Arts et spectacles

  • Cet ouvrage propose une analyse originale sur les relations cinématographiques entre Cuba et le Mexique à la période classique, à travers la construction de l'imaginaire particulier du mélodrame de cabaret, peuplé de danseuses de rumba au sang chaud et au coeur tendre. Les films dont elles sont les héroïnes sulfureuses s'enracinent dans les traditions génériques de l'industrie du cinéma mexicain, retravaillées par l'apport cubain à travers la musique, la danse, les paysages et les cabarets. Ils façonnent des personnages féminins originaux, introduisant des représentations inédites de danseuses et de femmes fatales qui luttent pour leur autonomie, et jouissent d'une grande liberté dans leur rapport avec leur corps. Cette coopération cinématographique s'explique par la volonté des producteurs, distributeurs et metteurs en scène mexicains de s'imposer sur les écrans cubains, tandis que les Cubains espèrent bénéficier de leur savoir-faire technique et artistique pour jeter les bases d'un cinéma national encore embryonnaire. Toutefois, l'atmosphère « tropicale » mise en oeuvre dans les films s'avère un trompe-l'oeil commercial lié au regard mexicain qui exotise Cuba. Un postulat dénoncé par les critiques et cinéastes cubains, en particulier au lendemain de la Révolution qui souhaite rompre radicalement avec ce cinéma commercial. La réception et l'historiographie de ces films en font ainsi de puissants révélateurs des imaginaires nationaux qu'ils contribuent à façonner et à véhiculer.

  • Cet ouvrage porte sur le cas concret de Maurice Maeterlinck comme auteur adapté à l'époque du cinéma muet. Inspiré de la théorie de Pierre Bourdieu, il propose de renouveler la problématique de l'adaptation cinématographique en prenant pour point de départ l'auteur agissant dans plusieurs champs et étant agi par ceux-ci.
    Dans les années dix et vingt, Maeterlinck occupe des positions contrastées : consacré en littérature, peu ou pas reconnu au cinéma. Cet écart suscite un triple questionnement, sur l'entrée de l'auteur dans le champ cinématographique, sur les stratégies qu'il transpose d'un domaine à l'autre, enfin sur l'ajustement des stratégies aux états successifs du cinéma. Centré sur le contexte de production des oeuvres, l'ouvrage ne néglige pas leur dimension esthétique. Il met en évidence des sources premières rarement sollicitées : les films Monna Vanna (Ambrosio, 1914-1916), Pelléas et Mélisande (Éclair, 1915) et The Blue Bird (Paramount, 1918). L'analyse esthétique révèle la manière dont le cinéma reprend des éléments théâtraux et se les réapproprie, ou encore dans quelle mesure les oeuvres adaptées oscillent entre les différents pôles de production et se stabilisent dans la zone de grande production de qualité.

  • Ce volume réunit douze études de cas : des vies d'architectes européens, écrites par des historiens de l'art et de l'architecture allemands, espagnols, français, italiens, russes, suédois. Il s'agit d'architectes qui, nés et éduqués dans une culture, héritiers d'une ou plusieurs traditions nationales, ont travaillé à l'étranger, au sein d'une autre culture, en y apportant des éléments nouveaux. Ou encore de ceux qui vécurent leurs années de voyage comme une véritable expatriation. Ces architectes transfuges, cosmopolites, créateurs de confusions stylistiques qui posent tant de problèmes aux historiens de l'art et rompent les schémas des écoles nationales, furent en grande partie responsables de la création de l'Europe architecturale, architecturée et architecturante bien au-delà de ses propres limites. L'existence de cette « Europe architecturale » est l'hypothèse générale proposée ici. L'européanité de ces architectes italo-français ou italo-russe, franco-suédois ou hispano-mexicain, fut tantôt délibérée, exigée par le commanditaire ou la communauté d'accueil, tantôt une conséquence de leur vie comme ensemble de circonstances. Telle une réaction au besoin d'adaptation, cette dernière, complète ou partielle, a souvent donné lieu à une création inédite. Comment étudier, comprendre, décrire, classer leurs oeuvres ? Pourrions-nous, en nous fondant sur ces cas, ébaucher une nouvelle histoire de l'architecture européenne ?

  • En histoire de l'art, la critique est l'un des miroirs identitaires d'une nation, la résultante d'un héritage façonné par les codes sociaux et culturels d'un pays. Elle repose sur des conventions qui lui sont propres et admises, consciemment ou non, par ses auteurs et son public. Les textes de critique d'art français informent par conséquent tout autant sur la culture de l'observateur que sur celle de l'observé.
    Ce volume réunit douze études du discours français sur l'art des pays voisins dans un contexte de rivalités ou de compétitions internationales. Par l'analyse de commentaires de salons, de comptes rendus d'expositions ou encore d'ouvrages d'histoire de l'art du XIXe siècle, les contributions interrogent la part de chauvinisme, de protectionnisme ou de géopolitique inhérente aux transferts culturels européens. Que ce soit à travers les notions d'école artistique ou de nation, la critique d'art française est devenue un important vecteur de diffusion des stéréotypes nationaux et des conflits ou alliances au sein de l'Europe. Dès lors, le point de vue du critique sur l'oeuvre d'un artiste est un matériau de premier choix pour comprendre les dynamiques identitaires. La réunion de ces études vise ainsi à révéler les dimensions anthropologiques et politiques de la critique d'art française du XIXe siècle permettant d'appréhender le discours sur l'art comme une participation à la conscience collective de la spécificité d'une nation.

  • La dramaturgie québécoise présente des survivances du personnage, quand d'autres ne cessent de le remettre en question. Loin de présenter des individus psychologiques, les dramaturges québécois détournent le réalisme pour proposer des figures hors du commun. Ce livre propose d'abord un panorama de tous ces protagonistes en emmenant le lecteur dans une traversée de nombreux textes écrits dans les années 2000 mais dont les auteurs sont de plusieurs générations, traditions et formations théâtrales. Vous y découvrirez des personnages sans famille, sans passé, sans territoire, des personnages qui viennent d'autres oeuvres. Cette galerie de portraits nous invite à entrer dans la fabrique des auteurs pour interroger le partage des voix qu'ils opèrent dans l'écriture.
    En effet, les auteurs dramatiques, face à la difficulté de plus en plus grande de faire entendre leurs voix, choisissent souvent de se représenter dans leurs oeuvres et exploitent dans leurs créations leur moi d'auteur comme un matériau. C'est cette voix de l'écriture aux limites de l'autofiction et de l'autobiographie qu'explore la seconde partie de l'ouvrage. Pour cela, l'autrice s'intéresse à des oeuvres plus proches du plateau et montre comment les auteurs, souvent aussi acteurs, metteurs en scène, se pensent et se représentent dans leurs oeuvres et interrogent leur pouvoir de création de la fiction.

  • Les traités de manières et les traités artistiques, de même que le discours amoureux dans le domaine littéraire, se sont donnés la tâche de définir, voire de codifier, la gestuelle amoureuse et établissent notamment des relations entre le domaine artistique, littéraire et la vie sociale. Par rapport au « geste écrit », le « geste en image » se manifeste sous une forme plus ambiguë et laisse transparaître, souvent, des rapports de réciprocité, de domination, d'assujettissement ou d'inversion des rôles d'autant plus lorsqu'il traduit le sentiment amoureux.
    Cet ouvrage rassemble des communications, interventions et réflexions menées à l'occasion d'un colloque consacré à L'invention du Geste Amoureux à la Renaissance ainsi que d'une série de workshops portant sur le même thème pour différentes périodes chronologiques. Quels que soient la période traitée et le support de la représentation, la gestuelle est entendue, au sens large, à la fois en tant que gestes et attitudes corporelles. Il ne s'agit pas simplement d'un geste intentionné mais également d'une posture du corps, celle-ci intervenant soit de façon suffisamment régulière pour être identifiée à un « topos », soit au contraire de manière si exceptionnelle qu'elle mérite qu'on s'y attarde. Les analyses exemplaires réunies dans ce livre abordent, enfin, les questions de la migration de gestes entre le champ du rituel et celui de l'art, entre le registre du sacré et celui du profane ainsi que les transferts trans-chronologique ou trans-géographique. Elles proposent une étude des postures, attitudes, gestes et expressions qui « disent » l'amour dans les arts visuels.

  • Cet ouvrage entend modifier le point de vue sur l'art conceptuel en partant des multiples manières dont des artistes associés au mouvement ont eu recours à la photographie. Cette approche de l'art conceptuel nécessite de prendre de la distance par rapport au modèle anglo-américain en élargissant l'observation à d'autres aires géographiques comme celles du Brésil, de l'Italie, du Japon et de la Pologne. Le choix d'une focale élargie rassemble également des notions a priori étrangères à l'idée de dématérialisation de l'art qui reste attachée à l'historiographie de l'art conceptuel. La triade « Photo / Objet / Concept » insiste sur la dimension matérielle des expressions artistiques étudiées. La notion d'objet constitue en effet une des idées directrices de ce volume. Elle permet d'interroger les caractéristiques matérielles du médium à travers des pratiques spécifiques comme la sculpture, la délégation ou l'exposition. Reconsidérer l'usage et les pratiques de la photographie au sein de l'art conceptuel amène à renouveler la réception d'un moment historique pour comprendre l'importance et la place du médium dans l'art d'aujourd'hui.

  • Le journalisme narratif - genre qui naît et s'impose en Argentine (Operación masacre, Rodolfo Walsh, 1957) et aux États-Unis (De Sang froid, Truman Capote, 1966) - connaît actuellement une extension remarquable, notamment en Amérique Latine et dans le monde anglo-saxon. En puisant dans les instruments des arts textuels et visuels pour informer, ce journalisme semble échapper au formatage des entreprises médiatiques, à l'homogénéisation d'une parole dominante et centralisée, et cherche à rénover et diversifier les lectures du monde. Dans un siècle où l'information doit, avant d'informer, être rapide, brève, percutante jusqu'à la déformation, le présent ouvrage propose, à partir de divers champs disciplinaires, une réflexion sur la porosité entre « journalisme narratif » et « arts » et examine comment leurs rencontres - parfois conflictuelles - se transforment à leur tour en contre-médias pour récupérer la place d'instruction et de dénonciation que les principaux organes médiatiques ont désertée. Les travaux de ce volume analysent le processus complexe du passage de l'enquête de terrain à sa retranscription et interprétation, depuis un journalisme, des créations visuelles et des récits fictionnels qui défendent l'expérience intime de l'investigation et qui s'emparent des outils des arts (cinéma, photographie...) et de la narration littéraire pour donner une lecture fouillée et plus lisible du réel.

  • « Ce livre est le fruit d'un projet ambitieux visant à replacer l'émergence du portrait européen dans le contexte large d'une évolution où parmi d'autres facteurs les rites funéraires et les masques mortuaires jouent un rôle déterminant. « L'archéologie de la ressemblance » est ainsi la formule que l'auteur propose pour renouveler notre connaissance des débuts du portrait au XIIIe siècle, c'est-à-dire bien avant l'apogée du portrait individuel à la Renaissance. Par une transgression audacieuse des frontières du champ disciplinaire, l'enquête jette un éclairage inattendu sur l'environnement culturel qui favorisa l'apparition de ce genre visuel si caractéristique du continent européen. Le recours à la méthode étymologique enrichit tout particulièrement l'investigation en éclairant d'un jour nouveau les causes profondes de cette représentation figurée. Sur un sujet où tout déjà semblait avoir été dit, un arrière-plan aux multiples facettes se trouve ici mis au jour, qui d'une manière exemplaire révèle la complexité des facteurs intervenant dans l'histoire de la représentation figurée. » (Hans Belting)

  • Qu'elle permette d'oublier les horreurs vécues, de donner du courage aux soldats et à leur famille, de souder une nation face à l'ennemi, d'accompagner la mémoire des disparus et de réconforter les survivants, la musique a occupé une place importante durant la Grande Guerre. Inscrit dans une dynamique de recherche scientifique, ce livre propose des enquêtes originales sur la vie musicale au front et à l'arrière. Centré sur la création artistique, il apporte des éclairages inédits, notamment sur la façon dont les compositeurs et les interprètes ont vécu leur art dans un moment aussi critique de l'histoire, et soulève de nombreuses questions : quelles sont les motivations des musiciens à poursuivre leur activité dans un contexte aussi dramatique ? La musique est-elle vécue comme engagement offensif ou comme échappatoire ? Comment les musiciens sont-ils perçus au front par les autres soldats ? Comment les compositeurs, à l'avant comme à l'arrière, se positionnent-ils face à la création ? Voici quelques-unes des questions qui traversent ce livre, lequel, au fil des chapitres consacrés tour à tour à des acteurs plus ou moins célèbres du monde artistique, à des oeuvres, au problème de l'édition ou encore à la vie culturelle à Paris et en province, trame un panorama musical de cette France en guerre.

  • Dans une confrontation inédite des approches francophones et anglo-saxonnes signées par des experts internationalement reconnus aussi bien que par de jeunes chercheurs, Le mélodrame filmique revisité propose d'ouvrir le champ d'études vers de nouvelles perspectives historiques et esthétiques. En effet, le mélodrame souffre, depuis ses débuts cinématographiques, d'une exploitation péjorative qui restreint le « mode mélodramatique » à la manipulation des émotions du public et à une representation excessive sur le plan esthétique. Minimisé, expédié, ce genre mérite pourtant d'être enfin l'objet d'une revalorisation à travers des approaches innovantes et un corpus élargi à la télévision, l'animation et l'internet. Revisiting Film Melodrama brings forth pioneering French and English-speaking approaches from internationally known experts as well as by young researchers, aiming to broaden the research area through new historical and aesthetic perspectives. Indeed, film melodrama has too often been under-estimated, most surveys having essentially focused on the audience's emotions and on excessive representations, often neglecting the complexities of the «melodramatic mode». More than ever, melodrama as film genre requires a comprehensive, multi-layered re-appraisal which includes references to the genre at work on television, animation and the internet.

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