PUG

  • La gestion de la crise sanitaire du Covid-19 en Europe peut elle-aussi se lire comme un vaste rite occasionnel dont les séquences se télescopent.
    L'africaniste Luc de Heusch, l'un des plus grands anthropologues belges du XXe siècle, définissait les rites comme « un projet d'ordre pour défendre ou restaurer l'être dégradé, accroître son potentiel vital ou, inversement, détruire l'être-de-l'autre ».
    Il proposait de distinguer trois types d'action : des rites cycliques de l'ordre de la structure (les fêtes de Noël, par exemple) ; des rites de passage ou transitifs liés à un temps irréversible (comme l'initiation des jeunes ou les anniversaires) ; et des rites occasionnels qui offrent une parade aux dérèglements historiques de l'ordre collectif et cyclique.
    Avec la crise du Covid-19, ces derniers ont le vent en poupe. Ils s'observent dans plusieurs régions de la planète.

  • À partir d'études comparatives menées entre la France et le Brésil, ce texte imagine les effets potentiels de la pandémie sur le football en 2050.

    Trente ans déjà avant le coronavirus, qui a tant bouleversé nos vies, nos villes et nos stades, la tragédie d'Hillsborough en Angleterre et le rapport du juge Taylor qui s'était ensuivi avaient engendré un profond mouvement de construction et de rénovation de stades prenant en compte les nouvelles normes de sécurité, souvent en s'éloignant des centres-villes.

    Il en était ressorti une nette amélioration de la qualité construite des stades, une attention nouvelle pour l'expérience client (confort de vision et d'assise, restauration, connectivité, etc.) en contrepartie d'un appauvrissement certain des ambiances.

  • La pandémie de Covid-19 qui a débuté en France au début de l'année 2020 peut être perçue comme un risque inhérent à la mondialisation et certains n'ont pas hésité à en profiter pour dénoncer les processus d'urbanisation et de métropolisation, en les qualifiant de creusets de la crise sanitaire.

    Cette critique acerbe de l'urbain ne date pas vraiment de cette période de confinement, partagée avec plus de 3 milliards de personnes dans le monde. Elle s'inscrit dans la lignée de la polémique soulevée par la mobilisation sociale des « Gilets jaunes » dès l'automne 2018. Elle se traduit par une opposition entre les métropoles et les territoires non-métropolitains, les premiers incarnant le développement économique national et recevant toute l'attention des pouvoirs publics au détriment des seconds.

  • Les valeurs évoluent lentement et ne sont pas forcément remodelées durablement quand la vie quotidienne reprend ses droits et que les vieilles habitudes se réinstallent.

    Avec la crise du coronavirus, les Européens vont-ils se montrer plus solidaires des autres et plus ouverts sur leur entourage ou au contraire plus individualistes et plus centrés sur leur intérêt personnel ?

    La réponse à cette question n'est pas simple. On sait qu'en période de guerre, on observe des évolutions contrastées. Les événements amènent certains à se mobiliser pour défendre le pays et soigner les blessés, pour s'entraider dans la vie quotidienne, alors que d'autres peuvent surtout penser à profiter de la situation et à spéculer sur les pénuries de produits pour faire des affaires.

  • Les médias restent plus que jamais un refuge pour obtenir des informations fiables dans cette période troublée.

    Depuis le début de la pandémie, la consommation d'informations en ligne, télévisée et radiophonique augmente. Et même si la défiance envers les médias s'exprime toujours dans les sondages, ils restent plus que jamais un refuge pour obtenir des informations fiables dans cette période troublée.

    Le public cherche à comprendre, à lire des analyses pour appréhender la pandémie et à préparer le monde d'après.

  • La crise du COVID-19 met en lumière l'urgence de questionner les modes de préparation de la relève, en portant une attention spécifique à l'intégration des jeunes dans les entreprises.

    D'un côté, comme l'affirme J. Rifkin dans son ouvrage Le New Deal vert mondial, il est attendu d'eux qu'ils transforment le monde dans les vingt ans à venir, les plus anciens en étant incapables. De l'autre, on peut lire dans une dépêche AEF du 15 avril 2020, qu'ils sont une « génération sacrifiée » sur le marché du travail, l'emploi s'écroulant pour une durée inconnue. Face à ce dilemme, n'y aurait-il pas une voie d'intégration professionnelle propice à l'épanouissement d'une relève de transformation ?

  • La distanciation sociale fait de l'accessibilité un enjeu de premier plan dans un contexte de confinement généralisé. Cet enjeu est celui de l'accès aux droits et aux formes de protection qui l'accompagnent.

    L'inaccessibilité des soins restreint le droit aux soins, au risque d'aggraver l'état de santé des personnes. De la même manière, l'inaccessibilité des sites numériques (ou de l'information) rend plus délicat l'accès aux prestations sociales ou aux aides et limite l'accès aux droits sociaux, dans un contexte où le nombre de personnes qui en auraient besoin augmente. L'absence de suivi à domicile ou l'inaccessibilité des modalités d'accompagnement proposées aux personnes vulnérables restreint leurs droits individuels et renforce leur exposition à la vulnérabilité.

  • Au temps du coronavirus, l'individu est dépourvu de sa souveraineté sur son corps : sa santé personnelle n'est plus un simple attribut privé, mais devient un bien commun.

    Alors que de nombreux États cherchent à endiguer la pandémie du Covid-19 en interdisant réunions publiques et activités collectives, les conséquences de telles interdictions sur le domaine du religieux suscitent des interrogations fondamentales relevant du droit, du sens social et de l'autonomie morale des individus. En effet, si l'épidémiologie ne distingue pas entre la promiscuité des corps dans une salle de classe, une réunion de travail, ou une assemblée religieuse, ces lieux ne sont pas moins investis, chacun, de systèmes de sens et de valeurs symboliques distincts

  • Malgré la désorientation stratégique qui touche leurs dirigeants, de nombreuses entreprises ont néanmoins déjà commencé à se transformer en renonçant à certaines activités et en en réinventant d'autres.

    La catastrophe sanitaire sans précédent que nous vivons en France, en Europe et dans le monde depuis plusieurs semaines ne cesse de faire de nouvelles victimes et pousse les systèmes publics de santé dans leurs retranchements.À cette première crise vient s'ajouter une seconde, économique celle-là. Chaque jour, chaque heure, apporte son lot de nouvelles au sujet des difficultés auxquelles font face les entreprises. Et pourtant, force est de constater que la plupart des travaux, propositions, et contributions intellectuelles sur le sujet depuis plusieurs semaines s'adressent soit aux dirigeants publics nationaux et internationaux (l'échelle macro), soit aux individus (l'échelle micro).

  • Même des mesures adéquates d'un point de vue sanitaire ne seront pas forcément efficaces sur le terrain in fine. Elles doivent également être acceptées et suivies par la population.

    Alors que nous écrivons ces lignes, le monde fait face à la pandémie de Covid-19. Si la situation relève avant tout d'une crise sanitaire, elle est également une crise politique. En effet, les décisions concernant les mesures à suivre sont généralement prises par les gouvernements. Elles doivent également être acceptées et suivies par la population. Interviennent donc des facteurs psychologiques relatifs au rapport entre l'autorité et la population qu'elle vise à convaincre. Nous allons nous concentrer sur un facteur : la confiance politique, définie comme la « foi que les individus placent dans leur gouvernement ».

  • Ce qui s'est joué pour la messe dominicale pouvait-il s'appliquer également à la période du Carême ? Cette période singulière présentait l'opportunité d'observer à chaud, en ethnographe, la capacité de la communauté catholique de développer de nouveaux usages en l'absence de lieux de culte accessibles.

    Avec le confinement, toutes les célébrations religieuses, à l'exception des funérailles, ont été suspendues. Une grande majorité de pratiquants se sont alors tournés vers la messe télévisée de France 21. D'autres ont opté pour des célébrations maison, recréant ainsi des microchapelles domestiques.

    Comment dans le temps de Carême particulier qu'ils ont traversé, les catholiques ont-ils repensé leur pratique ?

  • On connaissait la catégorie du chercheur confirmé, nous voilà invités à faire avec celle de chercheur confiné.

    Bien curieuse situation que la nôtre en effet, privés que nous sommes de l'accès au terrain, et condamnés à un face-à-face avec des écrans qui, malgré leur capacité à se démultiplier à l'infini, s'apparentent chaque jour un peu plus aux murs ou aux barreaux d'une cellule pénitentiaire.
    Et voilà le confinement qui tourne à l'épreuve de vérité. Nous rêvions à voix haute d'une semaine de tranquillité pour enfin écrire ce papier fondamental que nous portons en nous depuis si longtemps ? Le virus nous offre un mois, deux peut-être... Les laboratoires tournent au ralenti. Les universités de même. Les agendas s'allègent au point de provoquer le vertige. Tous les jours vont-ils se ressembler, comme les grandes vacances des enfants ? Écrire, donc. Mais écrire quoi ? Pas si simple... Pour ceux qui ont la chance de travailler en autonomie, la question qui se pose immédiatement est la suivante : faut-il écrire comme si de rien n'était ? Comme si la société, une fois la parenthèse sanitaire refermée, allait se remettre à fonctionner comme avant ?

  • La pandémie pourrait aussi, qui sait, redonner une chance à une approche plus libérale des relations internationales misant, cette fois, sur la coopération.

    Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et, plus encore, de la guerre froide, les États se sont lancés dans une institutionnalisation croissante de la scène internationale. Cela a donné lieu à une multiplication des institutions collectives et des forums de discussion et de coopération internationaux pour échanger sur toutes sortes de problématiques transnationales.
    Or la pandémie actuelle due au virus Covid-19 est venue bouleverser à plus d'un titre cet édifice multilatéral, alors même que le multilatéralisme connaît une crise bien antérieure à la pandémie. Le Covid-19 aura-t-il raison de l'ordre mondial issu du XXe siècle et de ses guerres traumatiques ?

  • La pandémie est révélatrice des fragilités, des retards, des absences, des manques ou des excès souvent décriés dans les manières de gouverner en Afrique centrale.

    La pandémie offre une possibilité, en temps exceptionnel, de prendre le pouls d'une région surpolitisée. Pour y arriver, il faut sans doute distordre les grilles habituelles appliquées à cette région pour s'ouvrir aux possibilités que peut receler une analyse souple, saisissant l'information par petites saignées. Ainsi, se dévoile à nous une région que la pandémie semble mettre face à ses vérités autant qu'à ses démons et où, pourtant, un entre-deux autre se dessine.

  • La notion de résilience pour qualifier la capacité d'une ville à affronter un choc, y compris économique, n'est pas nouvelle, mais elle revêt, en pleine crise du coronavirus, une dimension toute particulière.

    Les villes, en tant que systèmes urbains, ont toujours été au coeur des bouleversements que les sociétés ont connus. Pour autant, les fondements du paradigme économique qui gouverne les villes sont restés les mêmes. L'essor des capacités productives exportatrices et l'accroissement des valeurs ajoutées guident encore l'action locale en matière d'économie.
    Corollaire d'un monde globalisé qui atteint ses limites, la crise sanitaire ébranle ces fondamentaux et en demande une révision profonde. Ainsi, au coeur de la crise, les ambitions de relocalisation industrielle, de souveraineté économique, d'autonomie alimentaire semblent avoir remplacé (au moins temporairement) celles liées à la croissance et à la compétitivité.

  • La contagion implique des comportements humains propres aux périodes liminales (de limen, seuil), tels que la peur, le repli, ou au contraire le courage et le dévouement, qui traversent les siècles.

    Qui aurait pu croire que notre monde arrêterait sa course effrénée aussi brutalement et de manière aussi universelle que ce que ce « Grand Confinement » nous impose aujourd'hui ? Nous renouons curieusement avec les expériences littéraires de Camus et de Giono...

  • Le confinement a au moins une vertu, celle de nous amener à nouveau à nous interroger sur les crises économiques.

    Les économistes sont à nouveau au pied du mur. Déjà en 2008, la crise financière globale les avait amenés à s'interroger sur la répétition des crises économiques dans l'histoire : « Pourquoi les crises reviennent-elles à intervalles réguliers, ruinant tous les succès des années de prospérité, un peu comme la grippe saisonnière ou plutôt comme la peste ou le choléra ? » s'interrogeait Paul Krugman, professeur d'économie au MIT et lauréat d'un prix Nobel.
    Si cette question résonne intimement avec l'actualité, elle paraît quelque peu dépassée. D'abord parce qu'avec la crise liée au Covid-19, c'est la double peine : on a à la fois crise économique et pandémie majeure, la peste et le choléra ! Ensuite parce que les leçons de la crise économique de 2008 n'ont malheureusement pas été tirées.

  • Inédite, évidemment, anxiogène, sans aucun doute, partagée, assurément (par son aspect planétaire et la permanence de son suivi), la pandémie qui nous confine affecte nos comportements, au point parfois de nous faire perdre ce que la littérature scientifique nomme le « sentiment de contrôle » - cette capacité à contrôler l'exécution de nos actions liée au sentiment que nous avons de posséder un minimum d'emprise sur nos environnements physiques et sociaux - et celui de disposer d'une certaine liberté de se comporter face à des exigences attachées à des situations imprévues.

  • Enfermés, nous avons tous tendance à tourner en rond. Mais à peine cette phrase posée, un rappel étymologique me saute au visage : le mot même de recherche dérive de l'italien ricercare, qui veut précisément dire « tourner en rond ».

    La première évidence est que, enfermés, nous avons tous tendance à tourner en rond. Mais à peine cette phrase posée, un rappel étymologique me saute au visage : le mot même de recherche dérive de l'italien ricercare, qui veut précisément dire « tourner en rond ». Le langage de la composition musicale s'en souvient, où le ricercare, ou ricercar, désigne une pièce du genre fugue, fondée sur le retour du thème, ou du refrain. Par exemple L'Offrande musicale de Jean-Sébastien Bach, qui fit même de ce mot un acrostiche en rédigeant sa dédicace.

  • J' entre par effraction dans ce recueil de témoignages de chercheurs durant le confinement puisque je suis plongé quotidiennement dans une autre forme de recherche moins bordée socialement, celle de l'artiste, qui nécessite de cultiver l'incertitude et la solitude. Par temps calme, il est assez difficile de transmettre combien ces expériences sont des ressources précieuses mais comme nous sommes entrés en zone de turbulence, il devient peut-être plus commode aujourd'hui d'en partager l'inépuisable.

  • Le cruel Covid sape nos valeurs et nos principes. Il déclenche la collision violente de nos valeurs humanistes avec les principes économiques et la réalité de la société industrialisée.

    Pour analyser et comprendre les cultures du monde et les relations qu'elles suscitent entre les personnes et leurs manières de travailler, il faut pouvoir aller au-delà de ce qu'on voit, déchirer les voiles qui déforment la perception ou racler une couche opaque et occultante. Dans cette perspective, le perfide Covid est un puissant révélateur, une sorte de test acide sur les événements, l'environnement et nous-mêmes. Par test acide, entendons une abrasion brutale et douloureuse qui décape le vernis de la convenance, dissout les nuances complaisantes et éclaire crûment tout ce que l'on ne peut pas ou ce que l'on ne veut pas voir. Nous n'écoutions que distraitement les cassandres du réchauffement climatique, de l'épuisement de la planète, dénonçant le tsunami des déchets plastiques et poisons. Est-ce une coïncidence si le Covid vient d'une des zones les plus polluées au monde ? Effet boomerang du massacre de la nature et de la surpopulation ?

  • Entrouvrir une porte sur le management orienté solution pour celles et ceux qui s'occupent des autres et tentent de tout mettre en oeuvre pour que le bateau ne coule pas et continue d'avancer en dépit de la tempête.

    Le langage construit et oriente notre rapport à la réalité. Que l'on en ait conscience ou non, nos interactions managériales ont des incidences sur nos représentations. Ces incidences peuvent être contre-productives, en maintenant les personnes dans l'espace des difficultés. Elles peuvent aussi être porteuses, en permettant aux personnes d'être en contact avec leur pouvoir d'agir et en suscitant confiance et espoir. Un guide basé sur l'approche centrée solution a été conçu au coeur de la crise sanitaire du Covid-19 pour aider les managers à maintenir au sein de leurs équipes les conditions psychologiques favorables pour vivre et envisager l'avenir de façon constructive. Le présent article a pour objet d'entrouvrir une porte sur le management orienté solution pour celles et ceux qui s'occupent des autres et tentent de tout mettre en oeuvre pour que le bateau ne coule pas et continue d'avancer en dépit de la tempête.

  • S'il s'agit, dans l'immédiat, de survivre à la tempête, il s'agira, à plus long terme, de repenser l'économie et, plus concrètement, sa véritable place dans la société.

    Face à la pandémie actuelle, l'urgence est avant tout sanitaire. De nombreuses organisations apportent de précieuses et originales contributions sur ce terrain (réorientation de la production vers les équipements faisant défaut, comme les masques, fourniture de matière première, etc.). Dans le même temps, les difficultés économiques se multiplient pour les organisations, petites ou grandes.
    (...) En temps de crise en effet, et celle que nous vivons l'illustre sans doute plus encore, la résilience des écosystèmes économiques repose sur la capacité des entreprises en meilleure santé à accompagner leurs partenaires en difficulté. Ces derniers peuvent être des clients, des fournisseurs, voire des concurrents, vis-à-vis desquels les relations ne sauraient se limiter à la seule compétition (comme en attestent par exemple les formes de compétition qui se multiplient). Facilités de paiement, livraisons priorisées et partage de capacités de production sont autant de pratiques relevant de la paix économique aux effets bénéfiques pour tous, dont l'urgence de la situation plaide pour un développement rapide et qui auront vocation à perdurer bien après la crise actuelle.

  • Comment inventer si on ne doute pas de soi-même, si on n'écoute pas ce qui se pense et se dit hors de nos chapelles ?

    La crise actuelle nous apprend ce que nous savions déjà : nous avons encore tant de choses à apprendre, dans tous les domaines des sciences dures et des sciences sociales. Alors, restons humbles et modestes. Peut-être trouverons-nous des solutions aux problèmes gigantesques qui nous assaillent en avançant par tâtonnements. Cela s'appelle le pragmatisme, loin des certitudes et des dogmes.

empty