Les Belles Lettres éditions

  • Pendant une douzaine d'années, Jean-Pierre Otte s'est attaché à rassembler les mythes premiers du cercle Arctique, des deux Amériques, de l'Afrique noire, de l'Océanie et de l'Australie de l'« Ère du rêve ». Ces mythes de création qui, dans le recours à l'imaginaire, demandent à la vie le secret de ses origines, étaient peu connus, dispersés ou fragmentaires, souvent jamais traduits de la langue dans laquelle les grands voyageurs et les premiers ethnographes les rapportèrent. Dans un second temps - et cette démarche fera date -, Jean-Pierre Otte s'est efforcé d'amener ces grands récits de la tradition orale à l'existence écrite. Son travail dans la rigueur n'en est pas moins une transposition poétique, aussi vivante et passionnée que possible. Il s'agissait d'amplifier le sens, d'exalter les couleurs, d'accentuer les contrastes, et de mettre en évidence, sans le dénaturer, le contenu philosophique, métaphysique, religieux, amoureux ou moral des mythes du commencement. Rendus magnifiquement, ces matins du monde ont été choisis pour être représentatifs des grands courants cosmogoniques, lesquels ne sont peut-être, malgré leurs différences, ou plutôt grâce à elles, que la diversité fabuleuse et fertile d'une unité foncière inscrite au plus profond de la mémoire du monde et de la nôtre.
    Jean-Pierre Otte est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages ayant trait aux mythologies de l'origine, aux rituels amoureux du monde animal (L'amour au jardin, La sexualité d'un plateau de fruits de mer) et aux événements de la vie personnelle au bénéfice du plaisir d'exister (Petite tribu de femmes, Un camp retranché en France, Un cercle de lecteurs autour d'une poêlée de châtaignes).

  • « Les fables ne sont pas ce qu'elles semblent être », déclarait La Fontaine, après le fabuliste latin Phèdre. Il y a l'apparence et la réalité, la surface et les strates successives qui, de descente en descente dans les profondeurs du mythe, livreront peut-être au mythologue mué en spéléologue la signification la plus ancienne. C'est ainsi que, grâce à l'étymologie se révèlent les traits primitifs de la personnalité de certains héros. Mais cette recherche nous mène plus loin encore, vers les origines du monde, les cosmogonies, les cataclysmes primordiaux, les naissances et renaissances d'une humanité sans cesse remise en question par le dieu suprême. Elle permet de découvrir, au delà de l'admirable torse pivotant du Discobole de Myron, les dieux de la végétation bulbeuse que vénéraient les premiers hommes. Elle met en lumière la propension des Grecs à éloigner dans l'espace et dans le temps aussi bien le monde idéal (les pays au parfum où habitent les dieux, les contrées de justice, d'abondance et de bonheur des Hyperboréens et des Éthiopiens) que l'humanité qui s'entretue et s'entredévore, une humanité enférocée qui, selon les Grecs, ne saurait être que barbare, non-grecque. Mais cette opération de propagande, consciente ou inconsciente, est manquée : les mythes dévoilent, les mythes dénoncent.

    Volume II

    Au troisième millénaire se pratiquent encore chez certains peuples (Afrique, Nouvelle-Guinée, Amérindiens) des rites initiatiques très proches de ceux que les Grecs ont connus bien avant Homère. À l'époque classique il en restait des souvenirs, surtout dans les pays des confins, mais aussi dans les institutions des cités les plus civilisées (comme Athènes, Sparte, Thèbes ou Corinthe), et plus encore dans leurs mythes. Le fil d'Ariane qui permet de retrouver leurs traces, c'est la symbolique de la mort et de la résurrection. Quittant le monde de l'enfance pour entrer dans celui des adultes, l'adolescent doit mourir pour mieux renaître. Cet ouvrage s'efforce de dégager dix-sept traits initiatiques, les plus fréquents, avant d'entrer dans le détail des mythes, poser les questions et tenter de les résoudre. Par exemple : quel rapport y a-t-il entre le labyrinthe et la danse de la grue exécutée par Thésée et ses compagnons après la victoire sur le Minotaure ? D'où vient la granitula, une danse encore exécutée en Italie du sud et en Corse du nord le jour du Vendredi Saint ? Pourquoi tant de héros portent-ils le nom du loup, de Lycomède aux nombreux Lykos en passant par Autolykos, Harpalykos, Lykas, Lykenion ou Lycurgue ? Telles sont quelques-unes des questions qui sont posées dans cet ouvrage. Bien entendu, la place finale, la place d'honneur, est réservée à Ulysse, le plus « éprouvé » de tous les héros grecs.

  • Les idéologies dominantes dans le domaine des études sur la Grèce ancienne ont instauré deux miracles auxquels je ne crois pas : le miracle « indo-européen » du second millénaire - simple remontée du « miracle grec » de jadis - qui, en s'appuyant sur quelques vérités linguistiques et un schéma fonctionnel élémentaire, nie la chaîne culturelle de deux millénaires de civilisation et de littérature méditerranéennes et proche-orientales, et le miracle de la Cité grecque surgie entre le XIe et VIIIe siècle : loin de moi de refuser la réalité et l'importance des cités ! cependant, après tout, le monde néolithique a vu naître d'autres cités que des grecques, mais surtout, depuis Platon, l'Idée de la Cité l'emporte sur la cité, et ce phantasme nourrit aujourd'hui, après maints avatars, la pensée post-hégélienne. Hors la cité, point de salut ? Tout au rebours, il m'apparaît que chez les Grecs, comme pour nous, c'est au fond de l'homme d'abord, dans ce qu'un dieu y a mis au commencement - les mythes en même temps que l'être, héritage génétique en même temps que culturel - qu'il y a eu et qu'il est quelque chance de salut, et quelque sens... Les Muses à Hésiode ont appris les vérités. Sur l'Hélicon.
    B. D.

    Bernard Deforge, professeur émérite des Universités, a enseigné la littérature grecque ancienne pendant quarante ans. Il est l'auteur de nombreux livres sur cette littérature, ainsi que de recueils de poèmes. Son dernier ouvrage, Je suis un Grec ancien (2016), a été particulièrement salué par la presse.

  • Ces Petites Sagas islandaises recèlent quelques joyaux narratifs des lettres médiévales islandaises des XIIIe et XIVe siècles. Leur charme réside dans leur dramatisation, due à la fréquence des dialogues et au dosage subtil de la prose et des strophes, et à leur technique narrative faite de sobriété et de concision : la perception du réel est immédiate et incisive, précise et ramassée et atteint parfois la densité d'un vécu immédiatement ressenti. Ce « réalisme » n'exclut pas toutefois l'apparition de l'humour qui surgit de loin en loin dans une situation ou dans les propos d'un personnage, le traitement plus ou moins dramatique de l'action ainsi que l'apparition de thématiques sous-jacentes plus profondes sous forme de considérations de nature morale, religieuse, voire politique. Une place de choix est réservée à la description des rapports entre souverains et scaldes dans une société de cour où la poésie est une étincelante armure qui procure la gloire à l'un, la fortune et parfois même la vie à l'autre. La fonction de ces petites sagas était-elle de divertir ou d'instruire leur public ? Sans doute les deux à la fois, tant il est vrai que le fait divers anecdotique voisine avec la parole édifiante de la littérature cléricale.

  • Ce livre revient sur une comparaison entre deux grands dieux, l'un, grec, Dionysos, l'autre, indien, ´Siva. En tenant compte des travaux antérieurs et en apportant un nouveau matériel, l'auteur montre que ces deux figures remontent à une seule et même, celle d'un dieu auquel sont attribués tous les excès (débauche, consommation d'alcools ou de drogues, etc.). Ce dieu lié au monde des morts entraîne ses fidèles et adorateurs au-delà des limites communément admises par la société. Dionysos et ´Siva possèdent un grand nombre de mythes en commun, et globalement ce qui est dit en Grèce ancienne de Dionysos était dit de ´Siva en Inde ancienne et médiévale.
    La recherche comparative révèle que d'autres figures divines chez les Germains, les Baltes, les Anatoliens, les Thraces, les Phrygiens, les Celtes se rattachent à Dionysos et ´Siva. Cela confirme que ´Siva et Dionysos repré- sentent un héritage religieux indo-européen. Inde et Grèce se caractérisent, par rapport aux autres nations de langue indo-européenne, par l'extrême richesse du matériel qu'elles offrent.
    C'est donc tout un pan de l'idéologie indo-européenne qui se distingue et se met ici en exergue.

  • « Divers facteurs sont responsables de la résolution que j'ai prise de consacrer un ouvrage de présentation au Danois Saxo Grammaticus. Trop injustement méconnu parce qu'il a eu l'idée de rédiger son chef-d'oeuvre en latin, et dans un latin particulièrement ardu. Vous me direz qu'il en va de même de son exact contemporain, l'Islandais Snorri Sturluson qui écrivait, lui, en vieil islandais, langue guère plus fréquentable aujourd'hui que le latin classique et qui sort tout juste, lui aussi, du silence et des ténèbres ! En fait, ces deux historiens se sont passionnés pour le passé de leur pays respectif et ils se sont entendus, sans se connaître bien entendu, à le présenter en même temps que la prétendue religion de leurs ancêtres. Oui, il y a beau temps que j'avais envie de consacrer un travail à ce Danois, mais il entrait dans mon plan de vie de « passeur » des lettres du Nord, comme je suis ravi qu'on m'appelle si souvent, de procéder plus systématiquement en proposant d'abord des études théoriques d'ensemble, et seulement ensuite des monographies comme celle-ci. De plus et surtout, afin de sortir de l'ésotérie latine, puisque nous bénéficions à présent d'une remarquable traduction des Gesta Danorum, due à Jean-Pierre Troadec et intitulée La Geste des Danois. »
    R.B.

  • La figure de Steve Jobs (1955-2011) et l'histoire d'Apple à la lumière des grands mythes modernes et antiques et à l'aune de la mythologie populaire américaine. Ce livre est le premier ouvrage français sur Steve Jobs.

    Explorer le mythe Steve Jobs, comprendre et décrypter comment un gamin génial de la Silicon Valley devient en quelques années un modèle, une source d'inspiration pour les entrepreneurs du monde entier, tel est l'angle d'approche de cette première biographie française du mythe contemporain.
    Les biographies se multiplient, le sujet a été traité au cinéma, on parle même d'un opéra. Steve Jobs s'est employé tout au long de sa vie à mettre en scène sa marque et à forger sa propre légende avec une réussite insolente. Il a su innover, renaître après avoir connu l'échec, devenir l'objet d'une fascination presque religieuse, modeler l'univers des nouvelles technologies et créer une communauté planétaire d'utilisateurs et de fans. D'où provient cette énergie, cette vision, cette capacité à anticiper les envies des millions de consommateurs qui sont devenus adeptes de la marque à la pomme ?

    Les auteurs ont mobilisé autant les mythes anciens que les mythologies américaines. Ils se sont plongés au coeur de l'histoire d'une marque porteuse de symboles forts et incarnée comme rarement par son fondateur. Steve Jobs est mort il y a trois ans, en octobre 2011, son aura est intacte. Apple poursuit son développement dans le respect de la dynamique insufflée par son créateur, son ombre tutélaire. Qui sont ses héritiers ? Qui sont les entrepreneurs visionnaires d'aujourd'hui, mus par la même faim de conquête et la même « folie » innovatrice ? Très accessible, Steve Jobs, figure mythique apporte des réponses, ouvre des pistes. Une approche originale qui crée des ponts inédits entre la pop culture du XXIe siècle et les mythologies antiques.

  • Les faits et gestes du héros de Virgile, ancêtre mythique d'Auguste, peinent à occuper le devant de la scène, comme si la postérité ne s'y reconnaissait pas. Les raisons d'un tel déséquilibre méritaient d'être interrogées. Traître en amour et traître à sa patrie, qu'il a livrée aux Grecs, Énée a longtemps été condamné. Même son parcours rédempteur ne suffit pas à le racheter, car il paraît trop sérieux, trop réfléchi, pour susciter l'empathie qui permettrait à des publics successifs de s'y reconnaître. Quelles conditions historiques doivent donc être remplies pour qu'une revalorisation d'Énée devienne possible, que ses aventures reprennent sens ? Au prix de quelles distorsions l'acculturation de l'épopée antique se réalise-t-elle d'une génération de lecteurs à l'autre, en Europe et ailleurs ?
    Les métamorphoses d'Énée au fil des siècles comportent des enjeux littéraires et culturels, mais aussi existentiels et idéologiques. Énée se prête à une lecture politique, car il est le père d'un empire et un chef de guerre ; par ses errances et ses erreurs, sa rencontre avec Didon (l'amour), puis avec son père en enfer (le devoir), il apparaît comme un individu en quête d'identité, cherchant un sens à donner à sa vie. Élève attentif de la Sibylle, curieux de l'au-delà qu'il parcourt, il fait aussi figure d'un intellectuel avide de savoir. Du roman médiéval à la bande dessinée en passant par le théâtre, l'opéra et la parodie désacralisante, chaque époque a choisi son Énée, qu'elle y trouve un modèle ou le voue aux gémonies. De Fulgence, commentateur de l'Énéide, à Christa Wolf, sa trajectoire n'a cessé de soulever des interrogations fondamentales.
    Jean-Claude Mühlethaler est professeur à l'université de Lausanne où il enseigne la littérature française du Moyen Âge et de la Renaissance. Auteur de nombreux articles consacrés à la réception de la culture antique au Moyen Âge et à la Renaissance, il a publié en 2012 Charles d'Orléans, un lyrisme entre Moyen Âge et modernité.

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