Presses Universitaires de France

  • Les deux dernières décades de la vie de Freud ont été marquées par les épreuves personnelles, en particulier par le cancer de la mâchoire qui finit par l'emporter. Il remet inlassablement les découvertes de la psychanalyse sur le métier, introduit la notion de pulsion de mort, révise ses conceptions sur la sexualité féminine et sur le processus analytique. C'est l'époque où il s'avance le plus sur le chemin qui mène de l'analyse de l'individu à la compréhension de la société et de la religion.
    Ce volume montre Freud au travail et le laisse s'exprimer lui-même sur ce qu'il pense de ses hypothèses, de ses découvertes et de leur devenir. Il se montre le critique le plus lucide et souvent le plus virulent de son oeuvre.
    C'est parce que Freud a su ouvrir d'innombrables voies nouvelles que ses successeurs ont pu suivre leur propre chemin dans l'exploration du psychisme de l'homme. C'est aussi parce que Freud n'a jamais voulu constituer de dogme que l'évolution de ses idées a pu être si féconde et si diversifiée mais parfois aussi dénaturée.

  • L'oeuvre de W. R. Bion a marqué profondément l'évolution de la pensée psychanalytique contemporaine. Homme de grande culture, chercheur infatigable, analyste de patients difficiles - Samuel Beckett, par exemple -, il s'est particulièrement intéressé à l'analyse de la pensée psychotique, à ce qui peut rapprocher le « névrotique insensé » et le « fou sensé », et aux obstacles que rencontre l'analyste dans le maniement psychique de la douleur, de l'effroi, de l'incommunicable et de l'inconnaissable. Soucieux d'étayer le statut épistémologique de la psychanalyse, il fut à la recherche d'un outil d'analyse et de formalisation scientifique à l'aide d'une méthodologie qui utilise des modèles physiques et mathématiques. Nourri par l'oeuvre de S. Freud et par celle de M. Klein, il a élaboré une théorie psychanalytique très originale de l'activité de la pensée et de ses formes les plus précoces : les proto-pensées. W. R. Bion laisse une oeuvre considérable, riche et complexe. Tout au long de son oeuvre, il est resté ouvert, sans aucun a priori, à toute idée qui pouvait l'aider à atteindre les objectifs de sa recherche, ceux de la psychanalyse.

  • Étrange destin que celui de Marie Bonaparte, princesse de Grèce et de Danemark, cofondatrice et bienfaitrice de la Société psychanalytique de Paris en 1926, porte-parole de Freud en France, soucieuse de la diffusion de ses idées à travers un enseignement qu'elle contribua largement à créer et développer. Ses écrits et les documents qu'elle a conservés, permettent de comprendre les premiers pas de la psychanalyse.

  • Entre le séjour de Freud à Paris - où il rencontre Charcot - et 1897, année du renoncement à la théorie de la séduction comme explication générale de l'hystérie, se situe le parcours qui va faire d'un jeune neurologue et neurophysiologiste, engagé dans une carrière scientifique, le créateur de la psychanalyse. La leçon de Charcot, les échanges avec Josef Breuer à propos d'« Anna O », l'amitié avec Fliess et son extrême capacité à s'identifier aux patients névrosés vont amener Freud à délaisser ses premiers objets de recherche - comme les aphasies - pour l'étude de l'hystérie.
    Abandonnant l'hypnose, il en arrivera au protocole qui constitue toujours le cadre de la technique analytique, et à ses découvertes princeps : le rôle de l'inconscient et de la sexualité infantile dans l'organisation du psychisme.
    Les temps essentiels de cette élaboration, en particulier la correspondance de Freud avec Fliess, l'expérience de l'autoanalyse et la constatation de l'universalité des sentiments oedipiens, constituent autant de moments exemplaires d'une véritable conquête.

  • Jean LAPLANCHE (né le 21.06.1924), ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie, commence à s'intéresser à la psychanalyse dès la fin des années 40.Il dirige aux P.U.F. la "Bibliothèque de Psychanalyse", "Les Voies Nouvelles en Psychanalyse" et les Oeuvres complètes de Freud.

  • Dernière fille de Sigmund et de Martha, née pendant la période de création la plus féconde de son père, Anna Freud a partagé sa vie entre une attention vigilante près de son père puis de son oeuvre et la défense de ses travaux personnels face à la vigueur des partisans de Melanie Klein. Les psychanalystes d'enfants du monde entier se sont peu ou prou inspirés des modèles développés au « Centre Anna Freud ».

  • Elève de Lacan puis de Lagache, Daniel Widlcher est une figure majeure du mouvement psychanalytique. A la fois clinicien et théoricien, il invite à remettre sur le métier les notions freudiennes pour leur redonner vie et les situer par rapport aux neurosciences et au cognitivisme.

  • « Nul n'a idée que le rêve n'est pas un non-sens mais un accomplissement de désir » écrit Freud à Fliess. La période qui s'étend de 1897 à 1905 s'inscrit en effet sous le signe du rêve et de son interprétation. Freud va rédiger ce monument qu'est la Traumdeutung, L'interprétation des rêves - le livre qui rend ses lecteurs psychanalystes - et, ayant abandonné sa « neurotica » - théorie expliquant les symptômes hystériques par la séduction -, va déplacer son intérêt du symptôme au fantasme.
    La psychanalyse franchit une étape décisive et la compréhension de l'appareil psychique développée dans le chapitre VII de L'interprétation des rêves va constituer la première publication d'envergure de la théorie psychanalytique : les rapports entre l'Inconscient, le préconscient et la conscience définissent la première « topique » psychique. L'analyse de Dora, à la fin de 1900, sera l'exemple même de la technique analytique de Freud à cette époque... et l'illustration de ses limites. La psychopathologie de la vie quotidienne, celle des actes manqués, mettra en lumière l'omniprésence de l'inconscient dans la vie éveillée.

  • La parution du livre de Harold Searles L'effort pour rendre l'autre fou fut une révélation pour les psychiatres et les psychanalystes en 1977. Il témoigne d'une créativité, d'une originalité et d'un engagement de toute sa personne dans l'élucidation du contre-transfert. Ses descriptions de la pensée, de la relation d'objets psychotiques et du parcours intérieur du psychanalyste sont d'une formidable source d'enseignement clinique et théorique.

  • La longue expérience de Piera Aulagnier avec les patients psychotiques est à l'origine de la recherche théorique à laquelle elle a consacré son existence, dont l'apport est fondamental et indispensable à toute réflexion sur la psychose dans la pensée psychanalytique contemporaine. Son oeuvre, nourrie à l'origine par les apports de Lacan, s'en dégage peu à peu pour construire un modèle métapsychologique permettant d'aborder le discours psychotique. Elle créa le " Quatrième groupe " et la revue Topique dans laquelle est publiée la majorité de ses articles.

  • Le rôle de S. Lebovici a été considérable dans le développement de l'approche psychanalytique du très jeune enfant. Sa passion de l'enseignement s'est traduite dans de multiples publications, en particulier dans la revue La Psychiatrie de l'enfant, fondée avec J. de Ajuriaguerra, R. Diatkine, R. Crémieux.

  • Le parcours de Michel Fain s'est déroulé sous le signe de la plus grande liberté. Très lié à Pierre Marty, il a été l'un des créateurs de l'école psychosomatique de Paris, tout en se considérant d'abord comme psychanalyste. Ses premiers textes sont clairement orientés : Abords psychosomatiques de l'hypertension artérielle dite essentielle ou Le facteur conflictuel dans l'étiologie des ulcères gastro-duodénaux, mais s'y associeront rapidement des articles émanant de son activité de psychanalyste. Sa compréhension de la valeur fonctionnelle des rêves et du fantasme, a durablement influencé la technique psychanalytique. Son article Prélude à la vie fantasmatique a redéployé les conditions d'apparition du fantasme originaire de scène primitive. Sa rencontre avec Denise Braunschweig va inaugurer une longue et féconde collaboration : Eros et Anteros, La nuit le jour... Pourtant, leur pensée reprendra un cours autonome et chacun d'eux continuera d'enrichir la réflexion clinique et théorique. L'influence de Michel Fain, à la fois inventif et critique, a été considérable.

  • Guy Rosolato, formé dans le cadre de l'éphémère Société française de psychanalyse, élève très proche de Lacan qu'il avait suivi lors de la création de l'École Freudienne a été l'un de ceux qui se sont dégagés de l'influence directe du « Maître ». Il a rejoint l'Association psychanalytique de France dont il est devenu l'un des membres les plus écoutés. Tout en utilisant les présupposés théoriques du premier Lacan il a poursuivi une voie originale, se situant dans le droit fil du post-lacanisme tout en restant constamment ouverte aux autres courants de la psychanalyse. Son oeuvre occupe une place de premier plan parmi les recherches psychanalytiques de ces trente ou quarante dernières années. Elle a déjà produit un ensemble de concepts et dégagé des perspectives dont la valeur est irremplaçable pour la pratique de la théorie et de la clinique. Elle n'est pas achevée pour autant et la continuité de la recherche laisse présager d'autres surprises, d'autres inventions.

  • L'influence de D. W. Winnicott, psychanalyste venu de la pédiatrie a profondément renouvelé la pratique psychanalytique et la compréhension du développement de l'enfant. Ses conceptions originales imprègnent aujourd'hui la pensée psychanalytique et la culture. Tout en reconnaissant sa dette envers Freud et Melanie Klein, son indépendance d'esprit le place en dehors de tout dogme et sa théorisation, parfois taxée de naïveté, se révèle subtile et complexe.

  • Le développement de la notion de pulsion sous-tend l'ensemble des travaux de Freud entre 1905 et 1920, dont le foisonnement apparaît d'une invraisemblable fécondité. Tous les registres de la psychanalyse vont prendre une dimension plus large pour composer une conception théorique d'ensemble, la « métapsychologie » et une compréhension de la technique psychanalytique qui s'attache au développement du fonctionnement mental plus qu'au seul dévoilement de l'inconscient. L'inventivité de Freud, sa curiosité pour tous les phénomènes de la pathologie, de la culture et des faits sociaux vont lui faire aborder la psychanalyse de l'enfant, avec « Le petit Hans », la compréhension psychanalytique des psychoses, avec « Le Président Schreber », la dépression avec « Deuil et mélancolie », mais aussi celle des rites religieux ou de la création artistique avec Michel Ange et Léonard de Vinci ; il étendra sa perspective au champ de l'anthropologie avec Totem et tabou. Ce volume dégage les différentes lignes de force du développement de la pensée de Freud à cette période.

  • L'oeuvre de Joyce McDougall est à l'image de son auteur, séduisante, chaleureuse et réfléchie ; elle associe le cosmopolitisme à une grande facilité d'expression. Elle a tiré parti de tous les conflits au sein des sociétés anglo-saxonne puis française et s'est construite de façon personnelle, à l'écart de toute prise de position dogmatique. Sa grande originalité s'exprime avec un talent inhabituel pour nous faire partager tous les mouvements d'une cure psychanalytique, aussi bien du côté du divan que du côté du fauteuil. Son pouvoir de metteur en scène du drame qui s'y joue permet à ses lecteurs, devenus spectateurs, de participer pleinement au déroulement des phénomènes psychiques en jeu. Ses théorisations, prenant en compte tous les courants qui traversent la psychanalyse, s'appuient toujours en premier lieu sur la clinique et sont remodelées chaque fois que les faits viennent les infirmer. Joyce McDougall a obtenu le prix Maurice Bouvet pour l'ensemble de ses travaux en 1973 et le « Gradiva Award », en 1996 pour The many faces of Eros, Free Association Books, publié en français - Éros aux mille visages -, aux Éditions Gallimard.

  • Heinz Kohut, viennois émigré aux États-Unis, a suivi un parcours très personnel : formé à Chicago dans le contexte d'une psychanalyse devenue l'ego psychology, il a développé ses propres perspectives en réaction contre ce mouvement ; Président de l'American Psychoanalytic Association, il a été finalement à l'origine d'une école aux marges de la dissidence : la Psychologie du self. Même si ses théories en arrivent à résilier celles de Freud, sur le plan clinique les apports de Kohut sont considérables et ont permis d'étendre le champ d'application de la psychanalyse. Il a été l'auteur le plus discuté ces dernières années outre-atlantique. Les notions de transfert narcissique, de rage narcissique, de selfobjet, sont aujourd'hui des concepts courants. Sa façon d'envisager la rencontre analytique, fondée sur l'empathie, sur une écoute à la fois compréhensive et interprétative peut apporter non seulement aux psychanalystes mais aussi aux psychothérapeutes exerçant en dehors du cadre divan-fauteuil.

  • Le rayonnement de la pensée de Janine Chasseguet-Smirgel s'étend bien au-delà des pays francophones et a beaucoup contribué à diffuser la psychanalyse française. Professeur d'université et psychanalyste « laïque » elle a toujours soutenu l'accès des non-médecins à la psychanalyse ainsi que la légitimité de la réflexion psychanalytique sur la littérature et la société, quitte à défendre parfois des positions contestées. Dès 1964, elle anime un groupe de recherche dont résulte un livre novateur : La sexualité féminine. Son rapport de 1973 sur L'Idéal du Moi, au Congrès des psychanalystes de Langues Romanes, a fait date. Marquées par les thèses de Karl Abraham et de Béla Grunberger, ses recherches, toujours enracinées dans une réflexion clinique attentive, portent notamment sur la perversion et le processus créateur. Très sensible à la force de la relation primordiale à la mère, Janine Chasseguet-Smirgel développe l'idée d'une matrice archaïque du complexe d'OEdipe. L'Américain Psychoanalytic Association lui a décerné le Mary S.Sigourney Award.

  • L'oeuvre psychanalytique de M. de M'Uzan se présente comme un réel système orienté par des notions originales, à la fois cliniques et théoriques. Sont abordés l'interprétation, la mémoire conçue comme un réquisitoire permanent, la mort et le travail du trépas qu'elle insuffle ou encore les mécanismes de la création artistique.

  • De la philosophie à la psychanalyse en passant par la psychologie, le parcours de D. Anzieu est celui d'un humaniste que soutient une démarche épistémologique qui concilie l'attachement rigoureux à la méthode et à la métapsychologie freudiennes, avec une ouverture, une extension des concepts et des techniques, dans des champs cliniques très diversifiés.

  • Génie ou imposteur ? Psychanalyste ou gourou ? Quelle est la nature de la fascination exercée sur les psychanalystes de sa génération et sur ses élèves, l'ampleur de sa remise en cause de l'héritage freudien, entreprise au nom d'un « retour à Freud » ? L'oeuvre écrite de Lacan, et la rédaction de ses séminaires, forment un corpus complexe, énigmatique, dont l'influence, y compris sur ses adversaires les plus résolus, a été considérable et a suscité des travaux nombreux.

  • La figure de René Diatkine est indissolublement liée au développement contemporain de la psychanalyse des enfants et au changement dans les conceptions de la pratique psychanalytique qui ont marqué ces dernières années. Membre de la Société psychanalytique de Paris, dont il fut président, il a été l'un des fondateurs et directeurs de l'Association de santé mentale du XIIIe arrondissement de Paris, aux côtés de Philippe Paumelle et Serge Lebovici. Psychanalyste praticien, psychiatre d'enfants, professeur à Genève, co-créateur de la revue La psychiatrie de l'enfant et du Traité de psychiatrie de l'enfant, son activité a été inlassable, laissant un nombre considérable de travaux cliniques et théoriques. René Diatkine montre, par sa pratique et ses écrits, qu'il est possible de mettre en oeuvre une psychiatrie humaine, dynamique, créative, entièrement inspirée par la méthode psychanalytique.

  • Evelyne Kestemberg (1918-1989) a été l'une des cliniciennes de la psychanalyse les plus actives, et les plus créatives de sa génération. Sa volonté de trouver des possibilités de traitement pour les patients ne pouvant s'inscrire dans le cadre de la cure type, l'a conduite à créer, avec René Diatkine et Serge Lebovici, le psychodrame psychanalytique individuel. Elle en a fait une méthode de choix pour l'abord des troubles graves de la personnalité chez les adolescents et, singulièrement, chez les adolescentes souffrant d'anorexie mentale. Cette expérience a été développée dans un livre, toujours d'actualité, La faim et le corps, publié avec Jean Kestemberg et Simone Decobert. Engagée dans le traitement de patients psychotiques elle a décrit les particularités des psychoses froides et la relation fétichique à l'objet. Après avoir été Présidente de la Société psychanalytique de Paris, elle a dirigé le centre de psychanalyse et de psychothérapie de l'Association de santé mentale du XIIIe, ainsi que la Revue française de psychanalyse.

  • "Eugenio Gaddini fut l'un des psychanalystes les plus importants d'Italie et a occupé une place importante dans le mouvement psychanalytique international. Ami de Winnicott et de Bion il était comme eux interessé par la naissance de la psyché et par son devenir à partir du vécu corporel. A partir de son travail sur le mérycisme des nourrissons en collaboration avec Renata de Benedetti Gaddini, il a décrit les premiers mécanismes imitatifs corporels et leur importance "protopsychique". Il place l'imitation au coeur même des processus du développement précoce de la personnalité et en a le premier donné une théorie psychanalytique à la fois novatrice et cohérente. Son travail sur ce sujet a été traduit et publié en plusieurs langues et continue d'ouvrir des perspectives nouvelles. Parallèlement à Jacobson et à Kohut il a développé une théorie du self qui lui est personnelle. Certaines de ses conceptions ne sont pas sans évoquer le "moi-peau" de Didier Anzieu."Texe de couverture

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