Flammarion (réédition numérique FeniXX)

  • Sexe, sang et violence dans la cité des Cèdres. Cédric, dix ans, assiste au meurtre de ses parents. Fabien, seize ans, se retrouve pensionnaire d'un institut pour enfants en difficulté. Chloé, quinze ans, se fait violer par deux mineurs dans la cage d'escalier de son HLM. Casimir, seize ans, son amoureux transi, devient criminel pour la venger... Une ambiance de mort flotte dans ce monde pris de folie, parfum d'angoisse, règlements de compte, vengeances inassouvies, innocences bafouées. Animé par la revanche, Roulio, un flic aux méthodes peu catholiques, mène l'enquête en solo et travaille à l'instinct. Mais pour quelles raisons traque-t-il avec tant d'acharnement un jeune éducateur, arrivé dans la cité peu de temps avant le chaos ? Et le bossu du troisième, pourquoi collectionne-t-il avec passion les scorpions tueurs ? Zones d'ombre et zone franche, coups du sort et coups fourrés, ce roman de Michel Leydier entraîne le lecteur dans un univers aussi speed que ceux qui l'habitent.

  • Damien, vingt-deux ans, lieutenant au 6e lanciers, venu passer un mois de permission à Paris, doit épouser sa cousine qu'il va retrouver à un bal. Il n'y parviendra jamais : le 22 février 1848, sortant des bras de sa maîtresse, le jeune officier est assommé. C'est l'émeute : Louis-Philippe en fuite, la foule se répand dans les rues, des arbres sont abattus, des voitures renversées, des barricades s'élèvent. Il se retrouve dans une mansarde, soigné par Stéphanie, fiancée de Germain, un jeune révolutionnaire. Comment Damien en vient-il à abandonner son régiment, entraîné malgré lui par un tourbillon d'aventures à travers les sociétés secrètes, le peuple de Paris en mouvement jusqu'à la forteresse de Belle-Île et l'évasion spectaculaire d'un carbonaro légendaire, c'est le secret de son voyage, quête initiatique qui prendra peu à peu le visage de Lorraine, l'énigmatique jeune fille qui change sans cesse de nom, de costume et d'identité, et qui saura le conduire aux sources de l'or.

  • Et si le secret du bonheur consistait, simplement, dans cette lente éducation de soi qui, peu à peu, conduit à se détacher du monde, à ne s'intéresser aux choses que pour y prélever un appui ou une aide ? À quatre-vingts ans passé, Mariane Kohler a voulu transmettre l'expérience de sa recherche spirituelle, son cheminement obstiné vers l'épanouissement et la plénitude. Son témoignage est le récit d'un formidable parcours initiatique, émaillé de doutes et d'interrogations, d'incertitudes et de vacillements, au terme duquel on découvre que l'alchimie de la sagesse réside, peut-être, et uniquement, dans le souci de se connaître et d'être en paix avec soi-même. Au fil d'un récit émouvant, celle qui fut l'une des grandes figures de la presse féminine des années 1960, rapporte ses rencontres avec quelques-uns des grands Maîtres spirituels chrétiens, hindouistes, bouddhistes et soufis, dont elle nous restitue, avec finesse, l'enseignement qu'ils lui ont délivré.

  • An 980 : l'Apocalypse menace. Les prophètes l'avaient annoncée et les faits semblent leur donner raison : crise morale, populations écrasées par la dureté des temps, menaces aux frontières, pouvoir royal sapé par la contestation des seigneurs... Lothaire, roi d'Occident, n'a qu'un moyen de sauver son royaume : tenter un coup de force contre l'empereur de l'Est, Otton, chaque jour plus puissant et plus arrogant. Quelle idée démente va germer dans le cerveau du dernier Carolingien, conseillé par un fanatique ? Les principaux personnages, événements et lieux de cet épisode peu connu de l'Histoire, aussi passionnant qu'un roman, sont authentiques, et pourtant ils ont un étrange air de ressemblance avec ceux d'aujourd'hui : Carter se profile derrière Lothaire, l'ombre de Kissinger plane sur Hugue Capet, Brejnev est un frère jumeau d'Otton, la Lotharingie déchirée se calque sur l'Europe. N'est-ce pas l'imam Khomeiny qui ricane au coin d'une page, et le général de Gaulle qui hante encore le duché d'Aquitaine ? L'Apocalypse s'est-elle trompée de millénaire ?

  • Célèbre marchand de tableaux parisien, play-boy adulé de la jet-society, Julien Champac est, en réalité, le plus rusé des filous : agissant à la tête d'une bande savamment organisée, il a fait de la France la plaque tournante du trafic d'oeuvres d'art. Jusqu'au jour où la Mafia s'intéresse à son petit jeu... Roman consacré aux dessous du marché de l'art, French Collection démonte les mécanismes d'escroqueries, dont certaines ont provoqué quelques faits-divers récents. Faussaires travaillant à la chaîne, experts et marchands indélicats, acheteurs naïfs ou bien complices... Aucun des personnages de ce roman n'a la conscience franchement tranquille, et tous contribuent à salir la beauté des oeuvres pour leur seul intérêt. Jacques Lamalle fait preuve ici des mêmes qualités qui avaient assuré le succès de L'empereur de la faim : un suspense étonnant et une documentation irréprochable.

  • Le pacifisme, idéal noble entre tous, possède la propriété diabolique de rendre la gauche aveugle aux vrais dangers qui menacent les démocraties. Les socialistes français en font la triste expérience pendant les années 30. Les uns s'imaginent qu'ils empêcheront la guerre en s'alliant à Staline : ils constatent leur erreur lors de la signature du pacte germano-soviétique. D'autres se rapprochent de Hitler : ils vont jusqu'à croire que le chef de l'Allemagne nazie est un socialiste épris de paix. Entre ces deux fractions, l'affrontement sera féroce. Il aboutit à la résistance ou à la collaboration. Pour la première fois, un reportage historique raconte et analyse l'évolution du débat, qui divisa l'intelligentsia dans la Ligue des droits de l'homme, ainsi que les militants de la SFIO et de la CGT. Pour la première fois aussi, on suit, dans leurs hésitations et leurs contradictions, leur grandeur et leurs dérives, des personnages qu'un regard rétrospectif a figés : Victor Basch ou Léon Blum, Alain ou Simone Weil. Hitler ou Staline ? Un livre de référence sur une période aujourd'hui oubliée.

  • François Meyrand a multiplié les diplômes de médecine et, à force de fuir tout engagement, est devenu un sursitaire de l'existence. Affecté, à l'occasion de son service militaire, dans l'hôpital maritime d'une ville de la côte Atlantique, il s'éloigne corps et âme du corps de sa maîtresse, Marie-Agnès et, dans la bibliothèque, s'abandonne à une immense aventure de lecture. Lui qui dit n'avoir jamais su partir, rêve, au-dessus des livres de voyages, de lointains chimériques. Il rencontre Hélène qui, avec les déjections de la cité et de l'océan, fabrique des sculptures monstrueuses et lui révèle des jeux sensuels, faits de perversité et d'excès. Un libraire, malade d'érudition, qui veille sur ses livres comme sur un peuple somnambule de typographies disant la totalité de l'univers, le prend au piège de ses songeries vertigineuses. Il finit par être engagé comme médecin sur une frégate météorologique. À bord de ce bateau fou, qu'un matelot tente de faire sombrer, avant de se tirer dans la tête une charge de chevrotine, il se trouve conduit au fond des mythologies qui tapissent et nourrissent la conscience humaine. Il écoute le chef de la mission, qui paraît tenir la chronique divine des vents et des anticyclones, et voit dans l'océan et les tourbillons les images de sa vie et du monde. Il reviendra après ce long voyage initiatique, avec l'obligation de se donner une existence à la mesure de ses incapacités et des vocations. Dans le tumulte romanesque, où se construit ce grand poème de l'eau et de la quête de soi, Jean-Michel Valençon, avec une intensité et une grâce de style très rares, restitue aux mythes archaïques et aux légendes leur actualité incessante et leur présence charnelle.

  • Un jour qu'il est invité à fêter la Pâque russe avec son oncle, Jacques rencontre une jeune émigrée qui l'emporte dans une passion où la sensualité le dispute à la violence. Premier roman.

  • Adrien T., un enfant farouche et solitaire, passe ses vacances dans une bastide écrasée de soleil et de parfums. Il est pris entre des parents improbables : un oncle Albert, lubrique et autoritaire, une tante Lucie, épuisée par les frasques et le sadisme de son mari. L'enfant sera marqué à jamais par ce séjour, y compris par la folie soudaine de Lucie, qu'il accompagne passionnément. Ce n'est pourtant pas Adrien qui, au début du roman, prend la parole, mais un vieux serviteur, attaché à la famille, et décidé à sauver l'enfant de cette fatalité qui, depuis des générations, s'acharne sur les êtres, déchire les consciences et les corps.

  • Plantier, souffleur de verre, congédié pour insuffisance pulmonaire, usurpe les fonctions de détective privé. Il se retrouve mêlé à une tragique histoire de famille, dans un manoir anglais plus vrai que nature. Tout y est : une vieille lady irascible, un major débonnaire, un pasteur inquiétant, un bibliothécaire fou et suspect, un fils bourru, une actrice ratée, un jardinier boiteux, toute la domesticité habituelle... et des meurtres, évidemment ! Beaucoup de meurtres. Un détective devrait y mettre bon ordre. Mais quel ordre ? Un détective devrait découvrir l'assassin. Mais lequel ? L'apprenti Hercule Poirot réalise qu'il s'est embarqué dans une aventure peu banale... L'affaire Wensley est plus qu'une simple histoire policière bien menée et divertissante. Si l'auteur a puisé ses idées dans le vivier de la plus pure tradition anglaise, et si son univers est un perpétuel clin d'oeil à celui d'Agatha Christie, traversé de fulgurances hitchcockiennes, il a cependant construit, à partir des figures du genre, un texte imaginatif et personnel, drôle et captivant, dont le dénouement est inattendu.

  • À la tombée du jour une légère clarté semble ouvrir la pénombre, révélant des passages entre les branches, où l'air se fait plus liquide, comme un champ de blé dans le vent laisse apparaître des chemins en son épaisseur brune. Sous la voûte des arbres, la trouée détermine une zone presque éthérée, qui s'éloigne à chaque pas. Nul obstacle pour le regard mais un appel indéfini qui incite à aller de l'avant, à s'enfoncer vers cette face sans soutien, comme vers un bruit d'eau venu du plus lointain. Un soir, un grand oiseau s'est déployé parmi ces algues, a lentement balancé ses ailes avec le crépuscule, avant de n'être plus que cette poudre grise suspendue, qui remplit les yeux des enfants qu'un rêve inacceptable a brusquement réveillés.

  • À Istanbul, Esther a épousé Illan Dolsky contre son gré, et leur union est une totale mésalliance. Ils ont eu trois enfants, deux filles jumelles, Sarah et Illana, et un garçon, Sacha. Esther aime la France et sa culture depuis toujours, et n'a qu'une idée en tête : devenir française. Illana et Sarah grandissent dans cette atmosphère houleuse. Elles apprennent à parler turc et découvrent les habitudes de l'Orient. Parallèlement, Esther leur fait prendre des cours de français. Un jour, tout bascule. L'une des jumelles, Illana, meurt à l'âge de cinq ans, emportée par un méningite tuberculeuse. Esther décide alors de partir pour la France, avec ses deux enfants survivants, laissant son mari en Turquie, mais Illan gardera Sacha. À Paris, Esther ne parvient pas à trouver du travail. Elle joue du piano la nuit, et doit placer Sarah dans un internat religieux. Esther tombe malade et reste loin de sa fille pendant trois ans. À sa sortie d'hôpital, elle finit par obtenir sa naturalisation. À seize ans, Sarah s'enfuit de chez elle, juste après que Sacha les a rejointes à Paris. Elle traverse l'Europe en stop pour retrouver son père. Mais elle ne comprend plus un mot de turc, et son père est devenu un étranger pour elle. Lorsque Sarah rentre à Paris, elle a enfin compris que, toute sa vie, elle recherchera l'Orient enfoui en elle. Ni française, ni turque, elle est tout simplement Sarah.

  • Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le snobisme sans jamais oser le demander à Michel de Grèce, F. Nourissier, J. d'Ormesson, J. Dutourd...

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Philippe Macrobe, professeur d'université, directeur d'une revue d'avant-garde, pape de l'intelligentsia parisienne, a eu, comme Picasso, ses époques. Rien de ce qui est nouveau ne lui échappe. Sa vie brillante sera bientôt bouleversée par la visite d'Elissa, la fille réincarnée de Rubens, qui vient lui demander de rédiger les Mémoires de son oncle Marcel Salicorne, le satrape planétaire - milliardaire bien connu. Philippe Macrobe refuse d'abord. Par dignité. Il finit par accepter, devient ainsi un nègre et parcourra le monde à la suite de l'infatigable homme d'affaires. Le narrateur s'introduira bientôt dans sa propre fiction, essaiera d'intervenir dans le destin de ses personnages, entraînant ainsi tout son monde - le lecteur y compris - dans un tourbillon d'événements fantastiques et cauchemardesques. Satire des milieux de l'édition et des modes intellectuelles, cette singulière épopée contient aussi une description saisissante du monde d'aujourd'hui : un immense bazar où tout s'achète ou se vend. Ce roman virulent, qui ne perd jamais le sens du comique - un comique parfois douloureux - rejoint, par-delà les parodies des jargons contemporains, le langage cru et l'émerveillement de l'enfance.

  • Vent et lumière : ces mots, les premiers d'un poème de Mao Tsé-toung, évoquent pour le narrateur une jeunesse évaporée comme le vent et la lumière. Une jeunesse dont l'expérience première fut un camp de concentration allemand, durant la dernière guerre, puis l'Asie découverte à vingt ans ou presque. C'est en compagnie d'un ami, Orso Mattei, rencontré en déportation et qui, né en Chine, lui avait proposé de le retrouver là-bas, que le jeune Ernest Lavisse découvre les traditions et le mystère de cette terre du bout du monde, dont le fleuve puissant, le Yang-tsé, roule, limoneux, parmi les remous d'une guerre civile. Cela se passe en 1949, au moment où Mao prend le pouvoir. Ce roman, qui touche à l'histoire et dont chaque détail est authentique, est aussi une histoire d'amour : la longue quête de deux hommes pour une seule et même femme, Ta Jiao-nü, la reine élue des pirates du Yang-tsé. Pour l'un, Orso Mattei, jeune médecin militaire, cette passion, noble d'abord, finira dans le sordide. Pour l'autre, Ernest Lavisse, ce sera un amour secret et sans illusions. Au fil des années, Orso Mattei se défait, comme la vie elle-même, et c'est cette défaite que Lavisse raconte dans un récit nostalgique, et dont les décors varient de la chute du IIIe Reich à la Chine de Mao, puis l'Indochine en guerre, Naples et sa misère, les Vosges et ses bêtes fugitives dans la forêt d'hiver.

  • Portrait du fils comme histrion et comme artiste, les négatives sont l'expression nécessaire d'une névrose. Cet ensemble se compose de représentations dialoguées, de nouvelles brèves, de fictions, de séquences ordonnées en combinaisons. On retrouvera, tout au long de ce texte, les modulations et les variations des thèmes qui le composent, un personnage y prenant parfois la place d'un autre. Le judaïsme, l'homosexualité, la toxicomanie ne sont à considérer ici que comme les substrats de la névrose, conflit primordial, que nul théoricien n'a jamais réglé ni ne réglera jamais, pour la seule raison que la névrose est chose commune, naturelle, à des degrés divers, et ne peut que se vivre et s'exprimer. L'auteur a pris le parti de traiter ce grave problème d'une manière burlesque, et sous une forme baroque : il s'attaque à la culture, à la religion, aux conventions, à la vie même, avec un humour quasi insaisissable, et un art de retourner ironiquement les situations, qui amènent le lecteur à balancer perpétuellement entre le rire et la mélancolie la plus sombre.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Dans une vieille maison des alentours de Genève, Maria Anna et Bastien s'installent pour un séjour particulier. Ne se connaissant pour ainsi dire pas, ils ont décidé d'écrire un livre à quatre mains. Une image va les hanter et les amener à une durable confrontation et à un partage : celle d'une ville et d'une société autres. Bastien est chef d'orchestre, Maria Anna, urbaniste. Animer la ville grâce à un festival qui serait sous le signe du vieil ami WAM (Wolfgang Amadeus Mozart) ? Pourquoi pas ? Mais WAM n'est-il pas, lui-même, un simple exemple et un prétexte ? Sans cette recherche commune de la beauté, une ville est-elle vivable et l'espace de vie est-il habitable ? Mais le beau, ne serait-ce pas d'abord ce qui arrive à un homme et une femme qui font tout ensemble, et qui transforment un livre de recherche en un roman d'amour ?... Et l'événement qui naît entre toi et moi, ne pourrait-il pas grandir pour être, dans l'anticipation d'une fête, la création de nous tous ?

  • Cette semaine-là de cette année-là, j'ai bien failli partir en vacances à La Jolla (Californie). Pas seul. Mais avec une jeune dame blonde, dont je ne vous fais pas le portrait : vous devez bien avoir, dans un coin de votre tête, quelqu'un que vous aimeriez connaître qui ressemble à ça. Elle disait qu'elle avait un amant, mais ce n'était pas vrai. Alors, pourquoi son mari la faisait-il filer ? C'est ce que j'étais censé découvrir. Un truc qui pouvait se régler rapidement. À condition de ne pas trouver de cadavre sur le paillasson, de savoir éviter les poings d'un type construit comme un half-track, et de ne pas avoir dans ses relations quelques flics bourrés de conscience morale. Finalement, cette semaine-là ne ressembla pas du tout à des vacances, et je n'ai jamais mis les pieds à La Jolla.

  • À partir de quelques centaines de variables, l'ordinateur sait aujourd'hui reconstituer la stratégie des armées d'Austerlitz. Certes, aucun ordinateur ne saura jamais gérer les millions de décisions économiques qui se prennent chaque jour à travers le monde. Mais la leçon d'Austerlitz, c'est qu'à chaque objectif doit correspondre une stratégie fondée sur l'analyse des faits. Les objectifs peuvent être ambitieux ; les faits ne sont pas ambitieux. Ils se contentent d'être là. Les faits, ce sont aujourd'hui la mondialisation du développement, l'évolution des pouvoirs inter-nationaux, la crise de l'emploi, l'impuissance des politiques libérales. Le socialisme français sera toujours à l'écart du pouvoir si, loin de ces faits, il se bat avec des idées du passé contre une société qui n'existe plus. Seule la rigueur économique peut donner à la transformation socialiste de la société actuelle la crédibilité sans laquelle il n'est qu'aventure ou chimère.

  • Christine regarde, les yeux à moitié fermés, un corps trapu qu'elle connaît trop bien, avec ses trois plis de cellulite, avant l'accouplement conjugal et son côté balade en side-car pour livrer les journaux. Pourtant, elle est attachée à Hervé, son mari, comme elle aime son métier de journaliste à Liberté-Femmes, un hebdomadaire sans tarte au crochet, ni courrier-déprime. Mais soudain, tout va basculer : les murs, les tableaux bon genre, les photos de famille et le ménage de Christine. Celle-ci poursuit sa route, se bat par goût de la justice sociale, mais ses complices du journal, elles-mêmes, comprendront mal sa vision corrosive, sans concessions. Chauffeurs-routiers savourés comme des hamburgers, majorettes et machos mis en pièces, écroulement du décor social dans un bruit de bombardement, le voyage, à la fois drôle et terrifiant de Christine, se termine là où il devait : un refuge insensé dans un monde aux vitres millénaires éclatant en miettes.

  • Le feu sembla jaillir de partout. Une grande bouffée de poussière de plâtre chaud s'étendit comme une brume, de plus en plus sombre, noire bientôt, épaisse et irritante. La foule se rua vers les sorties. Plus tard, ceux qui réussirent à s'en sortir, expliquèrent aux caméras de télévision, le coeur plein de joie, de terreur et de honte, comment ils avaient vu la grande vitrine exploser sous la chaleur, le premier étage s'écrouler sur le rez-de-chaussée, et une voiture de pompier briser la jambe d'un badaud. Mais personne ne sut dire qu'il s'agissait là de l'acte de fondation de la Section Rouge de l'Espoir.

  • Elle fut très belle et animée d'un esprit vif. Devenue vieille et gâteuse, elle importune son entourage. On va donc l'escamoter dans un de ces mouroirs, où notre société cache ses vieillards afin que ne soit pas troublée la bonne conscience. Mais le fils n'accepte pas que la déchéance de sa mère serve d'excuse à ce rejet. Peut-être refuse-t-il, lui, un certain confort moral. Ainsi débute une étrange histoire d'amour. Le fils recrée sa vieille mère. Il la poétise, remeublant cet esprit vide, en utilisant d'abord les souvenirs, puis en imaginant la petite vieille lucide qu'il aurait aimé que sa mère fût. Cette créature embellie ne vit plus que par la grâce du fils, comme le fils, jadis, ne vivait que par sa mère. L'histoire se déroule dans le cadre, à la fois tragique et serein, d'un hospice de province, où l'auteur nous fait entrer sans nous épargner aucun détail du spectacle. Mais cette objectivité, parfois cruelle, n'a rien de sordide ou de complaisant. Au contraire, elle est le support d'une bouleversante tendresse. Car le narrateur qui, face à la déchéance et à la mort, se voulait moderne, efficace et dur, commence, à travers sa mère, à aimer ces vieillards dont il découvre, tout simplement et avec stupéfaction, l'existence. En même temps, c'est sa propre mort qu'il commence à affronter. Ce récit, tantôt violemment réaliste, tantôt lyrique, tantôt sarcastique, tantôt désespéré, est finalement un immense cri d'amour.

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