Littérature générale

  • Les étoiles se lèvent-elles à l'ouest ? Et un poème peut-il faire polémique dans les journaux plusieurs semaines durant ? Que doit aux éléphants la rondeur de la Terre ? Et à Dürer La Guerre des étoiles ? Lequel des deux est le plus sémiologue, Tintin ou Milou ? Une boucle de cheveux et une bulle de savon méritent-elles de monter au ciel ? Et quels vers inédits de Shakespeare dans Hamlet auraient suffi à modifier l'oeuvre de Proust ?
    À tant de questions fondamentales comme à bien d'autres ce livre apporte des réponses précises et argumentées, ainsi qu'à celle-ci, qui les résume toutes : que peut une image ? À partir de deux mots pris dans l'un des poèmes les plus célèbres de la langue française, l'ouvrage raconte la découverte du monde, de la terre et du ciel par le langage et la littérature.
    Car ce livre traite des étoiles et de la poésie. Il parle du plus loin de nous, le firmament, et de ce qui nous touche au plus près, les mots du poète, des mots qui parfois nous découvrent le ciel. C'est un livre sur tout et sur l'inaccessible, sur l'altérité et les relations Nord-Sud, sur l'esthétique, la science et le pouvoir, sur la mémoire et les possibles de l'histoire. À partir de deux mots seulement, il dévoile les métamorphoses de la poésie en même temps que celles de notre connaissance du monde.

  • Le cadre, cet accessoire excentrique, qui n'est ni dehors ni dedans, et qui échappe à toutes nos catégories, vient paradoxalement au centre de l'attention philosophique en raison même de son indétermination. D'autant que, au-delà de la toile peinte, il se reconduit comme le principe régu­lateur de l'espace urbain, des artefacts, de l'organisation sociale et de l'ordre symbolique en général.
    Les auteurs d'Art Brut, qui, par définition, ne sont pas assujettis à nos conventions culturelles, en font un usage insolite et déconstructeur, qu'il serait par trop expéditif de verser dans le registre de la pathologie. Car, justement, de telles irrégularités nous amènent à envisager le cadre sous une incidence d'étrangeté. Peut-être son office de protection physique et de suspension murale n'est-il qu'un alibi utilitaire au formatage idéologique dont il détermine les axes.
    S'il est vrai que le pathologique éclaire le normal, on franchit en l'occurrence un seuil de réversion : c'est le cadre lui-même, dans son principe et son usage culturel, qui est susceptible d'une pathologie, sous l'éclairage de l'Art Brut.

    Cet ouvrage accompagne l'exposition L'Art Brut s'encadre, présentée du 11 décembre 2020 au 25 avril 2021 à la Collection de l'Art Brut à Lausanne.

  • L´étude des différentes manières de ne pas voyager, des situations délicates où l´on se retrouve quand il faut parler de lieux où l´on n´a pas été et des moyens à mettre en oeuvre pour se sortir d´affaire montre que, contrairement aux idées reçues, il est tout à fait possible d´avoir un échange passionnant à propos d´un endroit où l´on n´a jamais mis les pieds, y compris, et peut-être surtout, avec quelqu´un qui est également resté chez lui.
    Ce livre s´inscrit dans un cycle qui comprend également Comment parler des livres que l´on n´a pas lus ?, traduit en plus de vingt-cinq langues.

  • Aucun lecteur sensé ne peut croire en la solution invraisemblable proposée à la fin du célèbre roman policier Ils étaient dix. En donnant la parole au véritable assassin, ce livre explique ce qui s'est réellement passé et pourquoi Agatha Christie s'est trompée.

    Ce livre est paru en 2019 sous le titre La Vérité sur "Dix petits nègres".

  • De Joachim du Bellay à Marguerite Duras, les plus grands écrivains de notre littérature ont connu des moments de faiblesse et ont raté certaines de leurs oeuvres. Histoires aberrantes, personnages inconsistants, style boursouflé, vers boiteux ? ces textes plongent tout lecteur sensé dans la consternation.
    Comment ces auteurs en sont-ils arrivés là ? Tenter de répondre à cette question conduit à interroger, avec l'aide de la psychanalyse, les mystères de l'acte créateur. Si l'oeuvre parfaite, en effet, isolée dans sa plénitude, n'offre souvent que peu de prise à la réflexion, l'oeuvre ratée, par son échec même, dévoile une partie des mécanismes du génie.
    Soucieux d'être constructif et de tirer toutes les conséquences de ses hypothèses théoriques, cet essai propose aussi des améliorations concrètes. Changements de forme, variations dans les intrigues, déplacements de personnages d'un livre à l'autre permettent d'imaginer, entre rêve de perfection et délire de réécriture, ce que ces oeuvres auraient pu être dans des mondes littéraires différents.

  • Ils l'ont attaquée, conspuée, condamnée, sous tous les prétextes, sous tous les régimes, avec les meilleures ou les pires intentions, pour de mauvaises raisons et parfois même pour de bonnes. Ils ont exilé les poètes, brûlé leurs livres - ou en ont simplement formulé le souhait. Voilà 2500 ans que la littérature est sujette à toutes les critiques et toutes les accusations de la part de philosophes et de théologiens, de prêtres et de pédagogues, de scientifiques et de sociologues, de rois, d'empereurs et même de présidents. De Platon à Nicolas Sarkozy, ce livre fournit toutes les pièces de ce procès ahurissant, fait le portrait d'une incroyable galerie de grotesques et de ridicules, et retrace à sa manière une autre histoire de la littérature occidentale depuis les origines, pleine de bruit et de fureur, de bêtise, d'hypocrisie et d'ignorance, avec ses querelles et ses combats, ses défaites et ses triomphes, ses stratèges, ses traîtres et ses héros. Avec la haine de la littérature se révèle la face cachée de l'histoire de la littérature - celle qui lui donne peut-être son sens véritable.

  • On ne cesse d'évoquer l'influence des écrivains et des artistes sur leurs successeurs, sans jamais envisager que l'inverse soit possible et que Sophocle ait plagié Freud, Voltaire Conan Doyle, ou Fra Angelico Jackson Pollock.
    S'il est imaginable de s'inspirer de créateurs qui ne sont pas encore nés, il convient alors de réécrire l'histoire de la littérature et de l'art, afin de mettre en évidence les véritables filiations et de rendre à chacun son dû.

  • Pour sauver de l'échafaud Geneviève Dixmer - l'héroïne du roman de Dumas et Maquet Le Chevalier de Maison-Rouge -, dont je suis tombé amoureux dans mon adolescence, je ne vois qu'une solution : entrer moi-même dans le livre et devenir l'un de ses personnages.
    Transporté sous la Révolution, je serai alors confronté à une série de dilemmes éthiques, que la période rend encore plus sensibles (« La fin justifie-t-elle les moyens ? », « Peut-on sacrifier une personne pour en sauver plusieurs ? », « Devons-nous assistance à tous ceux que nous croisons ? »...) et qui peuvent se réduire à la question, aussi déterminante aujourd'hui qu'hier : « Qu'est-il juste de faire ? »

  • Ce livre a pour point de dpart l'ide de rpondre brivement deux objections qui m'ont souvent t faites. La premire porte sur le sens prcis que je donne au mot de "rel". La seconde sur mon refus de prter l'oreille tout propos ou pense de nature morale. La premire enqute, sur le rel, m'a amen un examen radioscopique de la tautologie qui s'est rvle l'analyse moins simple - et moins simplette - quelle n'en a l'air. Le secret de la tautologie, qu'on pourrait appeler son "dmon", au sens d'ensorcellement et de cercle magique, est que tout ce qu'on peut dire d'une chose finit par se ramener la seule nonciation, ou r-nonciation, de cette chose mme. Clment Rosset Table des matires: Avant-propos / Le Dmon de la tautologie / Post-scriptum (Note sur Wittgenstein) / Cinq petites pices morales: I.Remarques prliminaires - II.Le syllogisme du bourreau - III.Les formules magiques - IV.Le dmon du bien - V.Le thorme de Cripure. Cet ouvrage est paru en 1997.

  • Demain est écrit

    Pierre Bayard

    La littérature peut-elle prédire l'avenir ? La question se pose devant le nombre d'écrivains qui, d'Oscar Wilde à Virginia Woolf ou de Proust à Kafka, anticipent sur les événements majeurs de leur existence ? rencontres, accidents, disparitions ? et ne semblent pas seulement marqués par ce qui s'est produit hier, mais par ce qui leur arrivera demain.
    S'il est vrai que la littérature puise une partie de son inspiration dans le futur, il convient d'en tenir compte dans notre perception des oeuvres et de découvrir des conjugaisons nouvelles, de rechercher les traces stylistiques des événements qui n'ont pas encore eu lieu et de raconter la vie des écrivains dans le bon sens, c'est-à-dire en commençant par la fin.

  • Il est regrettable que les critiques ne recourent pas plus souvent aux changements d'auteur, qui permettent de découvrir les oeuvres sous un angle inhabituel. Attribuée à un nouvel auteur, l'oeuvre demeure certes matériellement identique à elle-même, mais elle en devient dans le même temps différente et prend des résonances inattendues qui enrichissent sa perception et stimulent la rêverie.
    On imagine les effets positifs que pourrait avoir l'extension de cette pratique dans l'enseignement où, déjà familière aux élèves, elle permettrait de revisiter à moindre frais les grands classiques. Et dans la recherche scientifique où, en incitant à travailler sur L'Étranger de Kafka, Autant en emporte le vent de Tolstoï ou Le Cuirassé Potemkine d'Hitchcock, elle contribuerait à ouvrir des voies nouvelles.
    />

  • Proust est trop long. Tirant les conséquences logiques de cette constatation qui décourage de nombreux lecteurs potentiels, ce livre se propose de réduire la Recherche en supprimant les digressions.
    Un tel projet implique, comme préalable, de réfléchir sur la figure de la digression, injustement méconnue par la rhétorique. Toute une série de questions se posent alors, portant sur l'essence même de la littérature. Quand, par exemple, peut-on dire d'un texte qu'il est trop long ? Existe-t-il des passages inutiles ? Comment glisse-t-on d'une idée à l'autre ? Et surtout, au point de rencontre entre la littérature et la psychanalyse ? qui donnent à la notion de sujet une acception différente ?, que signifie être hors sujet ?

  • La littérature n'a peut-être jamais été plus mal considérée qu'aujourd'hui. Tous les signes montrent cette fragilisation. Mais plutôt que de s'arrêter à la description d'un mal contemporain dont nul ne doute, ce livre propose de retrouver les causes profondes de cette baisse d'influence, qui résulte d'une évolution de longue durée. La thèse est simple : entre le XVIIIe et le XXe siècle eut lieu en Europe une transformation radicale de la littérature ; sa forme, son idée, sa fonction, sa mission, tout fut bouleversé. Du magnétisme animal aux cultural studies, du sublime selon Boileau au plaisir selon Barthes, du tremblement de terre de Lisbonne au camp d'Auschwitz, de l'apothéose de Voltaire au départ de Rimbaud et aux silences de Beckett, le récit des métamorphoses de la littérature est présenté en une vaste fresque européenne, qui met en évidence un mouvement de bascule conduisant inévitablement du sommet à l'abîme.
    Comprendre ce mécanisme de dévalorisation, ce traumatisme de l'adieu, c'est pénétrer au coeur de la crise existentielle permanente où se débat maintenant la littérature. Mais c'est aussi se donner les moyens d'en sortir.

  • Vie du lettré

    William Marx

    Ils lisent des textes, les rassemblent, les éditent, les commentent, les transmettent aux générations futures, produisent à leur tour d'autres textes : ce sont les lettrés, apparus parmi nous voici déjà quelques millénaires. Voués à l'écrit, ils forment le socle d´une civilisation, en garantissent la continuité, mais participent aussi à sa contestation. Le plus souvent invisibles ou méconnus, ils composent une communauté secrète, reliée à travers les temps et les lieux par des rites partagés, des habitudes analogues, des affinités mystérieuses.
    Qui sont-ils ? Comment vivent-ils ? Où habitent-ils ? Que mangent-ils ? À quelles amours s´adonnent-ils ? Comment naissent-ils et meurent-ils ? À toutes ces questions et à bien d´autres, ce livre apporte des réponses précises et concrètes. Il peut se lire comme la description d´un mythe fondateur des civilisations à écriture, de Confucius à Barthes, en passant par Cicéron, Pétrarque et Freud. Mais peut-être vaut-il mieux le prendre comme une invitation à se détacher de l´existence ordinaire, pour entrer dans un autre rapport au monde et au temps. C´est un manuel de savoir-vivre. Ou de savoir-livre.

  • Ne voir dans Les Liaisons dangereuses qu'un roman libertin, faire de son auteur un autre Sade, c'est à la fois se tromper sur ses intentions et sa personnalité, et méconnaître combien le livre, notamment par sa conception du langage et de la psychologie, appartient à notre modernité. Sur la perception contradictoire du réel, sur la théorie de la dénégation et son dépassement nécessaire vers une rhétorique de l'inconscient, sur l'emprise et la perversion, il faut lire Freud à la lumière de Laclos, non l'inverse.

  • La littérature n'a peut-être jamais été plus mal considérée qu'aujourd'hui. Tous les signes montrent cette fragilisation. Mais plutôt que de s'arrêter à la description d'un mal contemporain dont nul ne doute, ce livre propose de retrouver les causes profondes de cette baisse d'influence, qui résulte d'une évolution de longue durée. La thèse est simple : entre le XVIIIe et le XXe siècle eut lieu en Europe une transformation radicale de la littérature ; sa forme, son idée, sa fonction, sa mission, tout fut bouleversé. Du magnétisme animal aux cultural studies, du sublime selon Boileau au plaisir selon Barthes, du tremblement de terre de Lisbonne au camp d'Auschwitz, de l'apothéose de Voltaire au départ de Rimbaud et aux silences de Beckett, le récit des métamorphoses de la littérature est présenté en une vaste fresque européenne, qui met en évidence un mouvement de bascule conduisant inévitablement du sommet à l'abîme.
    Comprendre ce mécanisme de dévalorisation, ce traumatisme de l'adieu, c'est pénétrer au coeur de la crise existentielle permanente où se débat maintenant la littérature. Mais c'est aussi se donner les moyens d'en sortir.

  • La ponctuation, on le sait, a une longue histoire, depuis les livres de comptes des scribes de l'Égypte antique jusqu'aux récents smileys. Tout en accordant la plus grande attention à l'art de ponctuer dans ses formes classiques ou contemporaines, ce livre voudrait toutefois ouvrir un champ plus vaste : celui de la stigmatologie (du grec stigmê : « point »), qui analyse les effets ponctuants partout où ils apparaissent.
    Dans l'expérience esthétique, d'abord : écouter, regarder, c'est chaque fois ponctuer l'image ou le son, comme en témoignent exemplairement la pratique de l'auscultation (qui est loin de se limiter à la médecine) ou celle du boniment au cinéma.
    Dans le récit et dans la production autobiographique de soi, ensuite : le sujet n'est que le contrecoup d'une série de ponctuations, comme le donnent à penser la psychanalyse et la littérature, de Tristram Shandy à Lacan en passant par cette extraordinaire nouvelle de Tchékhov qu'est Le Point d'exclamation.
    Pour décrire tous ces effets ponctuants, on tente enfin de construire philosophiquement avec Hegel, Nietzsche et quelques autres un concept de ponctuation attentif au rythme et à la pulsation du phrasé, ainsi qu'aux portées politiques inhérentes à tout coup de point.
    P. Sz.

  • Moby Dick est peut-être avant tout un grand roman sur la lecture. Car le lecteur, quel qu'il soit, est déjà inclus, compris dans le texte.
    Toujours plus gonflé, ce livre-monstre, véritable Léviathan textuel, semble engloutir le monde et avaler jusqu'à celui qui l'ouvre, tel un nouveau Jonas. Le texte-baleine présente ainsi d'innombrables allégories de la lecture, décrite en termes de pêche, de cartographie, de navigation, de fuite, de naufrage ou de percée.
    Si un tel livre ne saurait donc être simplement lu, c'est qu'il lit à son tour : non seulement ses lecteurs, mais aussi la Bible, ou encore le Léviathan de Hobbes et sa théorie de l'État. Et dès lors, ce qui s'envoie ou se promet, c'est une dimension prophétique du lire. Elle se lèvera dans le vent de la tempête et annoncera la venue de l'avenir. (P. Sz.) Les Prophéties du texte-Léviathan est paru en 2004.

  • Que serait-il arrivé si Freud, en élaborant la psychanalyse, avait tenu compte de l'oeuvre de Maupassant, son contemporain ? Sa théorie n'aurait-elle pas été marquée davantage par le modèle de la psychose ? N'aurait-il pas accordé une attention plus grande à la question de l'identité, au détriment de celle de la sexualité ?
    Ce livre, qui essaie de lire Freud avec l'aide de Maupassant, est consacré à l'étude minutieuse d'une théorie qui n'existe pas. Les théories virtuelles présentent un intérêt non négligeable : elles donnent à réfléchir sur la constitution du théorique et sur toutes les possibilités mort-nées, qui auraient pu exister si la théorie constituée, par la clarté aveuglante de ses évidences, n'avait conduit à les exclure.

  • Nous ne pouvons connaître les autres hommes que par leurs gestes, leurs paroles et leurs actes. Depuis deux siècles, le roman ne s'en est plus satisfait, et s'est voué, avec une intensité toujours croissante, à nous montrer la conscience au grand jour. Ce qu´elle a de plus secret, et parfois pour elle-même, vient sous nos yeux dans le moindre récit. Et ce que la Bible réservait à Dieu, sonder les reins et les coeurs, est devenu l´attribut commun des romanciers.
    Quel est le sens de cette transformation radicale ? Comment a-t-elle eu lieu ? Quels chemins a-t-elle suivis, et quelles formes a-t-elle produites ? De quelle compréhension de la conscience est-elle lourde ?
    Ce volume se concentre sur le monologue intérieur, en se tenant au plus près de ses usages variés, conversations intimes des héros de Stendhal, fulgurations décisives de Balzac, « tempêtes sous un crâne » de Victor Hugo. L´exploration se poursuit avec Virginia Woolf (Les Vagues), William Faulkner (Lumière d´août), et Samuel Beckett (L´Innommable).

  • Renouvelant profondément la présentation de la conscience, Gustave Flaubert et Henry James ont ouvert au roman des régions jusqu´alors inconnues, et donné à ce genre au xxe siècle la mesure de sa tâche et de son exigence. Le jugement moral sur les personnages s´atténue ou se suspend, au bénéfice d´une description aussi fine qu´ambiguë. Et cette descente dans les abîmes intérieurs délaisse désormais la trop nette articulation du monologue intérieur (étudié dans La Conscience au grand jour) pour une approche plus subtile, notamment grâce au style indirect libre, dans une parole à mi-voix.
    Comment les mouvements et les glissements de la conscience en viennent-ils à prendre une force dramatique plus intense que les événements même du monde ? Pourquoi son « intime aventure » occupe-t-elle à présent le centre ? En quoi ce qui faillit seulement avoir lieu peut-il avoir autant d´effet que ce qui se produisit ? Par quels modes du style le secret peut-il être suggéré comme tel, avec tout le non-dit qu´il suscite ? Pourquoi la vie quotidienne se fait-elle ce qu´il y a de plus lourd d´un sens inépuisable ? Et quel jour neuf se lève-t-il alors sur notre relation aux choses et aux lieux, comme sur les rapports de force qui ordonnent nos multiples liens avec les autres consciences, noeuds de notre identité ? Comment montrer avec rigueur le règne en nous du faux, de l´illusion, du clair-obscur ?
    Ce volume présente les conclusions du diptyque sur la vision que le roman des deux derniers siècles a prise de l´humaine conscience dans toutes les nuances de sa fragilité.

  • Mallarmé a connu des vies posthumes que ne suffisent à conjurer ni le recours aux registres de l'état civil ni le retour au corpus de ses textes. À l'âge de l'existentialisme, les critiques littéraires inscriront la négativité de sa poésie dans les aventures de la dialectique. Aux grandes heures du structuralisme, les avant-gardes le croiront capable de réconcilier Marx et Saussure. Quand tomberont les statues de Lénine, les philosophes liront dans ses vers la mémoire d'un siècle de révolutions. Voici Mallarmé tel qu'en lui-même le XXe siècle le change.
    Cette tradition interprétative, qui prend à revers la question de l'engagement littéraire, nous invite à reconnaître l'inventivité polémique des gestes de lecture et d'interprétation. Car ce n'est pas les intentions de l'écrivain qui produisent la signification politique des textes, mais les stratégies herméneutiques des lecteurs. La politique de la lecture qui a inventé la figure du camarade Mallarmé est un art du contretemps, toujours à la limite de l'anachronisme, qui rend perceptible, dans la littérature d'autrefois, une force d'opposition et de rupture toujours actuelle. Le destin politique de Mallarmé illustre les tours et détours d'une lecture engagée.

  • Dire toute la vérité et rien que la vérité. Vivre dans la transparence et la franchise. Ces préceptes, les chantres du vrai ont voulu les appliquer de force à ce que tout nous désigne comme une forme retorse du mensonge : la littérature. Quelle est la légitimité de cette posture ? N'est-on pas amené à la suspecter, à en reconnaître la fragilité et les impasses ? Car, examinant l'inlassable guerre qui a opposé les tenants de la sincérité (Rousseau, Leiris, Sartre) à leurs détracteurs (Molière, Laclos, Dostoïevski, Gary, Perec), on aperçoit se profiler une autre définition de ce qu'est la littérature. En toute mauvaise foi : ne serait-ce donc pas ainsi que les oeuvres se présentent à nous et se jouent de nous ? C'est-à-dire en s'inscrivant dans une structure qui n'est ni le mensonge ni la vérité, mais leur mélange incertain. Qui affirme en niant et qui dément en proclamant. Sommes-nous pourtant prêts à accepter que tout discours échappe à ce qu'il est tout en continuant de l'être, à admettre que la littérature ne produise qu'une vérité, parfois contradictoire, et non la vérité ? Percevoir la manière dont l'oeuvre pose la mauvaise foi, la suscite et la défie, c'est approcher ce qui constitue sa matière même, tant le moteur de ses intrigues que sa métaphysique implicite ou explicite. Mais c'est aussi repenser son rapport au lecteur, au réel et au savoir. Car il y a un paradoxe commun au menteur et au sincère que seule la mauvaise foi permet de décrire en s'arrachant à nos routines intellectuelles.

empty