LARHRA

  • Face à la naissance du protestantisme au xvie siècle, l'Église catholique a développé deux stratégies : la lutte contre la Réforme ; la transformation du catholicisme. Une institution semble résumer ces deux politiques : la Compagnie de Jésus, qui mène des missions contre les protestants, participe à des controverses, créé des collèges pour former l'élite catholique... Mais placer « protestants » et « jésuites » dans un affrontement systématique est un des a priori de l'historiographie qui a été mis en place dès le xvie siècle. Mais, bien qu'elle ait été régulièrement reprise et développée, cette opposition est en grande partie fausse, et d'abord parce que l'objectif premier de la Compagnie de Jésus n'est pas la lutte contre le protestantisme, mais la rénovation de l'Église grâce à une nouvelle spiritualité, une spiritualité d'ailleurs en partie commune à Luther et aux réformateurs protestants, ce que les historiens et les théologiens redécouvrent depuis quelques dizaines d'années

  • Dans ce volume sont rassemblés trente-sept articles qui rendent compte d'une oeuvre et d'une personnalité. Le lecteur qui connaît J.-P. Gutton retrouvera ici l'élégance du personnage à travers l'élégance de l'oeuvre. Ses préoccupations intellectuelles l'ont conduit à travailler sur cette humanité souffrante de l'ancien régime et ses thèmes de recherche conservent une grande unité, rarement aussi évidente dans un recueil d'articles. L'histoire de la société et de la culture irrigue le volume et les quatre parties ne recouvrent pas des curiosités successives, mais des chantiers constants et parallèles. Certes J.-P. Gutton a d'abord été l'historien des pauvres et des hôpitaux. C'était prendre pour objet d'étude une part considérable de la société de jadis ! Entendre la voix des pauvres n'est pas chose aisée et on admire la capacité à faire parler les « petits » à partir des archives hospitalières, judiciaires ou ecclésiastiques. J.-P. Gutton n'est pas un historien du religieux, pourtant l'Eglise et les dévots dont il parle si bien sont forcément rencontrés à toutes les pages. Il est plutôt un historien des régulations sociales. Mais ce ne sont pas tant la face répressive, « le dressage corporel » , le « disciplinamento » qui l'intéressent, que la manière dont les structures politiques et judiciaires ou l'action des notables dévots ont permis à la société des xvie-xviiie siècles de durer malgré ses hésitations entre ordre et désordre. La majorité de ces articles prennent Lyon et sa région pour illustration. Mais en aucun cas il ne s'agit d'histoire régionaliste : c'est un ancrage régional pour une problématique toujours nationale ou européenne. J.-P. Gutton est un laboureur d'archives et ces articles rendront service aux collègues toujours friands de textes pour leur enseignement. Il est aussi un adepte de la polyvalence, au bon sens du terme qui impose de ne jamais s'enfermer dans une spécialité trop étroite : étudier les pauvres, c'est étudier la législation, la fiscalité, les aléas de l'économie, l'évolution de l'Église, des mentalités, le rôle des « officiers moyens », etc... Ces études révèlent tout ce qui a peu à peu construit la modernité dans l'ancienne société.

  • Cent ans après, la question laïque est de retour, dans un contexte singulièrement transformé, et le Colloque organisé à Rome en mai 2002 dans le cadre du Centre culturel Saint-Louis de France dépendant de l'Ambassade de France près le Saint-Siège, apparaît avec un peu de recul comme plongé dans la chaleur de l'actualité. En un peu plus d'un an le concept de laïcité et la place des religions dans la société et par rapport à l'État, se sont imposés comme l'un des axes majeurs du débat public en France et en Europe. En effet, la question laïque n'est plus une question franco-française : elle concerne l'ensemble des États européens qui, sous le double effet de la progression de l'Union européenne vers une plus forte intégration politique et les bouleversements introduits dans les équilibres religieux par une immigration musulmane plus nombreuse et plus identitaire, sont appelés à s'interroger à nouveaux frais sur leurs relations avec les religions. La laïcité a une dimension historique et philosophique, juridique et politique, culturelle surtout. C'est pourquoi ce colloque de Rome a voulu se caractériser d'abord par la diversité des disciplines des intervenants (politiques, hauts fonctionnaires, historiens, philosophes, juristes, sociologues), par la diversité de leurs origines nationales et religieuses. De ce point de vue, cette rencontre a été aussi une rencontre interreligieuse. Là est l'ambition de ce livre : offrir une méthode d'approche d'un grand problème de notre temps aux profondes racines historiques, à travers une approche comparatiste, interdisciplinaire et interreligieuse.

  • La Réforme étant née en partie d'une critique des clercs aurait dû être prémunie du cléricalisme, d'autant qu'une de ses affirmations majeures est le principe du sacerdoce universel. Or on constate qu'il n'en est rien. Presque dès les origines, on note une critique contre le cléricalisme du corps pastoral, voire son sacerdotalisme - sa tendance à perpétuer les fonctions sacrées des prêtres. Par la suite, différents courants perpétuent cette critique, peut-être d'autant plus fortement que les Églises s'établissent et se cléricalisent réellement. La critique est encore plus vive si les pasteurs peuvent sembler trahir, par exemple quand ils quittent la France au moment de la Révocation. Elle est également forte quand de nouveaux mouvements prônent une intériorisation personnelle de la piété (on songe bien sûr au piétisme), ou dans les mouvements radicaux en butte à l'hostilité des Églises établies et de leurs clercs. Ces critiques ont-elles une unité ? Sont-elles dans le prolongement de la critique du cléricalisme de l'Église romaine, ou y a-t-il une spécificité protestante ? Une identification de type sociologique des pasteurs aux prêtres en serait-elle la source et colorerait-elle l'anticléricalisme protestant ? Le mythe de la Réforme comme " libre examen ", qui se développe au XVIIIe siècle, l'appel à la liberté de conscience jouent-ils un rôle dans ce processus ? C'est à répondre à ces questions que ce recueil tente de répondre, à travers les cas de la France, de l'Allemagne et des Provinces-Unies. Cet ouvrage inaugure la collection " Chrétiens et Sociétés. Documents et Mémoires "

  • La France de l'époque moderne connaît une situation de coexistence confessionnelle complexe. La Réforme a échoué à s'imposer et les catholiques n'ont pas réussi à éradiquer le protestantisme, ni au moment des guerres de religion, ni avec la révocation de l'édit de Nantes. Cela a obligé les membres de religions différentes à cohabiter, selon des modalités très différentes selon les lieux et les temps. C'est cette diversité qu'explore le présent volume, où alternent des analyses portant sur les modalités politiques de la coexistence, des études de cas sur les trois siècles de l'époque moderne, des bilans historiographiques sur le sujet. Les sources les plus variées sont convoquées afin de bien examiner les différents aspects de la question. Les solutions armées comme les relations pacifiques, les liens économiques comme la sociabilité au quotidien, les liens entre politiques ou membres de la République des Lettres comme ceux qui unissent les paysans ou les artisans sont tour à tour évoqués. Si le Sud de la France, particulièrement le Languedoc, est évidemment privilégié, d'autres régions sont également étudiées, que ce soit le Poitou, la petite ville alsacienne de Sainte-Marie-aux-Mines ou Paris. Ce livre rassemble les communications faites à la journée d'études qui s'est tenue à Lyon le 30 septembre 2006. Elle réunissait les meilleurs spécialistes actuels de l'histoire du protestantisme français, sous la direction de Didier Boisson, professeur à l'Université d'Angers et membre du CERHIO et d'Yves Krumenacker, professeur à l'Université Lyon 3, membre de l'Institut Universitaire de France et de l'UMR 55190 LARHRA.

  • Le congrès, étudié par les spécialistes du politique comme lieu de production d'un discours militant, est entré plus récemment dans d'autres champs historiographiques, en particulier celui du catholicisme où la pratique congressiste se révèle d'une grande plasticité : diversité des échelles, des congrès internationaux aux congrès paroissiaux ; diversité des thématiques, des congrès généralistes aux assemblées dédiées à un sujet particulier ; diversité des modalités, des rassemblements de masse aux réunions presque confidentielles. Sans prétendre à l'exhaustivité, les journées d'études réunies en septembre 2005 à Paris sous la responsabilité de Claude Langlois et Christian Sorrel ont eu pour but d'évaluer le phénomène à l'échelle européenne et de proposer des études de cas pour la France avant de prendre la mesure des congrès internationaux qui ne sont pas le simple résultat d'un processus cumulatif, mais qui sont présents dès les origines. Au fil des communications s'impose l'idée que le congrès, dans sa forme comme dans son contenu, est un observatoire pertinent des mutations du catholicisme contemporain.

  • La romanité est une notion que l'on trouve communément employée dans les analyses historiographiques consacrées au catholicisme d'après le concile de Trente. Force est pourtant de constater encore l'insuffisance, voire l'absence, de caractérisation qui puisse autoriser un usage légitime et véritablement fructueux du concept de romanitas. Le premier, Yves Congar s'était ému d'une lacune dans la réflexion des historiens et avait posé de précieux jalons dans un article paru en 1987 dans la Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques. Sa démarche constitue toujours très certainement l'effort le plus sérieux qui ait été fait pour clarifier un débat singulièrement actuel. Au cours de la deuxième moitié du xxe siècle, les travaux d'Alphonse Dupront et de Bruno Neveu ont par ailleurs souligné, sur un plan historiographique, la nécessité d'explorer une notion toujours insuffisamment définie. L'objectif de la journée d'étude organisée à Lyon le 30 novembre 2007 par l'équipe RESEA du LARHRA, UMR-CNRS 5190, consistait à évaluer la fécondité d'une démarche historienne qui tente de préciser le concept de romanité dans ses rapports avec l'antiromanisme doctrinal développé par certaines tendances centrifuges du catholicisme, le gallicanisme au premier rang, mais aussi le jansénisme, le juridictionalisme vénitien, ou encore les sensibilités schismatiques ou critiques catholiques du xxe siècle. Une longue périodisation a été retenue afin de favoriser les échanges entre modernistes et contemporanéistes, mais aussi afin de respecter la cohérence d'une période de l'histoire de l'Église catholique qui court du concile de Trente jusqu'à Vatican II.

  • Le Roi-Providence

    Olivier Christin

    • Larhra
    • 23 Juin 2020

    Trois oeuvres d'art françaises de la fin du xvie siècle et du début du xviie siècle, différentes dans leur technique et dans leur destination, mais présentant une même curiosité iconographique déroutante : un portrait très précis du roi au milieu d'une scène religieuse en apparence banale. Peut-on y retrouver des références précises aux enjeux politiques et confessionnels de la sortie des guerres de religion et de la construction de l'absolutisme, sans renouer avec les vieilles lunes interprétatives de la « propagande royale » ou de la « rationalisation religieuse » du pouvoir ? Peut-on, au prix de la restitution minutieuse de leurs conditions de production, de réception et de fonctionnement, retrouver le rôle efficace qui fût le leur ? C'est à ces questions qu'entend répondre ce livre, proposant trois enquêtes qui prennent pour fil directeur des oeuvres peu ou mal connues : les Puys amiénois, le retable d'émail du Musée des Beaux-Arts de Lyon, les chartes de mariage lyonnaises. La présence des premiers Bourbon n'y doit en effet rien à une quelconque exigence du roi ou de ses agents, à une commande officielle : elle s'explique par les stratégies que certains acteurs mettent en oeuvre pour négocier leur rôle dans le redressement du royaume et concilier au mieux conviction catholique et fidélité monarchique.

  • Cet ouvrage a pour but de clarifier un certain nombre de notions ou de concepts couramment utilisés quand on aborde la théologie ou la spiritualité chrétiennes des xvie et xviie siècles : école ignatienne, augustinisme, thomisme, écoles dominicaine, carmélitaine, salésianisme, école française de spiritualité. À ce titre, il intéressera aussi bien les historiens que les littéraires, les philosophes que les théologiens. C'est le fruit d'une réflexion pluridisciplinaire, associant des chercheurs de spécialités différentes mais ayant déjà tous travaillé sur ces questions, qui s'est déroulée lors d'une journée d'études organisée par le GRAC (Groupe Renaissance Âge Classique), UMR 5037, et le LARHRA (Laboratoire de Recherches Historiques Rhône-Alpes), UMR 5190, le 14 janvier 2006 ; c'est également le résultat d'une collaboration exemplaire entre chercheurs des universités Lumière Lyon 2 et Jean Moulin Lyon 3. Sans prétendre apporter une définition précise de chacune des notions envisagées, l'ouvrage cherche à en dessiner les contours, de manière à faire mieux comprendre ce qu'elles recouvrent, à signaler les références privilégiées, les réflexes terminologiques de chaque famille religieuse. Les auteurs espèrent ainsi donner des éléments permettant d'inclure ou au contraire d'exclure tel auteur, telle oeuvre, de tel courant de pensée. À l'heure où la réflexion sur le « fait religieux » est reconnue commeindispensable à la culture contemporaine, les différents chapitres du livre permettront de mieux connaître des pans considérables de la pensée et de la spiritualité chrétiennes et de les classer rigoureusement. Au fil de l'ouvrage, et plus particulièrement dans sa dernière partie, une interrogation plus large se fait jour sur la notion même d'école dans le domaine de la pensée. Ce sont aussi bien les chercheurs confirmés que les débutants qui devraient pouvoir en tirer profit.

  • Cet ouvrage rassemble un peu plus d'une quinzaine de contributions sur la place de l'enfant au coeur de la société européenne du xvie au xviiie siècle. Prononcées à l'occasion d'un colloque tenu à Lyon en juin 2005, elles sont un hommage à Jean-Pierre Gutton autant qu'un état des problématiques actuelles sur la question de la petite enfance. Des orphelins sans refuge aux monarques en herbe, des vertueuses enfances de saints aux pauvres adolescences des villes, des marâtres sans coeur aux pieuses fondatrices d'oeuvres, des prêtres soucieux de catéchèse aux médecins intéressés par la santé publique, tout un univers enfantin ou préoccupé de questions enfantines s'offre à l'analyse d'une identité sociale aux limites trop souvent insaisissables. L'enfance, conçue comme un temps de la vie, conçue également comme une manière d'être au monde sous le regard de l'adulte, se voit ici déclinée dans son rapport au catholicisme et à la maladie. Cette enfance est vue de salut par sa contemplation d'abord, grâce à sa personnification dans la Trinité ou dans la Sainte Famille. Elle l'est aussi par l'engagement dévot et sincère qu'elle présuppose, que ce soit dans l'assistance aux pauvres ou dans l'éducation. Pour tout cela, mais aussi en raison de sa fragilité irréductible face à un monde jugé souvent hostile, cette enfance est cause d'inquiétude et de combats. Que l'on considère ces jeunes chrétiens captifs en terre musulmane aussi bien que ces petites vies confrontées à des mises en nourrice systématiques ou aux assauts de la variole, l'adulte se montre au fil des siècles de plus en plus soucieux de protection, tant spirituelle que médicale. Cet ouvrage invite donc à suivre des itinéraires originaux et multiples mais qui, pour la plupart, mettent en scène des soucis similaires de protection et d'éducation, dans l'espoir de préparer l'enfance à l'entrée dans le monde des adultes.

  • La Jeunesse étudiante chrétienne, mouvement d'action catholique fondé en 1929, a joué un rôle important dans le renouvellement des élites confessionnelles et la présence chrétienne dans la société française contemporaine. Les communications de Gérard Cholvy, Christophe Roucou, Bernard Giroux et Vincent Soulage et les témoignages de Yves-Marie Hilaire et Catherine Thieuw-Longevialle, donnés à la journée d'étude organisée par le Centre national des Archives de l'Église de France et la Société d'histoire religieuse de la France le 7 décembre 2009, éclairent un parcours jalonné de tensions et de crises. En complément, Bernard Giroux propose un « Dictionnaire biographique des responsables nationaux et des aumôniers de la JEC (1929-1975) » qui constitue un instrument de travail d'une grande richesse.

  • Au fil des différentes sessions d'un cycle de journées d'études consacrées par le Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes à l'antiromanisme catholique - Antiromanisme doctrinal et romanité ecclésiale dans le catholicisme posttridentin, Anti-infaillibilisme catholique et romanité ecclésiale aux temps posttridentins, Antiromanisme et critique dans l'historiographie catholique (xvie-xxe siècles) et L'antiromanisme dans l'historiographie ecclésiastique catholique (xvie-xxe siècles) -, le constat s'est imposé d'une présence massive de la culture juridique dans le discours porté par les tenants d'un catholicisme antiromain, qu'ils soient juristes ou non. Le fait n'a rien d'étonnant dans la mesure où l'ecclésiologie catholique s'est toujours placée à l'intersection du droit et de la théologie. Nombre d'auteurs qui ont illustré la tradition de l'antiromanisme catholique et juridictionaliste étaient à la fois juristes et théologiens compétents - ainsi de Paolo Sarpi ou de Marc'Antonio De Dominis, ainsi des grands noms qui ont illustré le fébronianisme et le joséphisme. Ce volume qui rassemble les communications de la cinquième session du cycle propose d'aborder frontalement la question des rapports entretenus entre le droit et l'opposition catholique à la romanité ecclésiale en évoquant les grandes figures de la tradition du catholicisme antiromain qui ont fait au droit une grande place dans leur argumentation, en relevant le rôle des canonistes catholiques qui ont pu faire parfois le choix de s'opposer aux prétentions romaines et en étudiant les grands thèmes où se mêlent étroitement arguments juridico-canoniques et hostilité catholique aux revendications du Saint-Siège - ainsi du conciliarisme, des compétences de l'autorité civile en matières ecclésiastiques, de l'infaillibilité pontificale ou encore du mariage et des empêchements dirimants.

  • 1856... Les fils de saint Dominique s'installent à Lyon, une quinzaine d'années après la restauration de l'ordre en France avec pour objectif de vivre selon la « stricte observance ». 1863, le cardinal de Bonald consacre la chapelle conventuelle, qui fait l'objet d'un programme iconographique original dans les décennies suivantes. La journée d'études organisée par le couvent et la paroisse du Saint-Nom de Jésus et l'équipe Religions, Sociétés Et Acculturation du Laboratoire de Recherche. Historique Rhône-Alpes pour le 150e anniversaire de la consécration de l'édifice a permis de mieux comprendre, dans le contexte lyonnais (Christian Sorrel), un lieu et une histoire en étudiant le groupe des fondateurs du couvent (Tangi Cavalin et Nathalie Viet-Depaule, Isabelle Parizet) et le contrecoup des événements de 1870 (Bruno Carra de Vaux), en analysant l'architecture et les vitraux (Philippe Dufieux, Catherine Guillot) et tentant de ressaisir les lignes de force du projet (Jean-Marie Gueullette).

  • La coexistence confessionnelle qui naît en Europe de la diffusion de la réforme luthérienne a été un thème extrêmement fécond pour les réflexions théologiques mais aussi pour la démarche historiographique, et cela dès l'origine. Elle continue à nourrir une recherche très active pour la période moderne mais est moins souvent sollicitée pour d'autres périodes. Rares sont les études diachroniques qui s'efforcent de mettre le phénomène en perspective en privilégiant le temps long et en abordant des relations qui ne sont pas uniquement inter-chrétiennes. Organisée par la Société d'Histoire Religieuse de la France et l'Université de Strasbourg, la rencontre qui a donné lieu à ce volume a souhaité au contraire s'inscrire dans cette dimension, en mettant l'accent sur la différenciation des cultures générées par l'appartenance confessionnelle, mais aussi sur le degré de leur interpénétration, et en insistant sur les conflits, mais aussi sur le « vivre ensemble malgré et dans la séparation », pour reprendre la formule célèbre du chancelier Willy Brandt. Chercheurs allemands, suisses et français se sont interrogés sur les débats théologiques, l'approche juridique et institutionnelle, la confrontation entre l'attitude des autorités politiques et religieuses et celle des populations. Ils se sont aussi intéressés à l'évolution des attitudes dans le temps, à la cristallisation sociale et culturelle des différences ou encore au rôle de la durée dans la constitution d'identités confessionnelles concurrentes. Ils ont enfin examiné les différents degrés de la confrontation, la question de l'exclusion et de la tolérance ainsi que les réalités de la frontière confessionnelle. Partie de l'oeil du cyclone, le Saint-Empire, l'analyse s'est étendue à la France et aux marges orientales de l'Europe. Son horizon est resté constamment celui d'établir des ponts entre France, Suisse et outre-Rhin, entre historiographies, entre générations d'historiens, entre confessions aussi.

  • De nouveaux chantiers s'ouvrent aujourd'hui pour une histoire revisitée des rapports entre femmes et catholicisme avec la perspective du genre. Dans le cadre d'une journée d'études, il n'était pas possible de baliser tous les chemins à emprunter. Quatre seulement ont été retenus : le politique, la spiritualité, le genre et le féminisme. Un cinquième a été joint dans cette publication avec un point de vue décentré sur la « mission au féminin », celui d'une historienne américaine et d'une historienne chilienne. Cet ouvrage a donc pour but de croiser les approches historiographiques, en faisant appel à des spécialistes d'horizons différents, venus de l'histoire religieuse, de l'histoire sociale, de l'histoire des femmes et du genre mais également d'autres disciplines comme la sociologie. Il est aussi le fruit d'une collaboration étroite entre deux équipes de recherches au sein du LARHRA : « Genre et Sociétés » (Pascale Barthélémy) et « Pouvoirs, Villes et Sociétés » (Bruno Dumons). L'histoire du catholicisme est devenue à ce jour un objet d'études à part entière, délesté de l'histoire de l'Église de tradition apologétique, qui peut désormais s'approprier les nouvelles recherches menées sur les femmes et le genre. En retenant quelques-unes d'entre elles à partir de l'exemple français, cette publication constitue aussi un appel à confronter la réflexion avec d'autres historiographies nationales mais aussi bien au-delà de celles qui caractérisent l'espace européen.

  • Les historiens se sont intéressés tardivement à la question de la gouvernance ecclésiale. La journée d'étude organisée par le LARHRA à Lyon en 2013 avait pour but d'envisager les e jeux d'échelles structurant le gouvernement de l'Église catholique au xxe siècle. L'examen de plusieurs niveaux (romain, national, diocésain, congréganiste) dans l'espace de la catholicité européenne est apparu comme un moyen d'ouvrir la voie vers une histoire plus large, transnationale, du catholicisme contemporain au sein duquel circulent des modèles de gouvernance et de nouvelles figures de pouvoir fondant leur légitimité sur le savoir et l'expertise.

  • « Y-a-t-il une spiritualité jésuite ? » Telle est la question posée aux journées d'études organisées en octobre 2015, par le Conseil scientifique de la Collection jésuite des Fontaines, avec le concours du Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes. Elle peut paraître inutilement provocante. En effet, les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola ont acquis depuis le xvie siècle une réputation universelle : en plus de cinq siècles, ils ont nourri la foi d'innombrables générations de religieux comme de religieuses, de prêtres comme de laïcs. Ils sont la marque de fabrique des jésuites en matière de spiritualité. Cela ne dispense pas de chercher à prendre la mesure de cette matrice ignatienne et du rôle qu'elle a joué, et qu'elle continue de jouer, dans la formation et la vie religieuse des jésuites eux-mêmes. Ces fondements posés, nous pouvons appréhender les lieux où s'exprime la spiritualité jésuite. C'est en premier le livre qui, depuis le xvie siècle, est un vecteur pastoral essentiel pour la Compagnie. Enfin, le volume s'interroge aussi sur la manière dont les jésuites ont conçu l'accompagnement spirituel des laïcs. Ainsi, en partant d'une question qui peut apparaître inopportune, l'ouvrage se veut un outil pour pénétrer la mouvance spirituelle, riche et variée, de la Compagnie de Jésus du xvie siècle à nos jours. Il s'agit de la cinquième manifestation du même type depuis l'arrivée de la Collection à la Bibliothèque municipale de Lyon. La dernière en date, de juin 2012, « Jésuites français et sciences humaines (années 1960) », a vu ses actes publiés par le Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes dans sa collection Chrétiens et Sociétés. Documents et mémoires.

  • La publication en 2011 du dernier volume des « Matériaux pour l'histoire religieuse du peuple français », plus connus sous le nom de « Matériaux Boulard », et la journée d'étude organisée à cette occasion à l'Université de Lyon ont permis de mettre en lumière la figure trop ignorée du chanoine Fernand Boulard (1898-1977), pionnier de la sociologie religieuse pastorale. Il s'agissait dans le même temps de réfléchir à l'usage que les historiens ont fait des données qu'il avait collectées et pourront encore en faire à l'avenir, alors que les paradigmes historiographiques ont changé depuis la décennie 1970 qui vit le projet des « Matériaux Boulard » prendre forme.

  • « Intrus », « apostats », « schismatiques »... Les qualificatifs dépréciatifs n'ont guère manqué sous la plume des historiens catholiques du xixe siècle pour décrire l'action des évêques constitutionnels, institués par l'Assemblée nationale constituante en 1790 pour prendre la tête de l'Église de France « régénérée ». Catholiques révolutionnaires, fervents républicains pour certains, cet engagement politique leur a été sévèrement reproché après la signature du Concordat de 1801, donnant naissance à une véritable légende noire. Dans le même temps, l'historiographie républicaine a longtemps occulté leur rôle politique en raison de leur état ecclésiastique, jugé incompatible avec la défense des idéaux révolutionnaires. Seule la figure du célèbre évêque de Blois, Henri Grégoire, panthéonisé en 1989, réussit à émerger et retient régulièrement l'attention des chercheurs depuis ces trois dernières décennies. Ce volume, qui rassemble les contributions du colloque organisé à Lyon en juin 2012, propose de nouvelles pistes de recherche sur les évêques « patriotes », afin de replacer leur action dans la longue histoire de l'épiscopat français aux xviiie-xixe siècles : ont-ils « révolutionné » leur diocèse ou, au contraire, maintenu, voire réactivé, d'antiques traditions au nom du primitivisme cher aux Lumières chrétiennes ? Quels ont été leurs échecs et leurs réussites ? Que leur doit l'Église concordataire ? Leur pensée théologique, leurs engagements politiques et leur action pastorale sont ici étudiés à travers une série d'études synthétiques, régionales ou biographiques, au plus près de sources d'époque, loin de l'anathème ou de l'apologie.

  • L'objectif de cet ouvrage, en ce quarantième anniversaire de la mort de Jacques Maritain, n'est pas de revenir sur son oeuvre, mais à partir de Maritain, d'aller au-delà de Maritain, de scruter notre temps à partir d'une pensée qui n'a guère vieilli, alors que les problématiques auxquelles nous sommes confrontés ne sont évidemment plus celles de son temps. Lui, a été confronté au monde des totalitarismes, de la négation radicale de la personne humaine, de la Shoah. Il a vécu le temps des grandes mutations des années 1950-1960, y compris pour l'Église avec le concile de Vatican II. Confronté à tant d'événements souvent dramatiques, il les a abordés en plaçant toujours la personne humaine au coeur de sa réflexion. Dans la société d'aujourd'hui, face aux mutations et aux angoisses de nos contemporains, certains ont des réactions populistes ou prônent le repli sur soi, sur une identité exacerbée. La pensée de Maritain se trouve à l'opposé. Elle parle de l'ouverture aux autres, de l'accueil de l'Altérité, de la démocratie. C'est un corpus de pensée qui permet d'affronter sans peur le monde actuel. Face aux nouvelles barbaries qui ont en commun avec les anciennes de récuser la personne, réaffirmer la centralité de cette dernière est un objectif majeur pour un idéal de civilisation. Jacques Maritain a constamment appelé, face aux douleurs de l'histoire, au prophétisme pour récuser des évolutions ou des choix qui seraient antihumains. Dans L'Homme et l'État, il aborde l'une des questions les plus difficiles aujourd'hui : le vivre ensemble. « Vivre ensemble ne signifie pas occuper le même lieu dans l'espace. Cela ne signifie pas non plus être soumis aux mêmes conditions physiques ou extérieures, aux mêmes pressions, ou au même genre de vie [...]. Vivre ensemble signifie participer comme des hommes, non comme un bétail, c'est-à-dire en vertu d'une libre acceptation fondamentale, à certaines souffrances communes et à une certaine tâche commune. [...] Étant donné la condition humaine, le meilleur synonyme de vivre ensemble est souffrir ensemble. Quand les hommes forment une société politique, ils ne veulent pas participer à de communes souffrances par amour les uns des autres. Ils veulent accepter de communes souffrances par amour de la tâche commune et du bien commun. La volonté d'accomplir une tâche commune à l'échelle du monde doit donc être assez forte pour entraîner la volonté de participer à certaines souffrances communes rendues inévitables par cette tâche et par le bien commun d'une société à l'échelle du monde. Quelles souffrances en vérité ? Des souffrances dues à la solidarité ».

  • Par le réseau de leurs collèges à travers le monde, les jésuites ont largement contribué à la fortune de la littérature classique, celle de l'Antiquité grecque et latine notamment. Mais qu'en est-il de leur attitude vis-à-vis de la littérature moderne, celle de leur temps ? Surtout quand elle ne les ménage pas et prend de plus en plus de liberté par rapport aux canons éprouvés ? Les premières réponses esquissées dans ce livre sont nuancées. Au xxe siècle en France, l'antijésuitisme ne disparaît pas de la production littéraire, mais il laisse peu à peu la place à une vision moins polémique de la Compagnie de Jésus et de son rôle au sein de la société ou de l'Église. Les jésuites de leur côté, d'abord très réservés envers les audaces littéraires du xxe siècle, comme en témoignent leurs revues, les apprivoisent peu à peu, voire laissent certains des leurs s'en inspirer dans des oeuvres originales. L'approche par la littérature apporte ainsi sa pierre à la révision de la légende noire des fils de Loyola.

  • L'antiromanisme catholique s'est tôt préoccupé de fonder historiquement ses revendications politiques et ecclésiologiques et de justifier les critiques qu'il pouvait adresser à l'autorité ecclésiale par l'élaboration d'une historiographie ecclésiastique qui correspondît à ses engagements. Organisée à Lyon le 24 septembre 2010, une journée d'études avait commencé à explorer la question des rapports entre le catholicisme antiromain et la genèse de la tradition historiographique européenne. Le présent ouvrage, qui regroupe les actes d'une seconde journée d'études - la quatrième du cycle consacré par l'équipe RESEA du LARHRA à l'antiromanisme catholique des temps posttridentins - qui s'est déroulée à Munich le 13 septembre 2012, se place dans le prolongement de la précédente session : il était apparu que la question des sources méritait des investigations plus précises, ainsi que le problème du style et celui de l'exploitation des acquis méthodologiques de l'érudition moderne. En particulier, le divorce est devenu de plus en plus visible, à partir de l'âge libéral, entre une historiographie antiromaine soucieuse de méthode critique et sa concurrente romaniste mais, disait-on, méthodologiquement attardée. Les discussions ont montré, au cours du second xixe siècle, avec quelle difficulté l'histoire ecclésiastique, de tradition vénérable, s'est progressivement extraite d'un modèle apologétique pour se plier progressivement aux impératifs d'une méthodologie historiographique critique en voie de définitive consécration. Il semble que les historiens catholiques antiromains aient contribué plus que leurs concurrents respectueux du Saint-Siège, et avant eux, à éloigner l'histoire de l'Église des excès à quoi la conduisait le modèle d'une dissertation édifiante qui finissait par être entrave au récit scientifiquement établi de la geste chrétienne. Les contributeurs de la rencontre munichoise de septembre 2012 ont souhaité éclairer un questionnement dont les alternatives épistémologiques ont sans nul doute contribué à façonner l'historiographie religieuse contemporaine.

  • La compétition qui se met en place au xvie siècle en Occident entre protestants et catholiques pousse chaque camp à accorder une attention particulière à la formation des coeurs et des esprits, jugée stratégique par tous, ainsi qu'en atteste par exemple la réorientation rapide de l'activité des premiers jésuites. Avec d'autres facteurs (le renouvellement des paradigmes intellectuels au moment de l'humanisme, les nouvelles attentes de la monarchie et les nouveaux critères de sélection des élites sociales), cette compétition confessionnelle apparaît alors comme un puissant moteur de développement de l'offre éducative. Le lien privilégié entre protestantisme et éducation est devenu un lieu commun, ainsi que l'idée d'une meilleure alphabétisation protestante. Mais, curieusement, peu d'études récentes ont cherché à en démontrer la véracité. Les pratiques éducatives réformées réelles sous l'Ancien Régime sont en fait mal connues, d'autant qu'elles diffèrent beaucoup, depuis les débuts difficiles du xvie siècle, au temps plus calme de l'édit de Nantes puis à la clandestinité du xviiie. Ce volume cherche à les éclairer, depuis la première éducation à l'enseignement dispensé dans les académies, toujours en se demandant s'il est possible d'établir un lien entre une confession et une forme particulière d'éducation. Afin d'y parvenir, des spécialistes de l'histoire de l'éducation et de l'histoire du protestantisme se sont réunis lors d'un colloque tenu à Lyon les 11 et 12 octobre 2013. Ce sont les actes de cette rencontre qui sont reproduits ici.

  • La troisième journée d'études consacrée par l'équipe RESEA du LARHRA à l'antiromanisme catholique des temps post-tridentins s'est intéressée à l'expression de sentiments antiromains dans l'historiographie catholique. À l'époque moderne, le développement d'une historiographie ecclésiastique antiromaine au sein du catholicisme a d'emblée été tributaire de deux grands modèles élaborés dans la deuxième moitié du xvie siècle et qui s'inséraient dans le débat entre catholiques et protestants. De 1559 à 1574 paraissent à Bâle les treize centuries de l'Ecclesiastica historia, dites Centuries de Magdebourg. Très imposante, l'oeuvre propose une version luthérienne de l'histoire du christianisme. Après la conclusion du concile de Trente, la papauté s'est rapidement préoccupée de faire répondre aux centuriateurs de Magdebourg. En publiant ses Disputationes de controuersiis christianæ fidei (1586-1593), Robert Bellarmin s'est chargé de réfuter les arguments théologiques que les Centuries de Magdebourg avaient développés, tandis que son collègue Cesare Baronio, plus connu sous le nom latinisé de Baronius, faisait paraître à Rome, entre 1588 et 1607, les douze volumes de ses Annales ecclesiastici, qui se faisaient fort d'anéantir par leur érudition la validité des analyses historiques des protestants. À la fin du xvie siècle, l'historiographie ecclésiastique européenne est clairement le lieu d'affrontements confessionnels dont on va retrouver la trace proprement historiographique jusqu'au xixe siècle. L'écriture de l'histoire devient pour les catholiques un domaine de choix où manifester leur opposition à Rome et aux prétentions ecclésiales et temporelles du Saint-Siège. Les différentes contributions ici réunies permettent de mettre en lumière les racines gallicanes et plus largement régalistes du libéralisme contemporain, sourde transformation par laquelle l'historiographie de l'Église a longtemps été travaillée en France, en Italie et en Allemagne et dont la journée d'études organisée le 24 septembre 2010 a tenté de marquer les grandes étapes et d'illustrer le mouvement pluriséculaire.

empty