Littérature traduite

  • En 1929, Paul Morand rencontre à New York William Seabrook. Ce bourlingueur est auréolé du succès de son livre L'Île magique dans lequel il raconte son apprentissage du vaudou en Haïti et qui fait un triomphe. Seabrook ne songe qu'à repartir : au Tibet ? en Indochine ? Morand le convainc de se rendre en Afrique occidentale. Il y vivra avec les Yacoubas de Côte d'Ivoire et les Habbés de la région de Bandiagara dans le pays Dogon qu'illustrera peu après la mission Dakar-Djibouti. Seabrook y rencontre une tribu d'anthropophages qui mangent leurs ennemis tombés au combat ! C'est seulement revenu en France qu'il tentera l'expérience. Ravi, il se plongea dans l'écriture de cette espèce d'épopée « dont on va pouvoir apprécier la surprenante sincérité et la merveilleuse sauvagerie », nous dit Morand.

  • La mousson Nouv.

    Nous sommes à Ranchipur, État semi-indépendant des Indes à l'époque de l'Empire britannique. Autour de ses dirigeants locaux, toute une galerie de personnages se croise et s'agite. Certains sont des excentriques comme Thomas Ransome qui noie ses souvenirs dans l'alcool ou le riche Lord Esketh et son épouse la belle Edwina, d'autres sont émouvants tels les filles d'un couple de missionnaires protestants rigoureux et leurs voisins Mr. et Mrs. Smiley. Les points de vue s'affrontent tandis que la saison des pluies se fait attendre. Ici le luxe côtoie la misère et la modernité l'archaïsme. Lorsque la mousson arrive enfin, elle va tout dévaster et les relations entre les personnages s'en trouver bouleversées. Au terme de la catastrophe, ceux qui croient en l'Inde vont travailler à son réveil dont cette immense fresque évoque les prémices. Adapté à deux reprises à l'écran (Lana Turner et Richard Burton dominent la version de Jean Negulesco en 1955), ce grand roman reste l'oeuvre maîtresse de l'un des raconteurs d'histoires américains les plus talentueux de sa génération.

  • La lettre écarlate, c'est la marque au fer rouge qui désigne la femme adultère dans l'Amérique au puritanisme obsessionnel de l'époque coloniale. Trois personnages : Hester qui vit avec une dignité admirable sa faute et sa solitude. Arthur Dimmesdale, le jeune pasteur dont les élans mystiques soulèvent à Boston l'enthousiasme des fidèles mais qui, ensorcelé par Hester, ne parvient ni à dominer ni à vivre sa sensualité. Chillingworth, le mari, qui pendant des années tourmentera en silence le pasteur jusqu'à la folie et à la mort. Le premier des grands romans américains, ce livre est la clef d'une sensibilité nationale toujours partagée entre la tentation du scandale et le démon de la culpabilité. Henry James considérait La Lettre écarlate comme le plus beau roman de la littérature américaine.
    Nathaniel Hawthorne (1804-1864) est célèbre pour ses récits décrivant la société américaine à ses débuts. Publié en 1850, le livre fut un best-seller dès sa sortie. Héritier du romantisme noir, mettant en scène des personnages et des situations complexes et symboliques à la fois, Hawthorne est l'un des grands écrivains de son temps et toujours populaire aujourd'hui.

  • Trente ans après la tragique retraite de Russie du Corps expéditionnaire italien consécutive à l'échec de la prise de Stalingrad et vingt ans après la publication du Sergent dans la neige devenu un classique de la littérature italienne du XXe siècle, Mario Rigoni Stern réalise un désir qui le taraude : retourner sur les lieux où tant de ses camarades ont trouvé la mort, au combat, de froid ou de faim. C'est l'occasion d'évoquer ses souvenirs. Passé et présent alternent. Jadis, les souffrances vécues ont rapproché les deux camps. Aujourd'hui, l'auteur retrouve les qualités de l'âme russe découvertes dans les camps de prisonniers où, réfractaire à poursuivre le combat aux côtés des troupes allemandes après 1943, il a côtoyé les soldats de la grande Armée Rouge. Déjà, durant la retraite les contacts humains avec la population locale, élémentaires autant qu'essentiels, recèlent une belle leçon de vie. Il évoque aussi son cher plateau d'Asiago, notamment lorsqu'une vieille scierie est convertie en camps d'internement pour des Juifs dont l'auteur s'efforcera après la guerre d'identifier les victimes et les survivants afin de nous faire aussi connaître leurs noms, à nous, lecteurs. Comme dans tous ses livres, le grand écrivain italien nous fait partager avec une intensité rare les moments forts de sa vie qui, au-delà de son amour de la nature toujours présent dans ses écrits, forment une sorte d'odyssée courageuse entre toutes.

  • « Un élément nouveau inquiète lady Skeffington : elle ne parvient pas à chasser de son esprit le souvenir soudain récurrent de son mari dont elle a pourtant divorcé depuis fort longtemps. C'est une situation sans issue que de tenter de faire disparaître quelqu'un qui n'est pas là, soupire-t-elle. Ni ses anciens amants, sur qui elle cherchera à exercer une ultime séduction, ni même une vieille dame, dont elle sollicitera en vain l'amitié, ne l'aideront à détruire le diagnostic infamant de son psychiatre : sa jeunesse et sa beauté se sont enfuies. Délicatesse de ton, nuances ironiques et humour acerbe, Elizabeth von Arnim, en dépit de son nom allemand, est typiquement anglaise. »

  • Voici peut-être le plus pittoresque, le plus vivant journal intime qu'on ait jamais écrit. Il a été tenu au cours des années 1761-1762, alors que Boswell, âgé de vingt-deux ans, découvrait la vie de Londres. Fils d'un lord écossais, bien introduit dans la société, il fréquentait les meilleurs salons de la ville. Tout ce qu'il a vu là et dans des milieux sociaux bien différents, il le note chaque jour, plantant ainsi le décor du roman de sa vie. Boswell, avec une désarmante franchise, conte toutes ses aventures. Et d'abord les amoureuses : sa liaison romantique et burlesque avec l'actrice Louisa. D'un tempérament ardent, Boswell ne se limitait pas à la fréquentation de cette « femme adorable » : il profitait des facilités offertes par les rues de Londres avec une liberté qui nous permet de connaître certains aspects bien curieux de la vie de plaisir au XVIIIe siècle. Les tableaux qu'il brosse ici, ses entretiens avec les plus célèbres écrivains et artistes du temps révèlent, au même titre que ses peintures de la vie mondaine, avec quelle chaleureuse ardeur il accueillait tout de la vie. On aimera ce livre parce qu'il est toujours intelligent et qu'un véritable génie littéraire s'y manifeste illuminé par la gaîté de la jeunesse.

  • Jimmy Pitt, richissime célibataire, grand mondain et ancien journaliste, relève dans un bar un périlleux défi : il parie qu'il va faire un cambriolage sans se faire pincer. Las ! Si entrer par effraction dans une maison lui semble d'une facilité enfantine, les choses se corsent lorsqu'il s'aperçoit que cette maison est celle d'un policier new-yorkais à la réputation bien établie de vrai dur. Mais le capitaine MacEachern est le père d'une ravissante jeune fille, celle-là même qui a charmé Jimmy sur le bateau qui le ramenait à New York. Galerie de personnages plus excentriques les uns que les autres, romance impossible, stratagèmes et rebondissements en tous genres font de cette comédie l'une des plus réussies du créateur de Jeeves.

  • « Faites New York ! », telle est l'injonction qu'adresse, dès 1902, Henry James, son mentor et ami, à Edith Wharton. Avec L'Âge de l'innocence, prix Pulitzer en 1921, la romancière y répond de façon magistrale en dressant le tableau évocateur, subtil et cruel, d'un monde disparu qui est aussi celui de son enfance. Au début des années 1870, au sein du petit univers élitiste et fermé de la bonne société new-yorkaise, Newland Archer s'apprête à épouser May Welland, incarnation « de tout ce à quoi il avait cru et qu'il avait révéré ». L'irruption de la cousine de sa future femme, la mystérieuse comtesse Olenska qui rentre inopinément d'Europe pour fuir un mariage malheureux, va donner une tournure inattendue à ses fiançailles. Alors que la comtesse fascine et scandalise tour à tour New York, Archer voit le mélange de sympathie et de perplexité que lui inspire Ellen Olenska se changer peu à peu en un sentiment plus troublant. Mais il prend également conscience de l'implacable étau dans lequel la société corsetée du « vieux New York » enferme les individus et du sort qu'elle réserve à ceux qui refusent de se conformer à ses règles. Peinture d'un amour impossible, d'une émancipation manquée et d'un monde voué à s'éteindre définitivement au lendemain de la guerre de 1914-1918, L'Âge de l'innocence se teinte d'une flamboyante mélancolie.

  • Avec l'exceptionnelle puissance d'évocation qui le caractérise, Chaïm Potok reconstitue pour nous - à l'aide de cette grammaire du souvenir qui régit l'ensemble de son oeuvre - les difficiles débuts de David Lurie. Fils d'immigrants juifs polonais, enfant malade à la sensibilité exacerbée, celui-ci ne connaîtra que quelques années d'enfance paisible avant la crise de 1929, où il fera l'apprentissage d'un monde en plein désarroi, avant de prendre conscience de l'horreur de la guerre et de la barbarie nazie. Le petit garçon fragile deviendra un grand théologien au prix d'une rupture avec une tradition religieuse dont les enseignements ne lui paraissent pas assez approfondis. Il devra aussi s'exposer à perdre ce qui lui est le plus cher : l'affection et la compréhension des siens, l'approbation de ses maîtres et de ses propres certitudes. À travers le New York de la Dépression, Chaïm Potok évoque ici avec une minutieuse tendresse les joies et les peines d'une famille juive. Cette vaste fresque se termine par un déchirant pèlerinage de David à Bergen-Belsen, l'un des camps où se mêlent à tout jamais les racines et les cendres du peuple juif.

  • Pour Virginia Woolf, les livres doivent tenir tout seuls sur leurs pieds : ils n'ont besoin d'aucune exégèse pour être appréciés par leurs lecteurs. C'est vrai mais cela ne l'a pas empêchée - pour notre bonheur - de consacrer plus d'un article à ses confrères auteurs vivants ou morts et à leurs oeuvres. Et quels articles ! On en trouvera ici quelques exemples parmi les plus pertinents en même temps que certaines de ses réflexions sur la lecture et l'écriture. Ainsi défilent pour notre plus heureux plaisir, éclairés par la fulgurante intelligence de la grande Virginia, Robinson Crusoé, David Copperfield, Tchekhov, Lewis Carroll ou encore Thoreau, Conrad et Jane Austen. Ce sublime panorama se termine par ses réflexions relatives à une question qui reste d'actualité : « Est-ce que l'on écrit et publie trop de livres ? ». Celui-ci, du moins, nous manquerait s'il n'existait pas.

  • Le jeune playboy Biff saura-t-il éviter les ennuis jusqu'à son trentième anniversaire qui a lieu dans quelques jours ? Et hériter ainsi de l'immense fortune de son anti-alcoolique de parrain qui a stipulé qu'il doit rester sobre ? Pas si l'intrigant Lord Tilbury, frère dudit parrain, s'en mêle. Bien que déjà riche, Tilbury ne dirait pas non à quelques millions supplémentaires. Et, connaissant la faiblesse de Biff pour le vin et les spiritueux, lui et son odieux acolyte Pilbeam trament un complot diabolique pour pousser l'héritier légitime hors du chemin de la sobriété et le compromettre tout à fait.

  • Extraites du volumineux journal de celui qui partagea la vie de Virginia Woolf de 1912 à 1941, les pages de ce livre jettent une lumière inédite autant que passionnante sur la personnalité de cette immense figure de la littérature anglaise du XXe siècle. Esprit fort et lucide, Leonard diagnostiqua très tôt la psychose maniaco-dépressive de son épouse et les pulsions suicidaires qui s'ensuivirent. « Sans lui, a dit son neveu Cecil Woolf, Virginia n'aurait pas vécu assez longtemps pour écrire ses chefs d'oeuvre. » Les révélations de Leonard Woolf sur les instants de vie douloureux partagés avec Virginia dont il évoque la violence, l'anorexie comme les basculements vers la folie font de ce livre un texte essentiel pour tous les admirateurs de Virginia.
    Juif athée assumé, Leonard Woolf (1880-1969) est l'auteur d'une oeuvre substantielle. Outre les 5 volumes de son Journal, on lui doit notamment le roman Le village dans la jungle, oeuvre anticolonialiste, et quantité d'essais où il se révèle comme un grand penseur politique (il fut secrétaire du parti travailliste). Co-fondateur avec notamment Roger Fry, Duncan et Vanessa Bell, E. M. Forster, Lytton Strachey, John Maynard Keynes et Virginia du mouvement d'avant-garde Bloomsbury, il devait créer en 1917 la maison d'édition The Hogarth Press dont il assura la direction jusqu'à sa mort. Il y fit paraître tous les livres de son épouse.

  • En nous présentant Périclès vu et dépeint par son ami le philosophe Anaxagore de Clazomène, Rex Warner trace de façon particulièrement originale la figure attachante entre toutes de celui que Thucydide qualifia de « premier citoyen de sa patrie. » De fait, Périclès, à la fois orateur de génie, stratège et homme d'État fondateur de la puissance athénienne, fut bien de ces héros de nature à inspirer au grand romancier britannique l'exceptionnel ouvrage que l'on va lire. On retrouvera ici un Périclès entouré des grands hommes de son temps : Sophocle, Eschyle, Thémistocle, Phidias. Sans rien perdre de la fidélité à l'Histoire, ce livre a le charme et la vie du roman. À la manière à la fois familière et magistrale avec laquelle Marguerite Yourcenar traita le portrait d'Hadrien, Rex Warner nous donne un récit certes imaginaire mais grâce auquel nous approchons au plus près l'homme que fut Périclès. Un véritable tour de force littéraire.

  • La jeune fille en bleu, une miniature de grand prix de Gainsborough, a disparu. Homer Pyle, avocat d'affaires new-yorkais et poète à ses heures, soupçonne sa soeur, Mrs. Clayborne, qu'il sait quelque peu kleptomane. Le propriétaire de l'oeuvre, Willoughby Scorpe demande à son frère Crispin (chef de la famille mais ruiné) de l'aider à la récupérer. Mais Crispin, amoureux de l'intéressée, refuse.
    Jerry West, le neveu de Willoughby, auteur de bandes dessinées désargenté car son oncle a la haute main sur sa fortune, bien que fiancé à la superbe Vera Upshaw, tombe amoureux de Jane Donahue qui vient d'hériter une fortune. Willoughby le charge alors, s'il veut avoir son argent, de récupérer la miniature.
    Traduit de l'anglais par Anne-Marie Bouloch.
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    Pelham Grenville Wodehouse est né à Guilford en 1881 et mort à New York en 1975. Après avoir travaillé brièvement dans la banque, il devient journaliste et écrivain. Il émigre aux États-Unis avant la Première Guerre mondiale et travaille comme scénariste à Hollywood. Il est le créateur de Jeeves, Lord Emsworth et autres personnages classiques de l'humour britannique. Il a été fait Chevalier de l'Empire Britannique peu de temps avant sa mort.

  • En 1926, Koestler abandonne ses études et part en Palestine. Ce livre est le fruit de son expérience de pionnier dans la petite communauté agricole socialiste qui sert de cadre à la chronique romancée des personnages hauts en couleur qu'il y rencontre. Au-delà des destinées de ces héros en proie aux terribles difficultés qu'ils doivent surmonter au péril de leurs vies, ce roman est d'une constante actualité, car Koestler y pose la question du droit de se défendre et traite courageusement du dilemme de la noble fin qui requiert des moyens ignobles. C'est-à-dire du terrorisme. À lire ou à relire.
    Juif hongrois né à Budapest en 1905, Arthur Koestler fait ses études à Vienne, puis devient journaliste en Palestine. Revenu en Europe, il adhère au Parti communiste allemand, trouvant là une réponse à la menace nazie, et il est également séduit par l'utopie soviétique. Il part un an en Union soviétique, puis participe à la guerre civile espagnole. Dès 1938, ayant rompu avec le Parti communiste, il combat sans relâche le régime stalinien, notamment à travers son roman majeur, Le Zéro et l'Infini. À partir de 1940, il vit en Angleterre, où il se suicide avec sa femme en mars 1983. Son oeuvre de romancier, philosophe, historien et essayiste lui vaut une renommée mondiale.
    Traduit de l'anglais par Hélène Claireau.

  • Avec Maupassant, Katherine Mansfield et quelques autres, Tchekhov, l'un des plus grands écrivains de la seconde moitié du XIXe siècle, est l'un des maîtres de ce genre difficile entre tous : la nouvelle.
    Le choix établi pour le présent volume donne au lecteur un aperçu de toutes les facettes de Tchekhov nouvelliste : le farceur, le psychologue, le peintre de moeurs, et aussi le visionnaire.
    À travers toute son oeuvre, douce et amère à la fois, circule une qualité humaine et littéraire qu'aucun auteur n'a mieux maniée que Tchekhov : la compassion. Ce recueil en contient, on le verra, de parfaites illustrations. Anton Pavlovitch Tchekhov (1860-1904) est avec Tolstoi et Dostoievsky l'une des figures majeures de la littérature russe. Principalement nouvelliste et dramaturge, il a publié entre 1880 et 1903 plus de 600 oeuvres littéraires ; parmi lesquelles des pièces de théâtre qui aujourd'hui encore font le tour du monde - La Mouette, La Cerisaie, Oncle Vania... Son oeuvre, peinture de la vie dans la province russe du XIXe siècle finissant, a un cachet d'éternité.

  • En choisissant en 1952 de donner une nouvelle traduction du premier roman de Virginia Woolf The Voyage Out, le grand poète et traducteur Armel Guerne (à qui l'on doit aussi une magistrale version française de Moby Dick) a souhaité donner à lire au plus large public ce texte fondateur de l'auteur de Mrs. Dalloway. Car sous son aspect de satire sociale l'histoire de la jeune Rachel Vinrace est un véritable roman d'apprentissage aux accents autobiographiques évidents. Lorsqu'elle s'embarque pour l'Amérique du Sud sur le bateau de son père, Rachel n'imagine pas que ce voyage commencé sous des traits enchanteurs sera celui des illusions perdues. Certes Mr. et Mrs. Dalloway sont des passagers charmants, certes à l'arrivée en Argentine ce ne seront que bals, baisers et même l'amour. Mais sous la beauté que de noirceurs, les apparences vont vite se fissurer pour laisser la place aux thèmes favoris de l'auteur : désir de capter ce qui existe derrière les choses, une subtile proximité avec la mort. Rachel va tomber malade, se sentira immergée dans un puits d'eau visqueuse. Mais elle entendra aussi cette phrase : « Jamais deux êtres n'ont été aussi heureux que nous l'avons été. » Cette phrase, c'est celle que l'auteur d'Une chambre à soi écrira à son mari Leonard Woolf à la veille de son suicide. E.M. Forster a, dès sa parution, salué Croisière comme « un roman qui n'a peur de rien ».

  • « C'est peu après sa rencontre avec Kerouac et Ginsberg que Cassady entame Première jeunesse : premier tiers de son autobiographie, qui sera publiée en 1971, trois ans après sa mort. Il y raconte une enfance sordide dans une famille de ploucs, auprès d'un père alcoolo qui le traîne, en auto-stop ou en resquilleur sur des trains de marchandises, à travers une Amérique de trimards et de clochards : saga mi-cocasse, mi-tragique d'un futur hors-la-loi ayant grandi dans un monde vagabond et insalubre, identique à celui des pionniers de l'Ouest sauvage. Le récit s'interrompt bien avant l'irruption de Kerouac.
    Mais l'édition que nous propose ici Gérard Guégan englobe un complément : des textes en friche, lettres, récits de dragues, digressions et confessions : le type de flux verbal dont Kerouac était admiratif et jaloux, dont il chercha à imiter le tempo, de la prose beat type, avec pick up, petites brunes et surdoses. »
    Jean-Luc Douin, Le Monde

    Neal Cassady (1926-1968) est une personnalité de la Beat Generation, le Dean Moriarty de Jack Kerouac dans son livre culte Sur la route. C'est sur la route, d'ailleurs, entre Salt Lake City et Denver, que Maud Cassady, en 1926, met au monde son neuvième enfant, Neal. Sa mère meurt alors qu'il n'a que dix ans. Il est élevé par son père alcoolique. Il connaît très tôt une vie de délinquance et les maisons de correction.
    Mais l'énergie est là : « À vingt ans j'avais volé 500 voitures et connu autant de femmes. » Son parcours s'achève en février 1968, dans le désert mexicain, où il meurt d'une overdose, mais sa légende, elle, commence.

  • De toutes ses oeuvres ce livre est sans doute celui auquel Tolstoï fut le plus attaché. Il était certain en effet « d'avoir élevé un monument » en composant l'Abécédaire dont Les Quatre Livres de lecture sont extraits. C'est que l'auteur de La Guerre et la Paix a été dominé dans sa vie passionnée par diverses préoccupations maîtresses au premier rang desquelles figurait l'éducation du peuple auquel il a souhaité donner le goût de la lecture, porte de l'esprit critique qui mène à la citoyenneté.
    C'est à cette fin que, de retour à Iasnaïa Poliana après avoir démissionné de l'armée en 1849, il ouvrit une école pour enfants. Ce livre est le fruit de cette expérience et Tolstoï affirmait « sa supériorité sur tous les autres livres ». Il avait toujours aimé les histoires et l'on trouvera dans ce volume toutes celles qu'il aimait raconter. Ces Contes, récits et fables nous instruisent autant qu'ils nous distraient. C'est bien là ce que la littérature peut nous apporter de mieux.

  • En 1920, Roth, le correspondant allemand le plus réputé de son époque, arriva à Berlin. Ses articles influencèrent toute une génération d'écrivains, parmi lesquels Thomas Mann. Ces textes, traduits et réunis ici pour la première fois, se font l'écho des violents paroxysmes sociaux et politiques qui menaçaient sans cesse l'existence de cette fragile démocratie qu'était la République de Weimar.
    Roth s'aventura à Berlin jusqu'au coeur de la cité, ce que ne fit aucun autre écrivain allemand de son temps, tenant la chronique de la vie qu'y menaient ses habitants oubliés, les infirmes de guerre, les immigrants juifs, les criminels, la faune qui hantait les bains publics, sans compter tous les cadavres anonymes qui remplissaient les morgues, et dépeignant aussi les aspects plus fantaisistes de la capitale, les jardins publics et l'industrie naissante du spectacle. Un des premiers à comprendre la menace nazie, Roth évoqua un paysage de banqueroute morale et de beauté débauchée, dressant au passage un remarquable portrait de la ville, à un moment critique de son histoire.
    Roth saisit et résume à lui seul l'Europe de ces temps incertains qui précédèrent le grand effondrement d'un continent et l'annihilation d'une civilisation.

  • C'est au beau milieu de la Seconde Guerre mondiale que Duff Cooper entreprit d'écrire une biographie du roi David. Il est alors ministre de l'Information dans le cabinet de Winston Churchill après avoir démissionné de son poste de Premier Lord de l'Amirauté au moment des accords de Munich. Son récit, fidèle aux Écritures, met savamment en scène le grand souverain juif et sans doute peut-on voir dans cette publication une parabole : celle d'une Angleterre, isolée, face au conquérant hitlérien. Mais la leçon est de toutes les époques.
    Alfred Duff Cooper (1890-1954) fut un homme politique britannique, membre du Parti conservateur. Outre une brillante carrière qui le mena au Parlement et dans divers cabinets ministériels, il fut ambassadeur à Paris de 1947 à 1954 et publia six ouvrages dont une autobiographie Old Men Forget, une biographie de Talleyrand et un roman Operation Heartbreak.

  • Berlin, Paris, Marseille, Nice et l'Italie : non dans leurs monuments grandioses, leurs décors obligés, leurs vues pour touristes, mais dans leurs recoins oubliés, leurs périphéries, leurs espaces ouverts, mêlés : rues, cafés, baraques foraines, cirques, passages désuets où s'expose une marchandise bariolée, le bric-à-brac merveilleux d'un univers énigmatique et fragmentaire. C'est à cette flânerie dans une Europe secrète des années trente qu'invite Siegfried Kracauer dans cet ouvrage unique - à la lisière de l'essai, du récit, de la description poétique et de l'enquête sociologique ou policière. «La valeur d'une ville se mesure au nombre de lieux qu'elle réserve à l'improvisation», conclut ce styliste singulier, le premier à incarner cette figure de promeneur qui fut ensuite celle, emblématique, de Walter Benjamin.

  • Parmi les filleuls de Galahad, frère cadet de Lord Emsworth, filleuls qui sont généralement les enfants de ses vieux copains du Pelican Club, c'est au tour de John Halliday d'avoir des ennuis car sa fiancée, Miss Gilpin, vient de rompre leurs fiançailles. Comme Linda Gilpin séjourne au Château de Blandings, Galahad y introduira John sous un faux prétexte et l'ajoutera à la cohorte d'imposteurs qui l'infestent déjà. Au grand dam du pauvre Lord Emsworth qui rêve d'une vie tranquille passée à dorloter sa truie de concours, l'Impératrice de Blandings.

    Pelham Grenville Wodehouse est né à Guilford en 1881 et mort à New York en 1975. Après avoir travaillé brièvement dans la banque, il devient journaliste et écrivain. Il émigre aux États-Unis avant la première guerre mondiale et travaille comme scénariste à Hollywood. Il est le créateur de Jeeves, Lord Emsworth et autres personnages classiques de l'humour britannique. Il a été fait Chevalier de l'Empire Britannique peu de temps avant sa mort, en 1975.

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