La découverte

  • " J'aime bien les cochons. J'ai beau être encore une gamine, comme on me le rapelle souvent quand on veut m'empêcher de faire certaines choses que seuls les adultes peuvent faire. Je les aime bien, et j'ai des tas de choses à dire, moi, sur les cochons." Pour Solenn, la vie est une drôle d'histoire. Moins rose que les cochons qu'elle fréquente en regardant travailler sa mère, Morgane, salariée dans une porcherie industrielle, et plus étrange que ce que semblent en percevoir les adultes. Avec son regard d'enfant, Solenn observe les adultes aux prises avec un travail quotidien éprouvant. Mais, à travers les yeux d'une enfant, les auteures de ce récit en disent beaucoup plus que tous les rapports officiels sur la réalité effrayante et absurde de l'agriculture industrielle et sur l'état de nos relations avec les animaux.
    " Est-ce qu'on a tous les droits sur les animaux ? ", se demande Solenn. " Il y a des fois je me demande si on n'est pas des sauvages ", répond Morgane. Alors, au bout du compte, élever des animaux, manger de la viande, oui, mais pas à n'importe quel prix pour les éleveurs et pour leurs bêtes : " Parce qu'on peut être libres ensemble, ou prisonniers ensemble, c'est à nous de choisir. "

  • Alain Corbin est l'un des historiens les plus originaux et talentueux de sa génération. Ses recherches l'ont conduit àétudier des thèmes qui, jusque-là, étaient restés méconnus ou ignorés : la misère sexuelle et la prostitution au XIXe siècle, l'odorat et l'imaginaire social aux XVIIIe et XIXe siècles, le désir du rivage, le paysage sonore et la culture sensible dans les campagne du XIXe siècle, le déchaînement de violence survenu à Hautefaye en 1870, l'avènement des loisirs entre 1850 et 1960, ou encore le « monde retrouvé» de Louis-Fernand Pinagot, biographie d'un sabotier normand du XIXe siècle choisi au hasard dans les archives. Tous ces livres, qui ont connu un grand succès, placent Alain Corbin comme le chef de file d'une histoire qui revient sur ses préjugés et qui restitue à l'imaginaire et au sensible l'importance, pour comprendre les sociétés passées, que leur avait refusée l'histoire politique, sociale ou économique traditionnelle. Dans ce livre d'entretiens, Alain Corbin revient sur sa jeunesse normande sous les bombardements, sa guerre d'Algérie, son professorat à Limoges, son parcours universitaire atypique, la genèse de ses découvertes. Il formule tous les questionnements qui traversent la recherche historique et pose, sur le XIXe et le XXe siècle, un regard sans oeillères autorisant toutes les lectures. Cet historien du sensible, qui connaît un grand rayonnement à l'étranger, prend plaisir à restituer tout ce qui constitue l'humain et à s'affranchir des grands systèmes.

  • Mêlant récit d'anticipation et analyse politique, ce texte anonyme est la voix de ceux qui ne veulent pas jouer le jeu de la mascarade présidentielle et qui rêvent d'une tout autre histoire. " Je n'en ai pas envie. Tu n'en as pas envie. Nous n'en avons pas envie. Vous n'en avez pas envie. Seuls quelques uns en ont envie et y pensent vraiment, tous les matins. Mais soudain les primaires s'enferrent. La campagne déraille. Les communicants paniquent. Le scénario change. La télévision est éteinte. Les affiches arrachées. Les petites phrases ravalées. Les candidats recalés. Les meetings empêchés. Les bureaux de vote bloqués. Les bulletins incendiés. La comédie terminée. La vieille politique congédiée. On a du mal à croire qu'un tel événement est seulement possible tant on nous fait croire depuis tout petit que l'élection présidentielle est le moment le plus fort de notre vie politique, l'acte refondateur de notre communauté nationale. Et pourtant non. L'élection présidentielle n'aura pas lieu. " Récit d'anticipation et livre politique, ce texte est la voix de ceux qui ne veulent pas jouer le jeu de la mascarade présidentielle et qui rêvent d'une tout autre histoire.

  • L'incroyable parcours de Carlos Dujovne, membre fondateur, en 1918, du Parti communiste argentin, puis agent du Komintern dans les pays du Cône Sud de l'Amérique latine, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, par sa fille, la romancière Alicia Dujovne Ortiz0500 Né en Argentine en 1903 de parents juifs bessarabiens ayant fui les pogroms, Carlos part étudier à Moscou, vivant en direct le dilemme de la succession de Lénine. Envoyé par le Komintern à Montevideo pour y diriger le Bureau sud-américain de l´Internationale syndicale rouge, il participe à l´organisation des nouveaux partis communistes du Pérou, de la Bolivie et du Chili. Incarcéré de 1943 à 1945 dans un bagne de Patagonie, il peut pleinement réfléchir aux crimes du stalinisme, à l´antisémitisme soviétique et aux erreurs du PC argentin. À sa sortie, il renonce au Parti et s´enferme dans la solitude.
    En reconstituant la vie passionnante de Carlos, Alicia Dujovne Ortiz apporte un regard neuf sur une face méconnue et essentielle de l´histoire du communisme international. Le voyage de la narratrice, souvent plein d´humour pour en atténuer l´émotion, est aussi la tentative d´une fille pour dépasser le mutisme de son père et saisir sa propre identité.0300 Grâce à une enquête qui l´a conduite d´un village ukrainien où avait eu lieu pendant l´invasion nazie la « Shoah par balles », aux archives secrètes de Moscou puis en Argentine, elle restitue le parcours étonnant du « camarade Carlos ». Il était le fils d´une famille juive qui, pour fuir les pogroms, avait émigré en Argentine à la fin du XIXe siè-cle dans les colonies du baron Maurice de Hirsch, devenues le berceau des « gauchos juifs ». Entre 1923 et 1928, il étudia à l´université de Moscou et vécut le dilemme his-torique posé par la mort de Lénine. En 1927, il fut l´interprète d´Henri Barbusse devant Staline, lors de la visite de l´écrivain français venu s´assurer que l´Union soviétique respectait les droits de l´homme... Envoyé ensuite à Montevideo par le Komintern pour y diriger le bureau sud-américain de l´Internationale syndicale rouge, son rôle était d´organiser les nouveaux partis communistes du Pérou, de la Bolivie, du Chili. Incarcéré de 1943 à 1945 dans une prison de Patagonie, il eut largement le temps de réfléchir aux crimes du stalinisme, à l´antisémitisme soviétique et aux erreurs du PC argentin. À sa sortie de prison, il renonça au parti et s´enferma dans la solitude.
    À travers la vie passionnante de cette figure singulière, de ses enthousiasmes et de ses échecs, Alicia Dujovne Ortiz apporte un regard neuf sur une face méconnue et essentielle de l´histoire du communisme international.0300De Kishinev (Moldavie) à Buenos Aires, en passant par Moscou, Santiago et La Paz, c´est un étonnant voyage dans le temps et dans l´histoire du communisme que propose dans ce livre l´écrivaine argentine Alicia Dujovne Ortiz. Elle y retrace la biographie de son père, Carlos Dujovne, membre fondateur, en 1918, du Parti communiste argentin, puis agent du Komintern dans les pays du Cône Sud de l´Amérique latine, jusqu´à la Seconde Guerre mondiale.0400Remerciements - Introït - L´étoile sur le front- Naissance d´un communiste - Sourires d´or - La patrie prolétaire - Les archives de la rue Bolchaïa Dmitrovka - Libelles et délations - Études, vacances et Guépéou - Rencontre avec Staline - Voyage dans le Caucase - Une conversation privée - Pièce de théâtre avec Siqueiros, acte I - Fin de la conférence (et de Lozovski) - Discussions dans l´appartement du boulevard - Nikitzky - Conversation à Saint-Pétersbourg - Adieu à Ben Sion -L´illusion est morte, vive l´illusion -Le Bureau sud-américain - Pièce de théâtre avec Siqueiros, acte II - Des révolutionnaires professionnels - Terres de l´Inca - Montevideo, capitale rouge - Premiers soviets de la discorde - Seconds soviets de la discorde - Retour à la cellule de base ? - L'étoile de l'agent brille encore - Camarade Alicia - Les éditions Problemas - Prisons - Lettres - Des longueurs d'avances sur la réalité - Carmel.0600« Ce livre émouvant est la biographie, par sa fille, du militant commu

  • La France est devenue un pays pluriel : multiplicité des cultures sur le sol national, besoin de reconnaissance des familles migrantes et de leurs enfants, nécessité d'anticiper une société métissée. Pourtant, les professionnels - enseignants, éducateurs, médecins, infirmières, psychiatres, psychologues... - qui ont à s'occuper d'eux objectent souvent que ces enfants de l'émigration ne se sentent pas différents des autres. Et que, par définition, la société française n'est pas " multiculturelle ", du fait de son modèle d'intégration individuelle tant loué. Au nom d'un universalisme généreux, ils mesurent mal l'impact sur les enfants des situations d'exil ou de migration vécues par leurs parents. Ce qui est, un peu hâtivement, mis au compte d'un manque de limites et de règles d'autorité est plutôt un problème d'identité. C'est ce que montre l'auteur de ce livre, en s'appuyant sur l'expérience des consultations transculturelles qui accueillent les immigrés et leurs enfants : celles-ci ont permis, ces dernières années, de mettre au jour les souffrances de ces familles et les obstacles sociaux et culturels rencontrés au quotidien par leurs enfants, qu'ils soient bébés, en âge scolaire ou adolescents. Les cas cliniques racontés ici servent à l'auteur de points d'appui pour analyser et éclairer des situations plus courantes auxquelles peuvent être confrontés les professionnels et qui les laissent souvent dans l'embarras. Ce livre, nourri d'histoires de vie et de rencontres avec des migrants et leurs enfants, est précieux pour nous aider à changer notre regard sur eux. Tout à fait essentiel pour comprendre la problématique transculturelle, il permet de penser ces enfants d'ici venus d'ailleurs dans leur singularité, pour mieux les aider, les éduquer, les soigner.

  • Dans l´absence de production littéraire du philosophe de tradition orale Jean-Baptiste Botul (1896-1947), la Correspondance à moi-même occupe une place de premier plan, restée jusque-là méconnue. D´où l´importance de ce livre, qui met au jour une partie significative de cette correspondance, échangée entre Botul et lui-même pendant la « drôle de guerre », entre novembre 1939 à mars 1940. Jacques Gaillard, latiniste, chroniqueur et philologue d´excellente réputation (prix Renaudot de l´essai 1996), en donne enfin une édition aussi soignée qu´érudite, en réponse à l´ardente curiosité pour l´oeuvre botulienne suscitée, en 2010, sous les yeux étonnés du monde entier, par de vertigineuses polémiques au sommet de l´intelligentsia française (ou juste à côté).


    « Tout est là : le boyau, le sang, le trou, la vie, la fuite, la mort peut-être. Cir-culez, circulez, signes cruels, hémorragie de sens, Kant avait bien raison, le grand problème, pour un philosophe, c´est d´être étanche... Eh bien, soit. Homme je suis, donc, fort troué, comme tout un chacun, telle est la loi de notre anatomie ; néanmoins, en tant que Botul, par ce nom même, je suis un trou à peine enveloppé par une membrane de conscience, l´incarnation transcendantale du trou, en quelque sorte. Cela étant, la parcimonie de mon écriture ne pourra jamais obturer mon aptitude à la réflexion et à la communication : je suis un trou, mais un trou pensant. Ça va mieux en le disant, n´est-ce pas ? [...] L´essentiel est de nous débarrasser du principe de non-contradiction, en posant qu´on peut à la fois penser au trou et au non-trou, voire au trou dans le trou. C´est-à-dire au trou percé. » J.-B. Botul « Qu´on le veuille ou non, Platon a mal vieilli, Kant reste utile, Botul est indispensable. » Aphorisme anonyme

  • Unique survivante de sa famille, Molyda a dictée à ses parents adoptifs le récit de l'agonie des siens sous le régime des Khmers rouges. Elle avait douze ans lorsque les troupes de Pol Pot occupèrent Phnom Penh le 17 avril 1975.
    Ce récit est accablant par sa simplicité. Ce n'est pas une prise de parole politique, mais l'égrènement impitoyable de longues journées de faim, de peur, de silence, de travail forcé. Il débouche sur l'espérance d'un nouveau départ dans la vie sur un sol hospitalier. Une famille s'est reconstituée, auprès de parents européens, avec deux autres enfants rescapés.
    Publié pour la première fois à l'automne 1984, Les pierres crieront fait figure aujourd'hui de classique. Il a été traduit en plusieurs langues et a rencontré un succès considérable notamment aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Italie.
    " L'extrémité de l'horreur nous vient par le témoignage d'une enfant qui a vécu cinq ans dans cet enfer. Comme dans le Journal d'Anne Frank, on est saisi par le contraste entre l'horreur méthodique et la fraîcheur de cette âme d'enfant, sa générosité, sa force vitale. C'est aussi la preuve absolue, celle que l'histoire obtient rarement, le témoignage qui ne peut être soupçonné car cette mémoire intacte restitue ce qu'elle a enregistré avec une neutralité d'extra-terrestre. [...] Existe-t-il un document semblable à celui-ci dans les archives de l'humanité ? Je ne le crois pas. Il n'a rien d'esthétique, de littéraire, il est nu comme les cadavres qui flottent sur le Mékong, comme l'horreur qui monte de cette terre marécageuse. Ainsi rejoint-il la grande littérature de la terreur et de l'abjection, celle de Kafka, celle de Beckett. " Jean-Marie Domenach

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