Institut de recherches et d´études sur les mondes arabes et musulmans

  • La surinterprétation parentale et tribale de la société touarègue a longtemps effacé le champ du "politique" comme sphère autonome. Si la parenté est une trame qui sert à exprimer de nombreux rapports sociaux, elle ne suffit pas à rendre compte de l'organisation politique chez les Touaregs. Une précédente publication (Touaregs, Exil et résistance) faisait état des modèles exprimés et des registres métaphoriques utilisés pour expliquer l'ordre du politique, les comparant aux représentations forgées de l'extérieur. Poursuivant cette démarche, l'ouvrage présent s'intéresse en particulier à l'étude concrète des réseaux et formations politiques dans l'histoire touarègue ; il tente notamment d'analyser la forme, le sens et les mutations des relations politiques nouées à l'intérieur et à l'extérieur de ce monde complexe.

  • À quels critères et à quelles exigences répond la « fabrication » des élites du monde nomade ? Quelles sont les métamorphoses qui les travaillent dans un environnement politique, économique, social et cultures en pleine mutation ? Ce volume à plusieurs plumes appréhende la question à travers deux exemples : les Touaregs et les Maures. Il s'interroge sur la hiérarchie des savoirs mobilisés et valorisés dans chacune de ces sociétés, sur les pratiques et les pouvoirs d'action auxquels ils conduisent, sur les conditions nécessaires à leur perpétuation ou au contraire à leur invalidation. La notion d'élite est explorée ici dans une acception large, comme la représentation en vigueur dans une société donnée des « personnes les meilleures, les plus remarquables d'un groupe » (Littré, Le Robert). Elle est étudiée dans une perspective diachronique qui met en avant l'évolution des modalités de transmission des connaissances et de leur contenu. Les correspondances apparaissent multiples entre les divers types de savoirs et de pouvoirs. La transformation de l'ordre du politique, en particulier, a des répercussions évidentes sur l'ensemble des autres domaines, qu'ils concernent les modes d'interprétation et de gestion du social du culturel, de l'économique, du sacré...

  • Du Maroc au Yémen en passant par le sud de l'Algérie, par la Tunisie et un arrondissement de Paris, les études réunies dans ce cahier s'attachent à l'espace quotidien. Elles montrent comment, dans sa diversité, celui-ci s'articule à des temps eux-mêmes divers : les rythmes de l'existence la plus ordinaire et des moments plus exceptionnels. Avec, éventuellement, en arrière plan, la durée où s'expriment et se modèlent les changements culturels et sociaux. Les auteurs ne perçoivent pas de façon figée les rapports de la tradition et de la modernité auxquels ils sont confrontés à différentes échelles. Ils essaient plutôt, en mettant au jour le poids des ajustements et des résistances, d'en saisir la complexité et le caractère dynamique.

  • Près d'un siècle après la grande vague migratoire qui les a menés de la Méditerranée orientale à Buenos Aires et aux vallées de la Cordillère andine, les Arabes d'Argentine constituent un objet de recherche inépuisable pour les sciences sociales. La dialectique entre des politiques publiques d'intégration et les dynamiques internes d'un groupe hétérogène tant par ses appartenances confessionnelles chrétiennes ou musulmanes que par sa forte stratification sociale, a généré des formes spécifiques d'expérience, modelé les discours, voire les identités, du groupe immigré. Toute la richesse de cette expérience des Turcos originaires du Liban et de la Syrie actuels dans la société argentine se retrouve aujourd'hui dans l'exacerbation des ambiguïtés de la situation de la deuxième et de la troisième génération. Sur le mode de l'interdisciplinarité, une équipe de chercheurs argentins et français s'efforce de cerner ces ambiguïtés à partir de différentes perspectives et différentes sources, d'entretiens et d'enquêtes, de la presse "ethnique" et des archives publiques. Les stratégies identitaires des Turcos, qui vont de l'assimilation totale à la réislamisation, en disent long sur le multiculturalisme argentin, mais également sur les sociétés politiques de l'Orient arabe aujourd'hui, dont ils sont originaires.

  • Les zones d'éducation prioritaires (ZEP) ont été instituées dans l'éducation nationale française sous le ministère d'Alain Savary en 1981. Le modèle était importé d'Angleterre. Il consistait à susciter des dynamiques nouvelles autour des établissements scolaires des quartiers désignés comme « difficiles » (sur des critères socio-scolaires qui incluaient alors la proportion d'enfants d'immigrés), en associant dans des projets éducatifs concertés un ensemble d'opérateurs extérieurs à l'école, reconnus comme « partenaires » : membres d'associations, travailleurs sociaux, équipements socio-culturels, habitants... À l'époque cette politique était surtout incitative. La politique de la ville, structurée en 1990, a d'emblée compris une composante éducative qui a déterminé la « relance » des ZEP. Il s'agissait de reprendre l'orientation initiale (partenariats éducatifs, projets) en la renforçant par des dispositifs de discussion, de financement, de suivi. Comment l'institution scolaire s'est-elle adaptée au nouveau jeu des ressources et des contraintes auquel elle était invitée ? Cette question générale a été à l'origine de l'étude dont on trouvera ici la première partie.

  • Cette étude a pour terrain Saïda, principale ville du sud du Liban. Elle porte sur la façon dont Rafic Hariri (devenu premier ministre en 1992) est parti à la conquête d'une crédibilité politique qui lui faisait initialement défaut : pour construire son leadership, celui-ci a mis en place dans sa ville un réseau clientélaire, en y menant une action sociale et culturelle soutenue par un capital économique et un savoir-faire qu'il avait acquis en dehors de son pays. Ce processus, s'il s'inscrit pour une part dans des logiques traditionnelles, a aussi quelque chose d'atypique. C'est ce qu'Emmanuel Bonne s'attache à montrer. En éclairant notamment les relations complexes existant, dans le Liban d'aujourd'hui, entre stratégies locales et desseins nationaux.

  • Sur les écrans français, de 1907 à 1980, chaque semaine des journaux d'actualités filmées proposaient aux spectateurs un résumé des événements majeurs des sept jours précédents. Ce numéro propose un ensemble de travaux sur ce traitement original de l'information, qui constitue une irremplaçable mémoire en images du XXème siècle. À partir de bandes d'actualités relatant des faits importants : novembre 1918, février 1934, la déportation, mai 68... quelques articles recherchent comment est représentée l'histoire immédiate. Comment le choix des images, la construction cinématographique et le commentaire (à partir de 1929), élaborent des discours, qui sont souvent bien loin de l'objectivité apparente que proclame leurs promoteurs. Se révèle ainsi, de façon directe et non perturbée par une fiction, l'interprétation d'une époque par les contemporains. Ce numéro évoque aussi les sociétés de production indépendantes, ou créées par Pathé ou Gaumont, les générations de grands reporters, la législation imposant un contrôle strict des contenus, et la naissance et l'essor d'une chaîne d'exploitation consacrée uniquement aux actualités : Cinéac. Cet ensemble d'études, approche novatrice et inédite d'un élément de l'histoire du cinéma aujourd'hui disparu, a été possible grâce à la collaboration de chercheurs du CNRS, d'universitaires, et de conservateurs qui ont bien voulu apporter leur concours aux côtés des rédacteurs membres de l'Institut Jean Vigo.

  • Les trois contributions réunies dans cette première livraison des Cahiers de l'IREMAM apportent des éclairages complémentaires au phénomène complexe du café dans le Proche-Orient. La mise en parallèle d'une cérémonie turque du café (Hélène Desmet) et de la cérémonie de thé japonaise (Jane Cobbi), permet de dégager les spécificités d'une consommation ritualisée dans deux contextes différents. Le Caire, pôle de diffusion du café dans toute l'aire méditerranéenne ? Michel Tuchscherer en étudiant les sources autochtones, apporte des éléments inédits pour la connaissance du café dans l'Égypte ottomane. Avec les matériaux et la bibliographie rassemblés par Aladin Goushegir, on dispose pour la première fois d'un dossier historique et ethnologique complet sur le café en Iran. La mise en relation de ces documents voudrait créer la possibilité d'un questionnement nouveau de ce thème.

  • L'immigration donne lieu à de nombreux débats d'où l'anthropologie est assez souvent absente. Cela tient sans doute à ce que d'autres disciplines occupent le devant de la scène. En même temps, l'étude des phénomènes migratoires privilégie les ressortissants du Maghreb. Ce cahier présente un point de vue anthropologique sur l'immigration où les populations originaires des pays du Maghreb aussi bien que d'Italie ou de l'Europe de l'Est (les Tziganes) sont prises en considération dans une perspective comparatiste. Une partie des contributions est consacrée à l'anthropologie culturelle et critique les conceptions qui enferment les migrants dans une sorte d'«identité culturelle». D'autres points de vue sont, toutefois, représentés. Une seconde partie est consacrée à l'anthropologie biologique et, plus particulièrement, à ses apports spécifiques : l'étude des comportements féconds, des pratiques alimentaires et des généalogies. Ce cahier réunit des contributions qui matérialisent une coopération entre plusieurs universités et centres de recherche européens.

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