Gallimard (réédition numérique FeniXX)

  • Prolétaire à la vie aventureuse, Eugène Hug devient socialiste dans les tranchées puis, croyant voir à l'est se lever le « soleil des déshérités », communiste avec le congrès de Tours. Mais le temps des illusions pour lui ne dure guère : il abandonne ses importantes responsabilités à la C.G.T.U., quitte Peugeot et Audincourt (dont les habitants sont familièrement appelés « croque-raves »), roule sa bosse jusqu'en Afrique du Nord, participe au Front populaire dans la région parisienne, organise le sabotage dans son usine dès 1940, se joint à la résistance armée dans son Pays de Montbéliard et siège à la mairie du Kremlin-Bicêtre pendant la guerre froide... Mais le plus beau dans ce récit à rebondissements c'est que Hug, au plus fort de ses combats politiques et syndicaux, demeure un être formidablement vivant, amateur de plaisanteries et de plaisirs chaleureux.

  • Les petites phrases de Séguy, les grandes phrases de Marchais, les rumeurs autour d'un intellectuel qui parle trop (exemple Pierre Daix), les prises de position sur la Tchécoslovaquie ou sur le sort des écrivains en U.R.S.S., voilà ce qui alimente habituellement la polémique sur le P.C.F. Mais, par l'identité des thèmes, cette polémique aligne la critique de gauche sur la critique de droite, reprenant dans le même sens qu'elle la fameuse question des libertés : il s'agit toujours de la liberté des intellectuels, plus que du peuple, des libertés formelles plus que des libertés concrètes. C'est la raison pour laquelle ce débat n'intéresse pas en profondeur la population. Notre but est de substituer à la critique politicienne du P.C.F. une critique pratique. De laisser aux spécialistes l'exégèse de ses discours et proclamations centrales pour n'envisager que son comportement dans les luttes. En face des gens en lutte, que dit le P.C.F. ? Comment est-il écouté ? Que signifient les mots quand ils ne sont plus des mots d'ordre ? La stratégie du P.C.F. est-elle radicalement incompatible avec ce qui est né de mai 68 ? Ceux qui dans ce livre tentent de répondre à ces questions, ne sont pas les représentants d'un courant politique et organisé. Impossible de les définir par une étiquette politique ou sociale. Gauchistes ? Oui, si les ouvriers de Lip le sont. Marginaux ? Oui, si des juges ou des médecins peuvent être appelés ainsi. Leur seul dénominateur commun est d'incarner la volonté de plus en plus forte d'autonomie populaire. Ce sont ces hommes et ces femmes qui, depuis mai 68, ont appris à compter d'abord sur leurs propres forces.

  • Peinte sur les murs d'une usine, à Sochaux, en mai 68, une phrase a de quoi choquer. Il reste qu'elle précède cet autre cri, celui des ouvriers de Pechiney Noguères qui, durant l'été 73, écrivent dans un tract : « Des travailleurs jeunes et en bonne santé sont entrés dans cette entreprise avec leurs illusions. Après quinze ans, ils se retrouvent usés, diminués, handicapés, désabusés. » L'usine, les bureaux, chacun s'y rend. Pour y faire quoi ? Mourir à petit feu. Mais une désobéissance se fait sentir. L'outil de travail ne bénéficie plus du même respect. De nouveaux slogans surgissent : « Pour gagner sa vie, faut-il la perdre ? » Mal du siècle ? Une nouvelle fringale exister - se manifeste. On dirait comme un éveil...

  • « Tout se transforme, tout évolue sauf l'idée clé que j'ai tenté au fil des pages de faire apparaître : il n'y a pas de bons politiciens, chacun d'eux est un chef ou bien en passe de le devenir. Refuser d'être un mouton, c'est nécessairement refuser à d'autres de tenir le rôle de loup, c'est devenir un loup soi-même. Car, c'est bien connu, les loups ne se mangent pas entre eux. Alors, toi qui me lis, si tu veux qu'on cesse de te tondre la laine du dos, sors les crocs. Ne pleure plus, hurle. Ne te suicide plus, réagis. Si on te frappe, ne tends pas la joue gauche, place ton droit. Nul ne réagira, ne cognera pour toi. C'est à toi de le faire. Unis-toi par groupe, par affinités, à ceux qui pensent comme toi que la dignité se mérite, que chacun y a droit, mais qu'elle se gagne. Et si dans ce groupe se met à naître un chef, gueule aussi fort que lui, montre-lui que tu n'as pas quitté Charybde pour tomber en Scylla. Et si c'est toi qui as tendance à devenir le patron, bats-toi contre toi-même avant d'être un jour prochain de toute façon combattu par les autres... » S. L.

  • « Voici des histoires sorties d'une étrange galère et d'un passé récent où elles n'ont guère trouvé de place : des histoires de soldats... » Des histoires sans poudre ni balles ; des histoires où victoire et défaite ne sont pas affaire de conquête ou de violence, mais s'inscrivent dans la quête d'une autre morale, d'une autre culture... Née de la misère de l'homme en armes, l'évidence que rien ne vaudra plus la peine d'être vécu qui ne soit se déprendre du pouvoir... Et s'il y avait en toi, soldat, de quoi enrayer l'éternelle spirale du Pouvoir, de quoi désagréger les édifices qui la supportent, des forteresses politiques aux casemates vides qui sont leur matrice en chacun de nous, esclaves volontaires, individus atomisés d'une société faussement « civile »... ?

  • Le Monde a licencié son spécialiste des affaires pétrolières qui avait révélé certaines pratiques gouvernementales. Ce journal prestigieux a alors été soupçonné par nombre d'observateurs d'avoir cédé à la pression du pouvoir. Qu'en est-il exactement ? Pour la première fois Philippe Simonnot raconte l'histoire de son licenciement ; il en tire une réflexion à la fois sur l'exercice du pouvoir au Monde et sur les relations du Monde avec le pouvoir. A travers l'analyse du fonctionnement d'un journal exemplaire, c'est le rôle de la presse dans la société française qu'il décrit. Ainsi Le Monde et le pouvoir s'adresse à tous ceux dont le métier est d'informer, mais aussi à tous ceux qui veulent être informés.

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