Les Presses de l'Université de Montréal

  • En plus d'offrir un portrait des productions culturelles queer au Québec tant francophones qu'anglophones, dont certaines autochtones, cet ouvrage s'attarde à révéler le caractère queer de celles qui ne le sont pas de facto. Il se présente comme un manuel de référence sur le sujet, avec des essais critiques - qui portent autant sur la littérature et le monde du spectacle que sur les arts médiatiques ou la presse gay - et des textes expérimentaux - fictions, dessins, récits autobiographiques.

    Plus de 27 oeuvres de fiction publiées entre 1965 et 2017 y sont analysées sous différents aspects, avec des méthodologies diverses, mais toujours sous l'éclairage queer (un terme à la nature instable, paradoxale, que calque la forme éclatée de l'ouvrage). Du polyamour à l'inceste, en passant par le racisme, l'urbanité, le suicide, le non-désir d'enfant, l'alimentation ou les processus de production, le queer met en scène des personnages hétéros ou homosexuels, intersexués, cis, trans, travailleur.euse.s du sexe, gros et plusieurs autres... Cette juxtaposition d'états, de genres, de thèmes, de formes et de pratiques constitue l'une des forces de ce livre qui intéressera bien sûr un lectorat d'intellectuel.le.s et de personnes issues de communautés LGBTQIAS+, mais pas seulement. Il deviendra, sans nul doute, une ressource indispensable pour l'enseignement de nouvelles perspectives dans le cadre des sciences humaines et sociales.

  • Si l'entre-deux-guerres constitue le point de bascule de la littérature canadienne-française dans la modernité, cela s'explique en partie par la présence de plus en plus marquée des femmes dans la vie littéraire. Dans les années 1930, nombreuses sont celles qui publient des romans, souvent au grand dam de la critique de l'époque. Bouleversant les conventions sociales et littéraires, leurs oeuvres évoquent l'amour et la désillusion, mais également la sensualité, la folie et la nostalgie ; autant d'échos perceptibles des inquiétudes et des espoirs qui parcourent la décennie de la Crise au Québec. C'est à ces écrivaines aujourd'hui tombées dans l'oubli que ce livre est notamment consacré : Jovette-Alice Bernier, Éva Senécal et Michelle Le Normand.

    L'auteur, conciliant avec enthousiasme et érudition l'approche sociologique avec la poétique des textes, analyse finement les stratégies d'écriture de ces romancières qui ont ouvert durablement la voie aux femmes dans la littérature et dans la société canadiennes-françaises. Ce faisant, il éclaire d'un jour nouveau une époque que Fernand Dumont a justement qualifiée de « première Révolution tranquille ».

  • On a beaucoup lu l'admirable Anne Hébert, et sans doute beaucoup écrit sur elle. Pourtant, les nou­velles contributions réunies ici montrent qu'on est encore loin d'avoir épuisé toute la richesse et les subtilités de son écriture. Il fallait donc, à l'occasion du centenaire de sa naissance, revenir sur un certain nombre de sujets. Revoir, entre autres choses, la chronologie de ses écrits grâce à ses archives ; ouvrir des dossiers sur l'intertextualité, l'in­tergénéricité et l'intermédialité de son oeuvre ; définir sa poétique avec une connaissance plus étoffée de ses textes dramatiques et de ses poèmes ; rendre compte de ses dettes à l'égard de ses sources ; ou encore décrypter le sens testa­mentaire de ses derniers romans. Voilà quelques-uns des éléments auxquels s'intéressent les spécialistes chevronnés de cet ouvrage : Mélanie Beauchemin, Neil Breton Bishop, Michael Brophy, Louise Dupré, Robert Harvey, Daniel Marcheix, Milica Marinkovi´c, Carmen Mata Barreiro, Camille Néron, Janet M. Paterson, Lucie Robert, Annie Tanguay et Nathalie Watteyne.

  • Comment expliquer le fait que le français parlé au Québec n´ait pas le prestige accordé généralement à la langue française ?
    Chantal Bouchard a déjà brillamment abordé cette question dans La langue et le nombril, un livre qui a connu un succès critique considérable. Cette fois-ci, elle remonte aux sources. Tous les témoignages antérieurs à la Révolution française confirment que la langue parlée au Canada ne se distinguait pas du français de l´époque. Mais alors que le Canada est coupé de ses racines, en France tout est bouleversé par la Révolution et une nouvelle norme linguistique s´impose. Au surplus, cette norme est réglementée par une politique d´uniformisation qui rend illégitime toute variation.
    Voilà un livre finement argumenté et richement documenté désormais appelé à servir de référence.

    Chantal Bouchard est linguiste et professeur au Département de langue et littérature françaises de l´Université McGill, à Montréal. Elle est l´auteur de La langue et le nombril : une histoire sociolinguistique du Québec et de On n´emprunte qu´aux riches : la valeur sociolinguistique et symbolique des emprunts. Elle a également publié l´édition critique d´oeuvres d´Alain Grandbois et de Louis Hémon.

  • En dépit de l'intérêt marqué pour les textes autobiographiques depuis le début des années 1980, le journal intime continue de faire piètre figure, non seulement en tant qu'objet d'étude, mais aussi en tant que pratique littéraire. Cela n'est guère étonnant dans la mesure où le portrait du genre dressé par les théoriciens demeure, aujourd'hui encore, essentiellement négatif : genre sans forme, sans histoire et sans littérature... Il est ainsi un enfant mal-aimé des études littéraires et parfois des écrivains eux-mêmes.
    C'est en réponse à ce discours réducteur que cet ouvrage propose de revoir et de réévaluer un certain nombre de lieux communs sur le genre et d'en montrer la poétique, en postulant qu'il s'agit d'un genre littéraire à part entière. En parallèle, l'auteure offre un portrait fouillé des journaux publiés au Québec sur presque trois siècles. De ce panorama émergent ainsi différentes figures « d'écrivains-diaristes » et de « diaristes-écrivains » dont les oeuvres, souvent méconnues, signalent la complexité des enjeux esthétiques et éthiques soulevés par l'écriture et la mise en scène de soi.

    Manon Auger est agente de recherche à l'UQAM, chargée de cours et chercheure. Elle a publié plusieurs articles sur divers journaux intimes québécois. Ses champs de spécialité sont la littérature québécoise, les écritures (auto)biographiques, ainsi que les enjeux de la littérature et de la création littéraire contemporaines.

  • Ce livre entend combler une lacune, celle de la méconnaissance de la contre-culture au Québec, un phénomène majeur qui, au cours d'une décennie particulièrement effervescente, a traîné dans son sillage des milliers de jeunes gens que l'extrême gauche ou le néonationalisme - des courants rivaux, si l'on peut dire - n'attiraient pas. Assez étrangement, peu d'études existent sur ce mouvement, sa sensibilité particulière et ses manifestations symboliques, d'où l'intérêt de cet ouvrage qui vise précisément à dresser le panorama de ses artistes et de leurs productions les plus marquantes, de l'Infonie au Jazz libre du Québec, en passant par Victor Lévy-Beaulieu, Josée Yvon, Mainmise ou le Front de libération homosexuel. À partir de la contribution de spécialistes de divers domaines - musique, littérature, théâtre, cinéma, art visuel, sociologie -, le livre fait le point sur ce vent de contestation qui a balayé l'Amérique des années 1960 et 1970 et sur ce qu'il a semé dans un Québec « hors de la carte », selon les mots de Raôul Duguay, l'un des plus célèbres représentants de la mouvance québécoise.

  • Le Québec moderne n'a jamais réellement habité la ville ; ou alors il n'a jamais habité la ville réelle. Peu importe, car cela ne l'a pas empêché d'en parler plus que de tout autre espace. Dans ce livre, je veux mesurer les conséquences de cette contradiction. Je veux chercher à lire la ville contemporaine au Québec, celle dont hérite le jeune xxi e siècle... Mais si on souhaite poursuivre ici, il faudra accepter d'abandonner le mot "ville" en chemin. C'est l'urbanisation et la littérature qu'il faudra aborder comme deux choses interdépendantes depuis les années 1960 au Québec. L'urbanisation et la ville ne sont pas la même chose du tout. La première est un processus, la seconde est son résultat. L'urbanisation est vivante et mobile alors que la ville est morte, ou en tout cas figée, abstraite. Bref, l'une existe, et l'autre pas. Il y a là un problème considérable. Dans ce livre, je parle d'étalement, de zonage, de friches, de banlieues, de chantiers et d'infrastructures - de ces espaces périurbains, depuis longtemps majoritaires dans le paysage nord-américain. J'en parle comme des lieux où la vie devrait pouvoir accéder à l'art. Et plus spécifiquement à l'art littéraire.

  • Symbole incontestable de la modernité québécoise, à la fois manifeste et recueil d'oeuvres d'art, Refus global est entré dans la légende avec ses mythes, ses héros, ses martyrs. Comment a-t-il été reçu lors de sa parution en 1948? Et comment cette réception a-t-elle cheminé tout au long des décennies subséquentes, entre voies royales et routes secondaires, entre oubli et consécration, entre modes culturelles et tendances historiques?

    Dans ce récit au carrefour de la littérature, de l'histoire et de la sociologie, l'auteure cherche notamment à comprendre les phénomènes de réceptions partielles ou parallèles qui peuvent sauver de l'oubli certaines oeuvres. Elle examine les facteurs qui influencent la construction de « l'autoroute de la mémoire culturelle » et confirme l'intérêt qu'il y a, parfois, à jeter un oeil à ses angles morts. En déconstruisant le récit commun au fondement du mythe, et en désengorgeant le discours critique, cet ouvrage essentiel ouvre grand les pistes pour de nouvelles lectures de cette époque charnière de l'histoire du Québec.

  • De La belle Bête publié en 1959 jusqu'à la série Soifs achevée en 2018, l'oeuvre de Marie-Claire Blais compte plus d'une soixantaine de titres, romans, recueils de poèmes, pièces de théâtre et essais, qui n'ont cessé d'étonner par le renouvellement des thèmes, des formes et des voix narratives qui en font la singularité.

    Regroupant les travaux présentés lors des « Journées internationales Marie-Claire Blais » qui ont eu lieu à Québec en novembre 2016, cet ouvrage réunit des études aux perspectives variées qui se répondent et se relancent. Divisé en cinq parties - « Parcourir », « Éditer », « Commenter », « Traduire », « Accompagner » -, il soumet l'oeuvre à l'épreuve des lectures actuelles et la revisite pour en souligner l'importance et l'originalité radicale. À l'approche « savante » des universitaires se joint le point de vue des éditeurs, attachés à la fabrication du livre et aux défis de sa mise en marché, et celui des traducteurs qui s'intéressent aux enjeux politiques de la traduction, à son histoire et à sa pratique. Les réflexions et les témoignages de trois écrivaines de générations différentes et liées à des esthétiques distinctes s'inscrivent dans le dialogue littéraire que suscite l'oeuvre de Marie-Claire Blais et en illustrent la contemporanéité particulière, si justement accordée aux époques successives qu'elle traverse.

  • Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, les arts de la scène connaissent un essor étonnant à Montréal. Visible dans les journaux, un éveil culturel sans précédent prend la forme d´articles en tous genres qui mènent à la naissance de la critique théâtrale professionnelle au Canada français. Objet de suspicion, le théâtre ne manque pas de provoquer dans les journaux des prises de position singulières et d´âpres discussions quant aux modèles à suivre et à la voie à prendre pour faire de Montréal une métropole culturelle digne de ce nom. Les discours sur le théâtre qui peuplent la presse hebdomadaire permettent de saisir cet élan et de découvrir les journalistes qui l´ont soutenu. À travers eux, c´est un pan méconnu de l´histoire culturelle montréalaise qui s´offre au lecteur.
    Journaliste culturel au Devoir pendant vingt ans, Hervé Guay est professeur à l´Université du Québec à Trois-Rivières. Son amour du théâtre et de la littérature l´a incité à s´intéresser à l´histoire culturelle ainsi qu´à la dramaturgie et aux pratiques scéniques contemporaines.

  • Tout au long de leur oeuvre, les poètes Michel Beaulieu et Gilbert Langevin se sont immiscés dans la « sombre intimité » de l'homme : le premier accorde une place impor­tante à l'évocation des souvenirs et porte une attention soutenue aux événements rythmant le quotidien ; le second cherche à rendre compte, inlassablement, d'une pauvreté originelle propre à la condition humaine. Influencés par la poésie du pays, les auteurs à l'étude dans cet essai ont emprunté aux courants littéraires des années 1970 (nouvelle écriture et contre-culture), sans toutefois se réclamer à part entière d'un groupe ou d'une esthétique. Difficilement classables, ils se sont plutôt astreints à une démarche et à une recherche poétique résolument individuelles. Ce livre propose une analyse du rapport à la communauté de ces deux poètes constamment tiraillés entre le désir d'appartenir à un ensemble et la volonté de demeurer à l'écart, d'affirmer une irréductible singularité. Pour Beaulieu et Langevin, la véritable filiation ne s'établit pas depuis ce que les hommes partagent, mais bien par ce qui leur manque.

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