Flammarion

  • Paru en 1755, le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes peut être considéré comme la matrice de l'oeuvre morale et politique de Rousseau : il y affirme sa stature de philosophe, l'originalité de sa voix, la force de son « système ».
    Résoudre le problème posé par l'Académie de Dijon - « quelle est la source de l'inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ? » -, en d'autres termes expliquer que riches et puissants dominent leurs semblables sur lesquels ils n'ont pas de réelle supériorité, exige aux yeux de Rousseau de poser à nouveaux frais la question « qu'est-ce que l'homme ? ».
    Pour cela, il faut comprendre comment s'est formée sa « nature actuelle », si éloignée de ce que serait son état de nature : « Si je me suis étendu si longtemps sur la supposition de cette condition primitive, c'est qu'ayant d'anciennes erreurs et des préjugés invétérés à détruire, j'ai cru devoir creuser jusqu'à la racine... »


    Présentation, notes, bibliographie et chronologie par Blaise Bachofen et Bruno Bernardi
    Illustration de la couverture: Virginie Berthemet © Flammarion

  • Le secret du bonheur ? C'est ce que promet Épicure dans la Lettre à Ménécée. N'ayons peur ni des dieux, ni de la mort, ni de la douleur ou de la mauvaise fortune. Recherchons le plaisir, parce qu'il est conforme à la nature. Mais pour ce faire, nous devons nous libérer des idées fausses que produisent en nous les préjugés, les opinions courantes ou les croyances superstitieuses. Il faut donc recourir à la raison et à l'exercice pour suivre la nature. Telle est précisément la tâche de la philosophie : elle définit la discipline rationnelle nécessaire au bonheur. La Lettre à Ménécée, texte fondateur de l'épicurisme, exercera une influence décisive dans l'Antiquité comme dans la pensée moderne et contemporaine : sur le poète romain Lucrèce - qui fait l'objet de notre dossier -, mais aussi sur tous ceux qui revendiquent une éthique réconciliant le plaisir et la raison.

  • L'expérience d'une pensée rigoureuse ne peut se faire par procuration.
    Il faut se ménager du temps, du loisir et de l'attention pour enfin penser par soi-même, sans maître, sans approximation, sans préjugé, sans précipitation. Ainsi l'expérience de pensée que nous présente Descartes dans les Méditations métaphysiques n'est-elle pas simplement un témoignage exemplaire. Elle décrit et met en scène les exercices de l'esprit nécessaires pour entamer un parcours philosophique.
    Comme l'écrit Husserl, ces méditations dessinent le prototype du genre de méditations nécessaires à tout philosophe qui commence son oeuvre, méditations qui seules peuvent donner naissance à une philosophie. Cette édition comprend une présentation, le texte français des six méditations éclairé par des notes de bas de page, une chronologie et une bibliographie.

  • Il n'y avait à ce jour que deux traductions disponibles de la Métaphysique d'Aristote en français. Celle de Jules Barthélémy Saint-Hilaire date de 1878. Il est évident que depuis sa parution beaucoup de travaux en codicologie, en paléographie et en philosophie ont amélioré notre connaissance du texte et notre compréhension de son contenu. La seconde traduction, celle de Jules Tricot, a paru en 1933, puis a été plusieurs fois rééditée, en particulier en 1964. Le traducteur déclare lui-même avoir voulu «rendre la pensée d'Aristote» plutôt que de s'astreindre à «une exactitude littérale». La présente traduction suit une méthode exactement opposée : elle se conforme rigoureusement au texte grec, tel qu'il est transmis par les manuscrits les plus anciens, pour tenter de saisir la pensée d'Aristote. Il est clair que la tâche n'en est pas simplifiée. Cependant l'évolution des connaissances philologiques et philosophiques autant que les exigences actuelles en matière de traduction montrent l'utilité de proposer une nouvelle version d'un texte rarement traduit.

  • Publié en 1896, Matière et mémoire est le livre qui imposa Bergson comme un philosophe de premier plan. Il y aborde une question philosophique essentielle, celle des relations du corps et de l'esprit.
    Par le choix de sa méthode, il fait dialoguer d'une manière singulière la métaphysique et la psychologie, l'analyse des concepts et les apports de la science, alors en plein renouvellement. Pour lui, pas de connaissance de l'esprit sans connaissance de la mémoire et de ses défaillances, que psychologues et neurologues ont commencé à appréhender ; pas de connaissance du corps sans une interrogation sur la matière, qui doit rencontrer celle des physiciens.
    Si Bergson, en soutenant que la vie mentale ne se réduit pas à la vie cérébrale, s'inscrit dans le débat intellectuel de son temps, la portée générale de l'ouvrage invite à réexaminer des questions qui, plus d'un siècle plus tard, sont toujours les nôtres.

    Illustration de couverture : Virginie Berthemet © Flammarion

  • Rhétorique

    Aristote

    La Rhétorique est un texte fondateur à bien des égards. Outre l'intérêt capital qu'elle présente pour les spécialistes de la civilisation grecque antique, elle constitue une mine d'informations et de questionnements pour les théoriciens du langage, pour les historiens ou les praticiens de ce qu'on nomme aujourd'hui « communication ». Mais son intérêt est surtout philosophique. Reconnaître l'importance de la persuasion dans les rapports sociaux et politiques, comme alternative à la violence et pour satisfaire ce que l'homme a d'humain ; reconnaître dans la persuasion la présence incontournable de l'opinion (doxa), analyser ses mécanismes, y introduire de la rationalité sans ignorer ni ses pouvoirs ni ses prestiges, telle est l'entreprise de savoir, de lucidité et de progrès à laquelle nous convie Aristote. Qui nierait sa brûlante actualité ?

  • Comment les sociétés se forment-elles ? Pourquoi s'affrontent-elles ? Ces conflits peuvent-ils être évités ? Morale et religion visent-elles seulement à rendre possible la vie en société, ou permettent-elles à l'espèce humaine de dépasser sa condition naturelle et de trouver une issue à la violence ? Telles sont quelques-unes des questions au coeur des Deux Sources de la morale et de la religion (1932), la somme de philosophie morale et politique de Bergson, qui fut aussi son dernier grand livre.
    Dans ce texte hanté par le spectre de la guerre et par le développement de la technique, mais aussi guidé par une méditation sur le mysticisme chrétien, Bergson articule l'étude de la société à sa philosophie de la vie.
    Mettant sa doctrine à l'épreuve, il s'efforce de formuler des principes d'action pour des hommes devenus conscients de la nécessité d'affronter leur destin commun. Et tandis que « l'humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu'elle a faits », il nous rappelle que son avenir dépend d'elle.

    Illustration de couverture : Virginie Berthemet © Flammarion

  • « N'êtes-vous pas monsieur Diderot ?
    - Oui, madame.
    - C'est donc vous qui ne croyez rien ?
    - Moi-même.
    - Cependant votre morale est d'un croyant.
    - Pourquoi non, quand il est honnête homme.
    - Et cette morale-là, vous la pratiquez ?
    - De mon mieux.
    - Quoi ! vous ne volez point, vous ne tuez point, vous ne pillez point ?
    - Très rarement.
    - Que gagnez-vous donc à ne pas croire ? »
    Ainsi commence le dialogue qui, dans l'Entretien d'un philosophe avec la Maréchale de ***, fait deviser aimablement le philosophe notoirement athée et la dévote mère de famille catholique. Les propos échangés abordent gaiement des thèmes essentiels. La morale peut-elle se concevoir indépendamment de la religion ? La croyance en un Dieu rémunérateur et vengeur est-elle indispensable à l'obéissance aux lois morales ? La religion est-elle un bien ? Est-on libre de croire ou de ne pas croire ?

  • Pourquoi disons-nous de cette rose qu'elle est belle, et non qu'elle nous est agréable, qu'elle est parfaite, ou qu'elle est vraie ? Et pourquoi, parlant d'une « belle rose », entendons-nous précisément dire autre chose que lorsque nous évoquons une « rose agréable », une « rose parfaite », ou encore une « vraie rose » ? La récurrence du terme « beauté » dans nos discours se double d'une résistance envers toute substitution par un synonyme.

    Poser que ce fait têtu n'est pas infondé, c'est tenter de rendre justice à la spécificité de la beauté.

    Autonome beauté, que Kant entend précisément circonscrire, dans l'Analytique du beau, première partie de la Critique de la faculté de juger (1790).

  • Initiation à la pensée d'Aristote et à la méthode dialectique qu'elle déploie (l'examen critique des opinions courantes relatives à la question posée), ce volume se propose d'étudier l'articulation des notions de justice et de droit dans le livre V de l'Éthique à Nicomaque.
    La justice, prise comme une vertu, fait l'objet d'un traitement singulier dans l'éthique d'Aristote, car elle possède une portée plus profonde que les autres vertus du caractère, en raison de sa dimension politique. Elle est à la fois la vertu qui permet aux hommes de bien vivre ensemble et, plus particulièrement, celle qui garantit un partage équitable des biens et des honneurs. C'est en ce sens qu'elle est aussi à la source de ce qu'on appelle le droit.

  • Voltaire est âgé de 72 ans en 1766 lorsque paraît Le Philosophe ignorant, malicieuse invitation à un voyage autour du monde de la philosophie.
    Raillant Descartes, Spinoza et Leibniz - la volonté n'est pas plus libre qu'elle n'est bleue ou carrée, oppose-t-il au premier -, louant les analyses de Pierre Bayle et de John Locke, Voltaire critique avant tout l'esprit de système des philosophes, que guettent les travers de son Pangloss. Contrairement à eux, le philosophe ignorant qu'est Voltaire ne dissimule pas ses contradictions : oui, on peut être à la fois déiste et profondément sceptique ; oui, on peut soutenir que les principes de la morale, comme toutes les idées, s'acquièrent par les sens, et néanmoins affirmer qu'il existe une morale universelle et naturelle fondée en Dieu.
    Car le philosophe ignorant ne cesse de rechercher la vérité. Tel est l'autoportrait que nous livre ici Voltaire.

  • Ce ouvrage occupe une place à part dans l'oeuvre d'Aristote, aussi bien par sa forme que par son contenu puisqu'il aborde à la fois des domaines aussi variés que l'astronomie, la géographie, la physique, la géométrie, l'optique, la géologie, la sismologie, la volcanolgie, la chimie et la météorologie en tant que prévision du temps.

  • Avec Les Confessions, le moi fait son apparition dans la philosophie, la littérature et la spiritualité occidentales : dans une confession qui est tout à la fois aveu, louange et profession de foi, Augustin fait l'expérience de l'intériorité. Dans le livre X, il refait le parcours de sa conversion, intellectuelle (livre VII) puis morale (livre VIII) : un mouvement théorétique (qui suis-je ?) est suivi par un examen de conscience (suis-je pécheur ?). Mais l'introspection ne se réduit pas à la quête de soi d'un individu désireux de s'appréhender dans son unicité et sa subjectivité : c'est bel et bien une quête de Dieu, au cours de laquelle Augustin gravit l'échelle des facultés de son moi (âme, esprit, mémoire) jusqu'à la trace que Dieu a laissée en lui, l'amour naturel qui le porte vers Dieu. Derrière les énigmes du moi se profilent les mystères de la foi.

  • Pour qui cherche des signes, le passage d'une comète est une aubaine, quand bien même elle présagerait des malheurs... Mais comment le Dieu des chrétiens aurait-il permis que les hommes se fourvoient dans des superstitions ? Ces croyances ridicules ne seraient-elles pas plutôt entretenues par les princes et les clercs ?
    Ainsi s'interroge Pierre Bayle, jeune philosophe dont l'érudition et la virtuosité dialectique sont mises au service d'une implacable démonstration. En taxant le catholicisme de superstition et d'idolâtrie, il semble reprendre le discours protestant contre le « papisme ». Mais il le fait de manière originale : sa critique de la superstition pulvérise les habitudes de la controverse religieuse et englobe toutes les croyances. Ces Pensées diverses sont aussi une brillante analyse des fondements de la morale - ne peut-on être moral sans croire en Dieu ? les hommes agissent-ils vraiment selon leurs principes ? -, et une réflexion critique sur les religions, l'athéisme ou encore la manipulation des croyances par les politiques.
    Célébré par Diderot, qui s'inspirera de son Dictionnaire historique et critique pour l'Encyclopédie, comme par Voltaire, qui lui emprunte bien des idées «éclairées», Bayle est le plus illustre précurseur des Lumières françaises.

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