Gallimard (patrimoine numérisé)

  • Oublions un instant que J.-B. Pontalis est le coauteur du célèbre Vocabulaire de la psychanalyse. Ce qu'il nous propose aujourd'hui est un vocabulaire privé, un lexique à usage personnel, une invitation à en fabriquer un pour soi, le plus intime.
    Ici, il fait davantage confiance à la rêverie qu'au discours maîtrisé. Il commence par un éloge des fenêtres et conclut par celui des clairières. Des pensées, des moments, des rencontres sont évoqués sous la forme d'images venues du rêve, de mots venus du divan et souvent de brèves histoires qui sont autant de petits romans : vieille dame qui a perdu sa mémoire, l'homme fâché avec ses organes, le nom d'une fleur, une dormeuse, un livre dont une phrase vous a saisi. C'est la saveur de l'enfance, le souvenir et l'oubli, le goût de vivre et le chagrin, des larmes aux sanglots.
    À chaque page, on s'étonne d'une telle précision pour rester au plus près du sens, sans sacrifier l'émotion, la sensibilité, la nostalgie d'un 'pays natal' à jamais introuvable.

  • Les chambres closes d'où filtrent des odeurs bizarres et le cabinet de l'analyste où la parole se trouve en se perdant. Le cahier noir où vient échouer l'amour et le coup de téléphone d'une vieille dame. La villa des grandes vacances, ses jeux et ses rites que la mort vient troubler. La rencontre avec Sartre en classe de philosophie et celle de Lacan dix ans plus tard. Le Cours H honni et le lycée bien-aimé. Les villes étrangères. Les petits métiers.
    Autant de lieux et d'événements évoqués ici dans le désordre de la mémoire - 'C'était quand déjà ?' - et sous l'influence du présent. Autant de séparations et de commencements que trace et retrace le mouvement inachevé des mots, eux-mêmes séparation et parfois commencement.

  • L'autobus vert est arrivé, celui qui va à la Bastille, s'arrête au Père-Lachaise, a son terminus place Gambetta. L'homme monte, après un moment d'hésitation. Les portes en accordéon se referment. Il disparaît parmi les passagers, avec un singulier sourire, comme s'il voulait, lui dont je jurerais qu'il ne possède rien, se faire du premier venu un ami avant de le quitter, ce sourire en retrait de ceux qui partent, sont déjà ailleurs, un sourire dont j'aimerais croire qu'il s'adresse à moi, qui reste là, en arrêt, sur un trottoir mouillé de pluie.
    Pourquoi ne l'ai-je pas suivi ?
    Soudain toute la ville n'est plus comme lui qu'un fantôme.

  • Pierre Lampédouze, écrit en 1924, est le premier roman d'Henri Bosco. Du premier coup, il avait su créer un univers enchanté qui resterait le sien, pour toujours. Racine de l'oeuvre future, ce roman mène au lieu spirituel qu'est pour Bosco la Provence, 'ce pays si grave et si religieux, mais dont la gravité ressemble à la sagesse...'.

  • Il existe je ne sais quel composé de ciel, de terre et d'eau, variable avec chacun, qui fait notre climat. En approchant de lui, le pas devient moins lourd, le cur s'épanouit. Il semble que la Nature silencieuse se mette tout d'un coup ´r chanter. Nous reconnaissons les choses. On parle du coup de foudre des amants, il est des paysages qui donnent des battements de cur, des angoisses délicieuses, de longues voluptés. Il est des amitiés avec les pierres des quais, le clapotis de l'eau, la tiédeur des labours, les nuages du couchant.
    Pour moi, ces paysages furent ceux de la Méditerranée.

  • ´R dix-sept ans, élcve de philosophie au lycée d'Alger, Albert Camus eut pour professeur Jean Grenier. Ainsi commença une amitié qui devait durer toujours. Et Camus a dit lui-meme assez souvent l'influence qu'avait eue, sur sa pensée et sur son style, l'auteur des Îles.
    Le livre de Jean Grenier n'est ni une biographie ni un commentaire de l'uvre de Camus. C'est une suite de souvenirs strictement personnels, un témoignage dont la discrétion volontaire n'exclut pas la précision. Jean Grenier est ainsi amené ´r parler de questions qui se sont posées ´r Albert Camus touchant la politique, la religion, l'Algérie, la création littéraire, etc.
    Un portrait se dégage peu ´r peu de cette suite de souvenirs ou la vérité est obtenue avec une grande sobriété de moyens et ou sont abordés indirectement des problcmes qui nous concernent tous.

  • Né à Fougères, entré aux gardes-françaises à dix-sept ans, le marquis de la Rouërie a fait la guerre d'Indépendance des États-Unis d'Amérique à la tête d'un corps franc. Rentré en France à la veille de la Révolution de 1789, il crée en Bretagne une armée clandestine pour s'opposer aux excès de la Convention. Mort quelques jours après l'exécution de Louis XVI, La Rouërie n'a pu commander cette armée qui s'est dissoute dans les troupes de la chouannerie.
    Président du comité franco-américain qui a élevé à Fougères une statue de La Rouërie, Michel Mohrt raconte, dans ce livre, la vie du marquis dont la forte personnalité l'a séduit dès sa jeunesse.

  • Ce récit retrace l'expérience d'un dépaysement. Une ville étrangère en est le lieu : Mymia. Des femmes en sont l'instrument : Alix et Angèle, et d'autres, venues de plus loin, du temps immémorial de l'enfance.
    Le dépaysement est d'abord vécu dans un sentiment de vacance et de légèreté. Il vire progressivement au malaise, à la dépossession de soi, à l'exil. Les séjours, réels ou imaginaires, dans la maison natale sont également marqués par le 'loin'.
    Loin dit aussi l'éloignement du temps. C'est plus de vingt ans après l'épisode de Mymia que le héros s'en fait le narrateur. Il rouvre ainsi à son insu une plaie qu'il croyait fermée.

  • Plutarque raconte que, des sept mille Athéniens faits prisonniers durant les guerres de Sicile, échappcrent aux travaux forcés dans les latomies, et donc ´r la mort, ceux qui surent réciter ´r leurs vainqueurs Grecs comme eux, quelques vers d'Euripide.
    Les nazis n'appliqucrent pas ce trait de clémence antique aux déportés des camps. Citer Goethe ou Schiller ne fut ´r ces derniers d'aucun secours.
    Pourtant la mémoire - la culture - joua un rôle majeur dans le destin des déportés. Savoir par cur un pocme met ´r l'abri du désastre. Ce que l'on garde en esprit, aucune Gestapo, aucune Guépéou, aucune C.I.A. ne peut vous le retirer.
    En septembre 1944, le peintre Zoran Music est déporté ´r Dachau. Il y réalise, au risque de sa vie, une centaine de dessins décrivant ce qu'il voit : les sccnes de pendaison, les fours crématoires, les cadavres empilés par dizaines, c'est-´r-dire l'indescriptible.
    Plus que la formule trop citée d'Adorno sur Auschwitz, la question que pose ce livre est la suivante : que pouvait alors la mémoire contre la mort, l'art contre l'indicible ? Non pas 'aprcs', mais dans le quotidien de la vie des camps ? Que peut-elle aujourd'hui dans une modernité qui, par son déni de la culture au nom de l'égalitarisme, et par sa tentation, au nom du progrcs biologique, de légaliser l'euthanasie et l'eugénisme, semble souscrire au nomos de la vie concentrationnaire meme ?

  • 'Au fond, on ne peut rien dire de la sensation, sinon qu'elle nous comble. Mais quel vide en nous remplit-elle ? Que peut-on dire du parfum d'une fleur, sinon qu'il nous enchante ? Il n'a pas été créé pour nous et nous en prenons pourtant notre part, d'autant plus fortement peut-etre que, contrairement ´r l'insecte, nous trouvons en lui un univers libéré de la nécessité. De quelle harmonie le corps est-il le temple qui, si nous étions un peu plus s"urs de nous et plus attentifs aux sensations qui nous traversent, pourrait nous faire pressentir la nature de ce que sont les dieux ?'
    Ce livre, écrit dans la tradition de l'érudition libertine, recherche les traces d'un certain savoir fondé sur les sens. En une suite de digressions apparemment capricieuses, créant tout un réseau d'échos entre chaque thcme, il chemine, de la statue de marbre de Condillac aux cires de la Specola de Florence, du clavecin de Diderot ´r un sex-shop de la rue Saint-Denis, d'une gravure de Rembrandt ´r une peinture de Vermeer. C'est bien de rencontres qu'il s'agit, dessinées comme 'en passant' d'un trait lumineux. C'est aussi un roman d'apprentissage, ou l'auteur retrouve une identité et un nom.

  • Un été d'avant-guerre : un pcre et un fils aiment la mer et naviguent. Ils vivent séparément leur solitude entremelée d'amours intenses et brcves en Bretagne, pays traditionaliste et moderne tout ´r la fois. Les problcmes qui, autour d'eux, agitent la petite société estivale se posent encore de nos jours. On peut les résoudre avec les moyens du bord qui, eux non plus, n'ont pas changé. De meme que les rapports du pcre et du fils sont ambigus, de meme ce roman nous propose une double vision du monde, en alliant de façon subtile le charme d'autrefois et les inquiétudes d'aujourd'hui.

  • Au bord d'un lac des Adirondacks, montagnes au nord de l'État de New York, six amis, américains et français, sont réunis dans un chalet pour une partie de peche. Sur la rive opposée, dans un autre chalet, s'établissent un romancier américain et sa maîtresse.
    Entre ces huit personnages, des liens subtils se nouent, des intrigues s'ébauchent, dans un chassé-croisé ou l'amitié, la tendresse, l'amour-go"ut, le cynisme ont leur part.
    Aux caprices des hommes répondent ceux de la nature : la foret et ses habitants, dont l'ours invisible mais présent. Le lac est le miroir ou se reflctent ces jeux ambigus.

  • Un soir d'hiver, dans un club de Londres, Martin attend pour dîner son invitée Victoria. Il a connu la jeune femme enfant, avant la guerre, sur la Côte d'Azur. Mariée à Chris, son ami, Martin a éprouvé pour Vicky une amitié amoureuse. Au cours du dîner, ils vont tous deux revivre des moments de cette amitié. Chris a disparu. Martin obtiendra-t-il de Victoria ce qu'il a espéré, sans oser vraiment le lui demander ? Il en doutera jusqu'à la fin de la soirée.

  • Deux jeunes Américaines, Sarah et Jessica, viennent ´r Paris pour y apprendre le bonheur. Un Français va de l'une ´r l'autre. Avec l'une d'elles, il vit un amour ardent. Mais en fin de compte, qu'aura-t-il su de ces deux femmes qu'il croit avoir bien connues ? Que sait-on des etres que l'on a le plus aimés ?

  • Ce recueil réunit des articles parus entre 1930 et 1940 dans des revues dont quelques-unes sont oubliées ou introuvables. Il s'organise autour d'un voyage fait en Grcce en 1932. L'accent n'est pas ici porté sur le langage comme dans Bâtons, chiffres et lettres, mais sur l'existence meme de la littérature. En appendice, Errata revient sur la premicre de ces questions.

  • Sotie : 'Pièce de notre ancien théâtre, au XVe siècle et au commencement du XVIe siècle, sorte de satire allégorique dialoguée, où les personnages étaient censés appartenir à un peuple imaginaire nommé le peuple sot ou fol, lequel représentait, aux yeux des spectateurs, les dignitaires et personnages du monde réel.'
    Cette définition du Petit Littré convient assez bien à ce roman où l'auteur s'est amusé à faire dialoguer une dizaine de personnages appartenant à la même famille : frères et soeurs, enfants, amis, réunis l'été dans une maison de vacances. Mais c'est la maison qui est le personnage principal. Il lui arrive bien des aventures. Et aussi à ses propriétaires indivis qui se déchirent autour de l'héritage.

  • Depuis plusieurs années, Michel Mohrt se rend à Venise, le plus souvent l'hiver, et passe ses journées à dessiner et à peindre à l'aquarelle des vues de la ville. L'envie lui a pris soudain de raconter ses expériences d'artiste et de changer en encre l'eau des canaux. Anecdotes, rencontres, portraits d'écrivains se suivent dans ces pages qui se veulent libres. L'auteur dit pourquoi il aime Venise, le bonheur qu'il éprouve à en tracer des images, à revivre les journées de plaisir et de travail qu'il y a passées. Peintre du dimanche, tous les jours, à Venise, sont pour lui des dimanches.

  • 'Un hasard m'a fait découvrir des lettres échangées entre les personnages d'un roman paru en 1974, aux Éditions Gallimard. Ces correspondances aident à les mieux connaître, me semble-t-il, et intéresseront ceux des lecteurs qui se souviennent d'eux.'
    Michel Mohrt.

  • Un amour malheureux et peu connu de Benjamin Constant pour Juliette Récamier qui se sont retrouvés en 1814, dans un Paris occupé où Benjamin cherche à assurer sa fortune, tel est le sujet de la comédie dramatique de Michel Mohrt. L'auteur s'est servi pour l'écrire du Journal de l'écrivain, de ses Lettres à Juliette Récamier et des Mémoires du temps. On voit un homme brillant, par certains côtés génial, faire sa vie avec une audace, une insouciance, une passion surprenantes. Ce jeu d'enfer est fascinant à suivre.

  • Frédérique Bon se serra contre son cavalier. Ils dansaient le Tango chinois.
    - Je me doute de ce que l'on vous a raconté, dit Frédérique Bon. Eh bien ! l'on vous a menti.
    - Qu'est-ce que l'on m'a raconté ?
    - Quoi que ce soit, l'on vous a menti. Venez boire, nous avons besoin de boire un peu.
    Quand elle eut conduit Talbot au buffet, Frédérique Bon s'excusa :
    - Je vais voir si ma petite fille dort. J'ai une petite fille de neuf ans : Étiennette, c'est son nom. Elle sera très belle. Elle l'est déjà et elle le sait. Vous la connaîtrez.

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