Julliard (réédition numérique FeniXX)

  • "À quoi tient l'image de marque ? À très peu de chose en vérité. La chirurgie esthétique eût-elle existé sous les pharaons, la réputation d'une Cléopâtre au nez mutin n'aurait pas dépassé celle d'une malheureuse Sissi impératrice du Nil. Mon problème est évidemment différent. Quand on mesure 1 mètre 98, on ne se réduit pas comme un vulgaire sauté de veau sous prétexte que ces quelques centimètres superflus risquent de vous être préjudiciables. Petit et gros, la Coupole m'aurait peut-être déjà ouvert ses portes. Seulement voilà : grand et mince, me voilà à tout jamais affublé d'une sorte d'étoile jaune de dandysme. L'image de marque n'est pas seulement un handicap gênant, c'est surtout un impitoyable bromure intellectuel qui défigure tout ce que l'on tente. Je n'en veux pour preuve que la série d'interviews qui suit. Effectuées par des journalistes de tous bords, intelligents ou stupides, amicaux ou franchement agressifs, intrigués ou d'une évidente mauvaise foi, elles semblent les carbones inconscients d'une caricaturale interview-type. Comme si, hypnotisé par l'image de marque, on n'avait fait aucun effort pour découvrir cet autre Vilallonga : moi-même. Dirais-je que j'ai tout mis en oeuvre pour dynamiter cette fausse vision des choses ? L'échec est là, agaçant, dans ces pages. Ces journalistes, si compréhensifs après une heure de conversation, ne m'avaient pas écouté, moi. Ils n'avaient retenu que ce que, par ma bouche, disait l'autre. La solution ? Je la cherche encore." J. L. de V. Il fallait la plume, le cynisme et la désinvolture de José Luis de Vilallonga pour mener à bien pareille entreprise. Dans cette suite de sketches empoisonnés d'humour, dans cette chasse aux images, il s'est constamment amusé à détruire la sienne, se promenant dans ces pages, armé d'un revolver dont les coups feront rire. Le regard pétillant et moqueur, il semble qu'il ait oublié de se prendre au sérieux. C'est ce que l'on attendait de la part du romancier de Fiesta, du peintre lucide et cruel de Gold Gotha.

  • Quinze ans de "combat", ou l'aventure baroque d'un journal issu de la Résistance, et devenu l'idée fixe d'une poignée d'enthousiastes... Un beau sujet de film, vécu, écrit, et réalisé par Henry Chapier, avec Henry Smadja et Philippe Tesson comme têtes d'affiche, Maurice Clavel en vedette américaine de Mai 68, et la participation extraordinaire d'Henri Langlois. Il ne s'agit pas d'un western, mais il est question d'une traversée du désert : il y a un vrai "suspense", et cependant ce n'est pas un film policier. L'histoire ressemble à un roman de science-fiction, mais elle se déroule bien sur notre planète : on y met en scène des surhommes, mais ce ne sont pas des Martiens. Quinze ans de "combat" appartiendrait plutôt au genre "comédie héroïque" : un mélange détonant d'épisodes picaresques, de provocations romantiques et de gags involontaires... Mais le cri de rage, l'irrespect et l'élan lyrique en constituent la bande sonore ou la partition. Les décors sont introuvables, même dans une reconstitution des "Puces", mais leur importance est capitale dans le dénouement de l'action. Henry Chapier nous fait grâce, d'autre part, de ses tribunes critiques préférées, se contentant d'un coup de chapeau aux idoles de l'écran qu'il a défendues pendant quinze ans en redoutable polémiste. Loin d'être un "requiem" ou un règlement de comptes, cette idée fixe est l'évocation d'un tourbillon d'événements graves ou cocasses qui ont entretenu l'increvable légende du journal quotidien le plus libre et le plus farfelu accompagnant notre café du matin.

  • Qu'il écrive ou qu'il dessine, Philippe Jullian est avant tout intéressé par les objets, les tableaux, les meubles, les bibelots, par tout ce qui peut établir une communication quasi médiumnique entre le passé et lui, peut-être parce qu'il a été élevé par ses grand-mères dans une ville à l'opulence ancienne : Bordeaux. Il compare sa mémoire à un vaste grenier où s'entassent, avec les souvenirs d'une enfance vécue à l'ombre d'un grand-père illustre historien, ceux de nombreux voyages, avec leurs rencontres délicieuses ou scandaleuses, toutes les images glanées au cours de ses reportages et ses expériences de la Salle des Ventes, qui est son Casino. Du grenier à la brocante, il n'y a qu'un pas, et Philippe Jullian imagine des boutiques fantasques. Aussi bien dans ses dessins que dans ses romans, il traite les meubles avec plus d'indulgence que ceux qui s'en servent. Certains passages de ce livre rappelleront les Mémoires d'une Bergère, d'autres le Dictionnaire du Snobisme. La passion de la cocasserie, de l'inutile, de l'équivoque, autant qu'un goût de la beauté font de ce livre le catalogue de tout ce qui a pu retenir un curieux, en même temps que les mémoires d'un esthète. La verve du crayon vaut celle de la plume dans des portraits de personnages plus honorés qu'honorables, trafiquants de chefs-d'oeuvre.

  • Tout ne se fait que par rencontre... Nous écrivons tous nos mémoires d'outre-tombe à partir d'un capital de rencontres amassé au cours de nos ans, et pour peu que la voix d'une grive, une madeleine trempée dans le thé, déclenchent la soudaine liquidation de ces réserves... D'autre part, la rencontre est un des moteurs de la vie, une sorte de pulsation rythmique qui, tout à coup, nous rend le souffle et réveille notre énergie... Je me rends compte que la rencontre a toujours été pour moi la grande utopie de la communication... Je dois beaucoup à ceux que j'ai aimés, à ceux aussi qui m'ont choisi. Et donc à ce hasard que je ne parviens pas à nommer et qui est resté jeune alors que ma vie s'écoulait. Mais on croit à si peu de choses. Je continuerai donc de conjuguer au présent : tout n'arrive que par rencontre. » C. B.

  • ... parce que tu comprends, je voudrais jouer de l'accordéon, mais je ne voudrais pas en jouer bien. Ce que je voudrais c'est jouer à l'arrière-plan, pendant que les gens chantent ou dansent, jouer seulement pour les mettre en train... On ne peut pas espérer que les gens lisent vos livres en frappant dans les mains : d'où cette brusque nostalgie. L'accordéoniste populaire, celui qui fait les bals, ce n'est pas très important qu'il joue mal, qu'il fasse des fautes. S'il est fatigué, un autre le remplace. Il est interchangeable. Indispensable et interchangeable. Voilà mon paradoxe, mon idée fixe. J'ai une balance dans la tête et un volcan dans le plexus. Je ne suis jamais parvenue à concilier les deux. C'est ça le rêve de l'accordéon. Le désir de voir danser, de faire danser, de déchaîner le joyeux volcan de la fête, mais tout de même sans y participer directement, parce que ça finit par des vitrines cassées, des gueules de bois et des regrets. Un déchainement harmonieux. Un défoulement qui soit en même temps d'une exquise justesse. Allez vivre tranquille avec des rêves pareils. ... Non, ce qui me conviendrait, ce serait de me fondre dans un ensemble. Une chorale, un orchestre, un groupe... Mais un groupe harmonieux. Et si je fondais une chorale des Goncourt ?... Ça pourrait être magnifique, ce choeur de voix d'hommes. Moi, naturellement, je jouerais de l'accordéon. ... Pour être aimée en tant que jouant de l'accordéon, c'est-à-dire au titre de ma fonction. Pour être aimée tout en restant "à l'écart sur une chaise". Pour être aimée au nom de l'amour, tout simplement.

  • - Mais pourquoi n'écrivez-vous pas quelque chose pour Idée Fixe ? me demande une gentille dame très jolie, ronde et heureuse de l'être. Et surtout, elle a l'air (et ça me flatte) de m'avoir lue. Moi : - Qu'est-ce que c'est, idées fixes ? Bien élevée, la dame ne s'agace pas Mieux, m'explique. Moi, encore : - A vrai dire, ça n'est pas une idée fixe que j'ai, mais une obsession qui me ronge, me fait rouler en boule à attendre que les jours s'usent comme ça, à rien. Une obsession qui fait que, depuis un an, je n'ai plus de crayon près de la main quand j'épluche les légumes, et que je n'écris même plus sur mes tickets de métro. Mon obsession, je n'aime pas les attachées de presse et les accuse, formellement et officiellement, de parasitisme doublé d'imbécillité. Et de ce fait, écoeurée de ce qu'elles font ou plutôt ne font pas d'un livre qui leur est confié, j'ai décidé de n'en plus écrire ! Ses yeux rient : - Eh bien, racontez-le. Ça vous fera du bien. Ça vous dénouera. - C'est vrai, c'est une idée (pourquoi je dis ça ?)...

  • Le petit poète du Canard Enchaîné est un amoureux des mots. Il les prend, les reprend, joue sur eux, avec eux, les tourne, les retourne, les caresse, les pénètre, les fait exploser dans tous les sens, tout leur sens. Le mot le plus banal peut devenir avec lui un mot d'esprit, un mot d'amour, un mot d'elle, un mot coeur... Ah ! les mots cris ! Sigmund Freud disait (mais pas aussi bien que l'auteur de Et Alors et oilà et de la Légende des siestes) que, chez l'homme, jeux de mots et érotisme, tout converge.

  • "Jamais les indignations n'ont fait autant de bruit qu'aujourd'hui. De derrière les chaires savantes jaillissent des doigts accusateurs, du haut des échasses ministérielles dégoulinent des réquisitoires sévères, de toutes les tribunes, officielles ou improvisées, s'élèvent des nuées d'éloquence moralisante. Toute cette mobilisation de cervelles et de langues prouve à quel point les responsables, comme on les appelle, ont souci de notre salut. Je ne puis réprimer le cri de reconnaissance qui me monte aux lèvres. Mais, après le temps de l'exaltation, vient celui de la réflexion et le tableau change à vue d'oeil. Cette vertu si ardemment défendue n'est-elle pas un rideau de fumée ? Ces nobles déclarations que personne ne réclame, soucieux qu'il est, à juste raison, d'assurer son pain quotidien, finissent par donner des doutes. C'est très joli de proclamer à tous les horizons que les Français sont des truqueurs, mais ne vaudrait-il pas mieux se demander pourquoi, si c'est vrai. Après tout, si les Français fraudent le fisc, c'est parce que le fisc est injuste, et non parce qu'ils sont des fraudeurs. S'ils critiquent l'administration, c'est parce qu'elle est pesante et tatillonne, et non pour le plaisir de dénigrer. On parle trop de vertu pour que cela ne devienne pas louche. Si l'on mesure la distance qui sépare les bons apôtres des exploiteurs, on constate qu'elle est bien courte. On a beaucoup plus fréquemment la main sur le coeur que le coeur sur la main."

  • Qui d'entre nous n'a pas la sienne ? Avouée ou dissimulée, rafraîchissante ou lancinante. inattendue ou prévisible, elle se love en nous selon ce que nous sommes et nous exprime en nous rongeant ou en nous émerveillant. La collection IDÉE FIXE donne l'occasion à tous les écrivains d'énoncer sans détours le secret dont ils ont nourri jusqu'ici sournoisement leurs livres. Aucun risque d'appauvrir leur inspiration en vidant leur coeur et leur sac : l'idée fixe a de la ressource et qui croit l'épingler ne fait que lui donner du lustre. A nous donc les essais brillants issus d'humeurs talentueuses et longtemps refoulées. « Pour tout vous dire... » il n'est pas de meilleure promesse aux lecteurs désireux d'en savoir toujours davantage.

  • Il serait assez vain de chercher le nom de Sternberg (Jacques) dans le Bottin Marin entre les noms de Colas et Maury ou entre les frères Pajot et Tabarly. Il n'y figure évidemment pas. Mais, en revanche, le même Sternberg a, paraît-il, à son actif une vingtaine de livres qui ne sont jamais des récits d'aventures maritimes, ni même des ouvrages d'initiation à la voile. Alors quoi ? Quels sont donc les rapports secrets de cet auteur avec le nautisme ? Qui l'a forcé à prendre la voile ? Personne, aucune religion. Même le fait que Sternberg soit né les pieds dans l'eau glauque de l'Escaut, à Anvers, n'explique que peu de chose. Pourtant, il donnerait sans doute toute sa bibliothèque - quatre cents livres marins, paraît-il - et toute sa discothèque - de jazz, dit-on - et même son Solex pour son dériveur léger qui a pourtant dix ans d'âge et à peine le foc sur les eaux. A un inconnu qui lui avait dit un jour : « Je trouve que vous écrivez mal mais que vous barrez assez bien », Sternberg avait répondu que s'il barrait comme il écrivait, il serait probablement champion olympique. Il le pensait sans doute, mais il devait y avoir de l'amertume dans sa réplique. Défier les vents contraires lui a toujours tenu plus à coeur, que convaincre des éditeurs hostiles. Voilà pourquoi cette idée fixe qui ne parle que de focs, de rafales et de drisses fut écrite en grand largue dans un seul élan de joie et de regrets.

  • Je n'ai jamais fait le compte de mes multiples idées fixes. Je sais seulement que je n'échappe à leur éventuelle tyrannie qu'en les laissant se combattre entre elles... L'idée fixe que j'ai retenue, c'est une idée acquise, contractée comme une scarlatine. Je songeais à cette magie, à ce don qu'avaient certains hommes d'imaginer, d'insuffler à des créatures, nées de leur seul et mystérieux pouvoir, une vie plus vraie que la vie même. Mais voici qu'une autre idée fixe vient me distraire et réclamer sa part. Elle est certainement abusive. Elle est accidentelle, accessoire, liée qu'elle est à la circonstance ; elle va jusqu'à jouer sur les mots. Qu'on me permette pourtant de céder à son appel, puisque aussi bien elle m'a requis. souvent jusqu'à m'accaparer. pendant un peu plus de quinze ans. L'Académie, multiséculaire, n'en est pas à un perpétuel près. Elle a les siècles pour elle. Elle est sage et magnanime. Elle ne m'en voudra pas, écrivain que je suis et soucieux comme nous tous, même ceux qui prétendent le contraire, de laisser l'ombre d'un sillage sur l'océan du temps sans rives, d'avoir changé de perpétuité.

  • Cinq années de spectacle télévisé quotidien, cela finit par donner des idées, même à un critique... Certains soirs de particulière grisaille, on essaie d'imaginer une télévision où la liberté, enfin, de créer aurait balayé tous ces faux-semblants, tous ces préjugés, toutes ces routines qui tissent ensemble la trame des programmes. Des idées ? Une idée. Fixe. Cette télévision standardisée, normalisée, banalisée affiche avec ostentation son penchant pour le « divertissement ». Elle a pris résolument ses distances avec la vie quotidienne des Français : la réalité, elle en parle le moins possible. Pourquoi ? Pour empêcher les téléspectateurs, sans doute, de se mêler de ce qui les regarde. C'est ce que l'on appelle un choix politique.

  • D'abord de quoi s'agit-il ? De la présentation d'un livre que nous avons commis, comme disent certains voyageurs. Eh bien entrons dans le vif du sujet et disons sans ambages que si ce livre s'intitule l'Idée fixe d'Adhémar Félé du Peyronnet, c'est parce que c'est de cela qu'il s'agit et non pas des « propriétés intellectuelles du fromage de tête ». Nous ne pouvons en dire plus, parce que, dans ce cas, la présentation deviendrait plus longue que le roman lui-même, nous poussant de ce fait à en faire un roman qui nous obligerait par la suite de refaire une présentation pour ce nouveau roman tiré de la présentation du roman qu'on avait écrit et pour lequel on avait justement pondu une présentation. « La vie est déjà assez compliquée comme ça », disait Théophraste Renaudot. « Deux citations » en quelques lignes, cela laisse rêveur d'une part et présumer, d'une autre, de la qualité littéraire de cet ouvrage. Les auteurs vous souhaitent donc une agréable lecture en espérant qu'ils sauront vous distraire, car comme disait une fermière normande bien connue de ceux qui l'ont fréquentée : « Il vaut mieux traire son prochain que distraire une vache ! » Veuillez agréer nos salutations distinguées.

  • Qui d'entre nous n'a pas la sienne ? Avouée ou dissimulée, rafraîchissante ou lancinante, inattendue ou prévisible, elle se love en nous selon ce que nous sommes et nous exprime en nous rongeant ou en nous émerveillant. La collection IDÉE FIXE donne l'occasion à tous les écrivains d'énoncer sans détours le secret dont ils ont nourri jusqu'ici sournoisement leurs livres. Aucun risque d'appauvrir leur inspiration en vidant leur coeur et leur sac : l'idée fixe a de la ressource et qui croit l'épingler ne fait que lui donner du lustre. A nous donc les essais brillants issus d'humeurs talentueuses et longtemps refoulées. "Pour tout vous dire..." il n'est pas de meilleure promesse aux lecteurs désireux d'en savoir toujours davantage.

  • Qui d'entre nous n'a pas la sienne ? Avouée ou dissimulée, rafraîchissante ou lancinante, inattendue ou prévisible, elle se love en nous selon ce que nous sommes et nous exprime en nous rongeant ou en nous émerveillant. La collection IDÉE FIXE donne l'occasion à tous les écrivains d'énoncer sans détours le secret dont ils ont nourri jusqu'ici sournoisement leurs livres. Aucun risque d'appauvrir leur inspiration en vidant leur coeur et leur sac : l'idée fixe a de la ressource et qui croit l'épingler ne fait que lui donner du lustre. A nous donc les essais brillants issus d'humeurs talentueuses et longtemps refoulées. "Pour tout vous dire..." il n'est pas de meilleure promesse aux lecteurs désireux d'en savoir toujours davantage.

  • Qui d'entre nous n'a pas la sienne ? Avouée ou dissimulée, rafraîchissante ou lancinante, inattendue ou prévisible, elle se love en nous selon ce que nous sommes et nous exprime en nous rongeant ou en nous émerveillant. La collection IDÉE FIXE donne l'occasion à tous les écrivains d'énoncer sans détours le secret dont ils ont nourri jusqu'ici sournoisement leurs livres. Aucun risque d'appauvrir leur inspiration en vidant leur coeur et leur sac : l'idée fixe a de la ressource et qui croit l'épingler ne fait que lui donner du lustre. A nous donc les essais brillants issus d'humeurs talentueuses et longtemps refoulées. "Pour tout vous dire..." il n'est pas de meilleure promesse aux lecteurs désireux d'en savoir toujours davantage.

  • « Comme ils sont heureux ceux qui, dès leur enfance, décident de devenir cuisinier, acteur, général et finissent cuisinier, acteur, général. A Carpentras où je passai mon enfance, à Aix-en-Provence où je fis mes études, à Barcelone où je terminai ma licence d'espagnol, à Grenade où je perfectionnai, comme on dit, mon accent, je n'oubliais jamais que j'avais été mis au monde pour ouvrir une maison de rendez-vous. En attendant mieux, je devins professeur, puis journaliste. Fataliste, j'espère encore ouvrir une maison de rendez-vous à Alexandrie en compagnie de ma chère Cléopâtre, de ma chère Messaline et de mon cher Héliogabale... » Cette maison de rendez-vous que Jean Chalon rêve depuis toujours d'ouvrir ressemble plus à une allègre abbaye de Thélème qu'aux mornes salons d'une quelconque Madame A... ou B... ou... Les amateurs de belles filles en fourrure, d'attractions avec jumeaux incestueux, de pastèques consommées à la façon andalouse et autres délices pures y trouveront de quoi satisfaire tous leurs appétits. Ouvrir une telle maison de rendez-vous, c'est rétablir l'éminente dignité de la prostitution telle qu'on la pratiquait autrefois à Babylone sous le triple regard bienveillant du peuple, du pouvoir et du Dieu.

  • En 1973, à la ville comme à la scène, tout le monde sodomise tout le monde. Il est, bien sûr, de bon ton de clamer à haute et intelligible voix que l'on est un sodomiseur ou un sodomisé. Mais - attention, méfiance - il convient de le dire à mots couverts. Celui qui dit : Pierre encule Paul (ou Jacques ou Marie) est un malpoli. Je suis un malpoli. Enfin... Je croyais l'être. Pour une somme ridicule, j'avais promis aux éditions Julliard un texte absolument ordurier. Ce texte, j'ai eu beaucoup de mal à l'écrire. Parce que je n'ai pas la grossièreté aussi facile que je le croyais, parce que - c'est plus fort que moi -, c'est toujours mon proust qui finit par enculer mon céline. Bizarre. Mais c'est comme ça. C'est comme ça et c'est toujours assez bon pour ces maquereaux d'éditeurs.

  • « Ce n'est pas un rêve, Baudelaire est parmi nous. Victor Hugo n'est peut-être pas tout à fait mort, lui non plus. Arthur Rimbaud, sûrement, déjeune au Boul'Mich, de temps en temps, incognito, et Verlaine lui tient la main pour qu'ils ne s'envolent pas. Le comte de Lautréamont, la semaine prochaine, invitera bien le jeune Proust et son amant pour l'ouverture de la chasse. Ma maison beige-marron glacé, les petites filles, mes futurs romans n'auraient plus de sens autrement. Et, déjà, Cocteau rend visite à Mallarmé, ils habitent un nuage, peut-être, mais ils ne sont pas morts. On fêtera bientôt le cent cinquantième anniversaire de Gérard de Nerval. Mon idée fixe à moi, c'est tout ça. J'ai tenu ce journal consciencieusement, tout ce que je dis est vrai, je lève la main droite, je le jure. Dieu, oui, Dieu est-il mort, lui ? »

  • Dans quelques semaines, vous allez voter. Les professions de foi vont fleurir sur les panneaux électoraux. Aucune ne sera plus sincère que celle-ci. G. Lebon-Philon est le seul candidat qui, toute honte bue, proclame d'emblée ses intentions : il veut devenir ministre. Ce livre peut, en outre, servir de manuel pratique à chaque candidat, ce qui devrait - le calcul a été fait - lui assurer au moins 2 500 lecteurs. G. Lebon-Philon, dont le nom est tout un programme, a étudié consciencieusement, depuis sa plus tendre enfance, les meilleurs moyens pour : disposer d'un maroquin, voire d'un demi-maroquin ; avoir un bureau à lambris dans les palais nationaux ; arborer une cocarde tricolore sur sa DS de fonction ; se produire régulièrement à la télévision ; ne payer ni ses timbres, ni ses voyages en chemin de fer, ni ses contraventions ; et mieux, se voir, à l'occasion, salué par les agents de la force publique... Enfin avoir, comme chacun le croit, mérité la considération de ses proches et le respect provisoire de ses concitoyens. Au terme d'une très longue patience, G. Lebon-Philon n'y est pas parvenu. Il n'est pas rancunier. Il vous souhaite bonne chance...

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Qui d'entre nous n'a pas la sienne ? Avouée ou dissimulée, rafraîchissante ou lancinante, inattendue ou prévisible, elle se love en nous selon ce que nous sommes et nous exprime en nous rongeant ou en nous émerveillant. La collection IDÉE FIXE donne l'occasion à tous les écrivains d'énoncer sans détours le secret dont ils ont nourri jusqu'ici sournoisement leurs livres. Aucun risque d'appauvrir leur inspiration en vidant leur coeur et leur sac : l'idée fixe a de la ressource et qui croit l'épingler ne fait que lui donner du lustre. A nous donc les essais brillants issus d'humeurs talentueuses et longtemps refoulées. "Pour tout vous dire..." il n'est pas de meilleure promesse aux lecteurs désireux d'en savoir toujours davantage.

  • Je ne suis plus un guérillero, même si j'en ai retenu l'ardent désir de liberté. La Révolution ? Ras le bol ! Je vous cède mon carnet d'adresses si l'aventure vous tente. Vanessa ? Vous connaissez ? Non ? Vous appartenez donc aux 77,82 % des Français qui ne lisent aucun magazine. Elle était de toutes mes nuits d'adolescent. Elle a été de toutes celles des hommes de partout. Vous l'avez certainement possédée dans un rêve ou l'autre. Elle est là. Bien vivante. Chez moi. Je la touche. Elle m'embrasse. Un goût de lilas. Je frôle son sein. Guevara se retourne dans l'humus de l'Altiplano. Bobby Seale se masturbe sur sa paillasse de la prison de Chicago. Habbache court se jeter nu dans le Jourdain. Castro sort de sa cartouchière la photo de Jacky Onassis à Scorpios. Viens, Vanessa ! Ils te découvriront bien, un matin... M. H.

  • Vahé Katcha vient de serrer la main de deux frères qui ont la corde au cou. Une minute plus tard, ils sont pendus. Que lui ont-ils dit ? Quelles ont été leurs dernières paroles ? Il a failli assister également à la mort de Gide et de Jouvet, mais il est arrivé trop tard. Katcha nous livre ici des pages sereines, des réflexions optimistes. Quelle différence existe-t-il entre un nouveau-né et un centenaire ? Faut-il avoir peur de la mort ? Vous êtes invité à cette balade qui n'a rien de sinistre. Au contraire. C'est la mort des autres qui laisse des traces. Car, toutes réflexions faites, il n'y a aucune raison pour ne pas accorder une chance à la mort.

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