Presses Universitaires de Vincennes

  • Lectures croisées de l'oeuvre de l'écrivain Hélène Cixous, intertextualité dans son oeuvre et dans ses rapports avec les artistes contemporains (Simon Hantaï, Roni Horn, Maria Chevska).
    Qu'y a-t-il «dans» un nom ou au mi-lieu d'un nom? Qu'est-ce qu'un mi-lieu?
    À partir du x autour duquel s'articule le nom d'Hélène Cixous, les textes du présent ouvrage interrogent la relation transitive que la lettre chiffrée «sous X» entretient avec les grands textes philosophiques contemporains de Jacques Derrida et Gilles Deleuze.
    Parcourant l'oeuvre d'Hélène Cixous de ses commencements aux publications les plus récentes, les analyses ici réunies composent toutes avec le nom. Elles en suivent les formations composites et les familles recomposées: Cixous avec Poe, Sir Thomas Browne, saint Augustin, Olivier de Serres, Beckett, Stendhal, Lispector, Kafka, Mallarmé, Silesius... Plusieurs lectures critiques des correspondances de l'écrivain avec des artistes contemporains tels que Simon Hantaï, Roni Horn et Maria Chevska viennent compléter cet ensemble.

  • L'oeuvre de Pascal Quignard est traversée par le sentiment d'un essentiel dépaysement. Associant des textes extrêmement éloignés, rapprochant des formes de pensée étrangères les unes aux autres, elle réveille et révèle « la violence décontextualisante du langage ». L'Orient extrême y est une constante discrète, fondée principalement sur un goût pour les écritures idéographiques, et tout ce qu'elles impliquent dans l'ordre de la connaissance et de la pensée : l'obscurité du sens, la densité de l'expression, une sagesse et un art de vivre, indissociablement unis, chez ce grand vivant, dans la saveur de l'instant, le sens de la minutie, du silence des choses autant que des royaumes fabuleux et de leurs récits épiques.
    Lorsque Pascal Quignard s'embarque en direction du soleil levant, c'est avec l'oeil neuf, érudit et inventif à la fois qu'il emploie à parcourir tous les textes. La Chine, le Japon ne sont pour lui rien d'autre que des pages couvertes de signes indéchiffrables, beaux comme des jardins.

  • Hélène Cixous publie depuis 1967 une oeuvre devenue considérable. Chaque livre publié est un corollaire de ceux qui le précèdent, dans le sens qu'il est un « prolongement », une « suite logique » ou « naturelle ». L'ouvrage propose plusieurs pistes à partir desquels s'orienter dans le vaste paysage textuel d'Hélène Cixous : la puissance de la littérature, l'écriture de l'Histoire, l'impossibilité de l'autobiographie, la capacité de l'écriture à rendre la vie aux êtres disparus et le style « cixousien ».

  • Nombreux sont les poètes qui, comme Stéphane Mallarmé, Paul Valéry et Paul Claudel à l'aube de la modernité, se sont prêtés au jeu de la traduction. Cet ouvrage s'intéresse à leurs travaux de traducteurs, dont il fait apparaître l'importance théorique et les liens essentiels avec la pensée et l'invention poétique de ces écrivains. Toute traduction implique en effet la mise en oeuvre d'une poétique. La dévoiler, comme le fait ici Pauline Galli-Andreani, c'est proposer une réflexion qui dépasse les trois auteurs en question pour décrire un moment particulièrement intense de la pensée du langage et de la poésie moderne.

  • « Qui pouvait se méprendre sur un signe aussi évident » ? / « Who could mistake a sign that clear ? », telle est la question que formule l'instance narrative de Home, dixième roman de Toni Morrison paru en 2012. Est posée dans cet ouvrage la question de l'évidence du visible ordinaire, des certitudes de l'oeil et de la lettre de ceux et celles qui croient voir, savoir ou immobiliser le monde dans l'enclos de la langue ou de l'histoire.
    A partir de leurs langues respectives (le français, l'anglais, le roumain empruntant le détour de l'anglais), les contributeurs de ce livre ont pris cette question à bras-le-corps, concrètement, et tenté d'arpenter l'univers fictionnel et discursif de Toni Morrison. Du premier roman ,The Bluest Eye (1970), à Home en passant par les essais et les entretiens de l'écrivaine, ils se sont attachés à suivre les « petits mécanismes qui régissent la vie quotidienne » et de saisir ce qui s'entre aperçoit au-delà de la surface du monde ou du mot ordinaire.
    Il s'est agi aussi dans ces lectures croisées sur l'oeuvre de Toni Morrison de mettre en perspective les pratiques de lectures des uns et des autres, leur bien-fondé et leurs présupposés ainsi que la nature de la « vérité de la fiction » dans ses imbrications avec le littéraire, l'historique et l'économique.
    « Stones » et « Shelter » sont les titres de deux poèmes de Toni Morrison accompagnés d'une traduction inédite que cet ouvrage est heureux d'accueillir.

  • Comment l'autobiographie est-elle possible ? Il suffit de prendre sa plume et de commencer le récit de sa vie, en espérant trouver le temps pour l'achever. Mais le temps, qui apparaît d'abord comme limite extérieure, devient bientôt contrainte. Car si l'écriture prend du temps, elle le donne aussi : voici l'autobiographie commencée, à ne plus jamais en finir ; dans l'attente du dernier mot, l'auteur s'érige un tombeau, à l'épitaphe toute prête. « Je suis née à la pointe d'une plume », écrit Violette Leduc au début de La Bâtarde. Écrire engendre l'auteur, mais à titre de personnage. Le temps, dès lors, apparaît aussi comme cet écart qui divise le sujet dans l'écriture, et le transforme en objet, mort déjà avant l'heure, sauf à le ressaisir dans ses seules traces graphiques. La double démarche engagée dans ce livre reflète la duplicité de l'autobiographie : genre constitué à la fois d'un corpus de textes - ici ceux de Violette Leduc - et d'un discours qui met en question leur possibilité comme récits, mais du même geste fonde l'autobiographie comme écriture.

  • "Et ce voyage, mais où est-il ce voyage ?" Reprenant la question obsédente du narrateur dans Ecuador, l'auteur s'interroge sur le devenir du voyage, comme récit et comme relation à l'Autre, dans la littérature moderne. Puisqu'il n'y aurait plus de terrae incognitae, plus ces "coffrets magiques aux promesses rêveuses", où éprouver désormais la réalité de l'ailleurs, et comment en rendre compte ?
    Tour à tour, Verne, Freud, Michaux, Sartre, Perec, Toussaint, Chevillard, Rolin et d'autres encore sont convoqués et revisités. Sous leur plume, ce ne sont que temps improductif, départs sans arrivées, espaces incompris et paysages défaits.
    Un genre nouveau est bel et bien né: le récit de dévoyage conduisant à la quête d'un soi, maigre, inquiet et fantomatique. Le présent ouvrage en témoigne avec finesse.

  • Peut-on encore, à la fin du XIXe siècle, être poète par le fait même de raconter... en prose ? Telle est la question qui traverse cet ouvrage consacré à un objet méconnu, le recueil de contes poétiques symbolistes.
    Récusant l'interdit de « narrer » que Mallarmé a paradoxalement édicté pour la poésie, cet essai examine six recueils parus entre 1892 et 1901, tels que les proposent Bernard Lazare, Marcel Schwob, Remy de Gourmont, Henri de Régnier, Camille Mauclair et Georges Rodenbach. Il s'efforce de les donner à lire et de comprendre comment opère le charme de contes pour grandes personnes.
    Par un retour aux sources homériques et aristotéliciennes, il s'agit de défendre résolument une poésie narrative et une conception dans laquelle le poète sait captiver ses lecteurs en leur contant de belles histoires.

  • Cet essai s'intéresse, à travers les oeuvres de Cervantès, Flaubert, Tolstoï, Dostoïevski, Proust, Kafka, Gombrowicz, à la façon dont le roman moderne éclaire et explore le présent grâce à la mémoire qu'il a gardée de mondes disparus.
    Le roman n'est pas seulement, comme on le définit presque toujours, un art du présent et de la nouveauté. Il est aussi un art de la mémoire. En fait, c'est parce qu'il se souvient des mondes anciens et de leurs valeurs qu'il peut prendre acte de ce qui est nouveau.
    Cet essai s'intéresse à la façon dont le roman, depuis Cervantès, est le témoin des grandes disparitions qui hantent et façonnent la conscience moderne: la disparition du destin d'abord, dont les conséquences n'ont pas fini de s'épuiser, puis celle de l'héroïsme et, à partir du vingtième siècle, la disparition proprement vertigineuse du temps ordonné et de la mémoire elle-même.
    À partir des oeuvres de Flaubert, Tolstoï, Dostoïevski, Proust, Kafka, Gombrowicz, ce livre montre comment le roman moderne, par la mémoire des mondes disparus qui est au coeur de son aventure, éclaire le présent comme aucun autre art n'y parvient.

  • Durant plusieurs siècles, en Europe, imagination a été le nom de la « faculté » à laquelle était attribuée l'invention des oeuvres. Est-ce encore le cas ?
    Peut-être. Pourtant, alors même que l'imagination est aujourd'hui l'objet d'une louange universelle, son nom a presque entièrement disparu de la théorie littéraire et de l'enseignement des lettres. Il ne s'affiche plus dans les titres. On ne le trouve plus dans les index. D'autres toutefois prennent sa place : l'imaginaire, le fantasme, le mythe, le symbolique, le Langage...
    À travers des études de cas et des chapitres synthétiques, le présent essai interroge cette configuration nouvelle, depuis Baudelaire jusqu'aux postmodernes.

  • Plus qu'une catégorie, le grotesque désigne d'abord une question qui habite la réflexion esthétique, et qui la hante. Cette question forme ici l'objet d'un livre s'attachant à explorer, de la Renaissance à Kayser, du romantisme à Bakhtine, les configurations à chaque fois nouvelles tissées autour de la notion de grotesque : à travers le remodelage incessant des termes de l'évaluation, c'est en réalité le principe d'innovation dans les arts qui se trouve à la fois désigné et circonscrit. Ainsi ne cesse de se réécrire un chapitre inachevé de l'interrogation esthétique, ancien et nouveau en même temps ; retraçant le texte, sans cesse en mutation, d'un imaginaire aux figures innombrables, mais aux traits par définition indécidables.

  • Racontant des histoires, Flaubert sonde le langage : il écrit l'histoire des langages de son temps (ceux de la science, de la religion, du politique, ou de la conversation quotidienne), et dit leur faillite ou leur vide désespérant. C'est cette étrange fable, dispersée dans le récit, qu'on a voulu reconstituer. Travail critique, cette étude se veut également contribution à une poétique du dialogue. La réflexion théorique, privilégiant des catégories du récit comme la description, a jusqu'alors négligé la parole des personnages. On tente ici d'en cerner la construction, la manière dont elle s'inscrit dans une écriture qui la parasite : le dialogue de la fiction se double d'un dialogue entre le narrateur et le lecteur. L'écriture fait parler. Dans la singularité de cette pratique réside le mystérieux et paradoxal plaisir du texte flaubertien : le dialogue, où s'exhale la méfiance de Flaubert à l'égard du langage, témoigne pour le lecteur de la réussite d'une écriture, sublimant la parole bête. Ce livre convie donc aussi, en compagnie de M. Homais, de Bouvard et Pécuchet, guides infaillibles, aux enchantements de la sottise.

  • Faisant jouer divers éclairages, ce livre s'attache à mettre en perspective la pensée de l'image et le tissu complexe de ses relations avec le texte littéraire : comment l'image a été et se trouve aujourd'hui réfléchie dans son rapport au réel, au visible comme à l'invisible, comment elle-même réfléchit à sa manière lorsqu'elle nous envoie un message le plus souvent chiffré. Silencieuse et éloquente, bavarde dans ses représentations emblématiques, parfois muette dans les peintures qui veulent se borner à émouvoir sans rien dire, toujours étrange, l'image, qui n'est point si sage, est aussi l'art de dissimuler ce qu'elle simule. Sans méconnaître la spécificité du texte et de l'image poétique, ni celle des arts visuels et de la peinture, sans masquer les différences entre le dicible et le visible, on a tenté d'évaluer, à différents moments de l'histoire et dans différents types de dispositifs, les relations instables et précaires entre ces soeurs jumelles, et rivales en mimésis, que sont la poésie et la peinture, ennemies intimes, alliées familières.

  • 1842 : La Comédie humaine, OEuvres complètes de M. de Balzac... Ecce Balzac : sont donnés comme une évidence la stature d'un auteur et le profil d'un lecteur idéal. Mais ce double titre révèle un coup de force, sinon une fuite en avant, à la fois un défi et un déni, l'aveu déguisé d'une dépendance à l'égard du marché et l'affirmation souveraine d'une autonomie, à contretemps : la conjoncture, le moment engageait la librairie romancière au partage avec le journal, à la pratique du feuilleton, aux effets publicitaires. Le moment imaginaire fut aussi un tombeau. Ci-gît Balzac, dans sa gloire et son malheur.

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