Kinoscript

  • Partant du principe que la philosophie n'a jamais pris le chemin qu'elle aurait dû suivre, les Jumeaux Saint-Vincent proposent un premier opus de maximes, ce genre oublié, relégué aux moralistes. La pensée n'est plus contrainte de se plier à une forme, mais jaillit dans sa pleine puissance, s'attaquant à tout, frappant tout ce qui bouge. La philosophie s'y donne comme un art de vivre - dangereusement certes, comme une médecine de l'âme, dont la vocation avouée est de revenir un jour au sein de la société, telle qu'elle se donnait à Athènes, au Ve siècle avant notre ère. C'est le sixième ouvrage des Jumeaux Saint-Vincent, qui vient s'ajouter à une oeuvre surprenante, où le muscle ne cesse de s'immiscer dans la pensée, où le close-combat le dispute au cinéma et à la philosophie.

  • Ce texte fut le livre de chevet de Mussolini et de Hitler. Celui des anarchistes aussi. Loin d'avoir été "récupéré", c'est que, comme un trésor, il contient en lui la recette pour "réveiller" l'individu de son sommeil dogmatique dans lequel deux mille ans de religion et trois mille ans de religion étatique ont plongé l'humain. Qui d'ailleurs aujourd'hui ne croit pas que la Sécurité Sociale et l'Ecole n'aient une légitimité transcendentale? Sans parler des impôts... Stirner met à nu nos croyances les plus élémentaires, encore, 160 après.  Faites de beaux rêves Monsieur Hollande.   Retrouvez l'actualité littéraire anticonformiste sur www.stvpress.com

  • Le Prince est une véritable aberration philosophico-littéraire. D'abord parce que ce n'est pas de la philosophie, à proprement parler. Celle qu'aiment les fabricants de concepts, les universitaires de haut vol ou les intellectuels à chemise blanche. En effet Machiavel rédige un « portrait de prince », genre littéraire de la Renaissance, où l'auteur adressait un certain nombre de conseils à un Prince dans un horizon verteux : le bien, l'honnête, le juste, la tempérance... autant de valeurs idéales auxquelles l'impétrant roi se devait de faire allégeance. Mais, à cette époque, ce n'est pas parce que c'est « littéraire » que c'est de la littérature au sens où nous l'entendons. Jadis, le mot désignait toute production écrite - litterae - en latin. Soyons clairs : au XXIe siècle ce livre se verrait évincé des grands éditeurs, rejeté par les distributeurs et méprisé des libraires. Sans parler des lecteurs, pour qui la dimension pratique de l'ouvrage serait un motif suffisant de dédain. Qui plus est à un roi. Imaginez un recueil de conseils retords et tordus, adressé à Chirac, Sarkozy, ou Hollande, les invitant à la cruauté, la malice, la force et le volonté de puissance... La dernière aberration, c'est que Machiavel semble, d'après la tradition, l'homme d'un seul livre. Le Prince... de Machiavel. Machiavel ou l'auteur du Prince. La périphrase semble quasi-homérique, une épithète de nature... et pourtant Machiavel est un polygraphe de talent. Poésies, théâtre, récits de voyage, réflexions sur l'histoire, histoires florentines, art de la guerre, rapport de diplomatie, critique littéraire. Rien ne semble lui avoir échappé. Cette réédition est une invite à découvrir Machiavel et son oeuvre et non Machiavel et son Prince. Enfin, ce qui donne une ultime valeur à cet inclassable traité, c'est qu'il réactive toute une philosophie qui ne sera jamais à la mode : celle des sophistes, celle des adversaires de Platon, celle des « prostitués du savoir », comme les nommera avec tendresse Xénophon. On peut comprendre les réactions vives : Il n'y a rien à sauver chez Machiavel. Tout n'est que feinte, ruse, manigance, combines, assassinats, complots ourdis ou déjoués. Force, violence, cruauté, intelligence... occasion et fortune, chance et hasard. Le monde de Callicès, la loi du plus fort. Des générations de philosophes ont voulu la slavation du penseur. Rousseau y vit un précurseur républicain, presque démocrate. On lui emboîta la pas. La mal était fait. L'humble vérité, la jouissive révélation, est que Machiavel est irrécupérable. Pour cette raison là, il est urgent de le lire. Ce texte reprend l'édition du traducteur Jean-Vincent Périès en 1825. Avis aux lecteurs à la bonne conscience : ne pas lire ce livre.

  • Aurore, comme son titre ne l'indique surtout pas, est un livre cruel. On se dit, « ce coup là, le philosophe-artiste a fait dans la métonymie : l'aurore, c'est la philosophie de l'avenir, la philosophie nouvelle débarassée des préjugés moraux... ». Moi, lecteur révolté et dissident, j'y vois le bréviaire du contestataire, les aphorismes de l'insurgé de service. Hélas, au risque de décevoir les plus exaltés d'entre-nous, Nietzsche, encore une fois, ne nous caresse pas dans le sens du poil. Et c'est bien là sa cruauté.   En presque six cents maximes, le philosophe au marteau, sort l'artillerie philosophique  lourde et tire à bout portant sur l'idéologie qui fonde notre société, et avec elle, notre système de valeurs, auquel nous sommes si attachés. Cruauté d'arracher à l'homme, tel à un enfant gâté, ses jouets les plus chéris, mais qui sont le principe même de sa corruption. Cruauté de nous priver des fondements moraux les plus assurés et de nous contraindre d'assister à leur disparition. Cruauté de te jeter dans les couloirs du temps, dans l'intemporel, contre les modes et les tendances, orphelin de toute métpahysique, pour ta résurrection. Et c'est bien là le sens du recueil. Des propositions pour une renaissance. Des préceptes fondateur d'une nouvelle humanité, au-delà de la morale, au-delà du christianisme, de la démocratie, des droits de l'homme, et avec eux, du chorus des vertus traditionnelles : justice, tempérance, tolérance, générosité, honnêteté... L'Aurore est donc ce moment douloureux et éclatant où l'individu, aveuglé par la puissance du soleil, doit se lever, les membres encore fourbus, le corps exténué de son sommeil dogmatique, l'esprit anéanti par un éternel coma rationnel.   La présente édition reprend la traduction de Henri Albert, faite sur le quatrième volume des OEuvres complètes, publié en 1894 par le Nietzsche-Archiv, chez C. G. Naumann, à Leipzig.   Ce livre s'adresse à ceux, qui, fébriles devant le monument poético-philosophique du Zarathoustra, trouveront une approche plus pédagogique de la philosophie de Nietzsche.

  • Et dire que Nietzsche est devenu, en l'espace d'un siècle, le philosophe pour intellectuels à bonne conscience. Ceux qui rêvent d'un Nietzsche qui ne serait pas Nietzsche. Ceux qui veulent à tout prix le politiser, de droite comme de gauche. Ceux qui crient au génie, quand ils dédaignent pompeusement les penseurs de leur temps, « qui ne seront jamais à la hauteur ». L'ironie, c'est que ces amoureux des modes intellos et germano-pratines n'auraient pas publié Nietzsche. Lui qui s'est bien souvent fait auto-imprimer... Comme ce fut le cas d'Ainsi parlait Zarathoustra. Que le philosophe au marteau paya en partie de ses propres deniers. Il faut, néanmoins, leur trouver de bonnes excuses. Excuses qui sont d'excellentes raisons de lire le Zarathoustra. La première est que le texte est déroutant. Ce n'est pas un roman, avec une histoire. Ni un poème, avec des vers. Ni une épopée, avec des guerres. Ni des aphorismes, avec des numéros... C'est irréductible à quoi que ce soit. C'est de l'art. Et de la philosophie en même temps. Allez chercher un sens rationnel, du prêt-à-penser, facile à lire car classable, dans cette grande bible dont le personnage principal est une sorte de prête perse. La deuxième excuse, donc, est que la signification, tout comme la forme, échappe au lecteur. D'ailleurs, Nietzsche avait prevenu dans son sous-titre : Un livre pour tous et pour personne. Un livre « ouvert » à tous les vents. A toutes les interprétations. Ainsi le bestiaire qu'on trouve dans l'oeuvre est-il un hymne à la force ou alors un éloge de la douceur. C'est selon.  Et c'est vrai, la véritable élégance de Zarathoustra est de se poser dans l'entre-deux. Il est celui qui doit réparer son erreur, celle d'avoir un jour divisé le monde en bien et mal. Le retour du prophète, c'est la fin de la morale. Pour cela, il descend de sa montagne enseigner le Surhomme. Et soudain, les contraires ne s'opposent plus, mais ne s'unissent pas non plus. Le monde est un oxymore. Le philosophe, un poète. La tâche du Zarathoustra, nous le faire accepter.   La présente édition reprend celle du Mercure de France, en 1903, d'après une mise en français de Henri Albert, le grand traducteur de Nietzsche à la fin du XIXe siècle.   Ce livre s'adresse à ceux qui aiment l'ésotérisme bien vécu, comme l'endroit d'un envers exotérique, à savoir le Nietzsche grand public. Le verso que l'on ne fait que vous montrer de loin. Une certitude : la lecture de ce livre ne vous laissera pas indemne.

  • Ecce homo

    Friedrich Nietzsche

    Voici le livre. Ecce librus. Certainement, l'un des ouvrages les plus discrets et les plus brillants de l'oeuvre du philosophe au marteau. Discret, car les savants sont passés par là. Avec leurs folie et furie du classement, de la caractérisation, de la rationalité, qui ont fait de Ecce homo un texte inclassable et dérangeant. Brillant, car Nietzsche y donne tout, lui-même, sa dernière salve, l'ultime attaque portée au système. A commencer par le style. Un style qui vous vaut d'emblée la mise à l'index de l'Université. Pas de plan en trois parties : le crime ne souffre aucune tolérance. Alors que retenir de ces dernières paroles du philosophe, avant la démence, avant la première mort, en janvier 1889? Et bien, que Nietzsche y formalise un genre philosophique, celui de l'autobiographie philosophique. Il emboîte le pas à Montaigne et bien avant lui, au biographe des sages antiques, Diogène Laerce. Mais ce qui était à l'état embryonnaire ou de tentative, il le fait accéder au rang de type. L'existence du philosophe devient un objet pour le philosophe lui-même. On retrouve la fidélité de Nietzsche à l'un de ses concepts les plus précieux, donné déjà dans Par delà bien et mal : toute oeuvre est la confession d'un corps. Si cher à Michel Onfray, ce nouveau Nietzsche normand. Ainsi les actes ne souffrent-ils pas d'exceptions. Ce sont eux qui font oeuvre. Et non le texte. Mais dans une relation tragique, contre la morale des religions, le moi se dégage peu à peu de la mécanique implacable de responsabilité. Je suis libre de dire un grand "oui" à la vie. Et je ne suis coupable de rien. Charge à moi de faire de ma vie une oeuvre d'art. De devenir ce que je suis. Contre vents et marées. Avec symbiose avec le fatum lui-même.

  • Selon Arthur Schopenhauer, plus une chose est noble et accomplie, plus elle se développe lentement. C'est ainsi que la raison et l'intelligence de l'homme atteignent leur développement plus tardivement que chez les femmes qui demeurent puériles, futiles et bornées toute leur vie durant. « Une sorte d'intermédiaire entre l'enfant et l'homme » dites-vous ? Si l'auteur s'en était arrêté là, les femmes du monde entier auraient sans doute approuvé, tout du moins cherché à comprendre. Pourtant il n'en fut rien : la raison débile de la femme ne participe ni à ces ses avantages, ni à ces ses inconvénients ; elle est affligée d'une myopie intellectuelle qui lui permet, par une sorte d'intuition, de voir d'une façon pénétrante les choses prochaines mais son horizon est borné, ce qui est lointain lui échappe. Selon lui, la femme ne serait de surcroît pas plus destinée aux grands travaux de l'intelligence qu'aux lourdes tâches corporelles. Elle paierait sa dette à la vie non par l'action mais par la souffrance, par les douleurs de l'enfantement entre autres. Elle ne serait ni faite pour les peines ni pour les plaisirs excessifs et se devrait seulement d'obéir à l'homme qui, contrairement à elle, serait doté d'équité et de droiture. Les femmes auraient par ailleurs comme défaut capital la dissimulation, directement issu de leur manque de bon sens et de réflexion. Afin de les protéger de leurs nombreuses faiblesses, la nature leur aurait en effet donné la ruse et le mensonge comme armes contre la force masculine. Il serait donc très ardu de rencontrer une femme sincère dénuée de fourberies, d'intérêts et de mauvaises intentions en général. De ce défaut fondamental seraient donc nées la fausseté, l'infidélité, la trahison et l'ingratitude. Plutôt cru concernant l'intelligence des femmes, c'est en termes élogieux que Schopenhauer nous apprend que sans elles, le commencement de notre vie serait privé de secours, le milieu de plaisirs, et la fin de consolation.. Ces « esprits limités » seraient donc tout de même capables d'aller droit au but tout en faisant davantage preuve de pitié, d'humanité et de sympathie que les hommes. Connu pour sa grande misogynie, Arthur Schopenhauer reste l'un des plus grands représentants du courant pessimiste du 19ème siècle. Publié en 1851, son « Essai sur les femmes » en témoigne tandis qu'il cumule les critiques envers la gente féminine qu'il n'a de cesse de rabaisser pour mieux l'élever au rang de muse. Sa philosophie du mariage et de l'homme supérieur était ceci dit en accord avec les moeurs du siècle en question, consistant en l'infériorité des femmes qui se devaient d'obéir sans ne jamais protester. Misanthrope par extension, ce philosophe allemand pensait en effet que l'Homme devait trouver refuge dans la solitude tant le monde n'était pour lui que douleur, misère et ennui. L'auteur affirmait également que l'être humain n'était pas maître de son destin, pas plus de ses choix que de ses décisions. Ainsi maintenus sous contrôle du sort, ainsi dépossédés de tout libre-arbitre pour être seulement soumis aux humeurs de Dame nature, l'Homme n'a qu'à bien se tenir ! L'Homme avec un grand H oui, les hommes et les femmes confondus donc, « les faibles » et « les forts » aussi. Dans « Essai sur les femmes », le célibataire endurci défend les conceptions les plus rétrogrades de la femme pour justifier la domination masculine... L'ovale d'un visage jaunie encadré d'un rouge passion, un faux air de la Joconde sublimé d'un rose poison... Frondeuse, la femme arque le sourcil. Gracieuse, elle sourit légèrement, gênée, respectueuse de l'homme qui la photographie. Respectueuse ? Devrait-elle seulement sourire, cette muse du désir ? Avant lecture, une pensée plutôt acide d'un auteur plutôt amer : Les femmes donc, à cause de la froideur et de l'humidité de leur sexe, ne peuvent atteindre à aucune profondeur d'esprit. Manipulatrices, toutes s'attacheraient donc aux hommes par nécessité d'avoir un maître. C'est ainsi que les jeunes femmes prennent un amant et les plus vieilles un confesseur. Á méditer... Mais qui aurait le coeur suffisamment accroché pour lire Schopenhauer ? Les hommes désireux de se prémunir contre la sombre entreprise des mantes religieuses et autres veuves noires peuplant la planète peut-être ? Ce noir dessein étant d'écraser l'homme pour mieux régner, les femmes en quête d'identité et/ou les féministes nées pourraient également se pencher sur l'essai... De tout temps perçues comme le sexe faible, il serait effectivement grand temps pour les femmes de ne plus chercher un moyen de conquérir l'homme, par leurs atouts physiques, par leurs manipulations et/ou économies, dans le cas où la nature ne les aurait pas gâtées, en plus de les condamner à ne rien contrôler.

  • Qui, parmi les philosophes contemporains, peut se targuer d'avoir publié un livre à compte d'auteur, ordonné un tirage à 140 exemplaires et n'avoir jamais pu en vendre qu'à ses amis proches, lesquels trouvent d'ailleurs le livre mauvais? Bien peu à l'exception de Friedrich Nietzsche, lors de la publication de Par delà le bien et le mal en 1886.    Qu'est-ce que cela signifie-t-il? Que l'ouvrage est un véritable chef-d'oeuvre. Car, c'est le propre du génie de n'être guère compris en son temps. Par exemple : sur la question de la liberté, Nietzsche déjoue toutes les attentes. Il est contre le concept de libre-arbitre. Mais ne goûte guère l'explication déterministe. La vie? Une sorte de tragédie joyeuse, où tout est possible dans les limites d'un jeu où tout est déjà joué d'avance. Sans cesse dans l'entre-deux et non dans la synthèse, si chère aux hégéliens, Nietzsche déroute autant qu'il déboute les mandarins. Cela fait de ce texte un modèle du genre. D'autre part, Par delà le bien et le mal est un texte à (re)lire sans attendre, car il est à jamais irrécupérable. Penser le monde sans catégories morales est un exercice effrayant.  Angoissant et pétrifiant. Dément et violent à la fois. Et nécessaire. A chaque aphorisme, le message s'enfonce en peu plus dans notre chair flasque et inerte d'apôtre du bien, de portefaix de l'humanité : la morale, c'est fait pour les esclaves.    La présente traduction de Henri Albert a été faite sur le septième volume des OEuvres complètes de Fr. Nietzsche, publié en novembre 1894 chez C. G. Naumann & Leipzig, par les soins du «Nietzsche-Archiv».   Ce livre s'adresse aux bien-pensants de tous bords : bobo ou golden boy, yuppie ou métrosexuel, votre grande chance est là sous vos yeux. Il suffit de tourner les pages...

  • Puis, ce que les prophètes de la transformation sociale n'avaient pas eux-mêmes prévu, voici que la féodalité industrielle n'est pas plus solide que ne l'avait été l'anarchie industrielle, ce n'est encore qu'une crise, qui doit passer comme la première :   Sic erat instabilis tellus, innabilis unda.   Anarchie ou féodalité, en effet, l'histoire le démontre, c'est toujours le défaut d'équilibre, l'antagonisme, la guerre sociale, auxquels, dans l'état actuel des esprits, on ne saurait imaginer de remède qu'au moyen d'une concentration plus puissante, d'un troisième terme sériaire, que nous nommerons, sans nulle intention maligne, EMPIRE INDUSTRIEL.

  • Il y a des livres dont la postérité littéraire n'interroge plus personne et qui, propulsés au beau milieu de la scène culturelle parisienne de notre temps, provoqueraient des hauts-le-coeur mêlés à des plaintes de bien-pensants. Mateo Falcone fait partie de ceux-là. Quand les médias déversent leurs invectives sur une jeunesse capable de mourir pour un regard dans le métro parisien, Mérimée fait l'éloge d'un peuple qui se transcende par une valeur bien oubliée : l'honneur. Ou comment un père tue son fils pour n'avoir pas su mourir pour la dignité de sa famille.    Retrouvez l'actualité littéraire anticonformiste sur www.stvpress.com

  • Mais, ô bon Dieu ! que peut être cela ? comment dirons-nous que cela s'appelle ? quel malheur est celui-là ? quel vice, ou plutôt quel malheureux vice ? Voir un nombre infini de personnes non pas obéir, mais servir ; non pas être gouvernées, mais tyrannisées ; n'ayant ni biens ni parents, femmes ni enfants, ni leur vie même qui soit à eux ! souffrir les pilleries, les paillardises, les cruautés, non pas d'une armée, non pas d'un camp barbare contre lequel il faudrait défendre son sang et sa vie devant, mais d'un seul ; non pas d'un Hercule ni d'un Samson, mais d'un seul hommeau, et le plus souvent le plus lâche et femelin de la nation ; non pas accoutumé à la poudre des batailles, mais encore à grand peine au sable des tournois ; non pas qui puisse par force commander aux hommes, mais tout empêché de servir vilement à la moindre femmelette! Appellerons-nous cela lâcheté ?   Etienne de La Boétie

  • 28 ans. Brillant professeur à l'université de Bâle. Nietzsche en un seul livre va pulvériser sa carrière. Le genre d'acte qui met d'accord un homme avec lui-même. Le genre de "geste" qui dit la valeur de celui qui ne triche pas. Ce texte, c'est la Naissance de la Tragédie. Et alors que, bien souvent, le discours professoral est dicté par l'avancement carriériste - on ne contredit pas son directeur de thèse - Nietzsche met les pieds dans le plat. Sans honte ni crainte. Comme on se bat en duel. Pour l'honneur. Ce sens de la grandeur, c'est l'une des raisons de lire La Naissance de la Tragédie en ce début de siècle. Bien que l'étude du Grec ait disparu de nos lycées, et que celle du Latin s'amenuise, inéluctablement, telle la peau de chagrin, Nietzsche propose une philosophie fondée sur la philologie. Une pensée par la langue. La phraséologie comme substrat conceptuel. Et si la méthode choque encore aujourd'hui, on peut imaginer la réaction parmi les confrères de cette année 1872. Bien rares seront ceux à le soutenir. Wagner prendra le risque. L'autre coup de poing qu'assène Nietzsche au système universitaire, c'est la seconde mort de Socrate. La première, on la connaît, la ciguë, le bourreau, le coq d'Esculape, les pieds froids d'un Socrate plus stoïcien que platonicien. La seconde, c'est lorsque Nietzsche faisant de Socrate le double philosophique du tragique Euripide, identifie le penseur préféré de l'Université à l'empoisonneur de la philosophie : à partir de Socrate, le seul véritable objet, voire obsession, de la pensée, devient la Vérité.  Tragédie vulgaire que celle qui donne à voir la mort de la pensée tragique face à l'avénement du rationalisme. Face à la modernité. Tragédie pléonastique. A rebours, chez Eschyle, la vie, à travers le héros, produisait le drame. Les forces en présence étaient le produit parfait de Dionysos et d'Apollon, dans un équilibre quasi divin, qui se livraient une guerre pour l'art. Exit Dionysos. Place à Apollon.   La présente édition reprend l'édition de 1886, à laquelle fut ajoutée un Essai d'auto-critique, où Nietzsche apporte des précisions sur son oeuvre de jeunesse. On parlerait aujourd'hui de Seconde édition... La traduction est celle de J.Marnold et J.Morland.    Ce livre devrait servir de modèle à tous les thésards, de France et de Navarre : envoyez au diable votre directeur de thèse! Comme Nietzsche.

  • J'entreprends de faire voir que cette constitution unique, que le plus grand effort de la raison des peuples sera d'avoir enfin reconnue, n'est autre que le système fédératif. Toute forme de gouvernement qui s'en éloigne doit être considérée comme une création empirique, ébauche provisoire, plus ou moins commode, sous laquelle la société vient s'abriter un instant, et que, pareille à la tente de l'Arabe, on enlève le matin après l'avoir dressée le soir. Une analyse sévère est donc ici indispensable, et la première vérité dont il importe que le lecteur emporte de cette lecture la conviction, c'est que la politique, variable à l'infini comme art d'application, est, quant aux principes qui la régissent, une science de démonstration exacte, ni plus ni moins que la géométrie et l'algèbre.

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