La découverte

  • " De tous les animaux susceptibles d'être des victimes sacrificielles, l'homme est le seul qui puisse faire des sacrifices ". Les essais réunis ici portent sur la culture et les formes de pensée que nous font connaître les textes sanscrits, notamment les plus anciens d'entre-eux : les Hymnes védiques et les Traités du sacrifice qui leur sont associés.
    Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1989.
    Les essais réunis dans ce volume portent sur la culture et les formes de pensée que nous font connaître les textes sanscrits, notamment les plus anciens d'entre-eux : les Hymnes védiques et les Traités du sacrifice qui leur sont associés. Le titre, Cuire le monde, traduit l'expression sanscrite lokapakti : l'homme " cuit " le monde et se " cuit " lui-même en exécutant les rites. On choisit en effet, pour aborder l'Inde, de suivre les chemins que tracent les prescriptions et spéculations indiennes sur le rituel. Poètes et doctrinaires védiques nous y invitent : c'est en réfléchissant à ce qui a lieu sur la scène sacrificielle qu'ils élaborent les catégories du continu et du discontinu de la répétition et de la différence, du " principal " et du " reste ", de l'immédiat et du différé, du plein et du vide, de l'implicite et du déployé. Catégories universelles, sans doute, mais qui, dans l'Inde, ont cette spécificité d'avoir été " pensées " à partir du rite par excellence, l'acte sacrificiel, conçu comme modèle de l'acte. C'est pour rendre compte du sacrifice que le Veda s'interroge sur les dieux, leur corps, leur langage, et c'est dans le groupement des hommes unis dans un même projet sacrificiel que l'on décèle le prototype du lien politique. Enfin le lexique et les notions propres au rituel sont présents dans cette définition que les auteurs védiques donnent de l'homme : " De tous les animaux susceptibles d'être des victimes sacrificielles, l'homme est le seul qui puisse faire des sacrifices ". Dans cette phrase est condensée une anthropologie : ce livre tente de l'expliciter.
    Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1989.

  • Pourquoi étudier la lecture ? Récemment, en France, le sujet a suscité une série de travaux de type rhétorique, sociologique, historique et psychanalytique, et l'on sait que les psycholinguistes s'intéressent depuis longtemps à la lecture, et aux méthodes de son apprentissage, fondamentales pour nos systèmes scolaires. Que pourrait apporter une étude consacrée à la lecture en Grèce ancienne à cette recherche axée sur la lecture à l'époque moderne, voire contemporaine ? En choisissant la Grèce ancienne comme terrain d'enquête, on se donne les moyens de voir s'élaborer des pratiques de lecture qui, pour la première fois dans l'histoire, s'appuient sur un alphabet comparable au nôtre. Très tôt, on voit comment l'écriture, dont le but est ici de provoquer une lecture à haute voix, instaure un jeu de pouvoir entre le scripteur et le lecteur, l'instrument vocal qui doit assurer la réalisation de la trace écrite, jugée incomplète parce que silencieuse. Autrement dit, le scripteur est censé se servir du lecteur, parfois tenu de prononcer un "je" qui n'est pas le sien. Les façons dont les Grecs ont compris cette relation de pouvoir, centrée sur la voix lectrice, est le thème majeur de ce livre. C'est aux pratiques sociales, telles que le mariage et la pédérastie, qu'ils ont emprunté les formes dans lesquelles ils ont pensé cette relation. Bien que ces façons de comprendre la lecture soient - par là - assez éloignées des nôtres, elles restent en même temps assez proches pour nous inviter à repenser, en termes sociologiques plutôt que techniques, une question comme celle de savoir pourquoi telle personne ne lit pas, ou ne veut pas lire.

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