FeniXX réédition numérique (Les Éditions du Ricochet)

  • Qu'est-ce qu'on devient quand c'est la mère qui part ? Si on lui avait dit, à Émilie que le pré fleuri d'été devient gadoue en hiver, et que la vie des champs n'est pas faite pour les souris des villes aux ongles peints ! Simon est un enfant quand elle quitte La Balme, ce « trou perdu » au fond des Alpes. Reste le père, Patrick. Aimant, attentif, il ressemble à ces montagnes silencieuses, à ces paysages rudes desquels il tire son énergie. À sa mort, Simon, tout jeune homme, devra aller battre l'asphalte parisien. Avant de trouver le bonheur dans le pré d'à côté ? Peut-être. Dans un style épuré, sculpté, Thierry Martin pénètre l'âme de ses personnages. Chaque phrase résonne comme un écho, chaque image comme un miroir - le miroir de l'absence ? L'enfant blessé a un but : la réparation. Docteur d'État en droit public, Thierry Martin consacre sa vie professionnelle à l'aménagement du territoire. Simon est son premier roman.

  • Patrick Raynal promène son imaginaire dans une série de paysages urbains peints par son fils. Marseille. La Plaine. « Les contours du monde tremblent comme un flan qu'on démoule ». La peur déforme les visages, les mots et les images. Un univers gris/bleu, des odeurs de métro, le souvenir d'une bavure généralisée et la couronne de fleurs, presque innocente, d'une communiante disparue. Dans les relents « opaques et lactescents » de son pastis, un flic suit les méandres du puzzle, alors qu'à sa propre vie manquent tant de pièces. « Les femmes sont sans illusions, surtout les mères. » Si l'aveugle a tout vu, la pute borgne a tout dit. « Trop nul pour être coupable. » Dans le tunnel de l'histoire un homme appelle son destin. Une aventure Noire sans vraie intrigue ni vraie fin, une quête qui devient une errance, les mots du polar pour écrire de la poésie.

  • D'entrée de jeu, le ton du roman est donné : un chômeur parvient à faire sponsoriser son futur enterrement, ce qui lui permet, d'ici là, de toucher une rente. Il n'en profitera pas longtemps mais ces funérailles d'un nouveau genre vont entraîner les personnages d'Arlette Fétat dans une série d'aventures qui sont pour l'auteur autant d'occasions de tirer le portrait d'une société définitivement installée dans le tragicomique par médias interposés. Dans la structure même de son livre, Arlette Fétat parvient à restituer le rythme propre à l'audiovisuel : courts chapitres, instantanés de vie, passages rapides d'une scène à l'autre qui donnent à sa narration la cadence d'un « zapping ». Néanmoins, les protagonistes du roman ne sont jamais cyniques : ils jouent le jeu du monde tel qu'il va, sans recul, avec la sincérité de leurs émotions. Ils sont et demeurent humains et le lecteur s'attache à eux.

  • Lancé sur ses lignes intérieures, Jean-Bernard Pouy se livre à tous les aiguillages. Bifurcations d'époques et de lieux, identités que recoupent de parlantes initiales, il traverse les stations de son paysage. Sur le quai de certaines gares, on croise Fausto Coppi en « poète Florentin du Dolce Stil Nuovo ». Plus loin, Nietzsche signe le numéro 2000 de la Série Noire, « dans le genre tueur hâve et parano galopante ». Derrière la vitre, les parents font toujours signe. Simple question de rails, mais quand le machiniste du train s'appelle Gilles de Rais, on peut s'attendre à suivre de singuliers itinéraires. « Pourquoi Gilles de Rais c'est moi ? (...) Parce qu'il y a un aveu » C'est cet aveu qui couve au coeur des « Cendres chaudes ».

  • Il allonge les jambes sur un pouf en cuir élimé, dispose le petit coussin qui lui sert d'appui-tête, attend le début de l'émission les bras croisés, comme un seigneur. Le speaker commence par décrire la salle, les lumières, la décoration, estime l'affluence, signale parfois les personnalités en vogue, hommes politiques, acteurs ou autres, apprécie les belles toilettes, l'éclat des jolies femmes. Lucien M. ferme les yeux. Au brouhaha continu et crescendo des spectateurs qui s'installent, se mêlent les notes éparses et dansantes des instruments qui s'accordent, les fragments de gammes ébauchées, les éléments de mélodies qui délient les doigts ou humectent les lèvres. Lucien M. rêve. Ses oreilles l'introduisent dans les salles les plus prestigieuses. Il se voit en habit de soirée, sous le lustre central de l'Opéra de Paris ou de la Scala de Milan, au milieu d'hommes sérieux et de femmes élégantes qui le reconnaissent de loin, lui adressent des petits signes du bout de leurs doigts gantés. Il leur sourit.

  • Je pars à ta recherche, pour te coucher dans mon histoire, pour te coudre à ma vie, te sortir de l'ombre, pour te remodeler... Avec ce que j'apprendrai, ce qu'on me donnera, ce que je volerai, ce que j'arracherai, et surtout, surtout, ce que j'ajouterai. Avec mes rêves et mes phantasmes. Je veux te recréer de mes mains, de ma tête, de mes gènes. Comme je « tiens » certainement de toi, tu tiendras de moi. Le petit peu de ton sang dans mes veines, je le vois couler sur le papier. De mon cerveau à mes doigts, il traverse tout mon corps. Non, je ne m'acharnerai pas à camoufler tes cicatrices. Tiré des gravats, ton personnage-patchwork affiche les marques de l'oubli : éclats recollés, petits bouts de récits mal joints, bribes de souvenirs ébréchés, silences et amnésies volontaires, le puzzle se lira aisément. Non, je n'emploierai pas la chirurgie esthétique. Monstre pour ta famille, Amélie, monstre tu resteras dans mon récit ; comme Frankenstein, à la frontière de la pierre. Un monstre que je réveille et au travers duquel je me recherche, je me relis. Dans ta nouvelle vie j'insérerai mes propres ingrédients, mon propre venin, mes propres bassesses... « Mon » Amélie, je te veux pire que toi-même...

  • Ce matin, en se réveillant, Apolline a trouvé son lit tout mouillé. Comment cela se fait-il ? La petite chatte Ciboulette, les jouets, le poisson rouge, Nounours, n'ont pas pu faire une telle chose. Ce mystère permet d'aborder avec humour le thème du pipi au lit.

  • Aussi léger qu'un funambule, Hervé Prudon coupe l'émotion au rasoir des mots. Il joue au vertige et nous lance des images d'aujourd'hui. Muzo les saisit et grave sur le papier des humeurs d'humour et d'amour.

  • Jean-Claude Izzo jongle avec le polar, le roman noir et la poésie. Avec pour dénominateur commun, la lumière de la Méditerranée, et le tragique qui se profile derrière l'ombre. Avec L'aride des jours, il poursuit cette marche solitaire commencée dans Loin de tous rivages. Et, comme toujours dans le silence des pierres, il questionne notre aujourd'hui, ce temps des illusions. La photographe Catherine Bouretz patiemment, après lui, a relevé signes et traces oubliés par cette vie plus cruelle que vaine.

  • Pavloff voyage-t-il pour écrire, ou bien, de ses voyages, la poésie surgit-elle comme trace de souvenirs ? Il traverse le sillage d'un Michaux ou d'un Cendrars, menant leurs pas d'un bout à l'autre de la planète, mêlant quête et enquête au risque de découvrir la barbarie du monde. Découpages, collages, encrages... Guth Joly assemble les images et l'émotion reste gravée. Pour le Ricochet, Arlette Fétat. Jardins de barbarie livre un torrent d'impressions, de sensations sonores et rythmées, des lieux de voyages, mais Franck Pavloff les note à l'intérieur des êtres, surtout à partir des yeux, des corps et des coeurs de ceux que la vie a floués gratuitement. Pour Écrits des Forges, Bernard Pozier.

  • « Je suis un peu partie... » Toulouse, message sibyllin sur un répondeur, Raphaëlle a zappé vers Nice. Sur l'asphalte de la Promenade, elle marche d'un bon pas. Lui suffira-t-il d'un amour de vacances pour dominer sa hantise d'être aimée ? « Frémissement d'aise de l'eau, la mer se rétracte, huître fuyant sous l'effet du citron. » Raphaëlle se rétracte aussi. Elle n'est pas suffisamment partie, et opte soudain pour un train qui l'emmènera plus loin encore, un peu plus vers le sud au coeur de l'Italie nocturne. À la recherche d'une vérité sur l'amour, sur le temps... Raphaëlle nous entraîne dans une divine comédie qui n'a rien de l'enfer, non, ni du paradis d'ailleurs. Incluant les dialogues à la narration, véritable musique intérieure, l'auteur use d'une suggestivité presque cinématographique. Avec maîtrise et émotion, il nous propose un triptyque riche en couleurs, un voyage chrysalide.

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