinq dans la boîte de corned-beef de la station : une vaste salle demi-circulaire, où étaient alignés dans l'ombre les écrans lumineux, que balayaient à intervalles réguliers les pinceaux verticaux des antennes. Mais, au-dessus des tables, il y avait des ampoules coiffées d'un abat-jour de carton noir, qui permettaient tout de même d'échapper à la nuit éternelle de cet antre, que des cartes d'état-major décoraient avec des ficelles et des drapeaux étoilés plantés sur des épingles. (...) Trois points étaient apparus sur l'écran, nets, brillants, comme en provoquent ordinairement les avions. Ces objectifs se trouvaient au nord-est de la station, c'est-à-dire au-dessus d'une région que les appareils, même russes, survolaient rarement : un désert de glace et de neige. Les quatre premiers contacts jaillirent sur l'écran ; au milieu du silence absolu...

  • La chambre, blanchie à la chaux, était petite et très sommairement meublée. Sur un lit étroit en fer, un homme était étendu, à demi assis, le buste soulevé par deux oreillers. Autour de lui, un amas de feuillets de papier, de lettres, de cahiers, jonchait les couvertures et les draps en désordre. Parfois, il prenait son crayon et écrivait quelques mots. Mais de fréquents accès de toux le secouaient. Alors, d'un geste machinal, il essuyait avec une serviette la commissure de ses lèvres et la ramenait souvent tachée de sang... Avant, il était fort, enthousiaste, jeune. Il n'avait jamais eu peur de la mort...

  • Après avoir laissé sa voiture dans un parking voisin, Tristan Marceau gagna, d'un pas souple et nonchalant, l'entrée de l'immeuble qui abritait les services du contre-espionnage. Tristan Marceau était l'un des plus brillants agents de cette organisation. C'était un garçon de 32 ans, svelte et robuste. Il avait des yeux bleus, des cheveux blonds bouclés, une petite moustache, l'attrait et l'entrain d'un bel animal plein de santé. Farouchement célibataire, l'agent BH 39 habitait, entre deux missions spéciales à l'étranger, un petit appartement du boulevard Poissonnière. Il y vivait avec sa mère, veuve depuis plusieurs années, et lui cachait avec soin, pour ne pas l'alarmer inutilement, les risques de son passionnant métier...

  • L'animal détala, l'échine basse, et disparut dans la nuit. Ce fut à cet instant que le sergent Guiness aperçut la femme. Elle était allongée contre le mur, couchée de tout son long sur le dos. Son manteau de fourrure trempait dans la boue. Le sergent ne s'en émut pas outre mesure. Ce n'était pas la première fois que lui ou un de ses collègues trouvait une prostituée ivre-morte dans un coin des docks...

  • Le Patron reprit de sa voix sèche habituelle : "Serge Walter n'existe plus. Vous êtes Paul Chandra, originaire de Pondichéry, journaliste. Votre tendance politique est d'extrême-Gauche, et vous écrivez des articles anticolonialistes qui ont paru dans les journaux de langue française du Caire, de Rabat, et de Tunis. (...) Serge attendit la suite. Le Patron était un homme extrêmement méthodique, et ses directives étaient toujours claires et précises. "Mathilde vous donnera votre CV. Comme d'habitude, vous l'apprenez par coeur et vous le brûlez. Venons-en à votre mission. Vous avez su, par les journaux, l'accident arrivé à l'avion d'Abidjan ? Cet accident a été précédé d'un autre et, à chaque fois, l'avion transportait des hommes importants d'un État africain. La presse a lancé la version d'un attentat politique. C'est possible. Les débris de l'avion ont été passés au peigne fin par des spécialistes, et aucun indice d'attentat n'a été trouvé... Par contre, un fait n'a pas été rendu public, c'est la présence, à bord de cet avion, de Abou Aswadi..."

  • Au-dessus des douves asséchées - qu'envahissait une végétation désordonnée -, le château dressait sa masse abrupte et rugueuse. Comme tous les manoirs que les Seigneurs du XVIIe siècle avaient construits dans cette région du Val de Loire, celui-ci était fait de blocs mal dégrossis de calcaire bleu et de tuffeaux blancs, que le temps avait écaillés. La "douceur angevine", les poètes de toutes les époques l'ont chantée.... malheureusement, ce n'était ni pour écrire des vers, ni pour rêver d'amour, que Moro se trouvait au domaine de La Hestraye. Quelques jours plus tôt, il avait reçu, au bureau de l'un des journaux auxquels il collaborait à Paris, un coup de téléphone de Frédéric Lemestrier, le richissime armateur et le non moins célèbre propriétaire d'une des plus riches collections au monde de tableaux flamands...

  • Mission Cuba Nouv.

    Carmen s'immobilisa sur le pas de la porte en le reconnaissant. "Diego ! qu'est-ce qui t'arrive ?" fit-elle d'une voix rauque. Il la poussa vivement, pour entrer dans la chambre qu'il traversa en quatre enhambées. La fenêtre donnait sur la rue Virdudes. Coup d'oeil sur les persiennes. Elles étaient bien fermées. Poussant un gros soupir, Diego regarda un moment les cheveux d'or cuivrés, le visage au teint mat. Un visage de Madone ! avait-il dit un jour. La fille restait immobile, adossée à la porte. Il se trouva soudain infiniment déçu. Inutile de risquer sa vie pour la revoir. Il s'était baladé dans toute la Havane pour venir jusqu'ici, et voilà qu'à présent tout ce qu'elle trouvait à faire, c'était de rester là, plantée comme une belle gourde, à le contempler sans rien dire, avec ce regard vert amande qui le troublait si fort jadis...

  • Salut la D.S.T. Nouv.

    La DST était secouée par un rire homérique. Tout le monde s'interrogeait : "As-tu lu ?" Ce rire, qui arrivait à ébranler les murs de la rue des Saussaies, était dû à quelques lignes parues dans la plupart des journaux parisiens et d'allure anodine : "Suis acheteur de tous documents et brevets pouvant être exploités en URSS - s'adresser Agence Universelle, Tanger." Ainsi, les bruits qui avaient couru d'un cambriolage de l'Ambassade de l'URSS à Paris étaient exacts. Ce vol devait être d'importance pour que l'Agence Universelle ait été alertée...

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