Le Livre de Poche

  • A qui Georges Duroy doit-il son irrésistible ascension ? Aux femmes séduites par sa jeunesse et sa beauté. La petite fille de l'une de ses maîtresses le surnommera Bel-Ami. Et ce fils d'aubergistes normands, à Canteleu, deviendra baron Du Roy de Cantel. L'amitié lui ouvrira la carrière journalistique. L'amour lui donnera l'argent et la gloire. Maupassant a été journaliste. Il a connu ce monde parisien du xixe siècle, les salles de rédaction qui font et défont les ministères, et leurs annexes, les salons mondains où naissent intrigues et liaisons. Ses portraits de femmes dévorées d'amour ou d'ambition, ses tableaux de la vallée de la Seine à Rouen, ses fiacres, avenue du Bois de Boulogne, sont oeuvre de peintre. Maupassant était un maître du récit.

  • Edition enrichie (introduction, notes, dossier de l'oeuvre, chronologie et bibliographie)« J´ai trouvé une idée merveilleuse. Je serai un homme de génie », s´exclame Balzac au moment où il écrit Le Père Goriot. Il venait d´imaginer La Comédie humaine, ce cycle romanesque dans lequel les mêmes personnages réapparaissent d´un roman à l´autre. Il venait de créer un monde, le monde balzacien.
    Les plus beaux romans, dit André Maurois, sont des romans d´apprentissage. Les illusions de la jeunesse s´y heurtent au monde féroce et pourtant plein de délices. L´ amour devient coquetterie, la vertu s´achète, l´argent ruine tout. Seule la passion balzacienne, ici l´amour paternel, résiste, dévorante et implacable. Le Père Goriot est la clef de voûte d´une oeuvre géniale.

    Edition de Stéphane Vachon. 

  • Lorsqu'il commence à publier ses petits poèmes en prose dans des revues et des journaux, Baudelaire a beau les qualifier modestement de « bagatelles », il a pleinement conscience de ce qu'ils ont de singulier. Et nous le savons mieux désormais, ce qui s'inaugure de manière capitale dans ces textes qui visent à capter l'étrangeté du quotidien de son temps, ce n'est rien moins qu'une forme littéraire nouvelle. Rimbaud et Mallarmé vont s'en souvenir très vite - et bien d'autres après eux.
    Bien que le poète y songeât depuis 1857, l'-année des Fleurs du Mal, Le Spleen de Paris ne parut que deux ans après sa mort, en 1869. Ses poèmes en prose constituaient pourtant à ses yeux le « pendant » de ses pièces en vers, et les deux livres, en effet, se font écho à maints égards. Mais, à la différence des Fleurs du Mal, ce n'est pas ici un recueil composé qui nous est offert : un espace de liberté, bien plutôt, où le ßâneur témoigne d'un nouveau regard venu à l'homme moderne pour lequel la réalité multiplie ses images..

    Edition de Jean-Luc Steinmetz.

  • Edtion enrichie (Préface, notes, commentaires, documents, chronologie et bibliographie).Un barbon, Arnolphe, a élevé dans l'ignorance une jeune paysanne, Agnès, afin de pouvoir plus tard l'épouser sans craindre d'elle les infidélités des femmes trop éclairées. Or, de retour de voyage, il rencontre le jeune Horace qui, par un quiproquo qui ne cessera qu'à la fin, l'informe lui-même qu'il s'est épris de sa protégée. Et Agnès apprend vite à l'école de l'amour.
    Le comique de la pièce repose ainsi pour une large part sur la «confidence perpétuelle» que le jeune blondin fait au vieux barbon, et Molière focalise l'attention sur les réactions désopilantes d'Arnolphe confronté à la narration enthousiaste de ses déconfitures : par un procédé neuf, il soumet donc l'intrigue à l'effet qu'elle provoque. Le 26 décembre 1662, au théâtre du Palais-Royal, le public fit fête à cette pièce qui marque la naissance de la grande comédie de moeurs et de caractères, et dont le sujet - comment le désir vient aux jeunes filles - souleva bien des remous. Quant aux accusations de plagiat et aux calomnies, le dramaturge y répondit bientôt par La Critique de l'Ecole des femmes. La fameuse «querelle» était née...
    Edition de Patrick Dandrey. 

  • Edition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)«Werther. Je me souviens de l´avoir lu et relu dans ma première jeunesse pendant l´hiver, dans les âpres montagnes de mon pays, et les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais ni effacées ni refroidies. La mélancolie des grandes passions s´est inoculée en moi par ce livre. J´ai touché avec lui au fond de l´abîme humain... Il faut avoir dix âmes pour s´emparer ainsi de celle de tout un siècle.» À ces lignes de Lamartine pourraient s´ajouter d´autres témoignages : très tôt, le livre entre dans la légende, jusqu´au suicide, dit-on, de certains de ses lecteurs.
    Si à sa parution, en 1774, il établit d´un coup la réputation du jeune Goethe encore presque inconnu, s´il est rapidement traduit en français, c´est sans doute parce que, dans ce roman par lettres dont la forme est depuis longtemps familière au lecteur, la voix même du personnage fait retentir l´intransigeance de la passion, mais c´est surtout que Werther, le premier héros romantique, exprime de manière éclatante la sensibilité aussi bien que le malaise de son temps où l´individu se heurte à la société.

  • Edition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, lexique, chronologie et bibliographie)Elise, fille d´Harpagon, souhaite se marier avec Valère, tandis que son frère Cléante veut épouser Mariane. Mais le père a d´autres vues pour ses enfants, et a jeté lui-même son dévolu sur la jeune fille. La pièce, créée par Molière en 1668, serait donc une comédie amoureuse si, derrière cette première intrigue, ne se dessinait surtout la comédie d´un caractère, l´avare, dont la précieuse cassette, un moment dérobée, fait opportunément retour afin de permettre un dénouement heureux.
    Créature comique, objet de moqueries et de vengeances, mais aussi nature monstrueuse et tyran domestique, Harpagon est bien la figure qui domine presque toutes les scènes, assure l´efficacité dramatique de la pièce et permet à la comédie de confiner à la farce. Par la satire, le quiproquo et l´ironie, Molière brosse de lui un portrait d´une drôlerie sans pitié.

    Edition de Jacques Morel.

    Notes complémentaires de Jean-Pierre Collinet. 

  • Edition enrichie (Présentation, notes, dossier, filmographie, chronologie et bibliographie)Après quelques premières expéditions, Robinson Crusoé, marin d´York, s´embarque pour la Guinée le 1er septembre 1659. Mais le bateau essuie une si forte tempête qu´il dérive pendant plusieurs jours et finalement fait naufrage au nord du Brésil. Seul survivant, Robinson parvient à gagner une île située au large de l´Orénoque où il va peu à peu s´assurer une subsistance convenable : il y restera près de vingt-huit ans, d´abord seul, puis accompagné d´un fidèle indigène qu´il baptise Vendredi.
    Inspiré de l´aventure réelle d´un marin écossais, le roman que Defoe fait paraître en 1719 connaît un succès foudroyant qui ne s´est plus démenti. Si James Joyce fera plus tard de Defoe le « père du roman anglais », ce n´est pas seulement que l´auteur innove en prétendant offrir un authentique manuscrit retrouvé par l´éditeur. C´est aussi qu´il crée un héros différent : homme ordinaire qui raconte son histoire extraordinaire simplement, comme il l´a vécue, Robinson touche tous les lecteurs. Et cette histoire devient un mythe que d´innombrables écrivains s´attacheront à récrire.

  • Edition enrichie (Préface, notes et commentaires sur l'oeuvre, variantes, lexique, chronologie et bibliographie) A l'issue de la guerre de Troie, Andromaque, veuve d'Hector, est devenue, en même temps que son jeune fils Astyanax, la captive de Pyrrhus, roi d'Epire. Epris d'elle alors qu'il devait épouser Hermione, il lui donne à choisir : le mariage avec lui ou la mort de son fils. Mais sacrifier l'enfant qu'Hector lui a confié ou le sauver en épousant Pyrrhus, c'est toujours trahir la mémoire de son époux défunt.
    Fidélité ou trahison est aussi le dilemme d'Oreste épris d'Hermione. Chargé d'une ambassade auprès de Pyrrhus qui doit lui livrer Astyanax, il espère essuyer un refus : si Pyrrhus par amour garde le fils d'Andromaque, il renverra Hermione.
    En 1667, toute l'originalité d'Andromaque, qui remporte un éclatant succès, est sans doute de construire face à face deux univers si différents et dont les tensions s'entrecroisent : celui d'Hermione, de Pyrrhus et d'Oreste, portés par la plus aveugle passion, tout entiers tendus vers l'accomplissement de désirs trop humains, et celui d'Andromaque qu'habite seul l'amour d'un enfant et d'un mort - Andromaque silhouette sombre dressée sur un fond d'incendie.

    Edition de Patrick Dandrey. 

  • Édition illustrée et enrichie (Illustrations de Gustave Doré, introduction, notes, chronologie et bibliographie)« Il était une fois un roi et une reine... », « il était une fois une petite fille de village... » Il suffit de cette clé magique pour que s´ouvre à nous le monde où paraissent tour à tour la belle au bois dormant, le petit chaperon rouge, la barbe bleue ou Cendrillon. Perrault puise dans le folklore ancien pour nous conter dans des récits courts et alertes des histoires qui nous éloignent délicieusement du monde, avant que la morale finale nous y reconduise. Des contes de fées ? Sans doute. Mais, autant que le merveilleux, ce qui nous enchante, c´est le naturel et la savante simplicité d´un art d´écrire qui, à chaque page, séduit notre imagination.
    D´abord parus séparément en 1694 et 1697, ce n´est qu´à la fin du XVIIIe siècle que les contes en vers et en prose seront réunis en un même volume, signe que l´engouement qu´ils avaient suscité du vivant de Perrault ne se démentait pas, en dépit du jugement sévère des gens de lettres, à l´époque des Lumières, pour ces puériles bagatelles. Mais le public le plus large demeurait fidèle à ces contes - et ce public, c´est aujourd´hui nous dont l´esprit d´enfance ne s´est pas perdu.
    Édition de Catherine Magnien.

  • Dorante aime en secret Araminte, une riche et jolie veuve, qui est hélas d´une classe sociale supérieure à la sienne et s´apprête à épouser un vieux comte. Aidé de son valet Dubois, il imagine alors un stratagème pour conquérir en une journée le coeur de la jeune femme. Représentée pour la première fois en 1737 par les Comédiens Italiens, Les Fausses Confidences est la dernière grande pièce de Marivaux. À travers les demi-vérités et les manipulations de Dubois, cette comédie douce-amère révèle que l´amour est bien souvent affaire d´amour-propre.

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)A Angoulême, David Séchard, un jeune poète idéaliste, embauche dans son imprimerie un ami de collège, Lucien Chardon, qui prendra bientôt le nom de sa mère, Rubempré. Poète lui aussi, il bénéficie d'une sorte de gloire locale et fréquente le salon de Louise de Bargeton à qui le lie bientôt une intrigue sentimentale qui fait tant jaser que tous les deux partent pour Paris. Voilà bientôt Lucien lancé dans le monde des lettres aussi bien que de la haute société, mais si Paris est la ville des « gens supérieurs », ce sera également pour lui celle des désillusions.
    C'est bien la figure de Lucien, en effet, qui donne surtout son unité aux Illusions perdues qui ont d'abord été, de 1837 à 1843, une suite de trois romans devenus plus tard les trois parties de celui que nous lisons, quand Balzac eut conçu le projet de La Comédie humaine et décidé de faire de sa trilogie l'une des Scènes de la vie de province. Car si Paris reste bien au coeur du triptyque, c'est à Angoulême, néanmoins, que se noue le destin des héros, à Angoulême encore qu'il s'assombrit. Revenu dans sa ville natale, Lucien n'est pas loin d'y sombrer - avant une véritable ascension dont Balzac fera le récit dans un autre grand livre : Splendeurs et misères des courtisanes.
    Edition de Patrick Berthier.

  • Edition enrichie (Préface, notes, annexes, chronologie et bibliographie)Un jeune Huron d´ascendance bretonne débarque à Saint-Malo en 1689. Il découvre un coin de province française, retrouve une famille, reçoit le baptême, s´illustre par un fait d´armes contre les Anglais et, pour finir, tombe amoureux de la belle et dévote Mlle de Saint-Yves. Pour obtenir sa main, il doit revenir de la Cour avec un brevet d´officier. Il gagne donc Versailles. Mais ses éclats naïfs le conduisent à la Bastille. Car les mésaventures de l´Ingénu - étymologiquement « l´homme libre » - n´illustrent pas seulement les déboires de la loi naturelle au royaume des superstitions, elles font de ce nouveau Candide le symbole des innocents persécutés. Le conte satirique, où Voltaire pourfend avec allégresse ses ennemis de prédilection - l´Infâme et la canaille, la tartuferie et l´arbitraire -, ménage à ses lecteurs un retournement inattendu et, malicieusement, s´achève sur un mode presque parodique, en roman sentimental. « C´est un phénomène unique, s´exclama Grimm, qu´un septuagénaire écrivant avec cette grâce, ce feu, ce charme et cette prodigieuse facilité ! » On trouvera dans ce volume des textes de circonstance qui éclairent la genèse et le sens de l´oeuvre : La Bastille, poème (1717), l´Epître à Uranie (1722), les Entretiens d´un sauvage et d´un bachelier (1761), la Relation de la mort du chevalier de La Barre (1766) et des extraits de la Correspondance (1762-1767).
    Edition d´Edouard Guitton.

  • Édition enrichie (Présentation, notes, chronologie et bibliographie )Lorsqu´en 1847 George Sand, qui a déjà fait paraître ses plus grands romans, entreprend à quarante-trois ans son Histoire de ma vie, elle définit ainsi son futur livre : « C´est une série de souvenirs, de professions de foi et de méditations dans un cadre dont les détails auront quelque poésie et beaucoup de simplicité. Ce ne sera pourtant pas toute ma vie que je révélerai. » Son modèle n´est pas Rousseau, ni d´ailleurs les Mémoires d´outre-tombe qui vont commencer à être publiés et où elle voit trop de pose et de drapé. Son ambition n´est pas d´inscrire sa vie dans le mouvement de l´Histoire, mais d´offrir le récit d´une existence de femme et d´écrivain qui côtoie rapidement Balzac et Sainte-Beuve, l´abbé de Lamennais et le socialiste Pierre Leroux - et bien sûr Musset et Chopin.
    Le lecteur trouvera ici le tiers, environ, de cette oeuvre immense dont les vingt volumes commencent à paraître en 1854 et qui occupe une place essentielle dans l´histoire de l´autobiographie. Car si d´autres femmes, avant Sand, ont écrit des mémoires, la singularité de son Histoire de ma vie est qu´on y découvre pour la première fois le récit de formation d´une jeune fille qui a voulu être artiste - mais un récit sans égotisme parce que au miroir de sa propre existence elle désire que se retrouvent tous les autres enfants du siècle :
    « Ecoutez ; ma vie, c'est la vôtre. » Edition de Brigitte Diaz.

  • Collection « Classiques » dirigée par Michel Zink et Michel Jarrety Zola Dans la petite ville provençale de Plassans, au lendemain du coup d´Etat d´où va naître le Second Empire, deux adolescents, Miette et Silvère, se mêlent aux insurgés. Leur histoire d´amour comme le soulèvement des républicains traversent le roman, mais au-delà d´eux, c´est aussi la naissance d´une famille qui se trouve évoquée : les Rougon en même temps que les Macquart dont la double lignée, légitime et bâtarde, descend de la grand-mère de Silvère, Tante Dide. Et entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart, la lutte rapidement va s´ouvrir. Premier roman de la longue série des Rougon-Macquart, La Fortune des Rougon que Zola fait paraître en 1871 est bien le roman des origines. Au moment où s´installe le régime impérial que l´écrivain pourfend, c´est ici que commence la patiente conquête du pouvoir et de l´argent, une lente ascension familiale qui doit faire oublier les commencements sordides, dans la misère et dans le crime. « Votre comédie est tragique », écrit Hugo juste après avoir lu le livre : « Vous avez le dessin ferme, la couleur franche, le relief, la vérité, la vie. Continuez ces études profondes. » Edition de Colette Becker. 

  • Accepté comme guerrier par la nation indienne des Natchez en 1725, René obtient, une nuit, que Chactas, son père adoptif, lui fasse le récit de ses aventures. Le vieux Sachem commence alors à lui conter comment, après avoir été jadis fait prisonnier d'une tribu, il fut sauvé par Atala et s'enfuit pour vivre avec elle une passion tragique. Les rôles s'inversent plus tard dans René, quand le jeune homme, devant Chactas et le père Souël, fait le récit de son existence marquée par le « dégoût de tout » - existence souvent proche de celle que le jeune Chateaubriand lui-même a vécue. Le Français René qui s'est fait sauvage constitue ainsi le pendant de l'Indien Chactas qui avait voyagé en France, et les deux oeuvres ne sont pas séparables. Chateaubriand avait en effet le projet de les intégrer dans le grand roman américain des Natchez, puis il décida de faire paraître Atala de manière séparée en 1801, avant de l'intégrer l'année suivante dans le Génie du christianisme en même temps que René dont « le vague des passions » fera l'emblème du mal du siècle.Edition de Jean-Claude Berchet.

  • Edition enrichie (Préface, notes, variante, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Alors qu'à dix-sept ans, il s'apprête à quitter Amiens où il achève ses études de philosophie, des Grieux voit arriver le coche d'Arras. Une jeune fille en descend, si charmante qu'il s'avance vers elle pour l'interroger : ses parents l'envoient pour être religieuse, et elle sait qu'elle va être malheureuse. Décidé à l'arracher à la tyrannie de ses parents, il la loge dans une hôtellerie dont le maître lui est dévoué et le lendemain, à la pointe du jour, tous les deux partent pour Paris.
    Lorsqu'elle s'est tragiquement achevée, des Grieux fait le récit de sa tumultueuse liaison avec Manon au marquis de Renoncour qui la rapporte dans ses Mémoires que Prévost fait paraître au mois de mai 1731. C'est ainsi la voix même du chevalier que nous entendons, c'est l'émotion qu'il éprouve à raconter et à revivre ce qu'il a vécu qui nous touche - et sa parole fait entendre des accents si vrais que l'on a pu croire que Manon et des Grieux avaient véritablement existé, ou que l'abbé Prévost transposait un moment de sa propre vie. Mais le réalisme poignant de ce récit traversé de souffrances, de cette histoire où le plaisir se vit, s'achète, et conduit à la mort, n'est redevable qu'à l'art éblouissant de l'auteur.Professeur émérite à l'Université de Tours et ancien membre de l'Institut Universitaire de France, Jean Goulemot a récemment publié Adieu les philosophes. Que reste-t-il des Lumières? (Seuil, 2001). Il a également procuré au Livre de Poche une édition du Paradoxe sur le comédien de Diderot et de La Nouvelle Héloïse de Rousseau.

  • Edition enrichie (Avant-propos, notes, annexes, index des noms, chronologie et bibliographie)Après la chute de sa patrie, le prince troyen Enée entame un long et périlleux voyage qui doit le conduire en Italie où son destin est de fonder Rome. La déesse Junon s´y oppose et tente de le faire périr dans une tempête. Il s´échoue sur les côtes africaines où Didon, la reine de Carthage, s´éprend de lui et le supplie de rester auprès d´elle. Enée ne peut s´y résoudre et quand Didon à l´aurore aperçoit la flotte qui s´éloigne des côtes, elle se plonge dans le sein l´épée de son amant qui, parvenu à l´embouchure du Tibre après plusieurs années d´errance, luttera pour accomplir sa vie et finalement régner sur le Latium. Ecrite vers la fin du ier siècle avant Jésus-Christ, l´épopée latine de l´Enéide s´établit à la même hauteur où les Grecs avaient pu placer l´Iliade et l´Odyssée que Virgile d´ailleurs imite. Mais si, dans ces douze chants qui accueillent le merveilleux comme le tragique, les Romains pouvaient voir un grand récit de fondation, notre culture occidentale, de Didon et Enée de Purcell au «Cygne» où Baudelaire évoque Andromaque, n´a cessé de nous rappeler que l´étoffe humaine de ses héros et l´exception de leurs aventures appartiennent toujours à notre mémoire.

    Traduction de Maurice Lefaure revue par Sylvie Laigneau.

    Edition de Sylvie Laigneau. 

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie) En 1849, à près de soixante ans, alors que sa figure déjà s´efface et que son récent échec à la Présidence de la République vient d´écorner sa gloire, Lamartine, dans une préface aux Méditations poétiques, confie sans gloriole inutile : « Je suis le premier qui ai fait descendre la poésie du Parnasse, et qui ai donné à ce qu´on nommait la muse, au lieu d´une lyre à sept cordes de convention, les fibres mêmes du coeur de l´homme, touchées et émues par les innombrables frissons de l´âme et de la nature. » Et il est vrai que lorsque cette mince plaquette de vingt-quatre pièces paraît en 1820, une révolution s´accomplit avec elle. Loin de l´ancienne fabrique, dans cette forme neuve qu´est la méditation, la poésie tout à coup devient émotion. En elle s´expriment des sentiments et des passions qui font rêver, des vérités qui agrandissent l´âme, et dans la simplicité d´un monde épuré  mer et mon-tagne, lac et vallon - une expérience personnelle s´affirme, où peut se retrou-ver la communauté des lecteurs : « D´un jour à l´autre, écrit Sainte-Beuve, on avait changé de climat et de lumière, on avait changé d´Olympe : c´était une révélation. » Édition d´Aurélie Loiseleur Ancienne élève de l´École normale supérieure, Aurélie Loiseleur est l´auteur de L´Harmonie selon Lamartine (Champion, 2005).

  • Lorsque Gide découvrit Le Cousin Pons, ce fut, dit-il, "dans le ravissement, dans l'extase, ivre, perdu..."; "... c'est peut-être, de tant de chefs-d'oeuvre de Balzac, celui que je préfère : c'est en tout cas celui que j'ai le plus souvent relu".

    Et le livre, en effet, suscite la compassion aussi bien que l'effroi. Quand en 1847 Balzac le fait paraître, il constitue, après La Cousine Bette, le second volet des Parents pauvres où résonne le destin de grands coeurs injuriés. Vieux musicien gourmand, collectionneur d'oeuvres d'art bientôt cerné par la haine des plus vils intrigants d'en haut comme d'en bas, guetté par la mort mais lié à Schumcke d'une indéfectible amitié - un moment le livre eut pour titre Les Deux Musiciens -, le cousin Pons est la figure finalement sublime d'un roman sombre, travaillé par la dérision et l'angoisse, mais que l'humour et la drôlerie éclairent pour en faire également - le mot est de Balzac - une "comédie terrible".

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Près d´Arromanches, dans la maison du bord de mer où ils se sont retirés après avoir cédé leur commerce de bois, les Chanteau ont recueilli Pauline, leur petite cousine de dix ans qui vient de perdre son père. Sa présence est d´abord un surcroît de bonheur dans le foyer puis, autour de l´enfant qui grandit, les crises de goutte paralysent peu à peu l´oncle Chanteau, la santé mentale de son fils Lazare se dégrade, l´héritage de Pauline fond dans les mains de ses tuteurs, et le village lui-même est rongé par la mer.
    En 1884, lorsqu´il fait paraître ce roman largement autobiographique, le douzième des Rougon-Macquart, c´est pour une part ironiquement que Zola l´intitule  La Joie de vivre. Car en dépit de la bonté rayonnante de Pauline qui incarne cette joie, c´est l´émiettement des êtres et des choses que le livre raconte. Après Au Bonheur des Dames, grande fresque du commerce moderne, c´est un roman psychologique que l´écrivain propose à ses lecteurs, un roman de la douleur où les êtres sont taraudés par la peur de la mort face à une mer destructrice.

    Edition de Philippe Hamon et Colette Becker. 

  • Édition enrichie (Notes, répertoire des personnages et notice historique)Aramis tente l´impossible, l´invraisemblable, et il est sur le point de réussir, dans une entreprise qui bouleverserait le cours de l´Histoire, mais celle-ci reprend ses droits... Il n´y a plus de place pour des surhommes dans la France de Louis XIV. Jamais ils ne sont si grands qu´au moment de quitter ce monde qui est devenu le cimetière de leurs illusions perdues. À chacun des trois, Athos, Porthos et d´Artagnan, est accordée la fin qui lui convient, en forme d´accomplissement, voire d´apothéose. Mais si Dumas s´est résigné à les laisser périr, les lecteurs, eux, s´y refusent. Et ils refusent de les dissocier. Toujours jeunes, gais, hardis, généreux, les quatre inséparables poursuivent leur tour du monde triomphal, dotés de l´immortalité que confère la littérature.Edition de Simone Bertière.

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)De retour de la bataille de Solférino, le Provençal Jean Macquart s´est installé dans un village de la Beauce où il est devenu le valet du fermier Hourdequin. Mais quoiqu´il s´éprenne bientôt de Françoise, la nièce du vieux père Fouan, Jean reste ici un étranger à la communauté villageoise : car le vrai drame qui va se jouer est celui de la terre que Louis Fouan a décidé de partager entre ses trois enfants.
    Qu´il s´agisse en effet de la terre ou de la sexualité, c´est le désir de possession brutale qui est au coeur de ce quinzième roman des Rougon-Macquart. Mais ce que souhaite surtout Zola, lorsqu´il fait paraître son livre en 1887, c´est brosser aussi complètement que possible un tableau de la campagne et de la paysannerie, décrite comme une sorte d´humanité primitive. Et parce qu´il n´écarte pas les formes les plus vives ni les plus frustes de cette vitalité élémentaire, son roman a heurté la critique. Mais le public ne l´a pas écoutée et, à la mort de l´écrivain, La Terre demeurait l´un de ses romans les plus lus.

    Edition de Roger Ripoll. 

  • écrit à la suite d´un voyage à Manchester, où Charles Dickens, visionnaire au grand coeur, avait défendu l´éducation comme moyen de lutte contre la pauvreté, Un chant de Noël préfigure les premières réformes pour humaniser le travail dans l´Angleterre industrielle de la reine Victoria. L´histoire de Scrooge, vieil avare grincheux et solitaire que trois fantômes vont convertir, la nuit de Noël, à la gentillesse et à la bonne humeur, continue de séduire petits et grands depuis sa parution en 1843. Drôle et émouvant à la fois, ce conte renoue pour notre plus grand plaisir avec le mythe du paradis terrestre.

  • Edition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)« On peut aimer jaune comme on rit jaune », disait André Breton des poèmes de Corbière pour souligner leur dissonance majeure. Et ce sont bien, en effet, les fausses souffrances et les fausses grandeurs qui sont ici tournées en dérision par un poète qui s'éloigne de sa propre image et, de soi à soi, vient creuser la plus grande distance. L'écriture s'ouvre ainsi à la parodie qui dénonce l'imposture des formes, et à toutes les ressources d'un jeu verbal où l'ironie dit amèrement la discordance de vivre. Lorsqu'il paraît en 1873, le recueil ne rencontre guère d'écho. Un an plus tard, tout jeune encore, son auteur meurt, et ç'aura été son seul livre. Mais en faisant de Corbière, dix ans plus tard, un de ses « poètes maudits », Verlaine ouvre une nouvelle carrière aux Amours jaunes dont le héros de Huysmans, des Esseintes, apprécie de son côté, dans A rebours, la veine excentrique et cocasse. Après quoi, les surréalistes situeront Corbière à sa véritable hauteur en faisant de lui, à côté de Rimbaud et de Lautréamont, l'artisan d'une révolution poétique essentielle.
    Edition de Christian Angelet.

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