Sciences humaines & sociales

  • La thèse de ce livre est simple : la démographie est en passe de devenir en France un moyen d'expression du racisme. Mais c'est une thèse explosive parce qu'elle dévoile les liens entre deux domaines que tout paraît opposer, la pulsion condamnable et la science mathématisée, le populisme et l'univers feutré des polytechniciens, le Front national et une institution de recherche prestigieuse, des tribuns qui vitupèrent dans des journaux d'extrême droite et des académiciens qui publient dans la Revue des sciences morales et politiques. Ces extrêmes s'accordent cependant pour parler de Français de souche, pour découper la population selon des origines ethniques, pour stigmatiser des « allogènes », pour amplifier les différences de moeurs entre les groupes ainsi inventés et pour remplacer intégration par l'assimilation. L'analyse serrée des textes scientifiques et des études officielles montre que ces découpages de la population française sont doublement illégitimes, d'abord du point de vue de la reproduction car les métissages empêchent la constitution de groupes clos, ensuite du point de vue politique car la nationalité française forme un bloc qu'aucune origine ne saurait ni diviser ni graduer. Au moment où en France, une partie de la droite s'associe à l'extrême droite, il est important de comprendre comment un tel rapprochement est devenu possible. Plutôt que de proférer des leçons de morale, ce livre démonte les mécanismes par lesquels certains scientifiques, dont nombre de démographes officiels, ont rendu pensables les thèmes de l'extrême droite.

  • L'homme est la première richesse : cette vérité est trop souvent oublié sous-tend set essai dans lequel André De Los Santos analyse l'aventure du peuplement du Vaucluse. Il nous montre les forces et faiblesses de l'évolution démographique en éclairant les bouleversements que connaît le Sud français depuis trente ans et nous interroge sur les qualités du cadre départemental en ces temps de décentralisation. Sans oublier que le Vaucluse a, comme atouts décisifs pour son avenir, la beauté de son cadre, les traditions de son agriculture et des noms qui chantent, Avignon, Orange, Vaison-la-Romaine, Durance, Rhône, Ventoux, Luberon.

  • « Orphelin, scorpion/buffle se complaisant dans l'entourage de vieillards et de fortes femmes seules mais pas esseulées, gaucher contrarié, myope et curieux comme une taupe, menteur et voleur ou plutôt hâbleur - en patois provençal on dit garofeur - plein de bouche et chapardeur, toujours pressé mais jamais stressé, rarement ému, sceptique sur les valeurs inculquées par rapport aux pratiques que je ne qualifiais pas encore de sociales, complètement isolé en dépit de la naissance de Moncadet et d'un nombre impressionnant de cousines, mais tous venus trop tard, après moi, c'est-à-dire après la guerre donc après Lui, il n'en fallut pas plus pour m'apprendre à dire NON systématiquement et me positionner toujours ailleurs : c'est donc l'hystérie salvatrice autant que protestante qui m'a poussé vers l'épistémologie ! Comprendre le monde plutôt que de ne pas le comprendre, même s'il est irrémédiablement corrompu et même si cette connaissance ne me donne pas le moyen de le changer. Je ne voulais pas mourir idiot, je décidai donc de vivre jusqu'à ce que j'eusse tout compris, y compris ce misérable tas de petits secrets... » Bruno Étienne nous confie ici une grenade entrouverte (essai d'anthropologie complémentariste), sorte de « vie mode d'emploi » qui, si elle est Perec-ement jubilatoire, constitue par ailleurs, un formidable travail d'anamnèse : celui qui nous fait parcourir le trajet d'un enfant provençal devenu professeur de science politique, spécialiste de l'Algérie et de l'Islam, mais aussi professionnel de karaté, et maître dans l'appétit de vivre !

  • Grèves de la faim, passages à la télé, photos publicitaires dénudées, mais aussi SDF quêtant dans la rue ou expert portant sa compétence partout avec lui... nous sommes entrés dans une ère où de plus en plus le corps individuel s'émancipe du groupe pour devenir notre moyen principal de communication et de relation sociale.

  • Ce livre est un essai bâti du quotidien d'une vie. La femme qui s'y exprime parle autant de son expérience que de son savoir et c'est cette double dimension qui donne sa force à ce livre. Car, dit-elle, « Corps, esprit, âme... Doit-on fatalement confiner l'Algérienne dans un seul de ces éléments au détriment des deux autres, ou bien lui sera-t-il loisible un jour d'assumer les trois à la fois ? Loin d'être seulement la beauté séductrice, la dynamique compagne ou la dévote austère telles que la perçoivent ou la veulent ses compatriotes masculins, loin d'être la femme soumise, esclave et cloîtrée, ou encore l'odalisque oisive et sensuelle, telles que l'ont vue ou la voient encore des yeux étrangers, la femme algérienne peut vivre tout cela à la fois, ou combiner en elle plusieurs de ces facettes. » Se poser ces questions dans le contexte actuel n'est évidemment pas neutre. Et le travail de Rachida Titah, en nous entraînant dans la poésie algérienne ou la peinture coloniale, dévoile peu à peu cette figure de l'absente qui pèse si lourd sur la société algérienne, et sur les femmes algériennes en particulier. Une contribution forte à un enjeu décisif.

  • 1652 : trois navires de la Compagnie générale des Indes orientales mouillent au Cap. Commence alors l'histoire tragique de la prise de possession de cette terre. De la conquête de la culture orale noire par l'écriture blanche, de la dépossession matérielle des tribus noires réduites en esclavage à l'exclusion des métis, elle aboutira à l'enfermement légalisé par un arsenal de lois fondatrices de l'apartheid en 1949. Se basant sur les méthodes de l'anthropologie historique, Dominique Lanni retrace les étapes de cette aventure dramatique en lui rendant toute la saveur du récit. Il célèbre la naissance d'une nation arc-en-ciel composée de blancs, noirs, métis, Indiens après l'abrogation de l'apartheid en 1994, sans dissimuler la difficulté de « bâtir une nation alors que des barrières ethniques, culturelles, identitaires, linguistiques ont été érigées et maintenues tant d'années ». Un livre indispensable pour la compréhension des enjeux actuels de la vie politique sud-africaine et, au-delà, pour la cohabitation d'hommes aux trajectoires différentes.

  • Le service militaire n'étant plus obligatoire, il était temps d'en écrire l'histoire et de s'interroger sur les manières dont cette institution a transformé la société française. Depuis toujours, parce qu'il touche à la vie, à la mort, aux libertés, le service militaire a déchaîné passions et polémiques : caserne éducatrice ou avilissante ? Moyen de préserver la paix ou facteur de guerre ? Garantie démocratique ou fantasme d'une armée populaire visant à conjurer la hantise des prétoriens ? Illusions et légendes sont tenaces ; et complexes les relations entretenues entre le citoyen, le soldat et l'idée républicaine. Plus qu'aucune autre institution, le service militaire fut objet de mythologies politiques, investi d'images qui l'ont ancré dans les moeurs. La caserne fut l'une des matrices de l'unité nationale, creuset complémentaire de l'école publique. Mais aussi symbole d'égalité, incarnation du régime républicain. Et consécration de virilité puisque les femmes en étaient exclues. L'imaginaire collectif en a été marqué en profondeur. À la croisée de l'histoire sociale et de l'histoire culturelle, cet ouvrage retrace, pour la première fois, des origines à nos jours, les fonctions, perceptions et représentations de ce mode de recrutement, de ce rite singulier. À la fois érudit et accessible, cet essai permet de comprendre les mutations d'aujourd'hui et leurs enjeux. Il ouvre à une réflexion sur la société de demain, celle où les jeunes des deux sexes découvriront l'âge adulte de la même manière.

  • La ville est aujourd'hui l'objet de nombreux questionnements. Dans l'actualité, dans la gestion urbaine, dans la recherche. L'originalité de ce petit livre réside dans ce regard porté sur les analyses des chercheurs et les expériences des praticiens venant de collectivités territoriales ou d'entreprises. L'auteur a assisté à un colloque à Cerisy organisé par la RATP avec le soutien de la Communauté européenne. Elle en tire un récit vivant et documenté des différentes écoles de pensée, de l'apport des débats entre praticiens et chercheurs, de l'évolution de ce qu'on appelle aujourd'hui la gouvernance urbaine. Un livre rapide et percutant d'où ressort la nécessité de créer un nouvel espace public où la ville et ses services deviennent des lieux de coopération et de coproduction entre salariés et consommateurs. Pour engendrer une nouvelle citoyenneté urbaine.

  • « Nous, femmes, il est indubitable que nous venons à la politique avec dans nos bagages les références de notre vécu. C'est une chance. La loi va venir en soutien du mouvement que nous avons provoqué. Les motifs de doute sur notre volonté de nous engager ou les tentations de dissuasion disparaîtront de fait. Mais il y a encore du chemin à parcourir pour que dans la sphère publique comme dans la sphère privée, égalité rime avec mixité. » Catherine Trautmann

  • Walter Benjamin, André Breton, Blaise Cendrars, Edmonde Charles-Roux, Max Ernst, Lisa Fittko, Henri Frenay, André Gide, Jean Giono, Peggy Guggenheim, Arthur Koestler, Claude Lévi-Strauss, Alma Mahler, André Masson, Henry de Montherlant, Henriette Nizan, Gérard Oury, Carlo Rim, Anna Seghers, Victor Serge ou Simone Weil... De 1940 à 1942, ces écrivains - au milieu de la foule - sont passés par Marseille. Leurs témoignages nous restituent une ville oubliée où tous, habitants et réfugiés, seront convoqués à « faire avec » le discours et la politique de Vichy. Une ville singulière donc, mais aussi, pour David Rousset et tous ceux qui erreront du Vieux-Port à la Joliette, « une ville trompeuse dans la médiocrité de ses trafics coutumiers, trompeuse dans sa fallacieuse liberté, trompeuse parce qu'ouverte sur les fascinantes illusions de la mer et où nuits et jours sont dans la violence suspendue de la guerre, embrasés par un orage qui ne crève pas ». Il crèvera le 11 novembre 1942, avec l'arrivée des premières troupes allemandes. Un livre de mémoire et d'émotion à mettre au bilan d'une ville fascinante.

  • Lorsqu'après de trop longues tergiversations, les dirigeants occidentaux se sont décidés à agir militairement contre la guerre entreprise au Kosovo par Milosevic, une certaine gauche s'est levée, scandalisée. Pour la première fois depuis l'effondrement du communisme, ces nostalgiques ont dû répondre à des questions qu'ils tenaient à distance : D'où vient l'épuration ethnique ? La guerre, faut-il la faire ? Avec qui ? Et contre qui ? Qui sont les victimes ? Les résistants ? Ou encore, la sortie du communisme, ça donne quoi ? Le nouvel ordre (désordre) mondial, faut-il le réduire à la toute-puissance américaine ? Et ils nous ont assené des slogans défraîchis. Tel un miroir, la bataille du Kosovo nous a révélé une certaine gauche identitaire dans la tête de laquelle le mur de Berlin n'est pas encore tombé. Avec cet essai qui s'ouvre sur une traversée du Kosovo d'après-guerre, Alain Brossat et Jean-Yves Potel leur opposent une réflexion lucide sur nos responsabilités nouvelles.

  • Abed Charef a décidé, dès 1993, de devenir « Grand reporter » dans son propre pays. Grand reporter était certes son métier, quand il était journaliste. Il avait même lancé en 1992 l'hebdomadaire La Nation, aujourd'hui dirigé par Salima Ghezali et interdit de publication. En 1994, il dut quitter l'Algérie pour quelques mois. Mais vivre en exil, spectateur passif du drame que vivait son pays, lui était insupportable. Il est donc retourné vivre avec sa famille « quelque part tout près d'Alger », d'où il nous a fait parvenir ce manuscrit. L'originalité et la force de ce livre se construisent à partir de la plus terrible réalité, vécue d'évidence jour après jour, pour nous mener peu à peu à une compréhension profonde de l'Algérie ! d'aujourd'hui. Mais Abed Charef n'est pas sans espoir Il s'agit de trouver les moyens de surmonter la crise : en regardant vers l'avenir. En préférant la justice au règlement de compte. En parlant de paix avant de parler de guerre Il ne s'agit pas ici de naïveté. Cette relative espérance est au contraire l'aboutissement du récit d'un épouvantable massacre dans les monts du Dharha. « Abdelkader Zeraoula est seul face à son drame. Seul face aux dix-sept cadavres de membres de sa famille, alignés dans la poussière, sous le terrible soleil du mois d'août ». La violente chronique est suivie d'une enquête rigoureuse, d'une analyse implacable des forces en présence, des responsabilités de chacun, des mythes nés de la crise algérienne. Voici donc un bouleversant témoignage de la douleur de l'Algérie, mais aussi un formidable souffle de vie pour ce pays

  • Les gares vont-elles devenir des centres commerciaux et les stations de métro des espaces de travail ? Les aéroports se transformeront-ils en aérovilles et les aires d'autoroutes en « oasis d'urbanité » ? Fera-t-on bientôt du téléachat dans les trains, les voitures ou les avions ? Verra-t-on les bureaux regroupés dans des chaînes hôtelières spécialisées ? Ce livre est une enquête et un récit des lieux du transit que s'invente notre société depuis un siècle. On y remonte le temps des gares, des stations-service et des aéroports pour atteindre le coeur de ces hauts lieux de la mobilité. Mais surtout il porte un autre regard sur notre quotidien, un art de vivre et de travailler qui se reconstruit autour de ces escales modernes. Nourri d'histoire, de voyages et d'entretiens, Transit jette des passerelles entre des domaines aussi divers que l'urbanisme et le marketing, la grande distribution et la sociologie. Ce livre d'images vivantes nous apprend beaucoup sur nous-mêmes et sur notre devenir. Il est d'une lecture indispensable pour tous ceux qui pensent, travaillent et vivent dans la nouvelle mobilité de la société.

  • Constitué de huit essais complémentaires - de la « désobéissance civique » à la « citoyenneté européenne », de la « préférence nationale » à la possibilité d'une « culture mondiale » - ce livre traite des questions vives de la citoyenneté : fondements de l'autorité de la loi, mise en oeuvre des Droits de l'homme et du citoyen dans des conditions nouvelles, démocratisation de la frontière, pratique de l'art et rencontre des cultures... Multipliant les éclairages à l'occasion des débats de ces derniers mois, ce livre audacieux en montre les cohérences politique et philosophique. Les pratiques et les représentations touchant au statut des étrangers dans la nation constituent, pour Étienne Balibar, la pierre angulaire de « politiques de la citoyenneté » mutuellement incompatibles, entre lesquelles il nous faut choisir. L'articulation de telles questions résulte d'une conjoncture caractérisée par la montée du néofascisme dont les causes sont structurelles, profondément enracinées dans la crise de l'État national et social. Il faut les comprendre en profondeur pour réinventer la politique et forger les institutions nouvelles d'une démocratie ouverte.

  • Pour Pascal Perrineau et les auteurs qu'il réunit ici, le renouveau de l'extrême droite européenne n'est pas derrière nous. Depuis quinze ans, de nombreuses formations d'extrême droite ont recouvré un certain succès électoral : le Front national en France, le FPÖ en Autriche, le Vlaams Blok en Belgique, Romania Mare en Roumanie... Ces poussées, sans précédent depuis les années trente, ont pris plusieurs visages : résurgence d'une extrême droite traditionnelle, émergence de populismes d'un nouveau type, affirmation de partis protestataires, mutation de vieilles extrêmes droites en nouvelles droites radicales... Toutes prétendent répondre aux inquiétudes des sociétés post-industrielles. Cet ouvrage décrit ces phénomènes dans les différents pays de l'Europe, il cerne les cercles que les constituent électeurs, militants, organisations partisanes. Surtout, il dégage les logiques économique, sociale, culturelle et politique qui les favorisent, et il propose enfin une interprétation globale : les crispations de nos société face à la « société ouverte ». Un ouvrage de référence.

  • L'an 2000 a focalisé beaucoup d'imaginaires. Repartir sans horizon mythique, sans futur programmable, constitue un défi pour la prospective. D'autant qu'elle doit le faire dans un contexte inédit : celui de la gouvernance. Et avec un enjeu majeur : la démocratie. Un contexte inédit ? Oui, celui où « gouverner » n'est plus possible comme une souveraineté qui s'exercerait sans partage. En effet, d'un côté, une nouvelle réalité mondiale met en péril les fondements de l'action collective (le droit, la science, le politique) et, d'un autre côté, une capacité d'initiative renforcée chez les individus et dans les instances territoriales oblige à davantage de concertation. La gouvernance ? Elle vise à organiser le débat public, à donner sens aux projets, à faire naître des valeurs communes. Son exercice démocratique conduit à privilégier le processus sur l'acte de décider, l'humain sur l'institutionnel, la construction de repères collectifs sur l'application de règles universelles. Dès lors, il convient d'envisager une nouvelle prospective du présent qui lie gouvernance, innovation et changement, devient prospective de l'être collectif et accroît une intelligence partagée des acteurs. Prospective et gouvernance ont toujours partie liée : l'une concerne plutôt les savoirs, l'autre plutôt les pouvoirs. Mais dans une société qui se transforme en renouvelant ses modes de pensée, la prospective ne s'associe à la gouvernance qu'en entrant dans l'arène, en intervenant elle-même dans l'action créatrice de nouveau.

  • « Se console-t-on jamais de la disparition de ses parents ? » se demande Jean Kéhayan en ouverture de ce livre. Surtout quand ce pays qui les a vus naître ne peut plus être le vôtre et qu'ils vous ont élevé dans le deuil de ce lien rompu brutalement par le génocide arménien de 1915 - eux qui n'en ont réchappé que par miracle pour vivre orphelins dans le refuge que fut Marseille. Seulement, à côté de cette Arménie de Turquie demeure l'Arménie soviétique, et c'est nourri de la mémoire de l'une que Jean Kéhayan voyage et enquête dans l'autre. Inconsolable du passé, il nous rend familier le présent et s'enthousiasma pour l'aventure arménienne d'aujourd'hui, quitte à déranger quelques certitudes de la diaspora. Un livre émouvant par un des meilleurs connaisseurs de l'URSS, qui nous plonge au coeur des mouvements du vaste empire. Un livre qui témoigne d'un peuple et interroge : « Où commence l'amour d'une deuxième patrie, où commence le nationalisme, cette plaie d'intolérance de notre fin de siècle ? »

  • « Ne jalouse pas les gens mais imite-les si tu peux. » Ce vieux proverbe arabe tourne dans la tête de Nasser Sabeur quand, en 1974, débarque à Marseille avec 340 F en poche. Et, fascinés, nous suivons son aventure : des quelques chemises vendues à la sauvette sur un bord de trottoir à son premier magasin sur ce fameux cours Belsunce, les Champs-Élysées de l'immigration. Bientôt d'autres commerces suivront ; il fera fabriquer ses produits en Extrême-Orient, achètera des boutiques à Barbès, lancera la chaîne des « Papi ». Aujourd'hui, Nasser Sabeur a des bureaux à Hong Kong et Taïwan ; il vend des baskets aux Chinois, tout en dirigeant ses commerces populaires. Par ailleurs, il est associé à la création du plus grand studio photo en France. Mais au-delà de cette aventure portée par la volonté de réussir qui taraude Nasser Sabeur depuis son enfance à Bordj Ménaïel, c'est le désir de ce jeune patron de briser l'image stéréotypée de l'immigré qui nous a convaincus d'éditer ce livre. On peut sans doute y apprendre les vertus nécessaires pour devenir riche, mais on en retiendra à coup sûr un autre regard sur le monde de l'immigration.

  • Pour André De Los Santos, ce qui caractérise Marseille et le département des Bouches-du-Rhône, c'est d'abord la rareté de l'emploi. Plus encore que le chômage, cette rareté, cachée parce que liée au regard régional de « la mise au travail des femmes », détermine des tensions humaines et sociales fortes. Par ailleurs, si Marseille a perdu la place dominante qu'elle occupait dans son département (en retrouvant son poids relatif du siècle dernier par rapport aux autres communes), elle est aujourd'hui inscrite dans une mégapole économique et humaine qui couvre presque toutes les Bouches-du-Rhône. Seulement ce territoire nouveau des forces économiques et des hommes ne recoupe pas les cadres politiques. Ce texte écrit aussi simplement que le permet le propos, vient à point nommé, une fois les échéances municipales passées, éclairer les atouts, les problèmes et les enjeux d'un département charnière de l'Europe du Sud et des relations de la France avec la Méditerranée.

  • Grand spécialiste contemporain de la guerre révolutionnaire, Gérard Chaliand nous entraîne avec lui du Viêt Nam à l'Angola, de l'Érythrée à l'Afghanistan, de l'Amérique centrale aux Philippines : nous croisons là une génération de guérillas, et réfléchissons sur les engagements que chacun y a pris.

  • Enquête sur la dynamique de la société civile au pays des soviets, par un journaliste du Monde diplomatique et de la RTBF.

  • L'Europe se débat pour se constituer en union, souvent sans plus savoir exprimer le sens de cette aventure. Pourtant, en 1999, avec la création d'une monnaie unique - l'euro -, elle va se créer comme nouvelle puissance mondiale et, de ce fait, elle représentera une menace pour les intérêts vitaux des États-Unis qui seront contraints de réagir pour défendre leur économie et leur monnaie nationale qui en est largement le soubassement. Ainsi, le conflit s'annonce, inévitable, mais dangereux parce que non prévu et non préparé. Les préjugés européens, favorables aux États-Unis, compliquent notre réflexion. Pourtant, les USA se comportent comme une puissance impériale, et sont devenus le compétiteur acharné de l'Europe. Celle-ci doit défendre ses positions et relancer son économie dans le cadre de cette compétition-là. Vue sous ce nouvel angle, l'Europe est un espoir grandiose - une Europe qu'il faudra sans doute penser alors avec la Russie. Ce court essai, documenté et pamphlétaire, est un salutaire appel à la réflexion et à l'espérance.

  • Du paysage et du milieu urbain, le vocabulaire contemporain des politiques de la ville dit qu'ils sont choses publiques. En tête de ce vocabulaire, les civilités ordinaires de la condition citadine et la question de leur rapport au civisme : quelles sont les qualités communes constitutives du droit de cité ? Comment décrire cette matière publique nouvelle qui naît du devoir d'exposition et des épreuves de réciprocité dans les sociétés urbaines ? Ce livre propose de faire quelques pas de plus dans la ville contemporaine pour découvrir la chose publique comme société et comme « administration » Le paysage urbain s'y découvre comme le théâtre de l'action, pour le politique et pour le citadin, l'espace de dispute par excellence sur le civil et l'incivil, aussi bien pour les différents acteurs du « projet urbain » que pour les citadins qui en ont l'usage.

  • Le Var est-il une « exception culturelle » ? Ou, plus gravement, un laboratoire anticipant la crise de la société politique française ? Cette question qu'hésitent à se poser ceux dont la politique est le seul métier, et souvent le seul avenir, ne pouvait manquer de l'être par un doyen devenu député, ayant gardé de l'universitaire le sens de la provocation et le goût d'une certaine naïveté. S'interrogeant sur la place de la culture dans un département occupé par le Front national, suspectant les Conseils généraux et régionaux de provoquer, par nature, certaines dérives clientélistes, fustigeant le terrorisme juridique immobilisant les élus, l'auteur, en bon gaulliste, avoue ne plus se retrouver dans un monde politicien où la guerre des étiquettes l'emporte sur le débat d'idées. Souhaitant l'apparition de nouveaux clivages susceptibles de refonder l'opposition droite-gauche, et de redonner ainsi un sens à l'engagement politique, Jean-Pierre Giran a écrit un livre riche de son expérience varoise qui pose les questions de fond auxquelles est affrontée aujourd'hui la politique

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