Sciences humaines & sociales

  • En décembre 1987, débutait dans les territoires occupés par Israël depuis 1967 la « révolte des pierres », désignée aussi sous son nom arabe d'Intifada (« sursaut »). Les « Palestiniens de l'intérieur », c'est-à-dire de Gaza et de Cisjordanie (« Judée-Samarie », dans la terminologie israélienne) et, surtout, les plus jeunes d'entre eux affrontent des soldats israéliens, parfois à peine plus âgés qu'eux, à coups de pierres, de couteaux, de cocktails Molotov. Ce soulèvement a déjà causé la mort de plusieurs centaines de Palestiniens, dont des enfants, et de dizaines d'Israéliens, militaires ou civils. Pour chaque camp, l'Intifada a servi de révélateur. Chez les Palestiniens, c'est la prise en mains de leur propre destin, face à l'O.L.P. de Yasser Arafat empêtrée dans les contradictions de la scène arabe. La violence du soulèvement est apparue au sein même du mouvement palestinien : règlements de comptes, élimination des collaborateurs avérés ou supposés, émergence de l'islamisme incarné par la formation radicale Hamas, etc. Avec la guerre du golfe Persique, ces « années de pierre » sont entrées peut-être dans une phase plus aiguë, plus cruelle encore. Pour les Israéliens, c'est la dure révélation que plus de vingt ans d'occupation n'ont fait que creuser le fossé entre les deux peuples et assombrir le rêve des anciens pionniers qui voulaient que l'État juif soit juste, exemplaire même, et accepté de ses voisins arabes.

  • À part le dernier chah et sa soeur Achraf, aucun Iranien ayant vécu de près la chute de l'Empire Pahlavi et la naissance de la Révolution islamique, n'avait jusqu'ici apporté son témoignage direct. Lucide tant à l'égard de la royauté que du gouvernement des religieux, Ehsan Naraghi, fort aussi bien de sa quinzaine d'heures de tête-à-tête avec le Roi des rois, durant les cent derniers jours de son règne, que de ses trente-trois mois de prison sous le régime révolutionnaire, nous apporte enfin un livre de première main, accessible à tous, éclairant d'une manière inédite les deux versants de la Révolution iranienne. Est reconstitué devant nous un séisme politique à grand spectacle, avec ses excès et ses bienfaits, comparable à 1789 en France ou 1917 en Russie ; surgissent de sombres figures, courtisans sans scrupule ou gueux de sac et de corde mais plus souvent encore des profils pathétiques comme la clairvoyante impératrice Farah, impuissante à freiner la corruption de la dynastie ou bien les jeunes islamistes condamnés à mort, broyés par la machine qu'ils ont aidé à lancer...

  • Quelques reportages peu ordinaires sur le Proche-Orient, dans le Monde et le Nouvel Observateur, avaient fait remarquer Marie de Varney. Par son premier livre, cette jeune journaliste a choisi de mettre à nu l'Irak, peuple et pouvoir, après la guerre du Golfe. Déjà présente entre Tigre et Euphrate au moment de l'invasion du Koweït, Marie de Varney s'y est rendue de nouveau récemment. Elle a sillonné ce pays bombardé, affamé, mis en quarantaine sous le signe de la bonne conscience internationale ; elle a parlé avec ces Irakiens qui n'en finissent pas de s'étonner que les Américains et leurs alliés aient ravagé leurs villes et leur économie mais aient laissé intact Saddam Hussein... Est-ce là le « nouvel ordre mondial » annoncé par Washington, Paris et Londres ? Derrière la désinformation américaine et la propagande irakienne, l'auteur a su découvrir l'étrange rôle des organisations humanitaires occidentales, indifférentes au sort des chiites matraqués par Bagdad et soudain prises d'amour pour les Kurdes certes pourchassés mais qui eux-mêmes persécutent leurs compatriotes chrétiens ; elle a écouté, à travers la Mésopotamie arabe, toute une population vouant aux gémonies son dictateur mais approuvant son attitude face aux États-Unis et à Israël ; elle a capté le message tragique lancé par les poètes de Mossoul à Bassora mais elle a aussi observé ces femmes citadines épanouies qui ont su habilement profiter du féminisme paradoxal de Saddam-le-Moustachu... Le prix de cet ouvrage, écrit comme un grand reportage, est dans la totale indépendance du regard posé par Marie de Varney sur un Irak finalement bien différent de celui des médias internationaux.

  • L'esclavage est une des plus vieilles et des plus durables institutions humaines. Dans quelques-unes de ses formes antiques, qui ont perduré au Maghreb jusqu'au début du XXe siècle, la servitude a suscité un certain « voyeurisme » occidental, une « érotisation » de la vision de cette pratique. Déjà Montesquieu, dans ses lettres Persanes, se montrait fasciné par le trio Maître-Esclave-Épouse et plus tard Hegel se penchera sur le rapport Maître-Esclave. Mohammed Ennaji, jeune universitaire marocain, disciple du sociologue Paul Pascon a, au cours de ses recherches, retrouvé nombre de faits lui permettant de ressusciter à travers la vie des militaires, des domestiques, des concubines et des serfs, ce que le professeur Ernest Gellner - qui a préfacé cet ouvrage - a nommé « un aspect très significatif de la vie marocaine » même si l'esclavage ne jouait plus, au XIXe siècle, un rôle fondamental dans le fonctionnement de la société. Attirant tant pour son érudition que pour le plaisir de lecture qu'il procure, Soldats, Domestiques et Concubines est un peu l'envers des Mille et une Nuits à la marocaine, à l'heure où le protectorat français va précipiter l'Empire chérifien dans la modernité.

  • Basée sur des sources variées et sur une large connaissance du terrain par l'auteur, cette Histoire de la guerre d'Afghanistan est le premier grand livre sur le sanglant conflit à tiroirs suscité par l'invasion soviétique de 1979. Après avoir retracé l'évolution chaotique de son pays au cours de ce siècle, Assem Akram explore dans le détail et analyse l'affrontement soviéto-afghan, la résistance populaire, les implications internationales jusqu'en Occident, les tentatives de paix, le retrait soviétique, le problème des « Afghans », combattants islamistes arabes, enfin la féroce guerre civile depuis 1992, y compris le phénomène des Talibans. Le livre apporte des éléments inédits, notamment sur les violents conflits au sein de la Résistance ou entre communistes afghans et aussi sur le rôle des puissances étrangères. (États-Unis, Pakistan, Arabie, France, etc.) Tableau complet d'une crise qui continue d'être un imprévisible foyer de tension en Asie musulmane et fut l'un des principaux facteurs de la chute de l'empire rouge : « Le reflux de la Grande Armée soviétique en Afghanistan ressemble à la légendaire retraite de la Grande Armée napoléonienne en 1812. » (Pavel Felgengauer, analyste militaire russe.)

  • Royaume insulaire de l'océan Indien gouverné par des femmes, protectorat puis colonie française, État de nouveau indépendant sous l'égide gaullienne en 1960, riche terre « rouge » agricole bientôt ruinée par un socialisme étatique démesuré, Madagascar s'était éloigné de nous, au milieu des imprécations à la nord-coréenne d'un fougueux capitaine de frégate, Didier Ratsiraka, président de la République malgache de 1976 à 1993. Grand reporter, essayiste, familier de la Grande île et du président Ratsiraka, Éric Revel, après avoir dressé le tableau d'un pays superbe, nous montre d'une manière impitoyable la descente aux enfers de toute une nation, entraînée par la passion d'un chef d'État honnête mais aveugle. Lorsque Didier Ratsiraka, enfin conscient de ses erreurs, sera redevenu un chantre de la francophonie et de l'économie de marché, le peuple ne voudra plus de lui. Aujourd'hui, Madagascar panse ses plaies tandis qu'un président déchu est seul avec ses remords, cloîtré dans l'ex-palais présidentiel.

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