La découverte

  • Cet ouvrage analyse la manière dont se construisent les " identités " masculines, au croisement de différentes formes de domination - sociale, sexuelle, raciale. En articulant argument théorique et enquêtes empiriques, et en inscrivant sa réflexion dans l'histoire coloniale et néolibérale en Amérique latine et au-delà, Mara Viveros propose une lecture à la fois subtile et limpide de la fabrique des masculinités.
    Contribution décisive à la réflexion contemporaine sur l'intersectionnalité, cet ouvrage analyse la manière dont se construisent les " identités " masculines, au croisement de différentes formes de domination - sociale, sexuelle, raciale. En articulant arguments théoriques et enquêtes empiriques, et en inscrivant sa réflexion dans l'histoire coloniale et néolibérale en Amérique latine et au-delà, Mara Viveros Vigoya traite notamment des imaginaires sur la sexualité noire, des mises en scène de la blanchité normative et des violences sexistes, montrant ainsi que la masculinité est toujours déjà racialisée.
    Nourrie des théories du genre, du black feminism et des épistémologies décoloniales, l'analyse de l'anthropologue colombienne est une lecture à la fois subtile et limpide de la fabrique des masculinités. Un outil précieux pour penser les dominations qui enserrent nos vies - et pour s'en affranchir.

  • Comment est-on passé de la toute-puissance parentale à l'encadrement des parents par les professionnels de la santé et de l'éducation ? De la dénonciation, avec le MLF (Mouvement de libération de la femme), de la « maternité esclave » à la culpabilisation des mères ? De la difficulté à faire reconnaître la maltraitance parentale à la définition du mauvais traitement comme écart par rapport à la norme éducative ? Interrogeant pour la première fois ces évolutions paradoxales, Sandrine Gracia identifie plusieurs mécanismes articulés autour de la question de l'autorité scientifique et morale.Revisitant, dans une évocation à la fois vivante et érudite, la grande lutte pour la régulation des naissances, elle met en lumière la manière dont l'éthique médicale s'est laïcisée en matière de procréation, et la ressource qu'a constitué l'expertise psychanalytique pour les médecins promoteurs de la régulation des naissances. Décryptant ensuite la construction psychanalytique de la « cause de l'enfant » - qualifiée par Françoise Dolto de « révolutionnaire » -, l'auteur montre comment la conduite et le destin des femmes fut désormais indexé sur le bonheur de l'enfant, et comment se brouillèrent les frontières entre clinique et morale.Outre la limitation de l'autonomie des femmes, l'une des retombées de ce brouillage des registres et compétences est la dénonciation d'une nouvelle maltraitance (la « violence éducative », qui serait exercée par les parents réfractaires aux bons usages), et l'émergence d'un militantisme individuel et institutionnel (aux niveaux national et européen) pour faire sanctionner les « déviances » parentales, coïncidant de fait avec les pratiques des milieux populaires.

  • La pornographie fait l'objet de nombreux débats, qui portent sur les conditions de travail des actrices, l'influence des images sur les adolescents, ou encore la censure dont elles feraient l'objet. C'est aussi un monde mal connu.
    À partir d'une enquête ethnographique au sein la production pornographique française, ce livre s'attache à décrire et à analyser l'organisation d'un travail sexuel en tant que tel. Trois questions traversent donc cette enquête :
    Comment les pornographes parviennent-ils à circonscrire un espace pour leur activité, ghettoisée par l'entreprise de discrédit menée par l'Etat depuis 1975 ?
    Quelles formes prennent les relations de travail dans un contexte de professionnalisation de la sexualité ?
    Comment s'opèrent les partages entre sexualité féminine et masculine, homosexualité et hétérosexualité, et pourquoi sont-ils ici un enjeu majeur ?
    Cette analyse du monde de la pornographie permet, à partir d'un cas particulier, de poser deux questions plus générales : celles des évolutions contemporaines du capitalisme ; et celle de l'hétérosexualité.
    L'analyse de l'hétérosexualité est, en particulier, un des grands enjeux de l'enquête. De fait, le métier de pornographe ne se définit pas seulement comme masculin, mais également comme hétérosexuel : alors que réalisateurs et producteurs se donnent pour tâche de saisir une multiplicité de fantasmes, ils tiennent cependant à définir les frontières de l'hétérosexualité. Ils excluent l'homosexualité masculine de leur domaine de compétence. Il ne concerne pas les actrices, pour qui les scènes entre femmes sont au contraire un impératif. L'enquête met en évidence une circonscription paranoïaque de l'homosexualité masculine et montre comment les pornographes ont pour tâche de contourner les contradictions que produit la saisie des fantasmes hétérosexuels.
    Cette enquête apporte ainsi une contribution aux études sur les rapports entre homosexualité et hétérosexualité, et aux rapports contradictoires que ces catégories entretiennent.

  • Depuis la loi sur la parité, jamais les femmes n'ont été aussi nombreuses dans les assemblées politiques et au sein même du gouvernement. Pourtant rien n'a changé dans la manière dont les politiques, les médias et les communicants les représentent. C'est en s'emparant de la vie privée des politiques que cette même sphère médiatique a vraiment modifié leur représentation. Le genre présidentiel décrypte le nouvel idéal des prétendants aux plus hautes fonctions, celui de la " bonne masculinité ". Ségolène Royal, Marine Le Pen, Christiane Taubira, Anne Hidalgo... Jamais les femmes n'ont été aussi présentes sur la scène politique française. Pourtant, la loi sur la parité n'a pas eu les effets attendus. Les médias, les politiques et les communicants continuent de véhiculer de nombreux stéréotypes. Pire : les clichés se renforcent lorsque l'" ordre genré " est contesté. Une candidate accède au second tour de l'élection présidentielle ? Une femme racisée se voit confi er un ministère régalien ? Deux femmes s'affrontent pour la direction d'un parti politique ou d'une grande municipalité ? À chaque fois, les schémas sexistes, et parfois racistes, reviennent sous la plume des commentateurs. Évaluées sur leur physique, soupçonnées d'agir par " émotion " et hâtivement taxées d'incompétence, les femmes sont systématiquement rappelées à l'ordre. La persistance de cet ordre genré s'accompagne d'une évolution : la restriction du périmètre du " privé " et de l'" intime ". Ce sont les affaires pénales de Strauss-Kahn qui ont rendu possible ce déplacement. Mais, dorénavant, comme l'ont montré les polémiques sur les relations de François Hollande avec Valérie Trierweiler et Julie Gayet, les comportements sexuels ou amoureux licites des personnalités politiques sont analysés comme le signe de leur capacité - ou non - à gouverner. S'appuyant sur les productions médiatiques, sur des entretiens avec de nombreux journalistes et sur ses observations des campagnes électorales, l'auteure fait apparaître la dimension genrée des hiérarchies de pouvoir et explore la définition contemporaine de la " bonne masculinité " en politique.

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