Sciences humaines & sociales

  • "La vie dans sa forme optimale est un grand triangle. À un angle se trouve la personne humaine, à l'autre angle se trouve l'autre personne, et au sommet se trouve Dieu. Si ces trois dimensions ne s'enchaînent pas, travaillant harmonieusement ensemble dans une seule vie, alors cette vie est incomplète."

    Assassiné le 4 avril 1968, sur le balcon du Lorraine Motel à Memphis dans le Tennessee, Martin Luther King (1929-1968) est un homme multiple. Penseur, poète, disciple de Gandhi appliquant la philosophie de la non-violence dans sa lutte pour les droits civiques des Américains noirs, il a su franchir la "ligne des couleurs" pour s'attaquer à la question plus générale de la pauvreté. Prix Nobel de la paix en 1964, le célèbre pasteur baptiste aux dons d'orateur hors du commun nous a laissé une voix qui, aujourd'hui encore, nous invite à ne pas abandonner nos rêves. Ce livre est l'histoire d'un homme qui pensait que "la justice est toujours debout à côté de l'amour".

  • Churchill

    Sophie Doudet

    "Le peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre."

    Surtout connu pour avoir été le Premier ministre du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale, puis de 1951 à 1955, sir Winston (1874-1965) fut un homme aux multiples facettes. Ministre du Commerce, secrétaire du Home Office, Premier Lord de l'Amirauté, ministre de l'Armement, secrétaire d'État à la Guerre et secrétaire d'État à l'Air, chancelier de l'Échiquier, il occupa de nombreux postes politiques et ministériels. Mais il fut aussi officier dans l'armée britannique, correspondant de guerre, peintre, journaliste, historien, et obtint même le prix Nobel de littérature. Cette biographie alerte dresse un portrait sans concession d'un homme qui prétendait que la guerre était presque aussi dangereuse que la politique : "Pendant la guerre vous pouvez être tué une seule fois seulement, en politique plusieurs."

  • "C'est à tort que les hommes se lamentent sur la fuite du temps, l'accusant d'être trop rapide, sans s'apercevoir que sa durée est suffisante ; mais la bonne mémoire dont la nature nous a dotés fait que les choses depuis longtemps passées nous semblent présentes."

    Visionnaire de génie, séducteur invétéré, esprit mordant, Léonard de Vinci (1452-1519) veut tout connaître du monde. De la physique à la botanique, de la géologie à l'anatomie, en passant par l'astronomie, la musique, les mathématiques, l'architecture, la sculpture, le dessin, la peinture, rien ne doit échapper à son insatiable curiosité. Pourtant, si l'on excepte son goût pour l'organisation de fêtes spectaculaires, nombre de ses travaux restèrent à l'état d'ébauches. Ainsi, à peine une douzaine de tableaux peuvent-ils lui être attribués avec certitude. Et si ce n'étaient les milliers de pages de ses fameux Carnets, l'emploi du temps de l'inépuisable inventeur resterait une énigme que Sophie Chauveau tente ici de percer. En toile de fond : l'Italie de la Renaissance.

  • "Puissant Alcinoos, très remarquable parmi tous les hommes,
    Oui, cela est beau, écouter un chanteur
    Comme celui-ci, pareil aux dieux par la voix."
    Qui est Homère ? A-t-il seulement existé ? Il y a ses poèmes, l'Iliade et l'Odyssée, composés sous une première forme en Grèce d'Asie Mineure au VIIIe siècle avant J.-C. Mais lui ? Les Anciens, qui croyaient en son existence, ont multiplié les récits sur sa vie, sa naissance (de père inconnu, ou est-ce un fleuve, ou Apollon ?), son apprentissage, sa cécité, ses voyages, sa gloire et aussi ses faiblesses : il meurt de ne pas avoir su résoudre une énigme enfantine qui portait sur des poux. Un mythe s'est créé, très tôt, étonnant, enjoué et magnifique. Le livre en suit les lignes en partant de l'idée que ce mythe qui parle d'un artiste sans patrie, mutilé mais créateur de merveilles, comme le dieu Héphaïstos, nous en apprend beaucoup sur le choc poétique et religieux qu'a provoqué l'apparition des poèmes homériques. Non pas un auteur, mais un événement révolutionnaire.

  • "La disproportion entre la grandeur de ma tâche et la petitesse de mes contemporains s'est manifestée en ce que l'on ne m'a ni entendu, ni même aperçu. Je vis du seul crédit que je m'accorde. Peut-être même mon existence est-elle un préjugé ?..."

    Comment un jeune professeur, passionné par les Grecs et par Wagner, devient-il le philosophe le plus courageux de son temps, capable de dynamiter l'idée qu'on avait de toute croyance ? De réévaluer toute morale à l'école du soupçon ? De débusquer, au plus profond de la vérité, du langage, et de l'homme même, des puissances hostiles à la vie ? Friedrich Nietzsche (1844-1900) a tout sacrifié à ce projet, tout ce qui comptait pour lui - jusqu'à sa santé et l'amitié. Se vouant à la solitude, il tente de transfigurer la souffrance pour surmonter l'humain. Derrière les figures de l'esprit libre, de Zarathoustra ou de Dionysos, il avance masqué. Mais Nietzsche a aimé la vie au point d'en vouloir l'éternel retour, quitte à devenir fou, préférant passer pour un pitre plutôt que pour un saint.

  • 'Nous, les femmes, si nous voulons être bonnes, féminines, aimables, et vivre une vie familiale, nous ne sommes pas faites pour régner ; à tout le moins, ce sont elles qui s'infligent à elles-mêmes le travail que cela nécessite.'

    Surprenante conception émise par celle qui a régné pendant plus de soixante-trois ans sur la Grande-Bretagne et son empire, et qui a donné son nom à son époque : l''ère victorienne'. Industrialisation, urbanisation, progrès technologique, enracinement du parlementarisme, naissance des grands partis politiques, expansion coloniale, Victoria (1819-1901) fait accéder la Grande-Bretagne à la première place mondiale. Ce livre combine l'analyse des vies privée et publique de cette reine à la personnalité plus complexe que ce que l'histoire en a retenu. Tour à tour jeune souveraine, épouse aimante, veuve inconsolable, libérale puis conservatrice, icône impériale pour ses Jubilés d'or et de diamant, elle a largement contribué à façonner la monarchie britannique contemporaine.

  • "L'âme humaine [...] est comparable à ces créatures fabuleuses - la Chimère, Scylla ou Cerbère - qui unissent en un seul corps les formes de plusieurs espèces d'êtres vivants."
    Platon (env. 428 - 347 av. J.-C.) fait aujourd'hui figure de mythe. Fondateur de nombreux concepts dont nous sommes les héritiers, il apparaît comme le père de la philosophie moderne. Mais quel homme fut-il ? Remarquable par son physique athlétique et son esprit brillant, cet enfant de l'aristocratie athénienne se destinait à la politique ou aux arts. Sa rencontre avec Socrate bouleverse le cours de son existence. Rejetant dès lors la futilité de ses premiers penchants et condamnant les excès de la vie politique, il se voue corps et âme à la quête de la vérité. De son oeuvre, il nous reste vingt-huit écrits, qui ont traversé vingt-cinq siècles. De son vécu, bien peu de chose.
    L'entreprise de Bernard Fauconnier soulève la question des sources : faute de pouvoir apporter une réponse ferme et limpide, l'auteur tente de retracer la ligne d'une vie qui, à bien des égards, fut exemplaire.

  • "L'imagination gouverne le monde."

    Figure universelle du génie humain, Napoléon Bonaparte (1769-1821) a échoué à fonder une dynastie mais a défini la politique moderne. Par son gouvernement, il a montré au monde qu'un pays pouvait vivre durablement sous une autre loi que celle de la monarchie absolue et des privilèges héréditaires et ecclésiastiques. En France, notre Code civil et nombre de nos institutions ont été, depuis leur création par Napoléon, peu ou pas réformés et ont été adoptés et adaptés dans le monde entier. Ramener le destin exceptionnel de celui que Clausewitz appelait le "Dieu de la guerre" à la dimension d'une vie d'homme parmi les hommes est le pari de ce livre. Bonaparte s'est tôt persuadé d'avoir un destin : cette biographie nous raconte les hasards de sa vie. Il s'est peu à peu sacrifié à l'État français jusqu'à sacrifier en lui l'homme privé : Pascale Fautrier lui restitue son humanité, et écrit ici le roman de Bonaparte.

  • "Nous ne pouvons pas construire un monde meilleur sans améliorer les individus. Dans ce but, chacun de nous doit travailler à son propre perfectionnement, tout en acceptant dans la vie générale de l'Humanité sa part de responsabilités."

    La légende n'a voulu retenir de Marie Curie (1867-1934) que l'image d'une travailleuse acharnée et brillante, pionnière dans le domaine de la radioactivité, et prix Nobel à deux reprises. Mais ne fut-elle pas aussi une mère attentive, une épouse dévouée, une amante passionnée, une femme perdue en un temps qui lui refusa la reconnaissance qu'elle méritait ? Dans cette France de la Belle Époque où Mirbeau affirme que le rôle unique de la femme consiste à perpétuer la race, Marya Salomea Sklodowska, la Polonaise, fut traitée d'étrangère, d'intellectuelle athée, de femme émancipée. Quand elle meurt en juillet 1934, usée par un travail écrasant, seule et sans défense, comme l'écrit sa fille Ève, son enterrement ne donne lieu à aucune cérémonie ni discours officiel.

  • "Soyons réalistes, réalisons l'impossible."

    Ernesto Che Guevara (1928-1967) est une icône. Son portrait par Alberto Korda est une des photographies les plus célèbres du monde. Mais que cache cette image trop lisse ? C'est tout le propos du livre d'Alain Foix. Ainsi suit-on le jeune étudiant en médecine dans son voyage en Amérique latine, le voit-on rejoindre le Mouvement du 26-Juillet, renverser Fulgencio Batista aux côtés de Fidel Castro et devenir procureur d'un tristement célèbre tribunal révolutionnaire. Initiateur des camps de "travail et de rééducation", il a occupé plusieurs postes importants dans le gouvernement cubain. Après avoir subitement disparu de la vie politique nationale et avoir combattu au Congo-Léopoldville, celui qui affirmait que "le véritable révolutionnaire est guidé par des sentiments d'amour" est exécuté sommairement par l'armée bolivienne.

  • 'Le but de la musique devrait n'être que la gloire de Dieu et le délassement des âmes.'

    On n'a longtemps vu en Johann Sebastian Bach, en français Jean-Sébastien Bach (1685-1750), qu'un organiste virtuose, voire un protestant bigot ou un fonctionnaire du culte composant à marche forcée. Pourtant, cantates, Passions, concertos, sonates, fugues, canons, passacailles, rien ne résiste à la boulimie de ce musicien complet qui maîtrise parfaitement la facture des instruments, la technique instrumentale, la composition, l'improvisation, la pédagogie, et la gestion d'une institution musicale. Homme aux multiples facettes et père de vingt enfants, l'auteur de L'Art de la fugue, qui ignore la cassure habituelle entre musique profane et religieuse, est considéré aujourd'hui comme un des plus grands musiciens de tous les temps.

  • 'L'injure des hommes
    Qu'est-ce que cela fait?
    Va, notre coeur sait
    Seul ce que nous sommes.'

    Paul Verlaine (1844-1896) est sinon le plus grand poète français, du moins le plus mélodieux et le plus pur. Sa vie tumultueuse, ses passions, ses errances et ses fuites à l'étranger font de lui un personnage hors du commun. Né sous le signe de Saturne, qui lui vaut, dit-il, 'bonne part de malheur et bonne part de bile', écartelé entre Mathilde, 'la petite épouse', et Rimbaud, 'l'époux infernal', il tente de percer les mystères du commerce poétique. Qu'elle soit grâce ou dépravation, 'crapulerie' ou sagesse, perfection musicale ou violence orageuse, la poésie est avant tout pour lui le moyen le plus sûr de connaître le monde.

  • "L'homme de l'Ouest [...] savait voir et entendre autour de lui ; il était à l'affût d'innombrables indices qui signifiaient pour lui la sécurité ou le danger, c'est-à-dire la vie ou la mort. Et ces longues chevauchées solitaires, qui, sans doute, auraient paru désespérément monotones à un homme de la ville, restent pour moi les moments les plus exaltants de ma vie."
    William Frederick Cody, dit Buffalo Bill (1846-1917), est la figure emblématique d'un monde, le Far West, dont il a célébré la nostalgie. Illustrant l'ambiguïté d'une société qui détruit ce qu'elle exhibe, il arpente la frontière entre plaines de l'Ouest et monde industrialisé mais aussi réalité et imaginaire. Éclaireur, chasseur de bisons engagé par la compagnie de chemin de fer du Kansas Pacific, Buffalo Bill est également le directeur d'une troupe théâtrale populaire qui compose la légende de l'Ouest. Figure contradictoire, passeur de frontière, centaure moderne immortalisé par la peintre Rosa Bonheur, il métamorphose l'univers de la Prairie en spectacle de cirque. Aventurier contradictoire qui traduit nos déchirures et nos revirements, il est l'une des figures mythiques, célébrée puis contestée, de l'histoire américaine.

  • "La mort n'a qu'un instant et la vie en a mille."

    Armand-Jean du Plessis de Richelieu (1585-1642), dit le cardinal de Richelieu, cardinal duc de Richelieu et duc de Fronsac, eut une destinée à tel point hors du commun que Mazarin, son successeur, put dire qu'"en aucun siècle il n'y a eu un homme semblable". Entré dans les ordres pour conserver à sa famille le bénéfice de l'évêché de Luçon, il fut, de 1624 jusqu'à sa mort, le principal ministre d'État de Louis XIII. Habile, intransigeant, père de l'Académie française et amoureux des arts, certain que les "intérêts publics doivent être l'unique fin du Prince et de ses conseillers", il peut être considéré comme l'un des fondateurs de la France moderne. Le 5 décembre 1793, plus de cent cinquante ans après sa mort, les révolutionnaires l'exhument et le décapitent

  • "Les gens ont trouvé que ce n'était pas bien de ma part d'avoir invité à dîner les mauvais éléments de la vie et d'avoir pris plaisir à leur compagnie. Mais ces êtres, sous l'angle où l'artiste en moi les approchait, étaient riches de suggestions et de stimulations délicieuses. C'était festoyer avec des panthères."
    Esthète flamboyant, orateur brillant, Oscar Wilde (1854-1900) participa de son vivant et avec ardeur à l'édification de son mythe. Dandy sulfureux, l'auteur du Portrait de Dorian Gray fait partie de ces êtres d'exception qui, par la densité de leur existence et la modernité de leur oeuvre, restent longtemps après leur mort nos contemporains. Dramaturge à succès mais poète maudit, condamné à deux ans de prison pour délit d'homosexualité lors d'un procès à scandale, il mourut dans la misère. Cette biographie retrace le destin tragique et fabuleux de celui qui assurait avoir dilapidé son propre génie, et pris un plaisir étrange à gaspiller une jeunesse éternelle.

  • "Bienheureux es-tu, Achille, d'avoir eu de ton vivant un ami fidèle, et, après ta mort, un grand héraut de ta gloire !"

    Quoique le concernant bien des mystères demeurent - son tombeau n'a jamais été retrouvé, ses écrits ont été perdus -, Alexandre III de Macédoine dit le Grand (356-323 av. J.-C.) reste un des plus fascinants héros de tous les temps. Roi de Macédoine à vingt ans, qui se lancera deux ans plus tard à la conquête d'un empire allant de la Grèce jusqu'à l'Inde, guerrier, certes, mais aussi administrateur et visionnaire, Alexandre le Grand était un homme au caractère contrasté qui, en élève du philosophe Aristote, pouvait se montrer d'une extrême clémence envers les vaincus, comme donner libre cours à sa colère et à sa cruauté. Rêvant d'une fusion entre l'Occident et l'Orient, d'un métissage entre les peuples, d'un brassage des cultures, des arts et des religions, on peut se demander quelle aurait été sa destinée s'il n'était mort, à trente-trois ans, à Babylone, vaincu par la malaria.

  • L'insurrection est le plus sacré des devoirs.

    Personnalité de la Révolution française, acteur majeur de la monarchie de Juillet, celui qui avait joué un rôle décisif dans la guerre d'Indépendance des États-Unis, Gilbert du Motier de Lafayette (1757-1834) fut autant controversé de son vivant qu'après sa mort. Du côté français on le qualifia volontiers de cavalier de la chimère, de statue en quête de piédestal, voire de plus jobard des libéraux. Du côté américain, l'image est tout autre : appelé affectueusement notre marquis, élevé en 2002 au rang de citoyen d'honneur des États-Unis d'Amérique, il est considéré comme un véritable héros et un pionnier de la liberté. Bernard Vincent choisit l'histoire plus que la politique : Lafayette eut, mieux qu'une vie, un destin.

  • 'Tous les hommes rêvent mais pas de la même façon. Ceux qui rêvent de nuit s'éveillent le jour et découvrent que leur rêve n'était que vanité. Mais ceux qui rêvent de jour sont dangereux, car ils sont susceptibles, les yeux ouverts, de mettre en oeuvre leur rêve afin de pouvoir le réaliser. C'est ce que je fis.'

    Derrière le héros mythique, joué par Peter O'Toole dans le célèbre film de David Lean, se cache un personnage complexe, non exempt de zones d'ombre. Archéologue et agent de renseignement, homme d'action et auteur des Sept Piliers de la sagesse, Thomas Edward Lawrence (1888-1935) se disait 'à moitié poète', se voulait 'intouchable', et mourut prématurément dans un accident de moto. Ce livre retrace la vie et les aventures de l'insaisissable Lawrence d'Arabie, dont Winston Churchill affirmait qu'il était 'un des êtres les plus extraordinaires de son temps'.

  • "Je suis une biche aux bois, éloignée de toute politesse."

    Marie de Sévigné (1626-1696) est un écrivain sans le savoir : rien ne préparait le millier de lettres qu'elle a écrites à voir le jour sous le nom d'oeuvre. Mais l'épistolière la plus célèbre de France est une femme au destin particulier : orpheline de bonne heure, elle échappe au couvent pour recevoir une éducation dont elle tirera tout le profit dans la société du XVIIe siècle au sein de laquelle elle brille par son esprit et son naturel. Témoin privilégié de son temps, de la Fronde au règne de Louis XIV, elle est surtout, lettre après lettre, l'historienne de sa propre vie, partagée entre son devoir et sa passion maternelle. Roger de Bussy-Rabutin, auteur féroce, ne s'y est pas trompé qui écrit au sujet de sa cousine : "Rien n'est plus beau que ses lettres ; l'agréable, le badin et le sérieux y sont admirables ; on dirait qu'elle est née pour chacun de ces caractères."

  • Que chacun cherche à être utile à lui-même et aux autres.

    De sa naissance à la veille de sa mort, Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) n'a cessé d'écrire. L'édition complète de ses oeuvres compte cent-cinquante volumes. Comme d'aucuns l'affirment, point de vie où l'oeuvre à réaliser ait tenu rôle plus capital. Romans, poèmes épiques, oeuvres scientifiques, livrets d'opéra, dessins, théories de l'art, pièces de théâtre, Goethe s'essaie à tous les genres. Sa soif d'expériences est insatiable : biologie, zoologie, ostéologie, optique, géologie. Grand administrateur et homme d'État, amoureux infatigable, l'auteur des Souffrances du jeune Werther, de Faust, des Affinités électives mais aussi d'un fameux Traité des couleurs nous est ici dévoilé dans sa vie la plus quotidienne, dépoussiéré, dégagé de toutes ses légendes.

  • Debussy

    Ariane Charton

    'Les musiciens ont le privilège de capter toute la poésie de la nuit et du jour, de la terre et du ciel, d'en reconstituer l'atmosphère et d'en rythmer l'immense palpitation.'

    Indiscipliné, depuis le Conservatoire, et méprisant les succès faciles, Claude Debussy (1862-1918) dut toute sa vie faire face à de sévères critiques. Avec le Prélude à l'après-midi d'un faune, Pelléas et Mélisande, La Mer ou encore ses Préludes pour piano, sachant se libérer des traditions romantiques et wagnériennes, il a révolutionné la musique française. Admirateur des impressionnistes, de Verlaine et de Mallarmé, il s'est nourri d'art et de littérature mais aussi des musiques orientale et espagnole. Il a recherché des harmonies et des rythmes nouveaux dans lesquels les notes expriment sensations et images. En proie durant toute son existence à des difficultés matérielles et à des accès de spleen, il reste un compositeur à part, perfectionniste et intransigeant. Il mourut au son des canons allemands bombardant Paris.

  • «Depuis un âge très tendre j'ai commencé à naviguer sur la mer. L'art de la navigation incite à désirer connaître les secrets du monde.»

    Fils d'un modeste tisserand génois, Christophe Colomb (1451-1506) suscite, aujourd'hui encore, autour de sa vie et de sa fameuse découverte des Amériques, bien des passions. Des zones d'ombres et de mystères jalonnent l'existence de cet être contradictoire, complexe, mais toujours fascinant. Favorisée par sa culture scientifique et religieuse, l'idée de mission ne cesse d'habiter le «très magnifique seigneur don Cristobal Colón, amiral de la mer Océane». Elle l'accompagne tout au long de ses quatre voyages, durant lesquels il nous parle d'Indiens, d'or, de tempêtes, de mutineries ; et se poursuit au-delà, à travers l'élaboration de son Livre des Prophéties, et la perspective quasi mystique de la conquête de la Terre sainte. Colomb a découvert le Nouveau Monde parce qu'il le cherchait. Le trouvant, il a fait voler en éclats les frontières géographiques et mentales d'une Europe encore médiévale, et changé l'histoire du monde.

  • "Ne vous laissez pas gouverner ; soyez le maître, n'ayez jamais de favoris ni de premier ministre ; écoutez, consultez votre Conseil, mais décidez : Dieu qui vous a fait roi vous donnera les lumières qui vous sont nécessaires."

    Affamé de "grandeur et de magnificence", Louis XIV (1638-1715) voulut repousser les limites de la condition humaine. En incarnant à lui seul la nation tout entière, le Monarque renferme la volonté du peuple dans la sienne, il est l'État, il est la France. En divinisant la royauté, en donnant à la fonction royale un caractère quasi pharaonique, le Roi Très-Chrétien devient un Roi-Soleil qui crée autour de lui une dévotion païenne. Cinquante-quatre ans durant, avec la même gravité pompeuse et sereine, il cultive une seule ambition, personnelle et nationale : faire de son pays, le plus ancien, le plus peuplé, le plus puissant des royaumes d'une Europe dont l'essor ne fait que commencer, le théâtre d'une transformation continue, sociale et spirituelle susceptible d'en faire la plus grande puissance de son temps.

  • «J'aime d'un amour bestial et profond, misérable et sacré, tout ce qui vit, tout ce qui pousse, tout ce qu'on voit [...] : les jours, les nuits, les fleuves, les mers, les tempêtes, les bois, les aurores, le regard et la chair des femmes.»

    Guy de Maupassant (1850-1893) a tout mené à vive allure : sa vie trop brève et son oeuvre. Son nom est associé aux jours dorés du canotage sur la Seine, aux dimanches à la campagne noyés d'un soleil impressionniste. Sportif accompli, amant insatiable, écrivain célèbre jusqu'en Russie, qui était vraiment Maupassant? Ce faune à l'étroit dans les ministères renonça à la sécurité de l'emploi pour suivre son destin tragique et flamboyant. Entré dans les lettres «comme un météore», il accomplit en dix ans une des oeuvres les plus importantes de la littérature française. Ses nouvelles mais aussi ses romans, qui sont autant de victoires contre la syphilis et la folie, sont encore aujourd'hui portés à l'écran et témoignent de son étonnante modernité.

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