Littérature générale

  • "[...] l'âme humaine n'a pas encore montré tout ce qu'elle peut être ; toutes ses façons possibles de penser et de sentir ne sont pas épuisées."

    Marivaux (1688-1763), auteur prolifique aux multiples facettes, occupe une place singulière dans l'histoire littéraire française. Très grand auteur de théâtre (mais aussi romancier et journaliste), il a réinventé la comédie avec des pièces qui, plus de trois siècles plus tard, nous séduisent encore par leur modernité. L'Île des esclaves et Le Jeu de l'amour et du hasard, composées pour la Comédie-Italienne, font partie des chefs-d'oeuvre qu'il nous a légués. Ses personnages, inoubliables, sont entrés dans l'imaginaire collectif. Surtout, personne n'a su analyser les rouages du sentiment amoureux mieux que lui. Mais malgré ses succès, Marivaux fut beaucoup moqué par ses pairs en raison de son style inhabituel, manquant de naturel - le fameux marivaudage. Cela ne l'empêcha pas d'être élu à l'Académie française... contre Voltaire !

  • "Je me suis trouvé un jour au théâtre, dans une salle, puis sur la scène : je m'en étonne encore moi-même. Cet étonnement ne me gêne pas, il me plaît et me satisfait. Le plus estimable, le plus heureux dans la vie est de s'étonner."

    Louis Jouvet (1887-1951) se tourne vers le théâtre autour de ses vingt ans, jouant des mélodrames ou de petits rôles avant de rencontrer Jacques Copeau, qui en fait son plus proche collaborateur au Vieux-Colombier. Ensuite, à la Comédie des Champs-Élysées puis à l'Athénée, il montera Jules Romains, Marcel Achard, Jean Cocteau et surtout Jean Giraudoux, développant une remarquable science de la mise en scène, qu'il mettra aussi au service de Molière. Professeur au Conservatoire, il se passionnera pour l'enseignement et la réflexion sur son métier.
    Enfin, au cinéma, il jouera dans une trentaine de films, dont plusieurs deviendront des classiques : Knock, La Kermesse héroïque, Drôle de drame, Hôtel du Nord, Entrée des artistes, Quai des Orfèvres.
    C'est donc le récit d'une aventure artistique exceptionnelle que nous propose cette biographie.

  • "Femme, réveille-toi !"
    Comment faire entendre sa voix en ce XVIIIe siècle qui grouille de paroles alors que grandit le silence divin ? Quel langage trouver pour avoir le sentiment d'être soi ? Comment exister à ce moment où la politique devient un théâtre de l'idéal mais aussi de la cruauté ? Comment, en somme, faire en sorte que "si la femme a le droit de monter sur l'échafaud", elle puisse aussi avoir le droit de "monter à la tribune" ? Voici quelques-unes des questions auxquelles tente de répondre cette biographie de Marie Gouze, dite Olympe de Gouges (1748-1793), auteur d'une oeuvre essentielle comprenant pièces de théâtre et écrits politiques, dont la célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

  • "Je me demande si je dois parler des choses dont je ne me souviens pas comme de celles dont je me souviens."
    Que savons-nous de Gertrude Stein (1874-1946) ? Qu'elle fut poétesse, écrivaine, dramaturge, féministe. Qu'elle passa la plus grande partie de sa vie en France et mourut à l'hôpital américain de Neuilly. Qu'elle reçut dans son appartement du 27 rue de Fleurus, à Paris, en compagnie d'Alice B. Toklas, tout le gotha de la littérature et de l'art contemporain, de Picasso à Hemingway, d'Ezra Pound à Fitzgerald, permettant entre autres l'éclosion du cubisme. On la dit excentrique, mystificatrice, tyrannique, on fit même d'elle une « Mère l'Oye de Montparnasse ». Raymond Queneau aimait à répéter qu'essayer de la comprendre n'était pas chose aisée, ajoutant : « La traduire encore moins, la présenter bien moins encore. » Philippe Blanchon la restitue à sa juste place : celle d'un écrivain unique impliqué avec énergie dans son siècle.

  • "La Douleur est une des choses les plus importantes de ma vie."
    Marguerite Duras (1914 -1996) a fasciné autant qu'elle a irrité. Auteur d'une oeuvre abondante qui s'exprima dans le roman, le théâtre, le cinéma, elle marqua de son empreinte la littérature mondiale du XXe siècle. De Moderato cantabile à L'Amant, en passant par Détruire dit-elle ou India Song, voire ses articles dans la presse, elle reste un écrivain profondément engagé dans son temps. De l'enfance rebelle en Indochine à l'isolement des dernières années dans sa maison de Neauphle-le-Château, ce livre retrace la vie de cet écrivain hors du commun qui n'hésitait pas à énoncer : "Si je l'ai écrit, c'est que ça a existé."

  • "Une si dévorante soif de voir, de connaître, d'apprendre."
    Les soeurs Brontë... Ce pluriel, depuis un siècle et demi, fascine. Quand Emily écrit Les Hauts de Hurlevent, Anne publie La Recluse de Wildfell Hall, et Charlotte Jane Eyre. La première meurt à trente ans, en 1848 ; la deuxième à vingt-neuf, un an plus tard ; la troisième à trente-neuf, en 1855. Sans oublier Branwell, le frère écrivain maudit, qui disparaît lui aussi prématurément, miné par l'alcool et la tuberculose. Tous quatre étaient orphelins de mère. Quelle probabilité y avait-il pour que tous ces talents si originaux poussent ainsi à l'ombre du presbytère de Haworth ? Faute de pouvoir éclaircir totalement ce mystère, Jean-Pierre Ohl tente d'en dessiner les contours, et de comprendre ce qui, aujourd'hui encore, rend si proches de nous les enfants du pasteur Patrick Brontë.

  • "J'aime boire du champagne et devenir follement exaltée. J'aime partir en voiture vers Rodmell dans la chaleur d'un vendredi soir et manger du jambon, et être assise sur ma terrasse et fumer un cigare avec un hibou ou deux."

    Virginia Woolf (1882-1941) fut une femme aux vies multiples : partagée entre Londres et sa retraite du Sussex, rompue aux mondanités comme à la solitude, attentive aux petits miracles quotidiens et bousculée par la folie.

  • "J'affirme que le monde des sens est à l'origine de toute compréhension humaine."

    Marin, chasseur de phoques, boxeur, chauffeur, repasseur, mineur, correspondant de guerre, vagabond du rail, chômeur, clochard, Jack London (1876-1916) vécut dans sa courte existence plus de mille vies. Sa bibliographie, qui compte une cinquantaine de volumes, comprend des nouvelles, des romans, des pièces de théâtre, des articles, des reportages, des discours enflammés au nom du socialisme. L'Appel de la forêt, Croc-Blanc, Construire un feu, Martin Eden, Le Talon de fer, autant de titres qui composent une oeuvre dans laquelle l'autobiographie et le combat pour la vie occupent une place primordiale. À l'aube de sa quarante et unième année, consumé par tous les excès, il décide de mettre fin à ses jours en s'administrant une dose mortelle de morphine.

  • "Nous nous sommes amusés follement."
    Aussi romanesque que ses oeuvres, la vie de Francis Scott Key Fitzgerald (1896-1940), enfant d'une famille modeste du Minnesota qui devint le chef de le de la "génération perdue", a des allures de tourbillon. C'est pour les yeux vifs et moqueurs de la jeune Zelda Sayre (1900 -1948), au charme exubérant, qu'il écrit Loin du Paradis. Ce portrait de l'ère du jazz connaît un succès éblouissant qui porte aux nues le couple mythique. Suivront quatre romans - dont le célèbre Gatsby le Magnifique - et de très nombreuses nouvelles.
    Il flotte dans l'existence des Fitzgerald un air de fête permanente, qui scandalise et fascine le monde entier. Ils posent devant les objectifs avec leur fille Scottie, triomphants- ils ont tout : la gloire, l'amour, l'argent.
    Mieux que personne, ils surent incarner une Amérique jeune, libérée et créatrice. Mais, entre les verres de gin, la folie de Zelda et le déclin littéraire, l'envers du décor - aussi somptueux soit-il - est amer.

  • "À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire."

    George Orwell (1903-1950), de son vrai nom Eric Arthur Blair, est l'auteur d'une oeuvre très marquée par ses engagements politiques. Après avoir lutté contre l'Empire britannique en Birmanie, pour la justice sociale aux côtés des classes laborieuses de Londres et de Paris, puis participé à la guerre d'Espagne dans les rangs du P.O.U.M., il se consacre à une oeuvre littéraire écrite, "directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique". Témoin lucide de son temps, auteur notamment de La Ferme des animaux et de 1984, il meurt à quarante-six ans, et demande dans son testament qu'aucune biographie ne retrace sa vie.

  • «Ne crie pas que tu donneras ta vie pour tes principes, pour la vérité ; mais tâche de ne jamais mentir.»

    L'histoire retient d'Alexandra David-Néel (1868-1969) qu'elle est la première européenne à séjourner à Lhassa au Tibet. Jennifer Lesieur rappelle qu'elle fut aussi chanteuse d'opéra, franc-maçonne, journaliste, et qu'elle écrivit une quarantaine de livres dont Voyage d'une parisienne à Lhassa et La Lampe de sagesse. Orientaliste érudite, elle vécut toute sa vie dans la lumière du bouddhisme parce que, disait-elle «il est basé sur la possibilité de se libérer par soi-même de la souffrance». Du Sikkim à Kalimpong, de Lachen au Tibet, en passant par le Japon, la Corée, la Chine, la Mongolie nous suivons pas à pas cette exploratrice audacieuse, féministe convaincue, jusqu'à Digne, petite ville de Haute-Provence, où elle s'éteint à presque 101 ans, dans la «douceur sereine d'une inébranlable paix».

  • "Non, meussieur Vili, non, Claudine ce n'est pas Unetelle, ni Mme Chose, ni Mlle Truc ou Machin-Chouette... Non, meussieur Vili, Claudine, c'est moi."
    Colette (1873-1954) qui signa d'abord "Gabrielle Colette", puis "Colette Willy", puis "Colette Jouvenel", puis "Colette", qui aurait pu signer "Colette Goudeket" et ne le fit jamais, a été l'un des écrivains les plus célèbres et les plus admirés de son temps. Elle a séduit les publics les plus simples comme les plus raffinés. Auteur de nombreux romans et nouvelles, elle fut aussi mime, danseuse nue, actrice, journaliste, rédactrice de journaux à scandale, conférencière, esthéticienne. Sa vie privée, une fois débarrassée de ses légendes, de ses maris, de ses amants et de ses amantes, vaut bien un roman : celui d'une «écrivaine» éprise avant tout de liberté.

  • Sade

    Stéphanie Genand

    'Qu'ai-je donc fait pour souffrir si longtemps? - Eh! malheureux, ce que tu as fait? Ne le vois-tu donc pas? Tu vis trop.'

    Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814) passa vingt-sept ans de sa vie en prison ou en asile d'aliénés. Écrivain, romancier, philosophe, homme politique, on ne retint longtemps de lui qu'un cortège de rumeurs et une liste d'ouvrages clandestins pour la plupart introuvables. Entrée depuis 1990 dans la Pléiade, son oeuvre est aujourd'hui en livre de poche, et tout un chacun peut lire Les Cent Vingt Journées de Sodome, La Philosophie dans le boudoir ou La Nouvelle Justine ou les Malheurs de la vertu. Mais Sade n'en reste pas moins un objet constant d'études et de
    /> questionnements. En 1818, un chirurgien, nourri de phrénologie, avait examiné son crâne. Entre surprise et déception, il en avait
    conclu que ce dernier 'était en tous points semblable à celui d'un père de l'Église'. Sade ne serait-il donc qu'un homme? Telle est la question.

  • "L'ensemble de mon oeuvre fera un jour un tout indivisible. Je fais [...] une Bible, non une Bible divine, mais une Bible humaine."

    Poète, dramaturge, romancier, essayiste, pamphlétaire et artiste hors du commun, Victor Hugo (1802-1885) n'a suscité que des réactions passionnées. Son existence même fut placée sous le signe de l'exceptionnel, depuis sa naissance jusqu'à ses obsèques nationales suivies par plus d'un million de personnes. Protée au génie démesuré, partisan acharné du progrès de la vie sociale, de la liberté de la presse et de l'abolition de la peine de mort, il a exercé une influence considérable sur les idées littéraires, morales et politiques du XIXe siècle. Victor Hugo ? Un destin et une oeuvre. Entre les deux, un homme, dévoilé ici dans toute sa diversité, dans tout son souffle, par Sandrine Fillipetti : Je finis par ne plus être qu'une espèce de témoin de Dieu.

  • "J'ai crée toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs! Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée !"
    Lorsque Arthur Rimbaud (1854-1891) écrit à sa soeur Isabelle "notre vie est une misère, une misère sans fin. Pourquoi existons-nous ?", il est âgé de trente-sept ans et n'a plus que quelques mois à vivre. Mais qu'importe, il a déjà vécu plusieurs vies en une seule : une vie d'écolier précoce, une vie d'adolescent rebelle, une vie éphémère de poète génial, une vie d'époux aux côtés de Verlaine, une vie de grand voyageur autour du monde, une vie de négociant en Abyssinie, une vie d'estropié, une vie de tragédie grecque, de verbe et de silence. C'est l'unicité de cette existence, une des plus grandes aventures poétiques de tous les temps, que nous restitue, année après année, cette biographie.

  • «Même mes révoltes ont été éclairées par la lumière. Elles furent presque toujours, je crois pouvoir le dire sans tricher, des révoltes pour tous, et pour que la vie de tous soit élevée dans la lumière.»

    Parce qu'il a choisi la révolte plus que la révolution, Albert Camus (1913-1960) nous a laissé une oeuvre toute de netteté et d'affirmation visible, à jamais éclairée par le soleil de son Algérie natale. Toujours à l'écoute des événements de son temps, sans cesse acteur de son époque, iil n'a jamais oublié de rappeler à l'homme ses vraies valeurs ni envisagé d'effacer la beauté du monde. Essayiste, dramaturge, romancier, journaliste, il a obtenu en 1957 le prix Nobel de littérature. Porteur d'un humanisme sans illusion ni mensonge, il croit en la puissance de la vérité. Raisonnant avec son coeur, il n'en cultive pas moins une conscience exigeante. Refusant tous les dogmes, il plaide pour une innocence de l'homme et un monde solidaire. En un mot, il est plus que jamais notre contemporain nécessaire, et son oeuvre nous parle d'aujourd'hui.

  • "Si je ne suis pas moi, qui le sera ?"

    Henry David Thoreau (1817-1862) est né et mort à Concord, un village du Massachusetts. Fils d'un modeste artisan, il poursuivit ses études à Harvard, étudia le grec et le latin, et plutôt que de tenter une carrière, revint au foyer paternel. Ses premiers textes, écrits sous le parrainage d'Emerson et de Hawthorne, le situent dans la mouvance transcendantaliste. Passionné par les antiquités pré-colombiennes, le mysticisme contemplatif venu de l'Inde, s'insurgeant contre la puissance montante des financiers, opposé aux lois esclavagistes, pionnier de l'écologie et de l'anarchisme, il se disait "un homme avant d'être un Américain". Ses deux textes les plus célèbres sont Walden ou La Vie dans les bois, et La Désobéissance civile, pamphlet qui influença la désobéissance passive de Gandhi.

  • "Toutes les beautés contiennent, comme tous les phénomènes possibles, quelque chose d'éternel et quelque chose de transitoire, - d'absolu et de particulier. La beauté absolue et éternelle n'existe pas, ou plutôt elle n'est qu'une abstraction écrémée à la surface générale des beautés diverses. L'élément particulier de chaque beauté vient des passions, et comme nous avons nos passions particulières, nous avons notre beauté."

    Charles Baudelaire (1821-1867) reste une des personnalités les plus contradictoires de l'histoire de la littérature. Novateur dans sa poésie et dans son approche de l'art et de la musique, défenseur farouche de la liberté des moeurs, il dénigre le progrès et méprise le peuple. Sa vie, à la fois fastueuse et misérable, dissolue et magnifique, pitoyable et éblouissante, est celle d'un paria de génie.

  • George Sand

    Martine Reid

    Je suis l'enfant de mon siècle ; j'ai subi ses maux, j'ai partagé ses erreurs, j'ai bu à toutes ses sources de vie et de mort.

    Amandine-Aurore-Lucile Dupin (1804-1876), devenue George Sand en 1832, avec la publication d'Indiana, fut, dès l'enfance imprégnée des traditions et des légendes de son Berry natal. Observatrice attentive de son temps, elle fume la pipe, s'habille en homme, affiche ses convictions républicaines, est l'amante enflammée de Musset et de Chopin, en un mot fait scandale. Son oeuvre, de Consuelo à La Mare au diable, en passant par La Petite Fadette, culmine dans Histoire de ma vie, et fonde un genre littéraire : l'autobiographie au féminin. Amoureuse éperdue de la vie, George Sand écrit en 1831 à Sainte-Beuve : Vivre! Que c'est bon! malgré les chagrins, les maris, l'ennui, les dettes, les parents, les cancans, malgré les poignantes douleurs.

  • 'Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.'

    Après son échec à la Navale, Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) envisage une carrière d'architecte. Inscrit aux Beaux-arts, il abandonne après quelques mois. Écrivain presque par accident, il consacre toutes ses forces à un ouvrage qui ne prend jamais forme et s'abîme en mer, un 31 juillet 1944, aux commandes de son Lightning P38. Dans cette biographie, Virgil Tanase nous dresse de l'auteur du Petit Prince et de Vol de nuit un portrait dégagé de sa légende. Celui que sa mère appelait 'le Roi-Soleil', au fil des jours, en essayant simplement, comme il le dit 'de faire au mieux', a construit une oeuvre et s'est forgé un destin. Celui d'un homme persuadé que la vie ne vaut que par le sacrifice qu'on en fait au nom d'un devoir d'absolu.

  • "Je n'ai jamais considéré la peinture comme un art de simple agrément, de distraction. J'ai voulu par le dessin et par la couleur, puisque c'étaient là mes armes, pénétrer toujours plus avant dans la connaissance du monde et des hommes, afin que cette connaissance nous libère toujours davantage."

    Cubiste, Picasso ? allons donc ! Surréaliste ? Encore moins. Communiste ? Pas vraiment. Sans doute fut-il à l'origine du cubisme, proche pendant quelque temps des surréalistes et détenteur d'une carte du Parti communiste, mais le plus grand peintre du XXe siècle est irréductible à toute étiquette. Complexe, multiple, en constante métamorphose, artiste polymorphe et amant dynamique, Pablo Picasso (1881-1973) n'eut, dans sa vie comme dans son oeuvre, d'autre loi que la sienne.

  • "Mon coeur, vaste témoin du monde,
    Que tout blessait, à qui tout plut."
    Anna-Élisabeth de Brancovan, comtesse Mathieu de Noailles (1876 -1933), née au sein d'une famille princière roumaine du côté du père et d'humanistes grecs du côté de la mère, fut, c'est un euphémisme que de le dire, bénie des dieux. Riche, belle, adulée dès ses premiers écrits par ses contemporains, elle fut la muse officielle de la IIIe République, comme Valéry en était l'orateur. Mais elle fut aussi l'auteur d'une oeuvre poétique de premier plan et une actrice principale de son temps. Âme d'un salon littéraire qui accueillit le Tout-Paris de l'aube du XXe siècle, créatrice du prix Vie heureuse, ancêtre du Femina, elle fut la première femme à porter le titre de commandeur de la Légion d'honneur et à entrer à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

  • Il faut s'étourdir, il faut se laisser emporter par le tourbillon [...] ; je cède au torrent, j'aime tout ce qui me dérobe au temps.

    Fille de Jacques Necker, futur ministre des Finances de Louis XVI, Anne Louise Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, plus connue sous le nom de Madame de Staël (1766-1817), est une femme aux talents multiples. Écrivain (Corinne ou l'Italie), philosophe (De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales), propagatrice des romantismes allemand et anglais, féministe avant la lettre, elle ne cesse aujourd'hui encore de nous surprendre. Dans son approche attentive et empathique, Sophie Doudet nous donne de celle qui affirmait que sa vie 'était un témoin qu'il fallait entendre aussi' l'image d'une femme curieuse de tout, agile, novatrice, revendiquant pour elle comme pour ses consoeurs un droit absolu au bonheur.

  • "La vie peut être immensément belle lorsque nos agissements sont bons et justes."

    Écrits "à la hâte" et "probablement gâtés", c'est lui qui le prétend, les romans de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski (1821-1881) n'en font pas moins un des auteurs les plus importants de l'histoire de la littérature. Sa vie, si semblable à celle de ses héros, peut faire prendre sa biographie pour une de ses oeuvres de fiction : enfance difficile, participation à des mouvements progressistes russes, déportation au bagne, errance à travers l'Europe, épilepsie, alcoolisme, penchant pour le jeu... Les épreuves qu'il provoque sans les chercher sont terribles autant lorsqu'elles le supplicient que lorsqu'elles le flattent. Il les accepte toutes, avec l'espoir qu'elles pourraient l'aider à percer l'énigme qui l'obsède et qui nous concerne tous : "L'homme est un mystère. Il faut l'élucider et si l'on passe à cela notre vie entière, il ne faut pas dire que nous avons perdu notre temps. Je m'occupe de ce mystère car je veux être un homme."

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