FeniXX réédition numérique (Saint-Germain-des-Prés)

  • Nous lisons d'abord un avant-propos édifiant sur la poésie vécue comme une mystique. « La poésie est cette crémation de l'être pour éclairer les ténèbres du réel ». Suivent les poèmes, intrigants. Nous sommes jetés dans une ville étrange, auprès d'une église carillonnante, à côté du « son de la route », au milieu des angles des bâtisses, bombardés par les couleurs, entre la « trouée rouge », la neige et la naissance. Il y a un côté panique, une densité, le combat des matières. « Le feu de la crainte couve sous la route en sucre ». Le poète refuse la communication avachie qui rôde dans les couloirs sans vie. C'est par la transe, l'incantation froide aussi, alternées, le tâtonnement dans les couloirs obscurs - en tournant le dos à l'espoir - qu'il participe à la dégradation du monde tel qu'il est. Jean-Marie Rous est aspiré par le haut et la contemplation de l'étendue stellaire. Chaque question, chaque avancée, est une étape sur le chemin global de la quête.

  • Si ce titre joue sur tous les sens de ce mot très actif, il illustre essentiellement les retrouvailles avec la femme. Tous les moments, tous les étages du scénario sont examinés : l'illusion, le souci, l'erreur, le manque de courage, la plénitude, le ressac amer. Les amants « écartelés », elle veut partir, le « désert » s'élargit entre les partenaires : « Je ne peux contenir tout seul/la masse d'amour que tu m'as donnée ». Le délaissé se compare au sculpteur aux « outils cassés ». Voici les mots fragiles de la consolation et de l'adieu/au revoir ; ils savent qu'ils mentent. Philippe Nahon a un sens assez rare du parler poétique et narratif, il sait soigner la « chute » de ses textes pleins de toutes sortes de trouvailles inventives, de réussites de rythme et de musique vocale (« Je joue. J'aime »). Notons des jeux de mots lancinants et superbes, relire « T » ou « Atelier ». Parfois il prend le ton de la comptine (« Qui est avec qui ? ») ; parfois il nous débite de courts récits cocasses. Parfois encore ce sont charmants poème pour enfants (« Averse », « Le poisson rouge ») ou des fables. Dans l'ensemble, l'idée du voyage, l'envie du départ et d'être libre sont contraints par l'amour et le quotidien insidieux et tenace. Beaucoup de rencontres sont ratées ou restent au seuil... D'autres thèmes, au-delà du spectacle des 72 gaufres achetées au jardin des Buttes pour les canards, la maman et sa fillette, du jeu de poker avec copains, du thème de la couleur, d'un remarquable « Bestiaire » dédié au rut universel, il faut noter l'ironie permanente délibérément affichée dans la répétition des pages « Fruits et légumes », ainsi que dans d'autres textes, et qui sait aller jusqu'à l'humour noir (« Charnier »). Ce ton vrai, parfois brutal, curieusement fait preuve, dans les sentiments, d'une grande tendresse humaine (relire « Il tenait dans ses mains » ou « Dans le parc », émotion devant les vieux).

  • Bernard Bador nous donne les images de son parcours du monde mais, au-delà des séquences du film que sa mémoire déroule, s'inscrivent les sous-titres d'une amère morale universelle. Une curiosité infatigable, une fringale de mouvements et de rencontres, le sens du tri à opérer, une peinture épaisse, colorée, souvent utilisée « au couteau », la fine aigrette du désespoir devant certains constats qui défigurent la vie - on trouve tout cela dans ce nouveau recueil de Bernard Bador, sans doute plus riche et rythmé que le précédent, Le Sang du soleil. Le poète, qui s'est heurté - sans perdre son humour - à l'absurde, est désormais sur le chemin qui aboutit à l'être.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • « Simplicité suggestive », « rigueur verbale », « poèmes d'un trait ferme où le quotidien est à la fois exact et légendaire », voilà ce qu'écrivait la critique à l'occasion de la parution du dernier recueil de Jean Lestavel : En mémoire du froid. Ce sont les mêmes qualités que l'on retrouvera ici : Une langue exigeante, un sentiment très fort de la vie quotidienne, l'évocation d'un ailleurs qui n'est pas évasion mais nimbe les choses. La mémoire y joue encore sobrement : l'enfance, les étoiles perdues. Mais A coeur ouvert est le livre d'aujourd'hui ; de l'amitié, de l'amour : compagnons d'une vie nouvelle, femme dont le nom est lumière, enfant, poètes aimés, anonymes travailleurs du petit matin, aveugle du boulevard, éphémères voyageurs des trains et des gares, foules du monde. Sous le signe d'un langage qui transfigure le réel, d'une poésie de « poète pilote », jetée comme une « bouteille à la mer », « sous le vent et les étoiles ».

  • Des poèmes d'urgence, de décompression, souvent de cri. Poèmes en litanies, peu structurés parfois (« Je cherche une écriture »), qui psalmodient l'horreur de vivre et tirent à la cible sur la réalité ratée, l'autopsie moqueuse de soi, le filtrage des images et des mythes imposés par les médias, le refus de penser au pas... La quête de l'identité, de l'équilibre et du bonheur évanescent est mêlée de stridences ; utilisation à contresens, par dédain, des expressions convenues ; un côté sardonique et pop (« de toute façon il reste la grimace »). Les jeux de mots sont là pour relancer la morsure lyrique, l'avide dénonciation : « se regarder en farce » - « gibier d'impotence » - l'admirable « Demandez le pogrom ! » - « Il sait tout compter/sauf les étoiles ». Ce dernier exemple fait partie des remarquables formules qui émaillent ce recueil, à l'évidence marqué des grandes nostalgies surréalistes. Le poète dans ses fonctions de vivant s'identifie comme un « orgasme barbare pénétrant la douleur et la bêtise ». Il évoque un amour perdu - (« une femme tant aimée - qu'elle s'enfuit »), nous suggère que la disparition de l'amour entraîne l'idée de la mort, que le rêve d'éternité, si prégnant en nous, est mystification, De toute façon, le poète contestataire et révolté par définition, ne parviendra pas à « devenir adulte ». Par moments, la tendresse est là sans vouloir avouer son nom. Le plus souvent, le déferlement du sarcasme, à haut niveau lyrique, entraîne désespoir et désir de suicide, Le poète étouffe, « enfermé dans les limites de l'ordinaire » et à palper sans cesse « le vide en nous ». L'humour noir vole souvent à son secours « éclair frappé / de nullité comptable ».

  • Comme un coquillage où l'on entend la mer, premiers poèmes en prose de Jean Daniel Rohart, marquent l'entrée en littérature d'un écorché vif, scrutant non seulement les tréfonds d'une problématique individuelle, mais retraçant aussi - par là même - les étapes d'un itinéraire d'angoisses que ne renieraient pas jeunes et moins jeunes d'aujourd'hui. Jouant d'un arsenal hétéroclite d'objets et de déchets (scories, colimaçons, vieux ours en peluche, vide-ordures, vieilles vestes ou vieilles chaussettes, boîtes de conserve, miettes et brisures), s'attardant à l'écoute des vieilles pulsions - des vieilles chansons - de ce qu'il reste du nombril de l'enfance, l'écriture de Jean Daniel ROHART, erre dans « l'escalier en colimaçon » d'un doux délire de métaphores et de comparaisons à répétition qui abolissent et ravivent tour à tour l'expression quotidienne du quotidien. Tout autant que ce travail sur le langage, tout autant que la fantasmagorie de hautbois et de « violoncelles de barbarie » qui l'accompagne, le caractère finalement subversif d'une démarche pourtant strictement individualiste force aussi l'intérêt, en particulier par cette singulière performance dans la conciliation des contraires : refus du réel qui est passion du réel, pulsion de mort qui est frénésie de vivre, obsession du vestige et de l'épave qui n'est que l'inconscient souci de re-dignifier ce qu'il reste d'un apparent gâchis ; désespoir - sublimation et quête en même temps - qui traduit l'amour profond d'un temps à retrouver, d'un paradis qui n'est mythique que parce que provisoirement irréalisé. Le genre frontalier de l'oeuvre, à la croisée de plusieurs langages et de plusieurs réalités, établit en tout cas une synthèse originale entre le poème prolongé et le roman embryonnaire qui annonce, en J. D. Rohart, un écrivain multiple, total, entre le délabrement et le vertige de l'absolu, entre le tout et le rien, entre l'exigence et le désespoir, entre l'amertume et la frustration, entre l'effarement et la coquetterie, héraut attachant d'une fondamentale rage de vivre.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Que peut l'écriture ? Que nous indique - de nous-même - le texte poétique ? Comment lutter contre l'ordre autoritaire du langage ? Comment arrêter « d'être des bribes » ? À toutes ces questions se heurte Jean-Marc Franzoni, dont ce n'est pas la première oeuvre. L'écrivain, scrutateur du « télescopage » de paroles, et d'idéologies dont nous sommes le carrefour, essaie ici de décentrer, de diviser, cette homogénéité toujours abusive du sens dans le langage. La culture, la libido et « la mise en circuit du désir », la réalité « c'est-à-dire le discours sans cesse se constituant », l'actualité cosmogonique, une satire des religions et des philosophies, du Christ et de Bouddha, on trouvera tous ces problèmes et ces thématiques dans ce recueil mi-pamphlet, mi-cri du coeur, mi-apologue bouffe, destiné aux lecteurs en marge. « Divulsion » : action d'arracher violemment. En chirurgie, dilatation forcée d'un canal rétréci (nouveau Larousse illustré). Tout en parodiant les modes, à l'aide aussi d'un super-collage délirant, Jean-Marc Franzoni veut forcer, veut déjouer « le lieu qui nous disperse ».

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Que peut l'écriture ? Que nous indique - de nous-même - le texte poétique ? Comment lutter contre l'ordre autoritaire du langage ? Comment arrêter « d'être des bribes » ? À toutes ces questions se heurte Jean-Marc Franzoni, dont ce n'est pas la première oeuvre. L'écrivain, scrutateur du « télescopage » de paroles, et d'idéologies dont nous sommes le carrefour, essaie ici de décentrer, de diviser, cette homogénéité toujours abusive du sens dans le langage. La culture, la libido et « la mise en circuit du désir », la réalité « c'est-à-dire le discours sans cesse se constituant », l'actualité cosmogonique, une satire des religions et des philosophies, du Christ et de Bouddha, on trouvera tous ces problèmes et ces thématiques dans ce recueil mi-pamphlet, mi-cri du coeur, mi-apologue bouffe, destiné aux lecteurs en marge. « Divulsion » : action d'arracher violemment. En chirurgie, dilatation forcée d'un canal rétréci (nouveau Larousse illustré). Tout en parodiant les modes, à l'aide aussi d'un super-collage délirant, Jean-Marc Franzoni veut forcer, veut déjouer « le lieu qui nous disperse ».

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  • La descente en soi, en tâtant nos limites - et les failles entre elles ; la « soif de chair » et d'amour, ses luttes, ses drogues, ses obsessions, ses plénitudes ; la révolte à l'ombre de la mort ; et des chants apaisés, pour la joie de simplement chanter - telles sont les étapes d'Anarkali, recueil écrit entre l'Extrême-Orient et Paris.

  • Voici un voyage dans l'arrière-pays du rêve : il crisse enfin écoulement de sable. On y sent les odeurs de la fable contrariée par la nuit. Volent colombes, oiseaux nocturnes. Le poète est contrarié par la menace du Temps, insidieuse. Contradictoirement, il vibre d'une attente fiévreuse, innommée. Après la nuit, quelle sera la promesse de l'aube ? Un certain pessimisme luit dans ce livre, car déjà s'inscrivent aux yeux de la mémoire onirique « les signes du néant ». Le poète courtise à l'avance la mort, fait mine de la désirer, comme pour renverser son élan négatif. Dans l'attente permanente, par exemple, de « ce pli secret qui me vient d'un pays ignoré », la femme se présente à Jacques Dugelay comme « ramure de gaieté » et à la fois comme « princesse lointaine », à gagner, éventuellement à mériter. Le Feu mortel est dédié à la mémoire de Roger Kowalski, le poète disparu en 1975.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Le poète se penche sur son enfance, sur la mère, sur la Méditerranée ou l'autoritarisme des adultes. Cette retraite en la mémoire permet de ressusciter des repères, de les mesurer, de rêver autour. Chez celui qu'on était, auquel on essaie un peu désespérément de s'identifier, découvrir à la fois une intransigeance et une « folie... » Moisson amère et joyeuse. Le souci de soi peut s'allier harmonieusement au respect des autres : Colette Goudard s'engage contre la guerre, contre les injustices tous terrains. Elle dit, du Sud, des choses peu communes. La tendresse omniprésente, l'adéquation quasi sensuelle aux choses, la force originale des images, ne contredisent pas l'accueil fait au mystère. Le poète, qui sait se ralentir au rythme de la terre, sait être original dans une active simplicité.

  • Paysages intérieurs à l'épreuve de la sérénité et de l'apaisement, les textes qui composent ce livre enfouissent les gestes essentiels dans l'ordre secret du monde. Décryptage des passions, longue quête de l'amour en jeux d'images de la nature (« Tes mains éveillent l'eau sans violence »), tâtonnements infimes vers le Centre - qui est peut-être Dieu - tout est prétexte, pour ce poète, à balancer entre la pierre et la nuit, l'étoile et le sable, la terre et l'arbre. « Les Vaisseaux d'or » est riche de mouvements intérieurs au lyrisme contenu (« Tu déchires la lumière »). La sensualité qui s'en dégage (« Saurai je la trace des oiseaux ? ») exprime la volonté du durable, de l'intuable (« Je cherche la fleur millénaire »). L'écriture, belle, souple et vive, de C. Lara ouvre la romance à « la fleur de lotus », tout en restant empreinte de gravité.

  • Un ton, une écriture, un humour, très singuliers et qui ne ressemblent à rien d'autre. Il s'agit de poèmes en prose relativement courts, qui se présentent sous forme de petits tableaux mettant des personnages « en situation », et qui, toutes choses égales, font parfois penser aux Richesses naturelles d'un Obaldia, ou a tel texte de Michaux. Mais c'est ici plus corrosif, dans une dimension plus tragique. Il y a, en outre, un sens de l'image plastique extrêmement développé, un goût de la vision baroque, un jeu subtil sur le langage, une invention de mots composés, tout cela toujours dans la distance et la lucidité d'un absurde perçu avec beaucoup d'acuité. Oui, tant par le langage même que par le rythme - souvent brisé de l'écriture - nous sommes là en présence d'une poésie très originale - dérangeante - assez terrible au fond.

  • De nombreux thèmes se répondent dans la poésie de Bluma Finkelstein. Ici, la mère disparue est très présente, elle était l'origine et le concret, mais l'énigme aussi, et son « secret » s'est enfui avec elle. Découlent de ce deuil cassure la découverte de la réalité du temps comptable, les jeux de la vérité et de l'illusion, le problème du mensonge des mots et de la magie irradiante du poème. Nos liens avec la naissance, d'autres naissances à créer à partir du cri, la nature, le désert, la solitude, l'énergie spirituelle, « l'antique fièvre des commencements », le duel des mots et des signes, une faim d'espace, d'abstinence et d'absolu se déploient dans ce recueil ardent et laconique comme des repères d'intensité où l'écriture le plus souvent coïncide avec le vécu.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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