Littérature générale

  • « Comment dites-vous déjà ? Socialisme, communisme, totalitarisme, stalinisme ? Nos hésitations et nos cafouillages, nos rudes empoignades d'hier et sans doute de demain autour du nom de la « chose » en disent long bien, sûr, quant au mystère de ce qui s'en va avec l'évaporation du « socialisme réel » en Europe de l'Est, la montée du chaos en Union soviétique et la déréliction du mouvement communiste international. En effet, avec et dans l'événement-cassure, ce sont différentes séquences, différentes durées qui viennent se coaguler, qui entrent en collision. Car enfin : quelle est la page, le chapitre, le tome qui s'achève là ? quelle histoire ? celle qui commence avec Yalta ? celle qu'inaugure octobre 2017 ? ou peut-être celle qu'inaugure Le Manifeste communiste ? le messianisme jacobin ? Ou bien encore, pourrait-on dire, suivant le fil d'Hannah Arendt, est-ce là le terme de l'ère noire des mouvements totalitaires qui a pris corps, sur le terreau européen au début des années trente ? »

  • « Finalement l'ombre disparaît et, par fines touches, des teintes naissent en de multiples points de la voûte haute du ciel, alors, là se découpent des nuages, ils deviennent enfin presque visibles pour celui qui est encore là, pour celui comme moi qui n'a peut-être rien d'autre à faire que d'être là, assis sur le pas de la porte à guetter le premier nuage dans le ciel du matin. L'espace se reconstruit morceau par morceau jusqu'à transformer l'horizon deviné en ligne réelle, les cris d'oiseaux en taches blanches et le bruit des vagues en ondulations visibles. Ainsi, le matin allait finir par arriver, espoir indicible, je n'aurais pu dire que je l'attendais vraiment, non plus que je le désire tellement d'ailleurs, simplement, comme fatalement, cette nuit-là aussi allait finir par s'achever et le temps maintenant allait pouvoir enfin s'organiser en quelque chose qui ressemblerait probablement encore une fois à une journée, journée à venir nouvelle, nette et propre, identique, sortie d'un moule naturel et sain. » Un murmure d'amour et de solitude, sur une petite île de Bretagne perdue dans l'océan. Louis Maspero mêle fantasmes et réalité, pour nous donner un roman onirique qui nous emmène, seuls à notre tour, sur les rives de notre imaginaire...

  • « - En voyant la multitude des vices que le torrent de la Révolution a roulés pêle-mêle avec les vertus civiques, j'ai tremblé quelquefois d'être souillé aux yeux de la postérité... L'immortalité s'ouvrait devant nous. - À tes appels je suis venu, fantôme de la postérité - Et avec qui crois-tu dialoguer ici ? - Avec un fantôme, une figure du passé que j'ai poursuivie parmi des archives. - Avec un Robespierre de papier : tu viens de le suggérer. » Un Robespierre de papier, est une adaptation très libre de Robespierre, derniers temps de Jean-Philippe Domecq, paru aux Éditions du Seuil en 1984. De l'oeuvre originale, Pierre Béziers a gardé l'esprit, et souvent la lettre, tout en inventant de toutes pièces les personnages du drame

  • « Je rapporte les tranches d'une autre vie possible de cette femme ou la mienne, à grands traits, sans donner de détails particuliers, n'en pouvant trop donner, comme si ma mémoire s'était, elle aussi, chargée de sable volatil qui rendrait le tout flou, j'aime aussi ces souvenirs, ceux qui restent accessibles, d'autant que seul à en posséder vraiment les clés, je n'ai aucun besoin de raconter autre chose que ce que j'aime, particules triées sur le volet des plaisirs subtilement sélectionnés par une mémoire particulière, la mienne... » Louis Maspero nous confie ici son second roman. Un roman d'amour fait de murmures et de chair, d'une nature complice et multiple qui mêle rêves et fantasmes à la réalité du quotidien. La confirmation d'un talent d'écrivain.

  • En l'an 40 de notre ère, deux jeunes paysannes à dos d'éléphant ont chassé de leur pays l'occupant Han, le plus grand empire de l'Antiquité. En cette année 1965 du calendrier impérialiste, le masque a encore une fois changé d'empereur et, encore une fois, filles de dragon et fils de fée font face... Nous sommes au Viêt Nam ; Maman Nymphéa a perdu tous ses enfants, l'un après l'autre, dans cette guerre terrible contre la plus grande puissance du monde. Seule survivante, Loriot-du-Saule, la petite soeur, se jette de toutes ses forces dans la bataille. Et si elle est sûre d'y rencontrer la mort, elle ne s'attend certes pas à y découvrir l'amour... Amour et haine, qui jamais ne pourront faire bon ménage ; Salangane et Point-Virgule en feront à leur tour l'amère expérience avant que l'Amérique comprenne enfin qu'elle est vaincue par la ténacité de ce peuple inflexible. Un roman (mais est-ce un roman ?) fascinant, foisonnant, tendre et violent, comme un coup de poing venu de ce Viêt Nam qui ne cesse de résonner dans nos mémoires...

  • « Tout était étrangement solitaire pareil aux traces d'un monde oublié. Les champs semblaient abandonnés et brillaient durement dans la lumière du soleil. J'ai dévalé la pente en courant jusqu'à la petite rivière ; je me suis agenouillé sur le bord, j'ai trempé mes mains dans son eau transparente, j'en ai humecté mon visage, puis je me suis étendu sur le dos et je l'ai écouté couler. J'ai respiré longuement l'odeur de bois mouillé des bâtons écorces. Le plus fort que j'ai pu, j'ai collé mon dos, les bras en croix contre la terre couverte de mousse pour que toutes les sèves me pénètrent, qu'elles se répandent dans tout mon corps. Encore une fois, j'ai regardé le ciel comme je ne l'avais jamais regardé, je me suis fondu en lui. J'avais sept ans. Je savais que j'allais quitter ce pays pour toujours. » Sept ans et la fin de l'enfance pour le petit garçon qui a poussé dans le tendre monde des femmes de son village et l'amour vigilant de sa grand-mère Zina, la vieille femme kabyle aux pouvoirs un peu sorciers. Mais à sept ans, les petits garçons deviennent grands, brusquement, et Mounsi doit rejoindre son père, travailleur émigré en France. Commence alors l'autre versant de sa vie... Mais Zina et les parfums de la terre perdue réussiront leur ultime sortilège : Mounsi deviendra écrivain et nous confiera ces Jours infinis, un superbe roman d'enfance.

  • « L'amour. Tordre le temps et du monde recréer la durée. Est-ce pour cette raison que deux corps s'entremêlent, grisés, enfiévrés dans l'espace d'un lit et qu'au pied de leur nudité le néant gît dans l'océan des possibles ? » Aloïs et Carlotta, par les jeux de l'amour et du langage, nouent leur histoire autour de multiples personnages qui hantent deux villes-symboles, Bruxelles et Tanger. Ali Serghini, écrivain marocain de langue française, nous livre ici son premier roman.

  • « Entre eux, il n'y aurait pas eu la place pour glisser même le moindre mot. Jusqu'à leurs souffles, tout fut silencieux, un désert aveugle, sans pierre ni sable, de la minceur d'un doigt scellant les lèvres. Et si le pourtour de leurs bouches un instant avait tremblé, ce fut peut-être que chacun, se tenant pour abandonné, s'était adressé à lui-même en une plainte. » Dans ce court roman chatoyant d'images, le narrateur offre un chant d'amour à un personnage fascinant.

  • « Les bruits se sont tus, les arbres et la rivière dansaient dans une sorte de brouillard, il se tenait légèrement renversé, en appui sur son bras gauche, faisant de sa main droite des signes, des dessins sur la terre ; pendant que je creusais, je sentais son souffle dans mon cou, sur ma nuque ; j'ai levé les yeux vers lui, il a renversé la tête en arrière, comme pour jouer ou pour fuir, ne pas voir ou pour quoi il riait. Je ne bougeais plus ; lui, toujours en appui sur son bras gauche, a glissé sa main droite dans son maillot, recouvrant de celle-ci l'amas de son sexe ; le soleil partout, le ciel, et ce silence ; la sueur ruisselait de mes aisselles, il riait, sa main pétrissait son sexe qui se tendait à travers le maillot ; le soleil ; d'un geste je l'ai poussé en arrière, il est tombé allongé sur la terre, bras et jambes écartés, presque nu, allongé, il riait » Un village, l'été. La chaleur, une touffeur d'images et d'odeurs, traversées par les jeux de jeunes garçons au bord de la rivière. Bernard Desportes, dans une écriture ciselée, nous fait vivre une belle et tragique histoire d'amour.

  • Écrits entre le Printemps de Prague, l'intervention soviétique et la Révolution de velours. sept poèmes consacrés à Václav Havel, Jan Palach, Jan Hus et Jan Patocka. « On les appelle depuis le Quatuor de Prague... »

  • Une petite fille, née Européenne dans une ville du haut plateau algérien, raconte. Elle grandit, la puberté la traverse. En même temps, l'Algérie se disloque. L'entourage vit dans la violence le passage de l'Histoire. Crimes, terreurs, sang. Le livre croise le récit de ces deux blessures. Écriture singulière, comme séchée au soleil, dénuée de la moindre parure, qui capte dès les premières lignes et tient le lecteur, jusqu'au bout. Neutralité habitée, qui envoûte. C'est ici un premier roman : on pourrait risquer le pari que cette voix n'a pas fini de nous inquiéter de son timbre.

  • « Je pressai de nouveau les jumelles contre mes yeux. Je le regardais se balancer, décrivant un arc de cercle d'une tendresse infinie. Sa chevelure blonde bougeait à peine, il était superbe, finement dessiné. Il tomba à 7 h 37 précises. Sa chute avait été parfaite ; » Des nouvelles tendres qui posent un regard insolite sur l'enfance, la mort, l'amour... soutenu par une écriture forte, tendue par la passion de l'observation du monde.

  • En 1951, lors de la première expédition polaire organisée par Paul-Émile Victor, le docteur Sapin-Jaloustre et Mario Marret découvrent une rookerie, lieu de vie des pingouins Adélie et des Empereurs. En 1953, lors de leur troisième expédition, Mario Marret et six compagnons refusent de rentrer en Australie alors que leur base est détruite en quelques minutes par un incendie. Ils vont donc se retrouver à sept dans un abri précaire prévu pour quatre et vivre une étonnante aventure dans cette partie du monde particulièrement peu clémente qui, par la force du récit extraordinairement vivant et plein d'humour de Mario Marret, ressemblera à un décor de rêve fantastique. Une aventure où se succéderont péripéties et drames, mais que le plaisir de la découverte transformera en expérience chaleureuse dans ce monde loin de tout, torturé par le blizzard, le froid et les dangers. « Sept hommes chez les pingouins » se lit comme un merveilleux roman d'aventures. Mais c'est aussi un document exceptionnel sur une expérience digne des grands explorateurs du début du siècle.

  • « Les premiers jours, chez Eugénie Tullard, Lïa allait dans l'entrée. Elle collait son oreille contre la porte. Elle restait là, immobile, des minutes entières. Elle écoutait les moindres frémissements de la rue. Des pas sur les graviers illuminaient ses yeux. Les pas s'éloignaient. Les yeux s'éteignaient. Elle ne se plaignait jamais. Elle ne prononçait jamais leur nom. Elle obéissait. « Maintenant, tu t'appelles Liliane. Liliane Tullard. Répète après moi. Comment t'appelles-tu aujourd'hui ? Répète après moi. » Elle répétait. Maman l'avait dit. Papa aussi. » À la mort de sa bienfaitrice, une jeune femme découvre sa véritable identité, celle d'une petite fille juive confiée à Eugénie Tullard par ses parents obligés de fuir. Avec ce chant d'amour et de haine, de souvenirs et de regrets, Yveline Stephan a écrit un roman dont la maîtrise allie poésie et sensibilité à la découverte de soi et du monde.

  • « Assis à même le sol, Rabah ramena sa jambe valide sous lui. L'autre, en bois, restait allongée. Il prit sa canne posée à côté de lui, la planta dans le sol et, s'y agrippant des deux mains, il réussit, d'une puissante traction, à se mettre debout. Son fils Miloud le regardait, intrigué. Il y avait surtout ce moment, moins d'une seconde, durant lequel le père se trouvait dans une position d'équilibre instable, mi-assis, mi debout, qui le fascinait. Miloud était le cadet de Rabah. Né par hasard, il allait sur ses dix ans, poussant on ne sait comment, un peu comme ces plantes qui poussent sur les bords du jardin sans qu'on puisse savoir d'où elles viennent, et qu'on hésite à arracher, car leur nature sauvage leur donne une beauté qu'on ne retrouve guère chez les plantes cultivées. » Rabah, Miloud, Lima, Si Aïssa l'épicier, Khaldi le poissonnier, Chergui le sage, et puis Rahma, cette belle jeune femme qui n'a peur de rien, convoitée par les hommes et redoutée par les femmes, abandonnée par un mari harki et qui veut trouver la paix... Une vie de village dans le bled algérien juste après le départ des Français, avec ses mômes qui furètent partout, ses adultes qui hésitent entre joies et souffrances, dans la lumière et la poussière que le soleil fait trembler. Un roman simple et fort qui est comme une source éclairante des drames ultérieurs.

  • « J'ai tout raté, même l'écrit. Des quantités de manuscrits, des flots d'inédits, des cargaisons d'écritures qui me sont revenus fortement dépités de n'avoir plu à ces messieurs de l'édition. L'aigreur de ces belles coquettes qu'on oublie d'effeuiller. Qu'on vous réexpédie à condition que ce soit à vos frais. Des centaines de pages caracolantes traitées par circulaire. De la désinvolture qui blesse, de la condescendance. L'élite des mots, là-haut, les seigneurs de l'écrit, considérablement muets, inabordables. Qu'on ose écrire, qu'on s'essaie, qu'on ait cette audace sans avoir la façon, la manière de taquiner le verbe ou de torcher la phrase ! Point n'est besoin d'aller très avant quand il s'agit de la tournure, quelques pages suffisent. » Agacé certes par cette déclaration liminaire, l'éditeur a donc poursuivi sa lecture. Pour son plus grand bonheur romanesque, qu'il vous invite à partager !

  • « Sur les toits la lumière se répand, la ville va s'éveiller. Il faut voir à quoi cela ressemble, sentir le monde renaître un jour de plus, s'assurer de l'immuabilité du quotidien. Toute fatigue oubliée, je jette un châle sur mes épaules. J'aime ses grosses fleurs vives, presque criardes, la douce chaleur de l'étamine de laine, les franges qui flottent. » L'angoisse d'une filiation, la quête des racines, la douleur portée par l'identité juive... Ces trois thèmes se fondent pour faire basculer la vie de Sara, au point de la mettre en péril. Sans doute réussira-t-elle à se rassurer, tout en préservant son équilibre d'épouse, d'éditrice et de mère. Avec sa sensibilité discrète et son écriture d'une grande maîtrise, Nina Kehayan n'hésite pas à plonger dans le romanesque, nous emmenant dans une sorte de voyage sur les interrogations de la vie dont on reviendra profondément apaisé.

  • Qui de nous a pu oublier cette vision d'horreur - la femme éventrée et son bébé mort posé sur le ventre - des charniers de Timisoara ? Notre compassion était immense, et puis le sentiment d'avoir été manipulés nous a submergés. Catherine Durandin a inventé la vie d'Hélène, la Roumanie quittée, le mari et le fils abandonnés, l'exil à Paris et un nouvel amour, Marc, qui accepte sans poser de questions la volonté de sa femme de faire table rase. 1989 : le régime communiste s'effondre, les époux Ceausescu sont exécutés en direct. Hélène est partie vivre la renaissance de son pays. Elle disparaît. Commence alors une étonnante relation épistolaire entre les trois hommes de la vie d'Hélène qui devient à nos yeux triple figure de l'imaginaire. À nous enfin de trouver où elle se cache... Un roman poignant qui nous fait revivre ces tragiques turbulences de l'histoire. N'est-ce vraiment qu'un roman ?

  • Les déambulations nocturnes de Joseph Chopard nous mènent dans le monde chaud d'une ville du Sud.

  • « Il est tout à fait déplacé. dit-il quand après la confirmation d'un rendez-vous un second message vient annuler le premier - avançant ce rendez-vous d'un quart d'heure - de s'en réjouir précipitamment. En apparence, il s'agit d'un « plus toi ». mais en vérité il s'agit seulement d'un « mieux frapper ». À l'heure du premier rendez-vous tout est déjà terminé dans le sang. À croire, effectivement, qu'il fallait gagner du temps. » Écrivain de la langue, créateur d'image, Martin Ziegler forge ses phrases pour serrer le réel au plus près. Étonnant évocateur des sens. il donne à sentir les odeurs, à voir les couleurs d'une nature toujours prodigue en sensations.

  • Frappé par la foudre à la vue de la belle Nicolosia, Friedrich, jeune Allemand venu vers 1590 de Francfort à Venise pour se préparer à être banquier, semble dès lors condamné à ne plus être maître de sa vie. Pourtant, ballotté au gré d'événements qui le servent peut-être à son insu, il parcourt, entre autres lieux, cette Europe qui voit naître et s'effondrer les espoirs de la Réforme universelle, placée sous le signe d'Hermès ; il est conduit à connaître certaines des grandes figures qui témoignent alors, dans les domaines les plus variés, d'une liberté d'imagination et de création demeurée sans égale. Mais d'atelier en atelier, c'est lui-même qui se transforme ou se crée. Et sans doute lui sera-t-il en fin de compte beaucoup donné pour s'être abandonné. L'autobiographie fictive de Frédérick Tristan ne pouvait être qu'un de ces romans picaresques de sa façon, où rencontres et péripéties multiples s'agencent, non sans malice, pour dessiner un singulier motif entremêlant significations avouées et secrètes.

  • Vitry-sur-Seine, un jour d'août. Après avoir été arrêté, puis mis au secret, un officier accusé d'espionnage s'écrase au sol, tombé du dixième étage de son immeuble. L'enquête n'aura pas lieu. Tout a recommencé, la vérité officielle, l'obligation à mentir, les menaces, la haine. Et la fatigue, une si grande fatigue. Une vieille femme, la grand-mère de la narratrice, va bientôt mourir. Leur dialogue évoque des souvenirs, esquive cette mort à venir et élude un sujet qui leur fait peur : le fils - le père. Par petites touches successives, en paroles feutrées, tout en demi-teinte, les voiles se soulèvent, comme effleurés par le vent. Un récit intimiste, une émotion à fleur de peau, qui fouille les mots jusqu'à les faire avouer.

  • « Le chemin de ronde est un enfant très naturel du cercle et de la spirale, fruit d'un inéluctable hasard de leur croisement. Il rejette des deux les tendances irrépressibles à la rigueur et à l'obstination, ne gardant que les aspirations d'égalité et de juste milieu du cercle, et l'allergie à tout équilibre de la spirale. Il semble qu'il assume cette double hérédité en la transcendant sous des formes modelées tant par la grâce et l'amabilité que par un goût parfois surprenant pour la fantaisie. » Sous forme de notes, Bosquet de Thoran, ce faux solitaire, nous emmène en promenade sur ces lignes de crête du regard que sont les chemins de ronde, parcourus à partir d'un fascinant tableau du peintre flamand Roger Van der Weyden (Saint Luc dessinant le portrait de la Vierge) dont il nous détaille une nouvelle lecture. Et ce sont nos propres chemins de ronde qu'il nous fait, peu à peu, découvrir.

  • Au carrefour des années trente, deux vies se croisent sans rencontre : un cinéaste presque russe (qui rappelle Eisenstein) et un philosophe quasi-allemand (qui ressemble à Walter Benjamin). La césure du siècle, entre Russie et Allemagne, infarctus et suicide, cinéma et philosophie.

empty