Presses Universitaires de France

  • Lorsqu'il commenta l'Épître aux Romains (1515-1516), Luther avait, semble-t-il, déjà découvert le thème central de sa théologie. Identifiant péché et tentation, il fut désormais convaincu que l'homme reste toute sa vie indigne du salut. Le péché originel a été trop profond et trop grave. Mais Dieu se refuse à regarder les fautes d'un pécheur qui continue d'espérer dans son sauveur. C'est la doctrine de la «?justifi­cation par la foi?». Le présent ouvrage la replace dans son contexte historique et en suit la diffusion dans la partie de la chrétienté devenue protestante. Pour la première fois dans l'histoire une «?hérésie?» chrétienne tenait en échec l'autorité romaine.

  • Cet ouvrage remplace en partie le titre paru dans la même collection "Le judaïsme et le christianisme antique" de Marcel Simon et André Benoît. En effet de multiples publications de sources inédites, de nouvelles questions et interprétations sont apparues nécessitant un volume consacré au seul christianisme. Ce volume est une somme présentant tous les acquis les plus récents sur le développement du christianisme, favorisé par l'édit de tolérance de Galère puis par la politique de Constantin. Les institutions comme les doctrines vont se fixer et s'uniformiser grâce à la réflexion de nombreux théologiens.

  • Ce premier volume est consacré à la période fondatrice, de l'inauguration de la capitale de Constantin sur le site de l'antique Byzance en 330 aux débuts de la conquête arabe au milieu du VIIe siècle qui détermine les limites territoriales réduites de l'empire mésobyzantin.
    Depuis 30 ans les perspectives et données ont été bouleversées par les nombreuses découvertes archéologiques et épigraphiques. Ce volume leur accorde la place nécessaire en particulier pour ce qui concerne l'économie et la vie des provinces.

  • Ce livre reconstruit les deux vies et les deux visages du plus important État de type nouveau du XXe siècle. Il repose sur les documents d'archives rendus disponibles par l'effondrement de l'URSS, sur les mémoires post-soviétiques, sur les recensements, les oeuvres littéraires, les témoignages de la dissidence, ainsi que sur les recherches novatrices qui sont parues après 1991. Ces sources, dont une présentation raisonnée - à la fois thématique et chronologique - sert d'introduction au volume, ont permis à l'auteur de présenter une image nouvelle, et plus crédible, d'une histoire qui a fasciné et effrayé le XXe siècle.

  • Les Romains eux-mêmes écrivaient l'histoire consulat par consulat, mais cette approche ne conviendrait pas à une conquête qui fut polymorphe en raison des différences géographiques ainsi que des stratégies, de l'organisation politique et de l'état socio-économique des vaincus. Conquête mise à part, qu'y eut-il de commun entre les âpres guerres puniques, la longue soumission des Ibères, la rapide destruction des Grecs et la guerre des Gaules ? Certains furent menaçants, d'autres résistèrent longtemps dans leur pays sans jamais menacer l'imperium, d'autres encore étaient profondément divisés entre eux au point parfois de préférer l'envahisseur à leur voisin. Rome les a certes tous vaincus, mais jamais de la même manière, ne serait-ce qu'en raison de leurs différentes façons de combattre. Ce second tome adopte par conséquent une démarche thématique, vaincu par vaincu plutôt que consul par consul. L'approche polycentriste ne réduit pas les peuples à leur rôle d'adversaire temporaire de Rome, mais en dégage les caractérisques essentielles, les forces et les faiblesses, le génie propre à chacun d'eux. L'analyse de Carthage est à cet égard la plus éclairante, parce qu'elle ne se réduit pas à la reprise des commentaires, nécessairement biaisés par l'ignorance et l'hostilité, des nombreux écrivains grecs et latins. Elle remet en question de nombreux préjugés et s'appuie notamment sur les découvertes récentes des sémitisants pour expliquer les institutions carthaginoises et réfuter nombre de lieux communs tels que l'origine essentiellement commerciale de la richesse punique ou le manque de pugnacité des Puniques accoutumés à recourir au mercenariat par peur d'exposer leur propre sang. L'analyse de Carthage, la puissance la plus dangereuse pour Rome et par beaucoup d'aspects le plus original de ses adversaires, est érigée en méthode pour le reste de l'ouvrage, tant il s'agit sans doute du chapitre le plus précieux de tous. Les modalités d'exploitation varient en outre en fonction des pays conquis, et si la politique de la praeda reste la norme s'esquissent dès cette époque des tentatives d'organisation durable des espaces et des peuple conquis sur un autre mode que la fides, dont les Etoliens demandaient au Sénat en quoi elle était différente de l'esclavage. L'histoire de la conquête est aussi celle de l'apprentissage de l'exercice de la domination, qui ne saurait se réduire aux formes traditionnelles de relation avec l'hostis issues de la plus haute Antiquité.
    (P. Prigent)


  • Rome est une cité qui a conquis un empire, en établissant d'abord son hégémonie sur l'Italie, dont les peuples lui ont fourni hommes et ressources. Cet ouvrage étudie les structures de l'Italie romaine (la terre et les hommes, les productions, les échanges, les finances, l'armée, les institutions), puis les évolutions et dérèglements qui entraînèrent la fin de la « libre République » et conduisirent au pouvoir d'un seul homme.

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    Le premier tome envisage les ressources et les hommes de la conquête, ainsi que les structures qui unissent Rome et ses alliés, d'une part, les Romains entre eux, d'autre part. Si le commentaire des auteurs anciens forme le coeur des chapitres consacrés aux institutions, à la vie politique et aux structures sociales, ce premier tome débute par une reconstitution de l'état démographique et économique de la péninsule, qui joua un rôle essentiel dans la conquête. Si la constantia et la virtus romaines expliquent en partie les succès militaires et la résistance à l'adversité, ce livre rappelle à propos que les Pères pouvaient compter sur une immense réserve d'hommes et de ressources, ce qui vient éclairer les nombreux moments où la cité surmonta des épreuves qui en auraient condamné une autre, des désastres subis face à Hannibal jusqu'aux guerres civiles menées sans jamais ouvrir une brèche aux envahisseurs étrangers. Si le second tome insiste sur le rôle des dirigeants romains et la présentation de leurs adversaires, ce premier tome s'attache à la constitution de la cité romaine, au sens le plus large et pas seulement juridique. Alors que la plupart des cités et des Etats que combattit Rome s'abîmaient dans la stasis - à l'exception significative de Carthage -, la cité romaine, si elle compta quelques personnages d'exception, est dans ce tome envisagée davantage comme un ensemble. Le rôle des individus dans la conquête n'est certes pas négligeable, mais il convient d'abord, ne serait-ce que pour évaluer exactement le rôle des individus, d'examiner les fondements de la puissance romaine, ses ressources, ses institutions et la façon dont elle sut poursuivre, au prix de solutions de plus en plus violentes à mesure que l'accroissement de l'Empire et du rôle du peuple attisait la compétition aristocratique, la conquête du monde méditerranéen. Voltaire écrivait dans les Lettres anglaises que les nobles Romains tournaient l'agressivité de la plèbe vers l'étranger de peur que, laissée oisive, elle ne s'en prît à ses maîtres pour revendiquer sa liberté. Ce premier tome est l'histoire de ce conflit interne.
    (P. Prigent)






  • De l'Atlantique à l'Euphrate et de la mer du Nord au Nil, la civilisation romaine a diffusé ses modèles : villes, monuments, inscriptions, sculptures, fresques, mosaïques, monnaies, citoyenneté, institutions civiques, droit, culture lettrée, spectacles. Durant des siècles, elle concerna des dizaines de peuples et des millions de personnes. Après sa disparition, le rêve impérial, le droit romain, la culture antique et le christianisme comme religion d'Etat furent pour un millénaire les références de l'Europe byzantine ou occidentale.
    Cet ouvrage montre comment la civilisation romaine, fondée sur les relations entre le pouvoir romain et les cités locales, s'est formée, s'est étendue, puis, selon les cas, comment elle a disparu ou s'est transformée.
    * La postérité de la civilisation romaine relève presque du paradoxe, tant les premiers Romains étaient frustes et restèrent longtemps moins civilisés que leurs voisins Grecs et même que bon nombre de leurs devanciers orientaux. Les débats déjà anciens entre romanistes et hellénistes conduisaient souvent les seconds à réduire les éléments proprement romains de la civilisation romaine aux domaines où ils ne s'étaient pas inspirés des Grecs, principalement le droit et certaines innovations architecturales. Tant de traits distinctifs de la civilisation romaine sont inspirés, pour ne pas dire purement et simplement imités des Grecs, à commencer par la vie en cité, la littérature, les savoirs et une large partie de la mythologie, la religion étant surtout d'origine étrusque. Cicéron reconnaissait lui-même dans les Tusculanes que les Grecs avaient surpassé les Romains dans tous les domaines autres que les moeurs, la politique et la guerre. Même les modèles politiques de l'Empire sont d'origine grecque, et l'Empire d'Orient, s'il se disait romain, était essentiellement grec. Si la civilisation romaine fut bien un processus d'acculturation de l'Occident, qui rejoignit le bassin méditerranéen dans la civilisation, le résultat de la transformation se ressent fortement des influences grecques dont la civilisation romaine était si imprégnée. Voilà presque le tableau qu'un helléniste facétieux dresserait de la civilisation romaine, et voici dans ce livre la réponse de trois éminents romanistes à la question de la civilisation romaine. Sans nier les emprunts et les influences étrangères, ils font le point des dernières recherches pour mettre en évidence les caractères propres à la civilisation romaine. De l'imitation au sens classique, c'est-à-dire la conjugaison de son propre génie avec celui de ses modèles, aux réalisations plus proprement romaines, voici le récit d'une civilisation en marche, de sa naissance, de ses évolutions et, dans certains cas, de sa disparition, toujours féconde.
    (P. Prigent)

  • Dès le VIIe siècle, le monde arabo-musulman a été l'un des plus importants dans l'histoire, les Arabes ont étendu leur domination sur une large part de la zone méditerranéenne et sur le Proche et le Moyen-Orient. Cette suprématie a été marquée par un système politique original, par l'expansion de la religion musulmane et celle de la langue arabe, par une activité économique considérable et par de multiples réalisations culturelles et artistiques. Le souvenir de cet âge d'or est encore très présent dans l'esprit des populations musulmanes et explique en partie quelques unes des réactions actuelles.

  • Du Haut Empire, on donne volontiers une image caricaturale. Défini sans précaution comme une monarchie brutale et brouillonne, le régime du principat est considéré tantôt comme un système prédateur, tantôt comme une période idyllique de paix et de félicité, interrompue par quelques rares guerres civiles et progressivement détruite par les barbares. C'est contre ces excès que veut réagir ce livre. Le principat était indéniablement un régime autoritaire et répressif, fondé sur le pouvoir militaire et sur l'exploitation des pauvres, libres ou non libres. Mais il n'était ni une monarchie absolue, ni une simple machine impérialiste. Très souple et en mutation permanente, le régime du principat a réussi à maintenir une relative paix intérieure et à gouverner, voire à intégrer dans l'empire, sur le plan politique, social et économique, les régions, les cités et les élites de tout le monde méditerranéen.

  • La fin de l'Antiquité est une période majeure dans l'histoire du christianisme, celle où le christianisme devient majoritaire dans l'Empire romain et où il commence à se répandre hors des frontières de l'Empire. C'est également celle où les institutions se fixent, dont certaines existent encore de nos jours, c'est également une époque de grandes crises doctrinaires entraînant les premières divisions. Cet ouvrage aborde tous ces aspects, du IVe siècle au milieu du VIIe siècle, il vise à apporter une information exacte et dépassionnée sur cette période capitale de l'histoire du christianisme.

  • Ce second volume sur le monde byzantin est consacré à l'Empire byzantin de la mort de Heraclius en 641 jusqu'à 1204, chute de Constantinople, suivie d'un effondrement politique de l'Empire. La structure de ce volume est proche de celle du volume 1, l'Empire romain d'Orient de 330 à 641: présentation des grandes lignes de l'histoire événementielle, analyse des principales structures (empereur, église, armée, aristocratie byzantine et monde rural), fondements de la civilisation et études régionales. Les fondements de la civilisation byzantine ont été posés durant l'Antiquité tardive et sont restés les mêmes. Durant ces cinq siècles et demi l'Empire subit de nombreux revers face aux Arabes, mais au prix d'amputations territoriales majeures et d'une militarisation de la société, les empereurs réussirent à rétablir l'équilibre des forces et trouvèrent des ressources financières pour faire face aux guerres, ils recentrèrent l'Empire sur l'Asie mineure tout en sauvant la capitale. La chute de Constantinople marque la fin de la civilisation byzantine.

  • 1204 : prise de Constantinople par les Croisés ; 1453, par les Turcs. Entre ces deux grandes dates, le troisième et dernier volume du Monde byzantin retrace le crépuscule de l'Empire grec, de son poste avancé, Trébizonde, et de ses voisins serbes, bulgares ainsi que des « Latins » installés sur son territoire à la suite de la IVe croisade.
    Cette histoire d'un espace fragmenté est étudiée ici dans toutes ses composantes, y compris turque. On y voit l'ancienne grande puissance du XIIe siècle, désormais simple État grec, perdre ses territoires d'Anatolie, puis de Grèce du Nord et devenir, dès 1373, vassale du sultan ottoman. Réduite à Constantinople et au Péloponnèse, sa survie dépendant du bon vouloir turc ou du soutien intéressé de Gênes et de Venise plus que de rares croisades souvent avortées. L'Union des Églises grecque et latine à Lyon (1274) puis à Florence (1439), conclue par les empereurs dans l'espoir de sauver Byzance, fut refusée par la plupart des orthodoxes et n'eut aucun effet. L'autorité du patriarche l'emporta définitivement sur celle de l'empereur.
    Mais cet appauvrissement de l'État - accentué par la Peste noire et la récession du XIVe siècle avec son cortège de conflits sociaux - contraste avec la prospérité de certains. Car, paradoxalement, Byzance participe au développement économique, artistique et culturel de l'Occident. Elle le précède même : ses techniques (soie, verre) y sont transférées, ses intellectuels redécouvrent et transmettent aux humanistes l'héritage grec et ses artistes influencent la peinture italienne du Trecento. Le traumatisme de la IVe croisade empêcha toutefois une quelconque fusion. L'identité byzantine perdit son universalisme pour se réduire à deux traits : l'hellénisme et l'orthodoxie - qui permirent au grec de survivre.

  • La chrétienté latine occidentale s'est dotée, du XIIIe au XVe siècle, de nouveaux moyens. Une masse critique de transformations s'est alors constituée, après la lente et méthodique descente le long des côtes de l'Afrique (cf. L'expansion européenne, « Nouvelle Clio », PUF), mais tout explose et change de 1515-1520 à 1570... C'est la conquête (en Amérique), le contrôle côtier (dans l'océan Indien) et pour plusieurs siècles l'exploitation des nouveaux mondes, qu'ouvre la prépondérance européenne.
    Ce livre décrit, explique, mais surtout il pèse : coût démographique sous l'effet dévastateur du choc microbien et viral pour la première fois évalué, gain d'un surplus de 1 % du PNB pour l'économie dominante, sans doute l'une des conditions lointaines du « décollage » de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.

  • La réponse de Solon à Crésus - nul ne peut se dire heureux avant le terme de son existence - ne s'applique qu'imparfaitement à l'hellénisme, car s'il fut vaincu sur les champs de bataille, davantage d'ailleurs en raison de ses dissensions internes que par la force de ses ennemis, il triompha dans une large mesure dans le domaine de la civilisation. Le premier tome du Monde hellénistique est consacré à la chronologie du monde hellénistique, à la figure du roi et à la guerre, omniprésente depuis la fin du règne d'Alexandre jusqu'à la destruction et la réduction de la Macédoine au rang de province. L'ère des conquêtes ne pouvait s'achever avant la disparition du fougueux Alexandre, tandis que la date de -146 marque la défaite historique de l'hellénisme face à la puissance romaine, alors que les Parthes surpassent déjà presque les Séleucides. Le berceau, la Grèce elle-même, est désormais aux mains des Barbares, et le territoire hellénique se réduit désormais, ironie de l'histoire, à une fraction de l'ancien Empire achéminides, lui aussi abattu par une puissance occidentale. L'hellénisme se caractérise en effet, du point de vue politique, par la monarchie militaire issue de la tradition macédonienne. Le roi n'est ni un basileus revêtu de la majesté attachée aux iera, ni un tyran dressé contre l'oligarchie dont il est issu : il est un chef de guerre. Ce modèle nouveau, auréolé de la gloire de Philippe, plus encore de celle d'Alexandre, conjugué avec le sentiment profond d'une unité du monde hellénique, qui eut un temps un seul maître et possède alors une relative unité culturelle, explique l'état de guerre permanente des Etats issus de l'ancien empire du grand conquérant. Le monde hellénique est organisé, économie comprise, autour du contrôle royal et de la nécessité de soutenir un conflit permanent, ce qui est d'autant plus difficile que les populations autochtones ne s'accommodent pas aisément d'un joug étranger dont seule la terreur permet le maintien.
    (P. Prigent)

  • Deux siècles d'histoire d'un grand continent, d'une époque précoloniale à l'âge des indépendances. Cette étude est attentive aux dynamismes sociaux et culturels du monde africain, au poids des des dépendances, à l'effet du contexte mondial. Elle montre les réalités et les initiatives des sociétés africaines au XIXe siècle, l'ouverture au commerce, à l'islam et au christianisme, elle analyse la nature profonde de la situation coloniale, elle examine la fin du XXe siècle en observant l'évolution du monde paysan, l'explosion urbaine et la vie politique.

  • L'histoire des techniques entre 1500 et 1800 est présentée dans une première partie par grandes zones géographiques (Europe, Afrique, Moyen-Orient, Asie, Amériques, Océanie, etc.), puis dans une seconde partie de façon thématique, afin d'insister sur les principales orientations de la recherche actuelle. Sont ainsi détaillés les liens entre les techniques et le pouvoir politique, l'agriculture, la religion, le genre, le corps, l'environnement, etc. L'objectif est de fournir un état de l'art tout en précisant les directions empruntées par la recherche en histoire moderne des techniques dans une perspective ouverte à l'échelle du monde, résolument comparatiste et soucieuse de regards croisés.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • L'explosion des données archéologiques nous permet d'établir aujourd'hui une véritable histoire des popu-lations de l'âge du Fer européen, dont la culture possède déjà ses principales caractéristiques plusieurs siècles avant que les auteurs grecs ne la désignent comme celtique. Les textes classiques comme les rares inscriptions gauloises sont ici confrontés aux témoignages matériels pour reconstituer aussi bien l'évolution de leur mode de vie et de leur culture que leurs échanges avec les peuples de la Méditerranée. Au début de l'âge du Fer le développement d'une société hiérarchisée se manifeste par de riches sépultures et des agglomérations dans lesquelles coexistent groupes aristocratiques et milieux artisanaux prospères. Les générations suivantes créent à partir du IVe siècle une culture originale qu'ils diffusent dans une partie de l'Italie et des Balkans : l'habitat est dispersé dans des campagnes intensivement exploitées, un art abstrait habille le bois et le métal, le pouvoir, plus largement réparti qu'auparavant, reste toutefois dominé par une aristocrate guerrière. Mais, dès le IIIe siècle, le développement de l'artisanat et du commerce concentrés dans de vastes villes de hauteur prépare l'intégration des Celtes dans l'Empire romain. La synthèse présentée ici met en évidence à la fois l'homogénéité spatiale de la culture celtique et son évolution chronologique marquée par des succès ou par des revers politiques, et surtout par des choix culturels et économiques originaux.

  • L'étude de l'Empire est souvent présentée dans le seule perpective romaine par les Anciens, qui jugeaient plus intéressante l'histoire de l'Empire que celle des provinces, sauf quand elle intéressait l'Empire dans son ensemble. Cette approche tend parfois à exagérer l'unité et l'uniformité de l'Empire, puisque la méthode chronologique prime sur l'approche thématique. La romanisation elle-même fait penser que l'Empire tendait à devenir un tout uniforme où disparaîtraient les particularismes régionaux. Mais, même pour un Romain du Haut-Empire, la diversité régionale n'était-elle pas saisissante ? Le procurateur envoyé aux quatre points de l'Empire pouvait-il confondre l'Egypte fertile et sa civilisation millénaire avec la Brittannie septentrionnale et la Pannonie ? L'Empire gomma d'autant moins les spécificités locales que la romanisation toucha d'abord les élites plutôt que les peuples, que les langues vernaculaires ne disparurent que lentement et qu'il ne conçut jamais un projet d'unification culturelle. Si l'Occident européen connut une romanisation relativement rapide, l'Orient hellénophone méprisait trop les Romaioi pour accepter la latinisation. Il suffit de rappeler l'emploi du droit grec du commerce en Orient, la persistance des cultes égyptiens et l'inégal degré d'urbanisation pour concevoir la nécessité d'une approche régionale de l'Empire. Administration romaine à part, les peuples de l'Empire ne partageaient ni langue (l'Orient restant hellénophone), ni religion (outre la religion impériale), ni droit, ni moeurs ou mode de vie communs. L'histoire des provinces est une histoire éclatée, mais seule la conscience des particularismes et des oppositions permet de comprendre la grandeur et la vivacité de l'Empire, qui réussit à créer une communauté de destin, une patria communis entre anciens vainqueurs et vaincus sans bénéficier d'une communauté culturelle. La grandeur de l'Empire tient d'abord au succès de cette unification sans complète assimilation qui porta ses fruits à partir des crises du IIIe siècle lorsque des hommes issus de peuples non italiques embrassèrent la cause romaine tant les différentes provinces étaient devenues solidaires les unes des autres sans pour autant se fondre en une culture commune.

  • Si la domination grecque ne fut pas aisée à maintenir, tant en raison des vélléités d'indépendance des autochtones que des guerres répétées entre Grecs ainsi que contre les envahisseurs étrangers, le monde hellénistique reste pourtant un prodige d'acculturation et de transformation d'un immense espace par une minorité dynamique de quelques conquérants. Ce second tome est consacré à la culture, à l'économie et à la société hellénistiques, qui restent dans une large mesure proprement grecques. L'histoire du monde hellénistique n'est en effet pas seulement celle des rois et des armées, elle est aussi celle des Grecs qui y vécurent presque toujours en conquérants. Ce manuel fait la part des transformations réelles d'origine grecque et des nombreux aspects des modes de vie autochtones que la conquête et deux siècles d'occupation laissèrent souvent inchangés. Les Grecs des territoires conquis, à l'abri de leurs nouvelles cités, ne se distinguent guère de leurs cousins de Grèce et de Grande Grèce que par la domination qu'ils exercent sur les peuples infiniment plus nombreux qu'eux qu'ils dominent. Les mariages de Suse ont fait long feu, et le clivage reste vivace tout au long des deux siècles d'occupation entre les vainqueurs et les vaincus d'hier. Peu ou pas de mélange, en dépit de l'admiration de certains Orientaux, tels les prêtres égyptiens, au cours des siècles précédents. Malgré certains apports autochtones, notamment dans le domaine religieux, où les Grecs admettent depuis Cadmos la prééminence égyptienne, la tension reste permanente entre les autochtones et les Grecs dans cet espace que l'on a coutume d'appeler hellénistique. La diversité des statuts, y compris des droits, perdurent même au sein de l'empire le plus ancien et centralisé des Lagides. C'est pourtant dans ces quasi-forteresses que sont leurs cités que les Grecs d'Asie mettront en place un modèle urbain et économique original, et participeront au même essor intellectuel que leurs cousins restés en Grèce historique. Philosophie, au sens ancien du terme, et art hellénistique se développèrent en effet avec le plus vif éclat tout au long de l'époque hellénistique, malgré l'instabilité politique et l'état de lutte constante entre Grecs et, pour les Grecs d'Asie, contre les Asiatiques.
    (P. Prigent)

  • Pluriel et ancré dans son histoire, le judaïsme n'en obéit pas moins à une loi, la torah, dont le développement est soumis aux époques et aux territoires qu'elle traverse. Les huit siècles couverts ici sont ceux du glissement du judaïsme des prêtres à celui des chrétiens et des rabbins, du judaïsme de Palestine à celui de la Diaspora. À la suite notamment de l'échec des révoltes contre Rome, il a fallu à ce peuple forgé dans la déportation, qui ne reconnaît d'autre dieu que le sien, affirmer mais aussi - bien plus qu'on ne le croit - adapter son identité.
    Dans cette somme sur le judaïsme ancien, nouant les histoires politique et religieuse, il apparaît évident que l'évolution de la religion judéenne - juive -, mais aussi de la culture et de la société qui en découlent, n'est pas le produit d'une autarcie. Le judaïsme s'est moulé dans son époque, a évolué avec elle et les civilisations qui l'ont faite. Cette histoire antique y est décryptée dans une étude qui fera date pour tous ceux qui cherchent à comprendre réellement les racines d'un judaïsme bien moins figé que l'historiographie ne l'a laissé transparaître jusqu'ici.

  • Le XVIe siècle européen voit émerger, de façon encore incomplète, un système politique qui perdure pendant les trois siècles d'Ancien Régime, voire au-delà. Les guerres d'Italie se transforment en un combat pour l'hégémonie sur le continent. La naissance d'une nouvelle construction politique, l'empire de Charles Quint, qui se prolonge dans la monarchie catholique de Philippe II, polarise ensuite la politique européenne. Cet ensemble, le premier de l'ère moderne à éprouver l'ivresse et la difficulté d'être une puissance mondiale, peut contenir le royaume de France et, avec plus de peine, l'expansion ottomane. La crise religieuse née de la Réforme protestante n'est pas sans conséquences politiques, nourrissant guerres civiles et complots, alimentant les tensions entre États protestants et catholiques, mais aussi les espoirs d'une nouvelle unité de la Chrétienté, ou encore le souci de libérer les États des contraintes confessionnelles. Le présent ouvrage s'attache aussi aux nouvelles structures de la vie internationale : la diplomatie permanente devient le mode de relations normales entre les États, contribuant à une homogénéisation des pratiques politiques ; la gestion d'une information toujours plus dense et le développement inédit d'une administration propre du politique modifient l'exercice du pouvoir ; les exigences nouvelles de la guerre sont le moteur d'un développement de la puissance étatique qui n'est cependant jamais uniforme ou linéaire.
    Sans juxtaposer des histoires nationales, ce livre propose une vision synthétique des évolutions politiques de l'Europe de la Renaissance et des guerres de Religion.Tout en restant attentif aux particularités des divers États qui la composent, il dessine des traits communs dans la conception patrimoniale du pouvoir, le développement d'une société de cour, la construction toujours précaire d'identités collectives. S'appuyant sur les recherches les plus récentes des diverses historiographies européennes, il en restitue les interrogations sur cette première modernité qui ne nous est plus immédiatement familière, mais qui, dans son éloignement même, nous fait partager son inquiétude sur la fragilité du politique.

  • La Renaissance catholique qui suivit le concile de Trente est justiciable de deux lectures historiques concomitantes. Elle fut durcissement des structures, enrégimentement des masses par un clergé mieux tenu en main, puissante entreprise de catéchèse, et cela grâce à l'appui de l'État. Mais elle fut aussi sainteté et piété. Ces deux aspects, qui peuvent paraître contradictoires l'un avec l'autre, cohabitèrent en réalité dans le vécu quotidien. Et si une christianisation quantitativement importante résulta de l'action méthodique de l'Église romaine, c'est parce que cette action fut qualitativement doublée, appuyée, vivifiée de l'intérieur par des trésors de dévouement, d'héroïsme, de charité, de spiritualité, d'imagination créatrice.
    Se pose toutefois la question des limites de la christianisation ainsi réalisée entre l'arrivée de Luther sur la scène historique et l'époque de la mort de Voltaire. À peine remis de la secousse protestante, le catholicisme dut affronter le choc des « Lumières ».

  • Cet ouvrage entend considérer l'Europe comme un tout et ne pas rester prisonnier des histoires nationales. La réflexion est menée à partir de trois points de vue : celui du système européen et de son évolution progressive, depuis le « concert européen » du XIXe siècle jusqu'à l'intégration européenne actuelle ; celui d'un point de vue européen global concernant les grandes évolutions politiques, économiques, sociales et culturelles de l'Europe ; celui de l'expérience historique unique d'une démocratisation progressive de tout un continent à travers drames et crises. L'auteur insiste sur les notions de structures dans les relations internationales : structures des équilibres géopolitiques, des relations diplomatiques, structures juridiques et structures de civilisation.

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