La découverte

  • Dans les vestiges des grands pins ponderosas d'Oregon pousse le matsutake, un champignon qui compte parmi les aliments les plus chers au monde. C'est le point de départ de cette enquête qui transforme un paradoxe en outil d'exploration : en suivant la piste de ce champignon rare, Anna Tsing décrypte la dynamique de notre monde au bord de la destruction au moyen d'outils conceptuels neufs. Bien plus qu'une métaphore, le matsutake est une leçon d'optimisme dans un monde désespérant.
    Ce n'est pas seulement dans les pays ravagés par la guerre qu'il faut apprendre à vivre dans les ruines. Car les ruines se rapprochent et nous enserrent de toute part, des sites industriels aux paysages naturels dévastés. Mais l'erreur serait de croire que l'on se contente d'y survivre.
    Dans les ruines prolifèrent en effet de nouveaux mondes qu'Anna Tsing a choisi d'explorer en suivant l'odyssée étonnante d'un mystérieux champignon qui ne pousse que dans les forêts détruites.
    Suivre les matsutakes, c'est s'intéresser aux cueilleurs de l'Oregon, ces travailleurs précaires, vétérans des guerres américaines, immigrés sans papiers, qui vendent chaque soir les champignons ramassés le jour et qui termineront comme des produits de luxe sur les étals des épiceries fines japonaises. Chemin faisant, on comprend pourquoi la " précarité " n'est pas seulement un terme décrivant la condition des cueilleurs sans emploi stable mais un concept pour penser le monde qui nous est imposé.
    Suivre les matsutakes, c'est apporter un éclairage nouveau sur la manière dont le capitalisme s'est inventé comme mode d'exploitation et dont il ravage aujourd'hui la planète.
    Suivre les matsutakes, c'est aussi une nouvelle manière de faire de la biologie : les champignons sont une espèce très particulière qui bouscule les fondements des sciences du vivant.
    Les matsutakes ne sont donc pas un prétexte ou une métaphore, ils sont le support surprenant d'une leçon d'optimisme dans un monde désespérant.

  • Les animaux ont bien changé au cours des dernières années. Les babouins mâles qui semblaient tellement préoccupés de hiérarchie et de compétition nous disent à présent que leur société s'organise autour de l'amitié avec les femelles. Les corbeaux, qui avaient si mauvaise réputation, nous apprennent que, quand l'un d'eux trouve de la nourriture, il en appelle d'autres pour la partager. Les moutons, dont on pensait qu'ils étaient si moutonniers, n'ont aujourd'hui plus rien à envier aux chimpanzés du point de vue de leur intelligence sociale. Et nombre d'animaux qui refusaient de parler dans les laboratoires behavioristes se sont mis à entretenir de véritables conversations avec leurs scientifiques. Ces animaux ont été capables de transformer les chercheurs pour qu'ils deviennent plus intelligents et apprennent à leur poser, enfin, de bonnes questions. Et ces nouvelles questions ont, à leur tour, transformé les animaux...
    Depuis la première édition de ce livre, les uns et les autres ont continué à se surprendre et un chapitre inédit nous fait découvrir leurs avatars les plus récents. Aujourd'hui, des rats rient dans leurs laboratoires, des perroquets australiens apprennent, avec leurs scientifiques, à mieux collaborer. Quant aux babouins, on découvre que certains auraient domestiqué des chiens et apprivoisé des chats ! Ce livre fourmille de mille exemples et histoires et nous invite à nous demander si tous ces êtres ne sont pas occupés à nous poser une question politique.

  • Les civilisations de l'invisible bâties par les peuples du nord, encore puissantes à l'aube du XX e siècle, n'ont pas résisté longtemps à l'entreprise d'éradication méthodique menée par le pouvoir colonial des États modernes. Ce livre permet enfin de rendre compte de l'immense contribution à l'imaginaire humain des différentes pratiques cognitives des chamanes.
    Le chamane est un individu capable, d'une façon mystérieuse pour nous, de voyager en esprit, de se percevoir simultanément dans deux espaces, l'un visible, l'autre virtuel, et de les mettre en connexion. Ce type de voyage mental joue un rôle clé pour établir des liens avec les êtres non humains qui peuplent l'environnement.
    Les chamanes ne gardent pas pour eux seuls l'expérience du voyage en esprit : ils la partagent avec un malade, une famille, parfois une vaste communauté de parents et de voisins. Les participants au rituel vivent tous ensemble cette odyssée à travers un espace virtuel. De génération en génération, les sociétés à chamanes se sont transmis comme un précieux patrimoine des trésors d'images hautes en couleur, mais en grande partie invisibles.
    Ce livre est le fruit d'enquêtes de terrain et reprend l'ample littérature ethnographique décrivant les traditions autochtones du nord de l'Eurasie et de l'Amérique. Au travers de récits pleins de vie, il rend compte de l'immense contribution à l'imaginaire humain des différentes technologies cognitives des chamanes. Les civilisations de l'invisible bâties par les peuples du Nord, encore puissantes à l'aube du XXe siècle, n'ont pas résisté longtemps à l'entreprise d'éradication méthodique menée par le pouvoir colonial des États modernes, qu'il s'agisse de l'URSS, des États-Unis ou du Canada. Ce livre nous permet enfin de les appréhender dans toute leur richesse.

  • Friction : que se passe-t-il dans les " zones-frontières " où se développe une économie sauvage, ravageant les ressources, les plantes, les animaux, les forêts et les cultures humaines ? Où aucun droit ne limite plus la puissance de bandes armées qui constituent l'avant-garde d'un capitalisme à la fois moderne et archaïque ? Anna Tsing nous emmène à Bornéo chez les Dayaks meratus, mais ce pourrait aussi bien être en Amazonie au Brésil.
    Friction : comment entendre le cri de tous ceux et celles - humains et non-humains - qui disparaissent dans un maelstrom de destructions où la forêt laisse place à des plantations de palmiers à huile ? Comment apprendre à regarder une forêt que l'on croyait sauvage comme un espace social, habité ? Comment faire l'histoire de la botanique en redonnant aux peuples indigènes le rôle qui a été le leur ?
    Friction : comment des lycéens et des étudiants indonésiens amoureux de la nature ont-ils appris, pas à pas, à refaire de la politique sous la dictature ? Comment les alliances les plus boiteuses peuvent-elles être fécondes ?
    Friction : comment faire de l'ethnographie sans se plier aux règles de l'orthodoxie académique, sans théorie à vérifier, mais en fabulant, en rendant perceptibles des aspects de la réalité souvent considérés comme accessoires ? Avec Anna Tsing, il faut apprendre à mettre en suspens nos routines perceptives et nos jugements normatifs, apprendre à sentir et ressentir, à développer une culture de l'attention, apprendre avec ce qui la fait hésiter, avec ce qui l'oblige à multiplier les manières de raconter, les méthodes ethnographiques.

  • À cause des effets imprévus de l'histoire humaine, ce que nous regroupions sous le nom de Nature quitte l'arrière-plan de notre décor séculaire et monte sur scène, au premier plan. L'air, les océans, les glaciers, le climat, les sols : tout ce que nous avons rendu instable, interagit avec nous. Gaïa est le nom du retour sur Terre de tout ce que nous avions envoyé off shore. Nous sommes ces Terriens, qui se définissent politiquement comme ceux qui se préparent à regarder Gaïa de face.
    James Lovelock n'a pas eu de chance avec l'hypothèse Gaïa. En nommant par ce vieux mythe grec le système fragile et complexe par lequel les phénomènes vivants modifient la Terre, on a cru qu'il parlait d'un organisme unique, d'un thermostat géant, voire d'une Providence divine. Rien n'était plus éloigné de sa tentative. Gaïa n'est pas le Globe, n'est pas la Terre-Mère, n'est pas une déesse païenne, mais elle n'est pas non plus la Nature, telle qu'on l'imagine depuis le XVIIe siècle, cette Nature qui sert de pendant à la subjectivité humaine. La Nature constituait l'arrière-plan de nos actions.
    Or, à cause des effets imprévus de l'histoire humaine, ce que nous regroupions sous le nom de Nature quitte l'arrière-plan et monte sur scène. L'air, les océans, les glaciers, le climat, les sols, tout ce que nous avons rendu instable, interagit avec nous. Nous sommes entrés dans la géohistoire. C'est l'époque de l'Anthropocène. Avec le risque d'une guerre de tous contre tous.
    L'ancienne Nature disparaît et laisse la place à un être dont il est difficile de prévoir les manifestations. Cet être, loin d'être stable et rassurant, semble constitué d'un ensemble de boucles de rétroactions en perpétuel bouleversement. Gaïa est le nom qui lui convient le mieux.
    En explorant les mille figures de Gaïa, on peut déplier tout ce que la notion de Nature avait confondu : une éthique, une politique, une étrange conception des sciences et, surtout, une économie et même une théologie.

  • Opposer les scientifiques à un " public prêt à croire n'importe quoi " - et qu'il faut maintenir à distance - est un désastre politique. " Ceux qui savent " deviennent les bergers d'un troupeau tenu pour foncièrement irrationnel. Aujourd'hui, une partie du troupeau semble avoir bel et bien perdu le sens commun, mais n'est-ce pas parce qu'il a été humilié, poussé à faire cause commune avec ce qui affole leurs bergers ? Quant aux autres, indociles et rebelles, qui s'activent à faire germer d'autres mondes possibles, ils sont traités en ennemis.
    Si la science est une " aventure " - selon la formule du philosophe Whitehead -, ce désastre est aussi scientifique car les scientifiques ont besoin d'un milieu qui rumine (" oui... mais quand même ") ou résiste et objecte. Quand le sens commun devient l'ennemi, c'est le monde qui s'appauvrit, c'est l'imagination qui disparaît. Là pourrait être le rôle de la philosophie : souder le sens commun à l'imagination, le réactiver, civiliser une science qui confond ses réussites avec l'accomplissement du destin humain.
    Depuis Whitehead le monde a changé, la débâcle a succédé au déclin qui, selon lui, caractérisait " notre " civilisation. Il faut apprendre à vivre sans la sécurité de nos démonstrations, consentir à un monde devenu problématique, où aucune autorité n'a le pouvoir d'arbitrer, mais où il s'agit d'apprendre à faire sens en commun.

  • De Françoise Balibar à Barbara Cassin, de Mona Chollet à Marcelle Stroobants, en passant par Benedikte Zitouni et d'autres femmes chercheuses et universitaires, témoignages, anecdotes, événements de parcours dans les chemins de la " pensée " et de la place singulière qu'elles y occupent.
    Les femmes ne sont jamais contentes. À témoin, Virginia Woolf qui appela les femmes à se méfier de l'offre généreuse qui leur était faite : pouvoir, comme les hommes, faire carrière à l'université. Il ne faut pas, écrivit-elle, rejoindre cette " procession d'hommes chargés d'honneurs et de responsabilités " ; méfiez-vous de ces institutions où règnent le conformisme et la violence.
    Vinciane Despret et Isabelle Stengers se sont posés la question : qu'avons-nous appris, nous les filles infidèles de Virginia qui avons, de fait, rejoint les rangs des " hommes cultivés " ? Et comment prolonger aujourd'hui le cri de Woolf, " Penser nous devons ", dans une université désormais en crise ?
    Ces questions, elles les ont relayées auprès d'autres femmes. Leurs témoignages ont ouvert des dimensions inattendues. Elles ont raconté des anecdotes, des perplexités, des histoires, des événements ou des rencontres qui les ont rendues capables non seulement de dire non et de résister, mais de continuer à penser et à créer dans la joie et dans l'humour. Et surtout, ces femmes, comme toujours, ont fait des histoires...

  • L'objet de ce livre est de montrer que la dignité présente un autre visage lorsqu'elle émerge d'une histoire de la déshumanisation. À travers une analyse critique de la tradition philosophique européenne, Norman Ajari élabore une conception radicalement nouvelle de la dignité, entendue ici comme la capacité à se tenir debout entre la mort et la vie.
    Être africain ou afrodescendant, c'est provenir d'un peuple dont l'humanité fut contestée sur les plans juridique, scientifique, philosophique, théologique, économique, psychiatrique. On n'en continue pas moins à exiger des Afrodescendants qu'ils cessent de " ressasser ", de " ruminer " l'histoire coloniale, répétant ainsi une vieille injonction esclavagiste à l'oubli des ancêtres et à la méconnaissance de la communauté d'origine.
    Pourquoi prendre la question sous l'angle de la dignité ? La dignité est ce que le Blanc essaie d'abolir lorsqu'il exerce sa violence sur le Noir. Mais c'est aussi ce dont le Blanc se prive lui-même lorsqu'il exerce sa violence sur le Noir. Enfin, c'est ce que le Noir réaffirme collectivement lorsqu'il s'engage contre la domination blanche. Lorsque la dignité d'un jeune Noir est prise d'assaut, lorsqu'il est violé ou assassiné par les représentants de l'État, c'est une longue histoire de luttes, de conquêtes et d'affirmation d'une humanité africaine qui vacille et tremble sur ses bases.
    La Dignité ou la Mort propose une implacable analyse critique de la tradition philosophique européenne. Mais c'est pour mieux renouer avec l'histoire méconnue de la pensée radicale des mondes noirs. Les révoltes d'esclaves, la négritude, les usages révolutionnaires du christianisme en Amérique du Nord et en Afrique du Sud, l'ontologie politique seront autant d'étapes d'un véritable parcours de libération.
    La dignité est la capacité de l'opprimé à tenir debout entre la vie et la mort.

  • Comment résister à la peur et à l'impuissance que provoquent aujourd'hui les extinctions de masse dans la grande " famille des vivants " ? Deborah Bird Rose nous propose ici de penser, sentir et imaginer à partir d'un terrain concret et situé : les manières de vivre et de mourir avec les chiens sauvages d'Australie, les dingos, cibles d'une féroce tentative d'éradication.
    En apprenant des pratiques aborigènes, de leurs manières de se connecter aux autres vivants, elle active une puissance que la Raison occidentale a dévolue aux seuls humains : l'amour. Que devient cette capacité de répondre à l'autre, cette responsabilité, quand elle s'adresse à tous les terrestres ? En s'attachant à des bribes d'histoires logées dans nos grands récits moraux et philosophiques, elle fait sentir que le non-humain continue d'insister silencieusement et que cet appel, perçu par Lévinas dans les yeux d'un chien rencontré dans un camp de prisonniers en Allemagne nazie, n'en a pas fini de nous saisir et de nous transformer.
    Il s'agit de faire sentir et aimer la fragilité des mondes qui se font et se défont, au sein desquels des vivants hurlent contre l'inexorable faillite, tressent des chants inoubliables. Les faits parlent d'eux-mêmes, disent parfois les scientifiques de laboratoire. Ici, ils nous parlent.

  • Du jardin d'Éden à la " petite république " de la ferme de Jefferson, des hortillonnages médiévaux d'Amiens à l'agriculture urbaine de Savannah, en passant par les kibboutz, les jardins ouvriers ou les jardins partagés urbains, et bien d'autres épisodes tous plus inventifs les uns que les autres, ce livre examine ce qui, dans les relations entre l'agriculteur ou le jardinier et la terre cultivée, favorise la formation de la citoyenneté, une puissance de changement considérable.
    On a l'habitude de penser que la démocratie moderne vient des Lumières, de l'usine, du commerce, de la ville. Opposé au citadin et même au citoyen, le paysan serait au mieux primitif et proche de la nature, au pire arriéré et réactionnaire.
    À l'opposé de cette vision, ce livre examine ce qui, dans les relations entre les cultivateurs et la terre cultivée, favorise l'essor des valeurs démocratiques et la formation de la citoyenneté. Défile alors sous nos yeux un cortège étonnant d'expériences agricoles, les unes antiques, les autres actuelles ; du jardin d'Éden qu'Adam doit " cultiver " et aussi " garder " à la " petite république " que fut la ferme pour Jefferson ; des chambrées et foyers médiévaux au lopin de terre russe ; du jardin ouvrier au jardin thérapeutique ; des " guérillas vertes " aux jardins partagés australiens.
    Cultiver la terre n'est pas un travail comme un autre. Ce n'est pas suer, souffrir ni arracher, arraisonner. C'est dialoguer, être attentif, prendre une initiative et écouter la réponse, anticiper, sachant qu'on ne peut calculer à coup sûr, et aussi participer, apprendre des autres, coopérer, partager. L'agriculture peut donc, sous certaines conditions, représenter une puissance de changement considérable et un véritable espoir pour l'écologie démocratique.

  • En créant les notions de faitiche et celle d' iconoclash, Bruno Latour poursuit sa critique des " modernes " et remet ainsi en cause toute une partie de l'édifice sur lequel sont construites les sciences humaines.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2009.)
    Ce livre marque une étape clef dans le projet de Bruno Latour : faire l'anthropologie des modernes. Il est composé de deux textes dont l'objectif est de remettre en cause des notions qui nous tiennent habituellement à coeur : celle de " croyance " et celle de " critique ".
    Le premier texte (publié une première fois en 1995 mais épuisé) a été rédigé après un long stage dans la consultation d'ethnopsychiatrie de Tobie Nathan ; le second (inédit en français) fut écrit pour l'exposition "Iconoclash", dont Bruno Latour a été le commissaire en 2002.
    Ce livre est original par son style. Il ne s'agit pas ici de faire un exposé exhaustif et pesant, mais de raconter des histoires, de commenter des images et, toujours, de se moquer de nous-mêmes, les modernes, imbus de notre supériorité sur les " païens qui, comme des enfants, se laisseraient prendre à leurs chimères, fabriquant le soir des statues, des poèmes, des poupées et des mythes, pour croire, le matin, qu'elles se sont faites toutes seules, par génération spontanée. " Le monde ne se sépare pas entre ceux qui baigneraient dans de chaudes illusions et ceux qui ne connaîtraient que la froide raison.
    Avec humour, Bruno Latour bricole deux notions : celle de faitiche et celle d'iconoclash. Elles lui permettent d'abolir la distance que nous avions crue solidement établie entre nous (les modernes) et les autres. La notion de faitiche permet de douter de la croyance en la croyance, celle d'iconoclash permet de suspendre le geste iconoclaste pour en interroger l'histoire. Il remet ainsi en cause toute une partie de l'édifice sur lequel sont construites les science humaines. Mais, chemin faisant, il crée les outils pour nous aider à nous comprendre nous-mêmes, à faire notre propre anthropologie.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2009.)

  • Les techniques de " divination " traditionnelles s'opposent à celles du " diagnostic " médical. Elles nous obligent à repenser une psychopathologie enfin scientifique. Ce livre, devenu une référence depuis sa première parution en 1995, est un véritable manifeste de l'ethnopsychiatrie. Édition augmentée de deux textes.
    Nous croyons savoir ce que font les guérisseurs : ils s'appuient sur les croyances (irrationnelles) des patients et agissent de manière " symbolique " ; s'ils obtiennent des résultats, c'est grâce à leur capacité d'écoute. Nous croyons aussi savoir ce qu'est la médecine moderne : une médecine très technique, rationnelle, mais trop peu à l'écoute des patients. Dans ce livre, Tobie Nathan et Isabelle Stengers montrent que cette opposition est trompeuse. Selon Tobie Nathan, les guérisseurs sont intéressants justement parce qu'ils n'écoutent pas les patients : les techniques de " divination " s'opposent à celles du " diagnostic ". En interrogeant l'invisible, en identifiant ses intentions, ceux-ci construisent de véritables stratégies thérapeutiques dont les guérisseurs africains sont des virtuoses. La médecine moderne se caractérise, elle, par son empirisme et non pas par sa rationalité. Le thème de la rationalité sert à combattre les autres techniques de soin.
    Ce livre, véritable manifeste de l'ethnopsychiatrie, bouleversera tous ceux qui ont affaire avec le soin et la médecine. Au-delà, l'objectif du psychologue et de la philosophe est de nous obliger à repenser le rapport entre la culture occidentale et les autres. Cette nouvelle édition est complétée avec deux textes où les auteurs répondent à leurs contradicteurs.

  • Une étrange épidémie d'" empoisonnements " s'est répandue dans les Antilles françaises aux XVIII e et XIX e siècles. Les colons prêtent aux " nègres " (sorciers et guérisseurs) une extraordinaire force de nuisance et d'effrayants pouvoirs.L'incapacité de la justice ordinaire à mettre fin au fléau entraîne la création de juridictions spéciales et une répression épouvantable. L'auteure fait la généalogie passionnante de cette grande peur, elle en reconstitue la logique sociale et toute la violence.
    Aux XVIIIe et XIXe siècle, un étrange fléau affole les colons des Antilles françaises : le " poison ". Ce terme est souvent associé - voire assimilé - à celui de " maléfices ", les " empoisonneurs " étant d'ailleurs fréquemment dénoncés comme " sorciers ". Les imputations de crime d'empoisonnement participent d'un système de croyances magiques qui amène les maîtres à prêter aux nègres une extraordinaire force de nuisance fondée sur une science botanique occulte associée à d'effrayants pouvoirs.
    L'effroi qui saisit les colons engendre la terreur contre les esclaves : terreur illégale exercée à titre privé par les maîtres mais aussi terreur légalisée par la création de juridictions spéciales puis par l'instauration d'un impitoyable dispositif administratif de répression.
    Dans ce livre bouleversant, l'auteure trace avec précision la généalogie de cette grande peur et en reconstitue la logique sociale en s'appuyant sur des récits et des documents souvent totalement inédits. La violence esclavagiste mise en lumière par l'analyse du crime d'empoisonnement est tout autant la violence ordinaire (privations quotidiennes, travail effectué sous le fouet, châtiments corporels banalisés) que celle qui prend les formes les plus cruelles pour signifier aux esclaves que leur sort est entre les mains du seul maître, qu'aucun autre pouvoir (politique, judiciaire ou religieux) ne peut leur venir en aide.

  • Alors que la guerre menée à la contrefaçon de médicaments semble obéir aux préceptes sanitaires les plus élémentaires, Mathieu Quet dans cette enquête qui nous conduit des bureaux des multinationales aux pharmacies de village des populations les plus démunies démontre qu'il s'agit une fois de plus d'une offensive de l'Industrie pharmaceutique pour défendre ses intérêts et maintenir son contrôle.
    Renforcement des législations, nouveaux accords internationaux, opérations de police, multiplication des saisies : la lutte contre les " faux " médicaments a pris une ampleur inédite. Ces précautions semblent s'imposer : dans les pays les plus riches comme les plus pauvres, l'accès à des médicaments de qualité, contrôlés avec attention, n'est-il pas un droit indiscutable ?
    Au fil d'une enquête qui nous conduit des bureaux des firmes multinationales aux pharmacies de village, des rues de Nairobi aux zones industrielles indiennes, Mathieu Quet montre que la bataille contre les faux médicaments fournit à l'industrie le moyen de reprendre le contrôle d'une situation qui lui échappait. Face à la montée en puissance de l'industrie générique et à la croissance des échanges commerciaux entre les pays du Sud, face aux mouvements de patients qui dénoncent les effets de la propriété intellectuelle, et face aux gouvernements des pays les plus pauvres qui ne s'en laissent plus conter, la lutte contre les faux médicaments est la solution trouvée par la Big Pharma pour défendre ses monopoles et ses profits.
    Une telle entreprise de sécurisation révèle certaines transformations essentielles du capitalisme, liées à l'évolution des routes marchandes et des formes de circulation, à la reconfiguration des stratégies de profit et des modes de contrôle. Il est grand temps d'étudier le fonctionnement de ce nouveau capitalisme des flux.

  • Notre supermarché est un roman ? Oui, comme le prouve Sylvain Rossignol, dans ce roman qui est aussi, comme le précédent, une plongée dans le monde du travail et les possibilités d'accéder ou non à l'estime de soi.
    Dans un supermarché, les vies se croisent, s'effleurent mais se rencontrent rarement. Les caissières sont aux caisses, les vigiles à leur poste, les clients à leurs listes de courses. C'est un monde codifié pour que les clients consomment et pour que les caissières s'accommodent de leur travail fragmenté. Cet univers se fissure quand une caissière, Noémie, offre un article à un client, autrement dit le vole ; quand ce client, Julien, tombe sous le charme de Noémie ; et surtout quand un directeur de supermarché, Monsieur Némane, décide d'ouvrir le magasin un dimanche veille de Noël. La grève menace. Avec elle survient le chaos et les vies s'interrompent, se télescopent, s'empoignent. L'enjeu est important : il s'agit de retrouver les rêves d'une vie meilleure, de regagner sa fierté.
    Le supermarché est le décor dans lequel ils évoluent, mais il est plus que cela : il est leur métier, il les façonne autant qu'ils le façonnent. Ainsi, quand les personnages parlent, ils parlent d'eux-mêmes mais disent aussi le travail.
    Une histoire de sentiments ou une histoire de travail ? Les deux, intimement liés.

  • Maths sup, Maths spé, Polytechnique... Par une victime consentante, récit incisif des heurs et malheurs de la formation des bêtes à concours.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2009).
    Maths sup, Maths spé, Polytechnique : c'est le chemin de l'élite. Mais les bacheliers qui s'engagent dans cette voie savent-ils ce qui les attend ? Dans cet essai superbement écrit, l'auteur revient avec ironie sur son expérience de cette filière : la journée de travail du taupin commence à 8 heures, finit à minuit ; la vie, l'actualité et le bruit du monde s'arrêtent à la porte de sa classe ; la réussite aux concours est une véritable question de vie ou de mort. Les épreuves sont des batailles ambiguës dont on ressort à chaque fois mi-vainqueur et mi-vaincu. Leur succession finit par façonner une véritable technique, accrocheuse, productive et maîtrisée, un art du devoir en temps limité. Ainsi se forment les bêtes à concours.
    Certains deviennent brutalement taciturnes, insomniaques, obsessionnels. Les tentatives de suicide sont nombreuses mais cachées : " Si la plupart des bacheliers ont la bosse des maths en arrivant, tous repartent avec un traumatisme crânien. " À la fois stakhanoviste et passif, le taupin engrange selon une conception digestive de l'apprentissage. La conséquence en est l'oubli, noir et vengeur : " Mon cerveau a vomi ce qui lui a été inculqué, si bien que je serais aujourd'hui incapable de donner des cours en première année de fac. Lorsque je m'oblige parfois à exhumer de veilles formules, c'est avec peine, et plein du sentiment étrange et douloureux que cet élève n'était pas moi. Je préfère alors rester en deçà de la compréhension, et feuillette mes livres comme s'il s'agissait des vestiges d'une écriture disparue, ou de l'exploit sibyllin d'un artiste contemporain. "
    Quel impératif national justifie qu'une partie de la jeunesse se mutile en sacrifiant ses meilleures années ? Comment ceux qui ont été ainsi formés affrontent-ils le monde du travail et s'y comportent-ils ? À lire impérativement avant de faire Maths sup !
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2009).

  • Cocasses, voire hilarants, mais profonds et sensibles, les souvenirs enchanteurs d'un grand ethnomusicologue, spécialiste des musiques africaines, et en particulier de celles des Pygmées.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2009)
    Ça commence comme un roman d'aventure : un coup de fil du ministère des Affaires étrangères israélien propose en 1963 à un corniste de l'orchestre symphonique de la radio de partir en République centrafricaine, dans le cadre d'un programme de coopération : le président centrafricain veut une fanfare...
    Il n'y aura jamais de fanfare. Mais Simha Arom découvre des musiques extraordinaires, notamment celle des Pygmées, et il est immédiatement bouleversé : " Je sentais que leur musique venait du fond des âges, mais aussi, d'une certaine manière, du plus profond de moi-même. Pourtant, je ne pouvais les connaître, n'ayant jamais rien entendu de semblable. C'était affolant. Comment ces musiciens faisaient-ils ? J'en étais tout ahuri. " Pour comprendre, Simha Arom va faire un long périple en Centrafrique. Il va inventer de nouvelles méthodes de recherche, créer un musée des arts et traditions populaires, multiplier les enregistrements. Il deviendra un ethnomusicologue de réputation mondiale.
    De la forêt où vivent les Pygmées dans des conditions difficiles, jusqu'aux scènes des festivals de musique en Europe où ils se produisent désormais, Simha Arom nous raconte au quotidien ces rencontres qui ont changé sa vie.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2009)

  • Comment ne pas perdre son identité quand on perd son autonomie ? Annick Tournier raconte avec beaucoup de sensibilité la vie quotidienne, les relations avec les médecins, le kiné, le réapprentissage des actes de tous les jours ... Car à défaut de guérir, il faut jouer la montre.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2009)
    Ça commence de manière insidieuse : gestes saccadés et approximatifs, lenteurs, lourdeurs, raideurs, douleurs diffuses, fatigue, insomnie. " J'étais devenue pataude, j'arrivais à peine à me brosser les dents. Je luttais pour déplier le journal. Je me souviens de ce jour de petite fête familiale. De la musique sympa. Par réflexe on se lève, on se mêle à ceux qui se déhanchent et là patatras : les chaussons de danse ont été remplacés par des Pataugas et on danse de façon grotesque. Si on avait moins de fierté, on pleurerait. "
    C'est à 53 ans qu'Annick Tournier apprend qu'elle est atteinte de la maladie de Parkinson. Comme dans un mauvais rêve... Et le premier sentiment est de honte. Elle a tellement honte qu'elle ne peut se résoudre à le dire sauf à un tout petit cercle de proches. Chaque jour la maladie s'impose un peu plus : les automatismes sont de moins en moins automatiques, les réflexes s'émoussent. Au fur et à mesure que les signes s'imposent, les délais de réaction s'allongent. Tous les gestes de la vie quotidienne que l'on fait sans y penser doivent désormais être l'objet de multiples attentions. Il peut même arriver que la déglutition ne se fasse pas. Avoir la sensation de s'étouffer dans sa propre salive est une expérience terrifiante.
    Cette maladie sournoise porte le nom de son découvreur, le médecin britannique James Parkinson (1755-1824). On a appris beaucoup de choses sur les causes possibles de cette pathologie (génétiques, environnementales...), mais on ne sait toujours pas la soigner, seulement en ralentir les effets. Annick Tournier raconte avec beaucoup de sensibilité la vie quotidienne, les relations avec les médecins, le kinésithérapeute, le réapprentissage des actes de tous les jours qu'impose la progression inéluctable de la maladie. Car à défaut de guérir, il faut jouer la montre ! Comment ne pas perdre son identité quand on perd son autonomie ? Comment apprendre à cohabiter avec un double en cours de déstructuration ?
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2009)

  • Peut-on aller chercher ailleurs de quoi venir au secours de l'épuisement du discours occidental sur la religion ? Qui pourrait s'attendre à ce que l'islam puisse avoir ce type de ressource et contribuer à penser la fin des ères religieuses ? C'est le pari de l'auteur, pour qui, l'islam permet d'imaginer une autre compréhension de la sortie du religieux.
    Assiste-t-on à un retour du religieux ? La " sortie de la religion " prophétisée par la modernité occidentale comme avenir de l'humanité a-t-elle échoué ? L'auteur ne croit pas au retour du religieux mais se demande pourquoi des millions d'hommes continuent de chercher dans la religion un sens à leur existence. Pourquoi la religion refuse-t-elle de mourir ? Sans doute parce que l'Occident a voulu s'en débarrasser trop vite, comme si elle ne relevait que de l'illusion et n'avait rien à nous transmettre. Mettant à profit sa double culture intellectuelle - musulmane et occidentale -, il propose dans ce livre une nouvelle manière de penser la sortie de la religion.
    Pendant des millénaires, les hommes ont accordé à leurs dieux une infinie puissance créatrice, mais aussi la capacité de détruire le monde. Or la formidable accélération du progrès scientifique et technologique leur donne désormais cette surpuissance jadis réservée aux dieux... Notre problème est que nous ne savons pas comment la maîtriser : ravages de la toute-puissance de l'argent, catastrophe écologique. Sommes-nous devenus des dieux fous ? Les hommes n'ont pas su hériter de la sagesse dont les dieux étaient prudemment dotés...
    C'est de cette sagesse dont nous avons aujourd'hui le plus besoin. L'auteur propose donc de " désoccidentaliser " notre compréhension de la sortie de la religion. Peut-on aller chercher ailleurs, entre autre dans l'islam, de quoi venir au secours de l'épuisement du discours occidental sur la religion ? Peut-on aller chercher dans les religions elles-mêmes les ressources pour penser ce nouveau stade d'évolution de l'humanité tout entière ?

  • Cette extraordinaire biographie est une oeuvre péguyste sur Péguy, où seuls comptent la mémoire et le travail de remémoration, et non la froide histoire des " savants ". Tout en dressant un portrait saisissant des fabuleuses années 1900, son fidèle ami romancier reconstitue le parcours du poète philosophe, raconte la genèse et le contenu de son oeuvre gigantesque, dont tous ceux qui ne se résignent pas au pouvoir de l'argent n'ont pas fini de découvrir l'importance,
    Romain Rolland (1866-1944) a été un des plus proches compagnons de combat de Péguy (1873-1914). Son roman Jean-Christophe, a d'abord été publié par Péguy dans les Cahiers de la quinzaine. Ils se sont battus côte à côte pour Dreyfus et ont vibré pour les mêmes idéaux socialistes.
    À la fin de sa vie, en pleine désillusion sur l'URSS, Romain Rolland nous livre une biographie de Péguy qui reste inégalée. Il reconstitue le parcours du poète philosophe, raconte la genèse et le contenu de ses oeuvres tout en dressant un portrait saisissant des fabuleuses années 1900 où Einstein formule sa première théorie, où le pape condamne le relativisme et met Bergson à l'index. Mais il ne cache pas non plus l'exaltation nationaliste de Péguy avant la guerre de 1914 et sa haine de Jaurès. On est frappé par la profondeur du travail et le style de Romain Rolland. Il sait nous entraîner dans ce fleuve qui le (et nous) déborde de toute part.
    Le sens des engagements de Péguy - que l'ami Rolland n'a, loin de là, pas toujours partagés - fait l'objet d'un décryptage minutieux. Son dreyfusisme " mystique ", son socialisme irréductible, sa détestation de la Sorbonne et du " parti intellectuel ", son bergsonisme jamais pris en défaut et son appel à la révolution dans l'Église deviennent enfin compréhensibles dans leur complémentarité.
    À qui appartient Péguy ? Romain Rolland montre comment cette oeuvre immense est irrécupérable par l'extrême droite et en quoi elle réjouira tous ceux qui ne se résignent pas au pouvoir de l'argent.

  • Ce livre revient sur ces années où les usagers de drogues illicites ont été les boucs émissaires d'une politique démagogique. Écrit à quatre mains par un usager de drogues activiste et un professionnel des addictions, il montre comment les salles de consommation s'inscrivent dans une politique au service de la santé de tous et au service de la citoyenneté partagée. Il est aussi un cri d'espoir, et un appel pour une politique des drogues plus humaine et plus efficace.
    Le débat sur les salles d'injection exacerbe les tensions entre tenants de la " guerre à la drogue " et partisans de la " réduction des risques " (politique qui permet aux usagers de drogues de préserver leur santé même s'ils n'arrêtent pas les drogues). Il révèle la fracture entre des responsables politiques nationaux tentés par la démagogie, et des élus locaux, pragmatiques.
    Refusant les expériences en Espagne, Suisse, Allemagne ou Canada, et balayant les études scientifiques, le précédent gouvernement avait dit " non " aux salles d'injection. Malgré ce refus, des villes de droite comme de gauche - Bordeaux, Nancy, Strasbourg, Marseille ou Paris - ont préparé la mise en place de ces salles en attendant des jours meilleurs.
    Ce livre revient sur ces années où les usagers de drogues illicites ont été des boucs émissaires. Il est un cri d'espoir et un appel pour une politique des drogues plus humaine et plus efficace, fondée sur la régulation des usages.

  • Pourquoi insulte-t-on ? Dans quels cas les injures sont-elles efficaces ? Comment peuvent-elles aussi rater leur cible et se retourner contre celui qui les profère ? Ces questions nous en apprennent beaucoup sur la société et ses règles de bon fonctionnement. Si injurier, c'est chercher à humilier, " bien injurier ", c'est surtout apprendre à se révolter.
    " Fils de pute ", " nique ta mère ", " sale chien ", " connasse ", " pédé " : pourquoi insulte-t-on ? Dans quels cas les injures sont-elles efficaces ? Comment peuvent-elles aussi rater leur cible et se retourner contre celui qui les profère ?
    Injurier, c'est chercher à humilier. Ce livre pourrait certes nous apprendre à " bien injurier ", mais il pourrait aussi nous aider à résister à la violence des mots. Celui qui veut injurier efficacement doit se faire apprenti sociologue ! Car les injures renferment des mystères plus profonds qu'il n'y paraît à première vue. Elles tendent à nous assigner un rôle, à nous définir. Elles recèlent un réel pouvoir magique : celui qui est nommé peut se reconnaître, et trouver ainsi une nouvelle manière d'exister et... de se révolter.
    Ce livre explore une variété d'injures et d'insultes courantes aujourd'hui. À chaque fois, il en reconstitue le contexte et le sens. Il propose ainsi un parcours amusant, plein de péripéties et d'aventures dans un monde pas toujours reluisant qui est pourtant le nôtre. C'est aussi un livre d'espoir pour un avenir meilleur.

  • Républicain de gauche, socialiste, postmoderne : les grands courants de la gauche radicale peuvent se retrouver dans les mêmes organisations, mais ils s'opposent sur les débats de société. Peuvent-ils faire alliance à court et à long terme ? Sont-ils condamnés à toujours s'opposer et à se fragmenter rendant impossible l'existence d'un grand courant politique à la gauche du Parti socialiste ?
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2010)
    À la gauche du parti socialiste, il y a désormais tout un ensemble de forces politiques, syndicales, associatives, de journaux et revues entre lesquelles il est parfois difficile de se reconnaître, même pour les plus avertis.
    Il ne s'agit pas, pour l'auteure, d'en dresser une liste qui serait fastidieuse, mais de comprendre les grands ressorts qui expliquent les différences entre les diverses fractions de la gauche de la gauche, et de comprendre les passions qui les animent. Elle propose pour cela un outil pragmatique inspiré du travail de Luc Boltanski, outil qui va lui permettre de distinguer plusieurs grands courants : républicain de gauche, socialiste, postmoderne. Ceux-ci peuvent se retrouver dans les mêmes organisations, s'allier entre eux, mais ils s'opposent à chaque fois que surgit un débat de société important : la laïcité et la place des religions, le féminisme, les luttes homosexuelles, etc. Ces grands courants ont des racines, des histoires et des auteurs de référence différents.
    Peuvent-ils faire alliance à court et à long terme ? Sont-ils condamnés à toujours s'opposer et à se fragmenter rendant impossible l'existence d'un grand courant politique à la gauche du Parti socialiste ?
    Ce sont tous ces débats - et les prises de position qui en découlent - qu'Irène Pereira nous permet ainsi de décrypter. C'est donc bien une " grammaire " qu'elle nous propose, et qu'elle illustre avec de multiples exemples.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2010)

  • Des tablettes d'argile aux technologies modernes - du télégraphe à l'ordinateur - en passant par les bibliothèques, plusieurs modèles aident à décrire la mémoire. En la considérant comme un artefact relié à son environnement technologique, ce livre fascinant explore les conséquences des techniques de l'intelligence artificielle et les différentes sciences de la mémoire (neurosciences et psychanalyse).
    Comment avons-nous appris à nous souvenir ? Comment avons-nous développé la maîtrise des gestes simples, marcher, tenir une fourchette, enfiler une veste ? Nous l'ignorons, nous l'avons oublié.
    Certaines maladies sabotent les plus anciennes de nos acquisitions. Pourtant, les personnes souffrant de telles pertes usent de ressources insoupçonnées pour garder l'unité de leur " soi ".
    Le pari de l'auteur est de considérer la mémoire non pas comme quelque chose d'inné et de naturel mais comme un acquis, une conquête, le produit d'une " technologie " dont les modèles se transforment au cours de l'histoire. Des arts de la mémoire, cultivés jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, aux recherches actuelles sur l'intelligence artificielle et la génétique, en passant par les thérapies psychiques qui cherchent à débusquer les " secrets pathogènes ", nous avons toujours envisagé la question de la mémoire en la comparant à la technologie la plus en vogue : tablettes d'argile, peinture, bibliothèque, télégraphe, téléphone, ordinateur... Pour l'auteur, ces comparaisons ne sont pas sans effets. Elles révèlent ce qui est en jeu dans le choix des valeurs et de la destinée humaine. Les mystiques célébraient autrefois la Passion du Christ dans leurs propres chairs, se faisant mémoire et parchemins vivants sous le poinçon des stigmates. Aujourd'hui nous concevons l'homme comme une machine intelligente, nous fabriquons ses prothèses cognitives et préparons pour demain les modules implantables de mémoires artificielles que son cortex accueillera.
    Dans ce voyage vertigineux à travers l'exploration de modèles éphémères, nous assistons à des " crimes psychiques ". Ceux qui résistent en pratiquant les anciens arts de la mémoire sont détruits. Maintenant que nous avons découvert la mémoire millénaire inscrite dans l'ADN, nous cherchons, non sans dangers, à la modifier.

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